Histoire du sport – Qui, en 1894, a inventé la course du marathon ?

Par défaut
[publié le 3 janvier 2017]

C’est Michel Bréal, un linguiste français, qui proposa d’assortir les premiers Jeux olympiques modernes d’une course à pied de grand fond, appelée marathon, sur la distance du parcours effectué 2 386 ans plus tôt par le soldat de la bataille de Marathon, entre cette ville et Athènes afin d’annoncer à ses compatriotes la victoire des leurs face aux Perses.

breal

Le linguiste français Michel Bréal (1832-1915), inventeur de la course du marathon

En mémoire de l’hémérodrome ‘’inconnu’’

12 septembre 490 avant Jésus-Christ, 40 kilomètres au nord-est d’Athènes.

Un soleil de plomb en fusion embrase le vaste cirque de Marathon. Quelques 20 000 envahisseurs perses, soldats de Darios 1er, alignés derrière leurs boucliers, attendent le signal de la charge. En face, sur l’autre versant, l’armée athénienne, forte seulement de 10 000 guerriers hoplites conduits par Miltiade, se déploie astucieusement en arc de cercle. Dans les deux camps, écrasés de chaleur et d’angoisse, l’attente est lourde, interminable.

Et soudain, déchirant le silence, une double clameur monte de la plaine. Les deux troupes, enfin libérées, telles deux vagues d’acier, déferlent l’une contre l’autre sur 2 000 mètres d’une course sauvage. Un choc effroyable d’acier et de chair. La horde perse, supérieure en nombre, enfonce vite les lignes grecques en leur centre, volontairement étiré au profit des ailes. Le fin stratège Miltiade les referme alors en tenailles sur son ennemi, pris au piège. La bataille, monstrueux et sanglant corps-à-corps, s’achève après plusieurs heures, par le massacre de plus de 6 000 perses contre moins de 200 grecs tués.

Acheminer rapidement à Athènes, la nouvelle du triomphe des Grecs sur les Perses, dans ce combat inégal, fut l’idée subite et généreuse d’un guerrier hoplite.

Dénommé Philippides par certains historiens, Pheidippidès (1)  par d’autres, ou encore Euclès, par quelques hellénistes distingués, ce soldat de fait inconnu, enjambant les cadavres ennemis sur le sol fumant, s’élança en courant vers la capitale. Partant du village de Marathon, l’« hémérodrome » – nom des estafettes de l’époque – en armes, souillé de poussière et de sang, traversa toute la province de l’Attique par Vrana, escalada la colline d’Agios, culminant à 400 mètres, pour descendre enfin sur Athènes dont il apercevait au loin les faubourgs.

Alors que le ciel rougeoyait au soleil couchant, les athéniens prévenus par la rumeur, se massaient pour voir passer et applaudir le vaillant coursier. Haletant, titubant, les yeux hagards, seulement porté par l’enthousiasme et le désir d’annoncer le premier la grande nouvelle aux Anciens de la Cité, il arriva enfin pour s’effondrer devant les Sages réunis dans le Grand Temple :

 « Nous les avons vaincus »

« Réjouissez-vous, nous les avons vaincus », murmura-t-il à leurs pieds, dans un souffle, avant d’expirer, le visage radieux. Le héros de Marathon entrait ainsi à jamais dans l’histoire de l’humanité. Pour que les légendes vivent, il faut sans cesse les réinventer. Alors même que la Grèce d’Hérodote disposait de ces valeureux « hémérodromes », athlètes  quotidiennement entraîné, au gré de leurs missions, les Jeux antiques ne comportaient pas de course d’endurance. En effet, les épreuves sportives d’Olympie n’offraient aux compétiteurs qu’une course équivalente aux 5 000 mètres actuels. Curieuse ingratitude !

dessin-1

Coureurs passant dans les rues de Paris en 1885

C’est l’historien et linguiste français Michel Bréal et non Pierre de Coubertin, son ami, comme rapporté souvent par erreur, qui proposa d’assortir les premiers Jeux olympiques modernes d’une course à pied de grand fond, appelée marathon, sur la distance du parcours mythique. Il présenta son projet au 1er Congrès olympique qui eut lieu du 16 au 24 juin 1894, dans l’amphithéâtre de la Sorbonne. L’intention était louable : commémorer avec le marathon, à la fois la bataille historique et le sacrifice du soldat Euclès, tout en honorant ainsi la nation grecque.

Le Grand Départ : 10 avril 1896

 The Opening Ceremony at the 1896 Athens Olympics.

