« Avant le dopage était dérisoire et les exploits énormes »

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Aujourd’hui on assisterait à un effet pendulaire où le dopage serait extraordinaire et les exploits dérisoires

Cette explication pro domo de la presse cycliste est fausse.

Ces dernières années, le pilonnage de la désinformation se concentre sur la ridicule efficacité des dopants avant l’ère Armstrong, comme si ce dernier était l’homme qui avait fait basculer la triche à un niveau jamais atteint, alors que ses prédécesseurs auraient été de simples bricoleurs. En clair, l’Américain aurait fait faire « un petit pas pour le vélo et un très grand pas pour la pharmacie ».

Avant 1990 les exploits étaient énormes… 

Philippe Bordas, ancien journaliste à L’Equipe, observateur in situ des compétitions cyclistes es années 1980-1990, va, dans son ouvrage Forcenés publié en 2008, se faire le chantre de cette idée prétendument novatrice: «Les dopages étaient dérisoires, les exploits énormes. Que penser de ce dopage devenu énorme, de ces exploits dérisoires. » C’est Laurent Fignon, le double vainqueur du Tour 1983-1984, qui, en 2009, dans son autobiographie, va reprendre à son compte la phrase devenue ­culte pour tous ceux qui ont exercé leur activité avant le début des années 1990 (cyclistes, journalistes, soigneurs, etc.) : « De mon temps, les formes de dopage étaient dérisoires et les exploits étaient considérables; depuis une quinzaine d’années, c’est tout le contraire, les formes de dopage sont énormes et les exploits, eux, sont dérisoires. » D’ailleurs, Greg LeMond, triple vainqueur du Tour qui a terrassé pour huit petites secondes L’Intellectuel du peloton et qui a vu sa domination s’interrompre en 1991, avait déjà dès 2004 posé les bases de l’équation: « Il y a toujours eu un problème avec le dopage dans notre sport mais, depuis dix ans, les produits sont tellement performants qu’ils peuvent changer un athlète physiologiquement. On peut transformer une mule en étalon. »

Depuis l’avènement de la fameuse hormone EPO (érythropoïétine) au début des années 1990, les observateurs de la chose cycliste croient découvrir que le dopage moderne transforme un mulet en pur-sang.

Piqûres de rappel pour amnésiques
En 1976, soit 23 ans avant le premier sacre en jaune de Lance Armstrong, un ‘’anémique’’ grâce à trois transfusions sanguines remporte plusieurs étapes et grimpe sur le podium final du Tour.
En 1979, lors de la 66e édition, l’une des stars du peloton est épinglée à un stéroïde anabolisant.
En 1983, lors de la 70e édition, le bilan des contrôles donne six cas positifs aux anabolisants.

Ainsi, on veut nous faire croire qu’avant 1990, les coureurs carburaient uniquement à l’eau de source, aux cachous, pastilles Valdaï, bombons et autres vitamines… Au final, on veut nous faire avaler qu’« avant l’apparition de l’EPO, au début des années 1990, le dopage ne changeait pas la hiérarchie du peloton». Et donc, par corollaire, qu’il n’y avait pas lieu de s’en offusquer. C’est bien sûr l’argumentation de nombreux journalistes ayant assisté sans broncher à l’extension de la triche pharmaceutique et de la plupart des cyclistes, espérant ainsi, pour les premiers, minimiser leur complicité passive et pour les seconds, nier l’influence du dopage dans leurs prouesses cyclistes.

Dès le début des années 1960, on sait que le dopage ‘’change un cheval de labeur en pur-sang d’un jour’’. 

En réalité, des géants du Tour tels Jacques Anquetil – dès le début des années 1960 – affirmaient l’inverse en expliquant que le dopage aux amphétamines « change un cheval de labour en pur-sang d’un jour ». Quelques semaines plus tôt, dans l’émission culte de la télévision Cinq colonnes à !a une, le Normand s’était exprimé sur le même thème de l’efficacité du dopage: « Sans stimulants, les grandes performances ne seraient jamais battues. »

Lors de tests grandeur nature dans des compétitions contre la montre, le boss du peloton des années 1960 avait quantifié l’effet des amphétamines sur ses temps de course. Cette évaluation, qui s’est effectuée sur le Grand Prix de Forli, a donné – en l’absence de Bomba (dynamite) – une détérioration de la vitesse moyenne de 2,5 km à l’heure sur un parcours de quatre-vingt-sept kilomètres, soit 5,7% de débours. À titre de comparaison, signalons que Jean-­Marie Leblanc, patron du Tour de 1989 à 2006, évaluait à trois kilomètres/heure le gain de vitesse procuré par l’EPO. En résumé, on peut affirmer que les aides biologiques à la performance, telles que les stimulants à base d’amphétamines, apparues au décours du second conflit mondial, modifient la hiérarchie entre les adeptes de la pharmacie et les non-consommateurs.

Article publié dans Cyclosport Magazine, 2014, n° 97, juin

 

 

C’est grâce aux seuls haltères qu’Arnold Schwarzenegger s’est construit un corps massif aux muscles hypertrophiés

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Gouverneur de Californie de 2003 à 2010, Arnold Schwarzenegger, a reconnu un quart de siècle après sa carrière de M. Muscle, en 2005 dans un entretien à la chaîne de télévision ABC , avoir utilisé des stéroïdes anabolisants prescrits par des médecins quand il faisait du culturisme dans sa jeunesse. « C’est ce que l’on faisait à l’époque. Mais je recommande vivement aux gens de ne pas prendre de médicament » a-t-il ajouté.

Interrogé sur d’éventuels regrets, il a répondu : « Non, je n’ai pas de regrets à ce sujet parce qu’à cette époque, il s’agissait d’une nouveauté venant sur le marché et nous allions chez le docteur qui les délivrait sur ordonnance ». Le gouverneur de Californie, ancien champion de culturisme et acteur de cinéma, s’est déclaré en faveur de l’interdiction de la vente de stéroïdes dans son État. « Nous voulons que le sport reste propre et pouvoir parler de bodybuilding et non de ‘body-destroying’ (destruction du corps) » a-t-il ajouté.

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Une orgie frisant le viol collectif

Lors de cet entretien, atteint sûrement de l’amnésie classique des politiciens et des hommes en vue, il s’est bien gardé de compléter son cursus en oubliant d’ajouter que, dans une interview datant de 1977, il admettait s’être livré à une orgie frisant le viol collectif et la consommation de drogues douces. « Oui, j’ai fumé de la marijuana et du hasch, pas de drogue dure » avait déclaré il y a près de 30 ans Schwarzenegger, alors un culturiste rêvant de cinéma, dans un entretien exhumé par un site internet très lu : « The smoking gun ».
« Chez les culturistes, on aime faire la fête. Un jour, au gymnase Gold’s de Venice (en banlieue de Los Angeles), là où les meilleurs s’entraînent, il y a eu une jeune noire qui est sortie toute nue. On lui a tous sauté dessus et on l’a emmené en haut » avait raconté Schwarzenegger au magazine Qui en 1977, en expliquant en termes très crus que plusieurs des hommes présents avaient eu des relations sexuelles avec la jeune femme. « Je n’ai aucun problème sexuel mais je suis sûr que beaucoup de culturistes en ont » avait-il ajouté. L’acteur républicain avait dû se défendre quelques jours avant l’élection d’octobre 2003 durant une émission de radio, en expliquant qu’il n’aurait jamais pu imaginer en 1977 qu’il en viendrait un jour à se présenter à une élection aux Etats-Unis. « Je n’ai jamais vécu pour être un homme politique, ni gouverneur de Californie. De toute évidence, j’ai dit des choses obscènes et dingues et scandaleuses parce que j’étais comme ça à l’époque ».

Un véritable obsédé sexuel

Casserole supplémentaire, en février 2001. Des articles l’accusent d’être un mari volage multipliant les infidélités et se conduisant de manière peu élégante. Son épouse, la journaliste Maria Shriver a bien sûr eu vent de toutes ces rumeurs et doute très sérieusement de la fidélité de son acteur de mari. Les deux époux se sont confrontés à ce propos et Arnold lui a affirmé qu’il ne s’agissait que de rumeurs et rien de plus. Un « ami » bien pensant du couple déclare que Schwarzy est un véritable obsédé sexuel qui profite des tournages pour faire l’amour dans sa loge avec des assistantes, notamment.
Autre avatar, la prédiction funeste du Dr Willi Heppe, un cardiologue allemand : « Nous verrons très bientôt la mort d’un acteur autrichien très connu qui en impose au monde entier par sa force » avait affirmé le 21 septembre 1998 le docteur Willi Heppe après la mort de la sprinteuse américaine Florence Griffith-Joyner. Trois fois médaillée olympique à Séoul, la sportive est morte à l’âge de 39 ans des suites d’une « crise d’épilepsie ». Attaqué en justice pour fausse déclaration par Terminator, le médecin spécialiste du cœur qui avait prédit la mort de l’acteur Arnold Schwarzenegger, a été condamné mardi 30 novembre 1999 par un tribunal de Berlin, à verser 20 000 marks (10 225 euros) de dommages-intérêts à la vedette américaine d’origine autrichienne, âgé alors de 52 ans Le tribunal a estimé que les propos de M. Heppe, 60 ans, très connu à Berlin où il suit notamment les coureurs du marathon de la ville, constituait une atteinte aux droits de la personne. L’interprète de Terminator auquel la déclaration avait vivement déplu, réclamait 50 000 DM (25 560 euros) de dommages et intérêts.
A la lumière de la consommation de stéroïdes anabolisants et de leurs effets secondaires, analysons les comportements de la star du bodybuilding qui, à l’époque de ses titres de Mr Olympia (1970-1980) pesait 115 kg pour 1 m 89 avec un tour de biceps de 60 cm et de cuisse de 73 cm !

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Une dizaine de fois l’amour au quotidien

Rappelons que les stéroïdes anabolisants, dérivés synthétiques de la testostérone, l’hormone mâle, principal vecteur biologique de l’activité sexuelle, peuvent booster le désir et l’envie du sexe opposé. Des culturistes m’ont avoué que lors de cures d’anabolisants, il faisait quotidiennement une dizaine de fois l’amour. Naturellement, leurs conjointes ne résistaient pas très longtemps à ce surrégime et prenaient pour la plupart, rapidement, la fuite. Par nature, l’homme ayant tendance à être volage, sous anabolisants il ne peut qu’exagérer cette tendance. Mais, attention, au fil du temps, c’est la panne des gonades qui guète l’impénitent accro des pilules d’érection.  Autre effet secondaire, l’augmentation du mauvais cholestérol. Des plaques d’athérome se déposent alors sur la paroi interne des artères, favorisant l’obstruction de l’écoulement sanguin, d’où infarctus, artérite. Des sportifs, notamment des culturistes, ont dû se faire amputer d’une ou des deux jambes par suite de surconsommation d’anabolisants. Ces encombrements artériels augmentent le travail du cœur qu’ils dilatent. Les valves deviennent défectueuses et doivent souvent être opérées (en 1997 Arnold subit une opération chirurgicale du cœur). Le rétrécissement artériel est aussi la cause d’hypertension.

Des valves défectueuses

Le Dr Willi Heppe a effectivement eu tort d’annoncer dans la presse la mort prochaine de l’acteur-politicien américain mais personne ne peut prouver que le problème de valves cardiaques de Schwarzenegger n’est pas dû à la foultitude de stéroïdes anabolisants consommés tout au long de sa carrière, et peut-être même après, alors que paradoxalement il était surnommé pendant son adolescence « Schwarzi le chétif ».  Maintenant que Conan le Barbare a avoué qu’il avait hypertrophié ses muscles grâce aux stéroïdes, on aimerait que pour une meilleure connaissance de ces drogues, il nous dévoile les doses absorbées. De même, pourquoi, alors qu’il avait été nommé par George Bush père, en 1989, président du Physical Fitness and Sports Council (sorte de ministère de la Jeunesse et des Sports), il s’était tu sans état d’âme sur les effets délétères (body-destroying) des anabolisants ? Pourtant, dès cette époque, selon une enquête de la fameuse clinique Mayo, on sait qu’un million d’Américains utilisent régulièrement des stéroïdes anabolisants en tablettes ou en injections. Ce chiffre étant probablement sous-évalué lorsqu’on sait que l’essentiel du trafic se fait sous le manteau, au marché noir.

Remplacé par Flo-Jo

Clin d’œil étonnant : lorsqu’Arnold Schwarzenegger a démissionné de son poste en mai 1993 – en raison du changement de président des Etats-Unis (le républicain George Bush senior avait laissé la place au démocrate Bill Clinton) – c’est Florence Griffith-Joyner, autre experte en anabolisants, qui a été nommée à sa place !
Mais il n’y a pas qu’aux Etats-Unis où l’on récompense les pros de la dope puisque le PAF, que ce soit sur France télévisions ou Eurosport est encombré de consultants anciens spécialistes de la dope. De même, les radios nationales recrutent leurs experts-conseils parmi les sportifs de haut niveau au passé par forcément clean.
Autre question : on aimerait comprendre également comment l’ancien président George W. Bush (junior) pouvait ignorer la consommation de ces suppléments hormonaux par les stars du sport américain alors qu’il était lié de longue date avec Schwarzy et les Rangers Texas.
Comment adhérer aux explications de la Maison Blanche qui a indiqué le 7 février 2005 que : « Le président Bush ignorait que des joueurs des Rangers du Texas utilisaient des stéroïdes à l’époque où il était un administrateur de l’équipe ».
Dans un livre paru à la même époque, Jose Canseco dévoile qu’il a initié Rafael Palmeiro, Ivan Rodriguez et Juan Gonzalez aux stéroïdes après qu’ils eurent été échangés aux Rangers en 1992, a rapporté le journal Daily news de New York. Canseco a avancé que Bush, partenaire d’affaires chez les Rangers à l’époque, savait sûrement ce qui se passait.

Bush n’en savait rien…

Le secrétaire de presse de la Maison Blanche, Scott McClellan, a affirmé avoir discuté avec Bush de l’utilisation présumée de stéroïdes. « Si cela s’est réellement produit, il n’en savait rien, a dit McClellan. Il admet que depuis quelque temps déjà, l’usage de stéroïdes est un problème qui gagne en importance dans le sport professionnel, particulièrement au baseball majeur. C’est la raison pour laquelle le président veut que son gouvernement s’attaque prioritairement à ce problème. »
Vous avez dit hypocrite…. ?