Stade panathénaïque d’Athènes rénové pour les 1ers Jeux olympiques de l’ère moderne en 1896

 Accepté par les congressistes, le souhait de Michel Bréal se concrétisa le 10 avril 1896, au cours des Jeux olympiques rénovés par le baron de Coubertin. À quatorze heures vingt cinq, le pistolet du starter lâchait les premiers marathoniens olympiques, à Marathonas, nom actuel de la ville. Sur la route et les traces mêmes de l’illustre ancêtre parti 2 386 ans avant eux. Le rêve de Michel Bréal devenait réalité. Il convient de préciser que les athlètes grecs n’étaient pas, jusqu’à cette course, bénis des Dieux, puisqu’ils n’avaient encore jamais gagné de médaille aux Jeux rénovés. Afin de mieux motiver à la victoire leurs coureurs, de riches commerçants promirent, en plus de la coupe en or offerte par Michel Bréal, des gratifications insolites au vainqueur du marathon. Par exemple, une tonne de chocolat ou ses vêtements et son coiffage gratuit à vie. Jusqu’au richissime Georgios Averoff qui promit, pour sa part, un million de drachmes…, avec la main de sa fille !

Parmi une majorité de participants grecs, deux étrangers ayant déjà fait leur preuve en course à pied se présentèrent sur la ligne de départ : l’Australien Edwin  Flack, vainqueur du 800 mètres et du 1 500 mètres, et le Français Albin Lermusiaux, 3e du 1 500 m, qui mena la course pendant 30 kilomètres.

edwin_flack_side_profile

     L’Australien Edwin ‘’Teddy’’ Flack (1873-1935) – abandonne au marathon et remporte le 1500 m et le 800 m

 

 albin_lermusiaux_1921

Le Français Albin Lermusiaux (1874-1940) – abandonne au 33e km du marathon et finit au 1500 m

Mieux que tous commentaires personnels, nous laissons la parole au baron de Coubertin : « 70 000 spectateurs assistaient au spectacle de l’arrivée du premier vainqueur du marathon, le berger grec Spiridon Louys qui s’était entraîné en jeûnant et en priant devant les icônes. Il atteignit la ligne d’arrivée sans trace de fatigue sous un tonnerre d’applaudissements qui saluaient à la fois le passé et le présent.

 spiLe Grec Spiridon Louys (1873-1940) : 1er du marathon

Le prix de la victoire, une épouse !

Pour soustraire Spiridon à la foule en délire, après que la course fut finie, le prince royal et son frère prirent le berger dans leurs bras et le portèrent jusqu’aux degrés de marbre sur lesquels était assis le roi. La nation grecque était transportée au-delà de toute description par son premier héros athlétique. Spiridon Louys, âgé à l’époque de 24 ans, reçut la coupe en or présentée par Bréal ainsi que les autres prix et récompenses annoncées, mais il dut décliner la main de la fille d’Averoff… car il était déjà marié. Le temps de Louys était de 2 heures 58′ 50″ – un temps excellent si l’on considère l’état des routes à cette époque. Le deuxième était un compatriote de Louys, Haralambos Vasilakos (3 heures 6′ 33″) et le troisième, un Hongrois Gyula Keliner (3 heures 6′ 35″). Du 4e au 9e, tous étaient grecs. Partant, les Grecs avaient de bonnes raisons de se réjouir. »

Ainsi, le marathon devenait par le biais des Jeux olympiques rénovés de 1896, une épreuve populaire. Le 19 avril 1897, l’Amérique, déjà, esquissait sa notoriété avec le premier marathon de Boston qui se perpétue, avec succès, encore aujourd’hui. Depuis, les plus grandes manifestations sportives mondiales ont inscrit le marathon à leur programme, qu’il s’agisse du Championnat d’Europe d’athlétisme, des Jeux asiatiques, panaméricains ou du Commonwealth.

dessin-3

(1)   Si l’on en croit Hérodote, le chroniqueur de Marathon, Pheidippides a bien existé. Ce dernier, hémérodrome du général Miltiade (ainsi nommait-on les bipèdes utilisés comme « moyen de communication » aussi bien dans les états-cités qu’à l’armée) était un coureur de talent ayant couvert environ 440 km en quatre jours sur un terrain très difficile, pour obtenir des renforts de Sparte après  le débarquement des Perses, puis pour rejoindre Marathon. Compte tenu des efforts accomplis, il est vraisemblable que ce n’est pas le même homme qui, peu de temps après, est reparti en courant annoncer aux Athéniens la victoire sur les Perses.