MARCEL ROUET

 

Citations

Arnold Schwarzenegger (AUT-USA)

N : 30.07.1947 – Graz (AUT)

  • Surnoms :
  • Arnold Strong
  • Le Chêne autrichien (Austrian oak)
  • Schwarzou
  • Schwarzy
  • Le Chétif (jeune)
  • Le Tsar de la forme
  • Ventre de baudruche (par Joe Gold)
  • Potelé

« J’ai pris des stéroïdes anabolisants à une époque où la législation était extrêmement floue et où nous ignorions tout des dommages qu’ils pouvaient causer à l’organisme. Bien sûr, aujourd’hui je suis opposé à leur utilisation et je pense que cela ne vaut pas le coup de courir le risque de détruire sa santé pour telle ou telle discipline sportive. » Voici, 21.10.1991

« L’acteur, ancien M. Univers, a reconnu avoir pris des anabolisants lors de sa carrière de culturiste. Il s’agissait selon lui, de ‘’donner le petit coup de reins avant les championnats’’ mais rien à voir selon lui avec les ‘’doses qu’ingurgitent aujourd’hui les adeptes du bodybuilding’’. Impact Médecin Hebdo, 1997, n° 359, 1er avril, p 21

« On avait un sacré esprit de compétition, comme c’est souvent le cas entre frères. » [in Total Recall. – Paris, éd. Presses de la Cité, 2012. – 656 p (p 19)]

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« Le public m’apportait de la force, de la motivation et mon égo s’exprimait plus librement. J’ai compris que le regard d’autrui me galvanisait. » (p 44)

 « Je gagnais tellement en masse musculaire que je devais changer d’uniforme tous les trois mois. » (p 47)

« Pendant des mois pour le concours de M. Univers 1967, j’ai dépensé la quasi-totalité de mon salaire en nourriture, en vitamines et en comprimés protéinés. » (p 73)

 » De plus, j’avais vingt ans et à cet âge-là, on pense qu’on est immortel. » (p 74)

« Les stéroïdes anabolisants pouvaient certes aider à gagner mais l’avantage conféré ne valait guère mieux que celui d’un beau bronzage. » (p 75)

« J’étais convaincu que le sport était une guerre non seulement physique mais aussi psychologique. » (p 116)

« A l’âge de dix ans, je voulais être suffisamment bon dans un domaine pour être reconnu. Maintenant [NDLR : candidat gouverneur de Californie], je voulais être suffisamment bon dans un autre domaine pour être encore plus reconnu qu’avant. » (p 19)

« C’est pareil avec la violence dans mes films. Je tue des gens parce que, contrairement à ceux qui me critiquent, je ne crois pas que la violence à l’écran engendre la violence dans les rues ou les foyers. Sans quoi le meurtre n’aurait pas existé avant l’invention du cinéma, or la Bible en est remplie. » (pp 634-635)

 

 

 

« Je ne me suis dopé qu’une seule fois, pour voir… »

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Une défense pro domo peu convaincante

Dans le sport, pas facile d’avouer que l’on se dope. La plupart du temps, les mea culpa sont distillés sur un mode subliminal ou minimaliste. Par exemple, on peut lire : « J’ai envisagé de me doper sans passer à l’acte » ou bien, au choix, « Je me suis chargé une fois par curiosité » ; « Pendant ma dernière saison » ; « Jamais dans les grandes occasions… »

BOUCHE FERMEE

Les athlètes sont nombreux à être d’accord pour arrêter le dopage à la condition que le contrôle épingle tous les tricheurs. Un gros peloton se retrouve sous la même bannière pour nier leur dopage en invoquant l’argument des contrôles négatifs. Pour se résumer, tantôt ils mettent en avant la non-fiabilité des contrôles afin d’expliquer leur obligation de recourir à une préparation biologique pour ne pas être défavorisé par rapport à leurs adversaires ou alors, virage à 180°, accusés de dopage, les sportifs se retranchent derrière leurs contrôles négatifs. Il y a bien une troisième voie, face à la rumeur galopante de piocher dans la cornue du chimiste, c’est d’avouer un tout petit peu dans le style « Je ne me suis dopé qu’une seule fois et encore sans le savoir. J’ignorais totalement ce que mon soigneur m’avait donné » Cela, pensent-ils, est beaucoup plus crédible que d’affirmer haut et fort : « Jamais »

A vous d’apprécier si leurs témoignages sont convaincants. Nous en avons sélectionné quelques-uns dans différentes spécialités. Ce discours minimaliste touche un très fort pourcentage des hommes face à la suspicion de la triche biologique.

DOIGT PILULE

Gino Bartali (ITA), cycliste professionnel de 1935 à 1954 : « Je n’ai jamais usé de doping. La seule fois où j’ai pris une drogue, pour faire comme les autres, c’était en Belgique, dans un Championnat du monde. J’ai été si malade que je m’en suis tenu là. Par contre, j’ai toujours eu l’impression qu’une cigarette me mettait dans de bonnes dispositions pour l’effort. Mais ce qui est bon pour l’un peut être mauvais pour l’autre. » [Sport et Vie, 1957, n° 19, décembre, p 11] 

Ivan Basso (ITA), cycliste professionnel depuis 1999 : « Je n’ai jamais pris de substances dopantes et je n’ai jamais fait d’autotranfusions sanguines. J’ai admis une tentative de dopage en vue du Tour de France (2006). Durant toute ma carrière, je n’ai jamais utilisé de produits dopants, je n’ai jamais fait de transfusion. Mon implication dans le réseau du docteur Fuentes constitue un moment de faiblesse qui restera pour toute la vie mais que j’entends payer. Je suis conscient que la tentative est assimilable au dopage. Je retournerai sur le vélo après avoir purgé ma peine. » [Conférence de presse à Milan, Le Monde, 08.05.2007] 

Fabrice Bénichou (FRA), boxeur professionnel de 1984 à 1995 : « A l’entraînement, les dirigeants Bulgares distribuent à chaque boxeur des petites pastilles blanches, bleues, jaunes et rouges que tout le monde avale sans poser de questions. Avec ça, tu pètes le feu. Jamais, je ne me suis senti aussi bien. Lorsque j’ai arrêté d’en prendre, j’ai eu une chute physique terrible dotée d’une forte déprime. Comme s’il me manquait quelque chose. De toute ma carrière, c’est la seule fois où j’ai pris des cachets. » [in « Sans prendre de gants » (avec Richard Loyant et Etienne Moatti). – Paris, Édition° 1, 1995 ; – 283 p (pp 132-133)]

Eugène Christophe (FRA), cycliste professionnel de 1904 à 1926 : « Jamais, jamais de ma vie, vous m’entendez, mes enfants, je n’ai touché à vos trucs diaboliques. Une fois j’ai essayé de mettre du champagne dans mon bidon, mais comme ce jour-là je ne roulais pas droit, j’ai estimé avoir fait des kilomètres en plus et je me suis juré de ne plus recommencer. » [Le Matin, 25.08.1979]

Marcel Desailly (FRA), footballeur professionnel international de 1993 à 2004 (116 sélections), capitaine de l’équipe de France : « Autant le reconnaître : j’ai « pris ». Deux fois ou trois fois, je ne sais plus, toujours en présence d’au moins un médecin (…) Aujourd’hui encore, j’ignore quels étaient ces cachets. Seule certitude : même si je m’en veux de les avoir acceptés, à aucun moment je n’ai eu le sentiment d’être « différent » sur le terrain. » [in « Capitaine » (collaboration de Philippe Broussard). – Paris, éd. Stock, 2002. – 349 p (pp 125-126)]

Oumar Dieng (FRA), footballeur professionnel : « J’étais dans une passe difficile car je ne jouais plus et je me posais des tas de questions. J’étais en plein doute. J’ai donc cédé à un moment de faiblesse. Je ne suis pas ’’accro’’. » [Le Parisien Libéré, 31.01.1996]

Amédée Domenech (FRA), international de rugby (52 sélections de 1954 à 1963) : « Aujourd’hui, il y a prescription. Oui, j’avoue que je me suis chargé pour ce match (France-Sprinkboks 1961 à Colombes : 0-0). Des cachous, j’en avais pris plus qu’il n’en fallait ! Ce que c’était ? Non, pas de la tisane d’Epernay. Du Maxiton® (amphétamine). J’avais un peu forcé la dose. Deux jours après, je sautais encore les haies. » [L’Équipe, 15.10.1992]

Guy Drut (FRA), médaillé d’argent sur 110 mh aux JO 1972 et d’or aux JO1976, ministre des sports de 1995 à 1997 : « Une fois, en 1969, j’ai touché aux anabolisants. J’ai pris la moitié d’un tube de Dianabol® (stéroïde anabolisant) prescrit à ma femme. Trois pilules par jour. Je n’ai pas senti grand-chose. » [Le Nouveau Médecin, 1977, n° 11, 8 décembre, pp 4-5]

Lino Lacedelli (ITA), et Achille Compagnoni (ITA), alpinistes vainqueurs du K2 le 31.07.1954 : « C’est ainsi qu’une demi-heure après avoir atteint le point culminant du K2 (8 611 m), deuxième plus haut sommet de l’Himalaya, nous nous remettons en marche. Nous n’avons ni mangé, ni bu, pas même une goutte. Nous ne prenons qu’une pastille de Sympamine® (une amphétamine) et c’est la seule fois que nous avons recouru à un excitant. » [in Desio A. .- La conquête du K2 .- Paris, éd. Arthaud, 1957 .- 249 p (pp 168-169 et 175)]

Luc Leblanc (FRA), cycliste professionnel de 1987 à 1998 : « Nous avons tous été approchés par des pourvoyeurs. Après, c’est à chacun de voir. Tout le monde sait dans le peloton que je n’ai jamais pris une amphétamine. D’ailleurs, c’est un motif de plaisanterie entre nous. C’est si vrai que le soir de mon titre de champion du monde à Agrigente, les collègues ont voulu me faire passer le baptême du feu. J’ai accepté d’en prendre. Mon Dieu ! Je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit. Le lendemain, je disputais un critérium à Châteaulin. J’étais détruit. » [Le Point, 25.07.1998]

Marc Madiot (FRA), Cycliste professionnel de 1980 à 1994 Directeur sportif depuis 1997 : « Je n’ai jamais absorbé de produits interdits dans une course, j’avoue et cela ne regarde que moi, avoir pris des produits interdits à l’occasion des critériums. » [Libération, 09.10.1989]

Dr Gabe Mirkin (USA), médecin du sport : « Je n’ai utilisé d’amphétamines qu’une seule fois et j’ai failli en perdre la vie. Je tiens à rappeler à tous les sportifs, et surtout à ceux qui veulent se surpasser, que les amphétamines n’ouvrent pas le chemin du succès, mais bien celui de la destruction. » [in « La médecine sportive » .- Montréal (CAN), Les Éditions de l’Homme, 1981 .- 236 p (p 156)]

Charly Mottet (FRA), cycliste professionnel de 1983 à 1994 : « Ça m’est arrivé de faire l’expérience d’utiliser des amphétamines et j’avoue que ça a été un échec pour moi. Ça n’apporte rien à l’effort sportif. » [« Sport et télé. Les liaisons secrètes » de Eric Maitrot .- Paris, éd. Flammarion, 1995. – 497 p (p 345)]

Johan Museeuw (BEL), cycliste professionnel de 1988 à 2004 : « J’ai fait des choses qui n’étaient pas 100% conformes aux règles (…) Pour ma dernière saison en 2004j je voulais terminer ma carrière sur une bonne note et j’ai fait des choses qui ne pouvaient vraiment pas être faites. » Le Dauphiné-Libéré, 25.01.2007]

Yannick Noah (FRA), tennisman professionnel de 1978 à 1990 : « Il m’est arrivé une fois complètement par hasard de m’entraîner après avoir fumé. C’est vrai, j’ai éprouvé certaine sensations. Mais elles n’étaient pas pour autant bénéfiques. Car si physiquement j’avais l’impression d’être increvable, en revanche, je manquais totalement de lucidité. Et on ne peut gagner un match de tennis si on n’est pas lucide. » [L’Équipe, 29.08.1980] 

Pascal Olmeta (FRA), footballeur professionnel de 1982 à 1999 : « C’était la première fois que j’utilisais du Captagon® (amphétamine apparentée) pour découvrir enfin le mystère de quelques footballeurs connus pour cette pratique immodérée. La deuxième fois eut lieu quelques mois après. Je ne me souvenais pas de tout. Au fond, c’était comme une deuxième cuite que l’on se jure de ne jamais reprendre pendant la gueule de bois du lendemain. L’expérience avait assez duré. Promis, juré, je refuserais toute idée de « vitamines » à l’avenir… depuis, je n’en ai plus jamais repris. » [in « Goal. Ma drôle de vie » .- Paris, éd. Solar, 1991 .- 209 p (p 143)]

Dr Jean Pène (FRA), médecin de l’équipe de France de rugby de 1972 à 1991, radiologue : « Je n’ai jamais donné du Captagon® (apparenté aux amphétamines) en dose suffisante pour que cela soit considéré comme du dopage. Il m’est arrivé d’en avoir pour les joueurs qui avaient un coup de pompe. Mais le plus souvent, je leur donnais un placebo en leur disant que ça allait les faire grimper au mur. » [L’Équipe, 14.01.2001] [NDLA : un praticien que connaissait très bien Jean-Pierre Rives]

Eddy Planckaert (BEL), cycliste professionnel de 1980 à 1991 : « Oui, je me suis dopé une fois à l’érythropoïétine (ÉPO). C’est un produit fantastique mais mortel. Celui qui utilise de l’ÉPO peut considérer que ses performances seront de 12 à 15% supérieures. J’en ai utilisé pendant une période. » [L’Équipe, 20.01.1998]

Brian Roberts (USA), joueur de baseball des Baltimores Orioles : « En 2003, lorsque j’ai pris des stéroïdes anabolisants, j’ai immédiatement réalisé que cela ne me ressemblait pas et que je ne voulais pas continuer à le faire. Je n’ai jamais consommé de stéroïdes, des hormones de croissance ou tout autre produit dopant depuis cet incident isolé. » [Agence France-Presse, 19.12.2007]

 Dominique Rocheteau (FRA), footballeur, 49 sélections internationales de 1975 à 1986 : « Cela existe même dans notre milieu. Lorsque j’étais fatigué, j’ai pu prendre des excitants mais jamais lors des grandes occasions. » [Impact Médecin, 08.06.1990]

Serge Simon (FRA), rugbyman du Stade Français-CASG, international (2 sélections en 1991) et médecin : « La seule fois où je me suis vraiment ‘’dopé’’ remonte à 1985. J’avais dix-sept ans. Je venais d’intégrer l’équipe de Nice. » [in Bordenave Y. et Simon S. .- Paroles de dopés .- Paris, éd. J.-Cl. Lattès, 2000 .- 210 p (p 12)]

José Touré (FRA), footballeur professionnel de 1980 à 1988 (16 sélections internationales de 1983 à 1989) : « A Nantes, le beau club pur de la côte atlantique, j’ai été dopé. Et après ?… C’est la seule fois de ma vie où j’ai joué dopé. On l’avait décidé pour moi, je l’ai fait. » [in « Prolongations d’enfer ». – Paris, éd. J.C. Lattès, 1994. – 301 p (p 125)]

Eric Zabel (ALL), cycliste professionnel depuis 1992 : « Je me suis dopé à l’ÉPO lors du Tour de France 1996 mais j’ai arrêté après la première semaine de prise à cause des effets secondaires. » [Conférence de presse à Bonn, Tribune de Genève, 24.05.2007]

 

Centenaire du Vidal (1914-2014) ou l’histoire du livre de chevet des cyclards et des autres sportifs

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Le Dictionnaire Vidal, la bible du dopage des Al Capone de la seringue aux Eliot Ness de l’antidopage

Le dictionnaire Vidal fête ses 100 ans.