 

historique-des-toutes-premieres-competitions-sur-la-distance

Cyclisme – Ferdi Kubler, l’Homme Cheval, pour sa dernière échappée à 97 ans a rejoint le paradis des cadors de la petite reine

Par défaut
[publié le 01 janvier 2017]

kubler-2

Ferdi Kubler (1919-2016), lors du Tour de France 1954

Le 27e lauréat de la Grande Boucle en 1950 a, malgré la consommation d’amphétamines – viatique généralisé à son époque – atteint l’âge de 97 ans 5 mois. Aucun vainqueur du Tour n’a eu un si long parcours de vie.

Derrière le Suisse, on trouve le Français Roger Walkowiak, 1er du Tour 1956, qui fêtera ses 90 ans le 2 mars prochain.

walko                 walko-2

Roger Walkowiak, 1er du Tour 1956, aura 90 ans en mars prochain

Le troisième, l’Espagnol Federico Bahamontes lui aussi comme Walko toujours bon pied bon œil, complète le podium avec 88 ans et 6 mois au compteur.

 

baha

Federico Bahamontes

 

En ce qui concerne les 5 073 coureurs du Tour ayant participé depuis 1903 à la Grande Randonnée, Kubler est le dixième géant de la route à atteindre la longévité la plus remarquable.

Le Belge Emile Brichard (1899-2004), concurrent du Tour 1926, a dépassé les 104 ans mais petit bémol il a abandonné pendant la première étape de la seule édition dont il a pris le départ.

En 1928, l’Italien Pietro Righetti (1899-2001) qui abandonnera lors de la 10e étape et un an plus tard à la 17e étape aura un parcours de vie de 102 ans qui lui fera franchir successivement le XIXe et le XXe siècle.

Le premier à terminer l’épreuve de ce palmarès des cyclistes du Tour à la longévité exceptionnelle sera le Français Marcel Renaud (1909-2010), 28e en 1934 et qui décédera à 99 ans et 7 mois.

Ci-dessous nous vous proposons les 11 Tours de France qui figurent en tête de ce palmarès de vie.

LONGÉVITÉS EXCEPTIONNELLES – « Le club des 97 ans et plus »

104 ans

Émile BRICHARD (BEL) (1899-2004)      TDF 1926 (ab 1re)

 

brichard

Emile Brichard

 

Témoignage d’Emile nous narrant son Tour de France 1926 où il abandonna dès la 1re étape : « Le col de la Faucille était très difficile. J’ai vu des as être poussés par des spectateurs. Les touristes-routiers ne l’étaient pas. J’ai crevé deux fois dans la montée. Le boyau était collé à la jante, il fallait l’arracher, le découdre, réparer avec une rustine et recoudre avec du gros fil ! Cela prenait un temps fou et il fallait une patience inouïe. Je n’avais que quatre boyaux de rechange et j’ai encore percé plusieurs fois. Mon retard devenait considérable. Ma seule consolation était que je n’étais pas le seul dans ce cas. Une dizaine d’autres touristes-routiers se retrouvaient à la dérive. En fin d’étape, n’ayant plus aucun boyau de réserve, j’ai roulé plusieurs kilomètres sur les jantes et j’ai abandonné à une dizaine de bornes du but’’

102 ans

Pietro RIGHETTI (ITA) (1899-2001)    TDF 1928 (ab 10e), 1929 (ab 17e)

99 ans

Marcel RENAUD (FRA) (1909-2010)    TDF 1934 (28e)

renaud

98 ans

Henri PUPPO (FRA) (1913-2011)   TDF 1937 (21e + ét. 5ea)

97 ans

10 mois

René DEBENNE (FRA) (1914-2012)   TDF 1936 (ab 9e)

 8 mois

Karl WYSS (SUI) (1912-2009)    TDF 1939 (ab 7e)

 7 mois

Americo CACIONI (ITA) (1908-2005)  TDF 1932 (ab 10e)

 7 mois

Jean FRÉCHAUT (FRA) (1914-2012)   TDF 1937 (10e), 1938 (18e + 3 étapes), 1939 (np 15e)

 7 mois

Pierre GALLIEN (FRA) (1911-2009)  TDF 1937 (8e), 1936 (15e), 1939 (16e + 1 étape)

 5 mois

Ferdi KUBLER (SUI) (1919-2016)TDF 1947 (np 8e), 1949 (ab 18e), 1950 (1er), 1954 (2e), 1955 (np 12e) + lauréat de 8 étapes

kubler

Ferdi Kubler, avec le maillot jaune, lors de sa victoire du contre-la-montre Saint-Etienne–Lyon du Tour 1950

 3,5 mois

Charles CLODI (FRA) (1884-1981)  TDF 1910 (ab 3e)