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A sa naissance, en 1914, le Dictionnaire des spécialités pharmaceutiques pesait 120 grammes et comportait 340 « fiches thérapeutiques ». Un siècle plus tard, le Dictionnaire Vidal a grossi de quatre kilos et présente près de 3 000 monographies. Mais surtout, depuis 1986, le gros livre rouge participe à la prévention du dopage en informant médecins et patients sur le mésusage des médicaments par rapport à la compétition.

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Le gros livre rouge des médecins et … des accros de la performance

 Dès 1914, le corps médical français est informé sur les médicaments commercialisés et disponibles en pharmacie par un livre de couleur rouge qui dès sa première édition n’a cessé de s’agrandir et de s’épaissir et dont l’inventeur, Louis Vidal (1878-1945), qui n’était ni médecin, ni pharmacien, mais un visionnaire à l’origine d’une véritable croisade en faveur de l’abandon par le médecin de ses habitudes ancestrales de « formulation » des substances au profit de la prescription de spécialités détenues par le pharmacien et à lui fournies par des laboratoires. C’est dans ce contexte que le sieur Vidal investit dans les fiches pharmacologiques qu’il crée en faveur de produits dont elles véhiculeront composition, propriétés, indications, posologie et prix auprès de l’ensemble des médecins du territoire, leur libellé étant uniformisé.

Novatrices, ces fiches connaissent un véritable succès, mais elles n’en présentent pas moins l’inconvénient d’être peu pratiques dans leur classement. C’est donc sur la demande de nombreux médecins qu’elles vont être reliées en un rouge « Dictionnaire des spécialités pharmaceutiques » signé de Louis Vidal et de son associé Henri George, publié pour la première fois en 1914, au prix de 3 francs-or (10 euros d’aujourd’hui).

L’évolution du Vidal est rapide. En 1914, la première édition format poche (8 x 12 cm) compte 131 laboratoires annonceurs et 336 produits. En 1933, les chiffres explosent puisque 689 annonceurs y décrivent 7 304 produits.

Quant à la 90e édition parue au début de cette année 2014, elle comporte dans ses 3 500 pages aux dimensions multipliées par 7 (23 x 30 cm), près de 3 000 monographies proposant 5 800 médicaments provenant de 348 laboratoires. Les chiffres du tirage connaissent eux-mêmes une progression constante : 4 000 exemplaires en 1922, 18 000 en 1932 mais à partir de 1946, alors que depuis son origine le Vidal est adressé gratuitement aux médecins, est créée une édition payante afin de permettre aux pharmaciens, chirurgiens-dentistes, vétérinaires, caisses de sécurité sociale etc., de se le procurer. Ainsi, l’édition de 1953 est adressée gratuitement à 30 306 praticiens et 10 000 exemplaires sont vendus, ces chiffres passant rapidement en 1963 à 45 142 pour les premiers et 17 427 pour les seconds, en 1973 à 50 000 et 55 000, en 1983 à 73 000 et 77 000, en 1989 à 85 000 et 86 000 et en 2013 à 105 000 et 120 000. Depuis décembre 1989, il existe aussi une édition informatisée. Par ailleurs, le Vidal a inspiré la création de nombreux dictionnaires de spécialités pharmaceutiques, à l’étranger, dont la Rote-List en Allemagne (1935), le PDR – Physan’s desk reference – aux Etats-Unis (1947), le Data Sheet Compendium en Grande-Bretagne (1956), le Compendium en Suisse (1978), le Compendium en Belgique (1983), et le REFI en Italie (1991).

Même si tout cet historique ne concerne pas directement tous les licenciés de l’Hexagone, à partir de 1986 le Vidal va apporter sa contribution à l’information des cyclistes mais aussi de tous les sportifs, via leurs médecins, sur les substances prohibées lors des compétitions sportives. En effet, c’est pendant le ministère d’Alain Calmat, l’ancien patineur devenu chirurgien, que sera décidé d’inclure chaque année la liste des substances prohibées en pratique sportive. De 1986 à 2000, la liste figurant en début d’ouvrage ne comportait que les dénominations communs internationales (DCI) depuis 2001 a été ajouté la liste des spécialités pharmaceutiques interdites (noms commerciaux des médicaments). Autre innovation d’importance apparue dans l’édition du Vidal 1989, la mention pour sportifs incluse dans la fiche du médicament à la rubrique mise en garde : « L’attention des sportifs sera attirée sur le fait que cette spécialité contient un principe actif pouvant induire une réaction positive des test pratiqués lors des contrôles antidopage ».

 La malédiction du Vidal

En 1914, dans la première édition du Vidal, figure la fiche d’un médicament : le Kolayo®, une association de caféine et de cocaïne, destiné à régénérer et réguler le fonctionnement des organes sécréteurs. A la rubrique ‘’indications’’, en dehors de l’anémie, de la dépression ou des longues convalescences, le Kolayo® est proposé comme « Tonique et stimulant pour cyclistes ». Dès le début de son histoire, le vélo est associé au dopage… avec les touristes et les chasseurs.

KOLAYO

Cette information se trouve également dans la notice présente dans le conditionnement. Aujourd’hui, à moins d’être illettré, il n’est plus possible d’invoquer l’ignorance pour prendre un produit pharmaceutique, se retrouver positif (ve), clamer son innocence, rappeler son militantisme contre le dopage et taxer d’incapables les spécialistes qui font la liste. Rappelons que le Vidal est la lecture de chevet favorite de tous ceux qui veulent bouster leurs performances par la chimie.

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Article écrit fin août 2014 et publié dans Cyclosport Magazine n° 100, octobre 2014

Dictionnaire Vidal « Libres-échanges »

Depuis le milieu des années 1960, les sportifs en général et les cyclistes en particulier consultent le Dictionnaire Vidal à la recherche des médicaments pouvant booster leurs performances. Florilège de commentaires sur le gros livre rouge.

Philippe Boyer (FRA), pistard, champion de France du km 1983, 1985, 1986, 1987 et vice-champion du monde en 1985 : « Au téléphone, le bon docteur François Bellocq dressa la liste des commissions. Des corticoïdes, mais pas n’importe lesquels, du Synacthène®, du Célestène®, des produits délivrés seulement sur ordonnance et indétectables aux contrôles. Mon Vidal ne me quittait pas. J’y cherchais alors les symptômes associés à la prise de ces médicaments : des allergies provoquant rougeurs et gonflements. Nous n’avons fait ni une ni deux : je me frottai les yeux et déboulai dans la première officine de Salbris : « J’ai oublié mon Célestène® à Paris. Je ne peux plus respirer… » Emu par ma détresse, le pharmacien me délivra tout ce dont Bellocq nous avait parlé. Cette farce de potache avait fonctionné à merveille. Nous étions prêts pour Los Angeles. » [in « Champion, flic et voyou ». – Paris, éd. de La Martinière, 2003. – 235 p (pp 92-93)]

Bernard Chalchat (FRA), président directeur des laboratoires Ciba-Geigy, France, et membre de l’Académie nationale de pharmacie : « De nombreux coureurs et soigneurs avaient fait du dictionnaire Vidal leur livre de chevet, au point d’en connaître certaines monographies sur le bout des ongles. Pour eux, aujourd’hui, Internet a très avantageusement remplacé le Vidal. Sans compétences particulières, ils peuvent y trouver publications scientifiques, recettes, produits, modes d’emploi et approvisionnement à domicile, permettant à leurs propres risques, un dopage court-circuitant le corps médical et la distribution pharmaceutique. » [Le Quotidien du Médecin, 27.11.2000]

Stéphane Desaulty (FRA), athlétisme : 3000 m steeple et cross, sanctionné pour dopage en 2003 : « Pour l’EPO, j’avais acheté le Vidal qui est la vraie bible des sportifs. La page de l’Eprex, je la connaissais par cœur : la pharmacologie, la posologie… Ensuite, je suis allé acheter des tampons à Carrefour et j’ai fabriqué de fausses ordonnances avec lesquelles je me rendais dans les hôpitaux. » [L’Equipe Magazine, 23.08.2014]

Dr Yannick Guézennec (FRA), physiologiste de l’effort et chercheur au laboratoire de santé des armées (IMASSA) : « C’est la foire à la pharmacie. La plupart des sportifs qui se dopent utilisent la dernière édition du Vidal (le dictionnaire des médicaments) étudient rapidement les propriétés des nouveaux médicaments en fonction de l’effet recherché et se font leur petit cocktail. » [Le Monde, 13.10.1987]

Marc Iorio (FRA), athlète de niveau national, spécialiste du 400 m haies de 1984 à 1994 : « A force la dope ça devient une véritable culture. Tu te tiens au courant de ce qui marche et des derniers arrivages. On a tous un Vidal et on connaît parfaitement les listes de substances et leurs appellations. L’athlétisme n’est pas au niveau du vélo, mais il faut bien l’avouer, c’est pas mal. » [in Bordenave Y. et Simon S. .- Paroles de dopés .- Paris, éd. J.-C. Lattès, 2000 .- 210 p (p 134)]

Désiré Letort (FRA), cycliste professionnel de 1965 à 1973 :

  1. « J’ai tout compris en 1965 à la suite d’une chute dans Paris-Bruxelles. On s’est retrouvés à 50 par terre. Et qu’est ce que j’ai vu ? des « fléchettes » (des seringues) et de la « topette » (des dopants) répandus partout sur la route. Les gars essayaient de ramasser les seringues, les ampoules. Je ne m’imaginais pas que c’était à ce point-là. Mais je m’y suis mis, comme tout le monde. Comme j’avais envie de savoir ce que je prenais, j’ai étudié le Vidal. J’étais devenu un peu le spécialiste. » [L’Équipe Magazine, 1994, n° 647, 16 juillet, p 46 ; L’Express, 23.07.1998] 
  2. « Aujourd’hui avec une grande honnêteté, Désiré Letort reconnaît : ‘’Comme les autres, j’ai pris des amphétamines, une thérapie très mal employée à l’époque ; je connaissais le Vidal par cœur, j’étais devenu un passionné de médecine.’’ ».

[in « Gaston Plaud, un gentleman du cyclisme » par Serge Brard et Jean-Claude Fillaud. – Mérigny (36), Association des amis de Mérigny et de ses environs, 2009. – 239 p (p 133)]

Dr Jean-Pierre de Mondenard (FRA), médecin du sport : « Seuls quarante-cinq groupes de substances sont interdits, soit trois cents médicaments sur les onze mille contenus dans le Vidal, le dictionnaire qui donne la liste de tous les produits pharmaceutiques. Si un médecin ne peut rien trouver dans les 10 700 restant pour soigner une rhinite, qu’il se reconvertisse ! »       [Télé 7 Jours, 04.08.1984]

Dr Patrick Nédélec (FRA), médecin antidopage sur le Tour de 1982 à 1994, médecin des équipes Castorama (1995), Gan (1996) : « Pendant mes deux ans à la tête d’une équipe, la demande était incessante, par des coureurs qui connaissaient le Vidal mieux que moi ! Ils s’arrangent pour l’avoir, ils le feuillettent, ils m’appellent ensuite : « Tiens ce produit-là, tu crois vraiment… ». Psychologiquement, ils ont besoin de quelque chose à tout prix. »[Le Journal du Dimanche, 10.11.1996]

 Claude Sudres (FRA), manageur de l’équipe cycliste Gan-Mercier de 1972 à 1976 : « Les coureurs vivent avec le Vidal comme compagnon, ce répertoire des médicaments, et cherchent des produits qui pourraient les aider. Ils font des expériences. »[L’Équipe, 27.10.1976]

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Articles Dr JPDM Cyclosport Magazine n° 113 :

  • Echos – Le clin d’œil du dr JPDM
  • Fiche technique – le vélo ne donne pas de gros mollets
  • Santé – Début de saison : faites un bilan de santé
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RA n° 166

Articles Dr JPDM Running Attitude n° 166

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Pourquoi tant de haine ?

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Bassons, le coureur propre victime de la pandémie dopante des années Armstrong

Christophe Bassons, l’homme qui a eu le courage de dénoncer le dopage pendant le soi-disant Tour du Renouveau 1999, n’en finit pas de susciter la vindicte du milieu. Après la Fédération française de cyclisme qui lui a collé un constat de carence intempestif lors d’une épreuve de VTT, c’est Laurent Brochard – champion du monde 1997 – qui, dans sa biographie parue en juin 2013, continue de dénigrer son coéquipier chez Festina et Jean Delatour. Or, tout le monde sait depuis le moraliste Nicolas de Chamfort que « En France, on laisse au repos ceux qui mettent le feu, on persécute ceux qui sonnent le tocsin ». Babasse, tel est son surnom donné par ses équipiers, a commencé à indisposer le milieu de la pédale quand il a tenu pendant le Tour de France 1999 une chronique dans Le Parisien où il expliquait que le dopage était omniprésent chez les professionnels. Lance Armstrong, le boss du peloton, est alors intervenu directement auprès du trublion pour que cesse ses allusions ‘’nauséabondes’’ sur l’addiction pharmaceutique de la plupart des géants de la route.

« Fous le camp »

BASSONS

 Flash-back sur cet épisode faisant partie dorénavant de l’Histoire de la Grande Boucle. Le Mazamétain décrit la scène dans son ouvrage « Positif » (éd. Stock, 2000) : « Qu’est-ce que tu fais ? m’a demandé le boss en anglais.

– I make the race, I attack (je fais la course, j’attaque) ai-je grasseyé, avec mon accent du sud-ouest […]

– Tu sais, ce que tu dis aux journalistes, ce n’est pas bon pour le cyclisme.

– Je dis simplement ce que je pense. Je dis qu’il y a du dopage.

– Si tu es là pour faire ça, il vaut mieux que tu rentres chez toi et que tu trouves un autre travail.

– Alors, fous le camp! » .

Soyons précis, L.A. n’a pas dit « fous le camp » à Bassons, mais «fuck you », «Va te faire enculer». Le coureur français l’a raconté dans un entretien accordé à Aujourd’hui/ Le Parisien, postérieur à la publication de son livre.

Bref, ce dialogue retranscrit un échange musclé entre Christophe Bassons, l’ex-Monsieur Propre du peloton, et Lance Armstrong, le 14 juillet lors de la 10e étape Sestrières-l’Alpe-d’Huez du Tour de France 1999. Babasse est le seul coureur de l’équipe Festina, avec Lau­rent Lefèvre à avoir résisté à la tentation du dopage orga­nisé. À l’instar d’un Gilles Delion quelques années plus tôt, le Mazamétain récuse la pseudo-fatalité de la performance à tout prix. La postérité retiendra de Bassons qu’il a osé enfreindre les règles d’un jeu pipé par le cynisme et l’hypo­crisie. En affichant sans ambiguïté ses positions antidopage, il affronte de pleine face un milieu cycliste voué à la loi du silence. Une sortie de route inadmissible pour Armstrong, fraîchement intronisé parrain de la Grande Boucle.

 « C’est mieux qu’il reste chez lui »

 Le 16 juillet 1999, Babasse craque et rend son dossard. Un abandon accueilli avec soulagement par son bourreau, plus donneur de leçons que jamais. « Ses accusations ne sont pas bonnes pour le cyclisme, pour son équipe, pour moi, ni personne, assène Armstrong. S’il pense que le cyclisme fonctionne comme cela, il se trompe et c’est mieux qu’il reste chez lui !» (1) Pendant que le mouton noir rentre à la maison, le monde du vélo, solidaire dans le lynchage, sonne l’hallali. Ambiance réunion au sommet de la mafia, au moment où le padrone (parrain) fait signe d’exécuter le traître de service. Bassons est agoni de toutes parts. Y compris dans sa propre équipe, La Française des Jeux. On n’est jamais mieux achevé que par les siens. Le directeur sportif, Marc Madiot, reprend avec brio le rôle de Tartuffe: « Jusqu’à présent, je n’ai fait que te conseiller sur ta façon de gérer tes relations avec les journalistes. Mais, désormais, je vais être ferme : je ne veux plus que tu parles de dopage avec eux, intime le double vainqueur de Paris-Roubaix. S’ils te posent des questions, dis-leur que tu es ici pour faire du vélo et que tu n’acceptes de parler que de cela.» (2)  Berger attentionné, Madiot recommande la prudence à sa brebis égarée. Tels des loups affamés, les journalistes « n’attendent que ça, les affaires, les coups tordus. Ils profitent de toi » (3), prévient-il. Son coéquipier Stéphane Heulot flaire la poule mouillée derrière l’honorable masque de la vertu. « C’est lâche! [ … ] On est vingt-deux à La Française qui avions tous envie de faire ce Tour. Il a pris la place de quelqu’un et se retire sans véritable raison. Juste à cause de ses « nerfs » comme il dit ! » (4), assassine-t-il. Lorsque, le 16 juillet au matin, le Tarnais se retire de ce «Tour du Renouveau» où visiblement il est loin d’être le bienvenu, avant de quitter son équipe, il fait le tour de la table tendant la main à chacun : « Certaines personnes m’ont tendu de molles phalanges sans lever les yeux : Damien Nazon a refusé mon salut.» (5)

 Double langage

Sans discussion, la palme du double langage revient à Jean-René Bernaudeau.

BERNAUDEAU

Avant de rallier opportunément le camp des croisés de la lutte antidopage, l’actuel directeur sportif de Direct Energie, lui-même ex­-coureur professionnel- ayant déjà eu maille à partir avec le dopage en 1986, lors de l’affaire dite «des Six Jours de Bercy», où il avait reconnu l’achat de deux boîtes d’amphétamines injectables – prônait la tolérance zéro envers les dénonciateurs de la triche ! Le Tarnais raconte le harcèlement dans une chronique quotidienne : « Oui, il n’y a pas que les coureurs qui m’en veulent … Aux Quatre Jours de Dunkerque 2001, le manager de l’équipe Bonjour, Jean-René Bernaudeau, est venu me parler un soir. Il m’a fait la leçon, brutalement. Il m’a dit que Antoine Vayer, mon entraîneur, était un « gros connard », que c’était un mec qui ne valait rien, qu’il n’avait pas sa place dans le milieu [ …]. Ce soir-là, Bernaudeau m’a fait des commentaires incroyables devant tout un tas de personnes. Didier Rous (équipe Bonjour) était là, il a dit: « Laissez-le (Christophe Bassons), c’est un connard. » Ce qui m’a fait le plus mal ce soir-là, c’est que, « après m’avoir dit ça, des gens de l’encadrement de ma propre équipe se sont mis à rigoler … »

ROUS

Mention spéciale retournement de veste à Pascal Chanteur. Le président en exercice du syndicat des coureurs, l’Union nationale des cyclistes professionnels, manque rarement une occasion de pourfendre le dopage. À l’été de1999, il était le premier à se réjouir que Babasse se casse. Seuls Gilles Delion et les repentis du dopage soutiennent sans réserve le paria Bassons. « Ce qui m’a le plus révolté, c’est la réaction du peloton, de ses propres équipiers, s’indignait Delion. Mais qu’est-ce qui les gêne à ce que Bassons se soit inscrit en Monsieur Propre ? [ … ] Dommage que personne n’ait suivi

Les bras levés comme s’ils avaient gagné une course

Lors des Quatre Jours de Dunkerque, une course, à étapes disputée au printemps, le futur vainqueur de l’édition 2001, l’ancien Festina Didier Rous, mène le bal des insultes. Pendant une demi-heure, le peloton s’acharne contre le rebelle de Mazamet. « Chanteur me disait: « T’as fait ta piqûre ce matin ? » J’étais mal, je me suis laissé glisser en queue de peloton, confiait-il dans Libération. Prétendant être malade, j’ai enlevé mon dossard, regardé le commissaire de course, c’est alors que j’ai vu les Chanteur et compagnie remonter vers l’avant du groupe en levant les bras comme s’ils avaient gagné une course. Au circuit des Mines, ce sont mes propres coéquipiers qui sont venus me chercher, alors que j’étais devant. Il y en a même un qui, après avoir longtemps sucé ma roue, m’a fait un grand sourire lorsqu’il a attaqué. Lors du Grand Prix de Rennes, j’avais pris par erreur un gel-douche dans les vestiaires. Il y en a un qui a défoncé la porte de la douche pour récupérer son bien. Ces comportements sont quotidiens. Imaginez la veille d’une course lorsqu’un coureur arrive, alors que nous sommes tous à table, qu’il salue tout le monde sauf moi. C’est violent, j’ai trop de pression sur les épaules, dans mon équipe, dans le peloton.» (6)

Pour moi, Bassons entre dans la catégorie des personnages rares qui, ont une conscience individuelle bien affirmée, et décrite avec justesse par Albert Einstein, Prix Nobel de physique 1921: « Peu d’hommes sont capables d’exprimer une opinion qui diffère des préjugés de leur milieu ambiant. »

La responsabilité des patrons du cyclisme

Pour tenir pendant deux ans, malgré les pressions et les intimidations, il fallait que Bassons soit mentalement très fort. Si Lance Armstrong a donné le coup d’envoi de l’opération «fous le camp », le milieu cycliste tout entier porte une lourde responsabilité dans cette affaire. Les patrons du cyclisme, notamment le président de l’Union cycliste internationale de l’époque, Hein Verbruggen, et Jean­-Marie Leblanc, directeur du Tour de France des années de dérive biologique maximale, ont laissé passer une occasion historique d’adresser un message de fermeté aux coureurs tentés de continuer leurs petits arrangements avec l’éthique. Comme si l’affaire Festina n’avait jamais existé. À quoi bon décréter le Tour du Renouveau si les fraudeurs se sentent protégés par un sentiment d’impunité ? Quand Bassons est descendu de vélo, lors du Tour de France 1999, une partie du peloton a applaudi ! Preuve qu’eux se sentaient soutenus par les plus hautes instances, à l’inverse de Babasse, lâchement abandonné à son triste sort. Voilà comment s’est terminé le Tour du Renouveau. Le 28 juillet, alors que le Tour s’achève, Jean-­Marie Leblanc se fend d’un courrier à Bassons. Usant d’un ton paternaliste, il dépeint un garçon un peu naïf, sous l’emprise de médias manipulateurs. « À mon avis, vous aviez été victime du rôle qu’on avait voulu vous faire jouer de porte-parole quotidien; l’accroche du Parisien était réductrice et paraissait vous en accorder l’exclusivité et je comprends qu’elle ait indisposé d’autres coureurs, sermonne le patron du Tour. En réalité, mes amis du Parisien, involontairement je pense, s’assurent une sorte de scoop, y compris le jour où vous avez quitté le Tour. Je suis un vieux briscard du journalisme et, dès la veille, j’avais deviné leur titre: « Bassons : pourquoi je quitte le Tour ».» Le catholique bon teint ajoute une note empreinte de miséricorde: « Hier dans L’Équipe, où il existe encore des journalistes scrupuleux, j’ai pu redire que vous parlez juste, que vous parlez vrai, mais simplement qu’on vous avait amené à trop parler, ce qui vous a desservi.» (7)

Portrait-robot de la duplicité

Cette réponse de Leblanc correspond au portrait-robot de la duplicité des autorités du cyclisme. Pas de polémique ; attention à ne pas salir l’image du Tour ; le problème n’est pas tant le dopage que celui qui le dénonce. Ce n’est pas nouveau … Il faut croire que Leblanc ne devait pas avoir la conscience tranquille. À juste titre. En tant que directeur de l’épreuve, il est le garant de la régularité de la course. Exercer des pressions psychologiques pour virer Bassons constitue une infraction à la lettre et à l’esprit des règlements sportifs. Armstrong aurait dû être sanctionné. À défaut, Leblanc aurait au moins pu mettre en demeure le pouvoir sportif, l’UCI, d’intervenir, afin de restaurer l’équité sportive. Ils n’en ont rien fait car les autorités sportives ont toujours été du côté du manche, du plus fort, du plus puissant. Armstrong peut compter sur la mansuétude de son ami Hein Verbruggen, qui lui a toujours laissé les mains libres. Qu’importe si les plus faibles sont écrasés par des moyens extra-sportifs. Tant que le spectacle continue. Christophe Bassons n’était pas totalement isolé, il a tout de même reçu le soutien de la ministre des Sports, Marie-George Buffet. « J’ai tenu à lui écrire pour lui témoigner ma sympathie, car je crois qu’il est grand temps que les sportifs rompent le silence !» (8), expliquait la dirigeante communiste. Babasse y a d’ailleurs été sensible. En réalité, l’action de Marie-George Buffet a été pour le moins timorée par rapport au pouvoir et à l’autorité qu’elle représentait. Ça ne mange pas de pain d’envoyer une lettre de consolation. Pourquoi n’est-elle pas intervenue pendant le Tour ? Pourquoi n’a-t-elle pas pris de sanctions contre les fauteurs de troubles et leurs complices au plus haut niveau ? Elle aurait mieux fait d’envoyer un blâme à l’Union cycliste internationale et aux organisateurs, qui ont laissé croupir Bassons.

Dénoncer les abus de pouvoir

Le soutien des médias à Bassons s’inscrit aussi dans ce que j’appelle le portrait-robot de la famille du dopage. Ou comment les différents acteurs, coureurs, autorités sportives, organisateurs, journalistes, se cantonnent dans un rôle qui favorise la pérennisation des pratiques dopantes. Les médias ont laissé s’exprimer Bassons, très bien, mais ils sont restés à l’écume du phénomène. Les journaux auraient dû mettre en demeure les pouvoirs publics à la manière d’Émile Zola avec son célèbre « J’accuse». La presse a le devoir de dénoncer les abus de pouvoir. Surtout quand ils s’exercent à l’encontre d’un sportif qui a eu le courage de dénoncer les tares du système au péril de sa carrière. Au crédit des médias, on peut leur concéder d’avoir interpellé Jean-Marie Leblanc, Hein Verbruggen et Marie-George Buffet sur le cas Bassons. A mon point de vue, ils devaient aller beaucoup plus loin par exemple : lancer un ultimatum au pouvoir sportif, afin qu’il préserve la régularité de la course. Je le répète, le pouvoir cycliste n’a pas levé le petit doigt pour aider Bassons alors qu’il a constamment le mot « éthique » à la bouche. C’est toujours la même histoire, quel que soit le sport. Quand Johnny Hallyday raconte que le footballeur Zinedine Zidane se fait transfuser deux fois par an dans une clinique du Tyrol italien, pas une oreille ne bouge. La Fédération française de football n’interroge pas Zidane. Et le ministère des Sports, chantre autoproclamé de l’antidopage, se garde bien de demander des comptes à notre Zizou national. Idem pour Bassons et Armstrong.

A des années lumière d’un Tour du Renouveau 

PARIA

Pour résumer cet épisode consacré à la chronique du harcèlement moral de la part du boss du peloton et de ses affidés à l’encontre de Bassons, les observateurs indépendants avaient du grain à moudre pour affirmer que pendant le septennat d’Armstrong on était encore à des années-lumière d’un Tour du Renouveau, voire de transition, de la reconstruction, de la rédemption selon les expressions du directeur du Tour de France. Cette logorrhée de formules creuses sans aucun fondement objectif ne pouvait que convaincre les gogos en mal de légende bidon. Lance Armstrong ayant pris sa retraite définitive en 2010, son départ n’a pas éteint instantanément le courroux du milieu à l’encontre du « mouton noir » dénonciateur des performances factices. C’est sa propre fédération qui va s’en charger en prenant un prétexte mal ficelé pour le suspendre. Le 1er septembre 2012, Bassons participe au Championnat de France de VTT marathon à Langon en Bretagne. Victime d’une hypoglycémie, il abandonne au km 73, en prévenant une officielle de son retrait. Désigné tardivement par téléphone pour se présenter au contrôle antidopage, il se trouvait dans l’impossibilité de satisfaire au prélèvement car depuis son arrêt en course, il avait pris sa voiture pour rentrer chez lui dans le Bordelais.En première instance, pour cette carence au contrôle, la commission disciplinaire de la Fédération (FFC) le suspend… un an ! En appel, la sanction tombe à un mois. Me Lapouble, son avocat, stigmatise le comportement de l’instance fédérale : « On a l’impression que tout a été fait pour l’attraper. Christophe Bassons n’est pas parti comme un voleur. Il n’y a rien dans ce dossier et sa suspension en première instance avait tout d’un procès stalinien. »

Blanchi par l’AFLD

Finalement, le Tarnais a été blanchi par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) qui s’était autosaisie du dossier.Le dernier en date à chercher des poux à Bassons afin de décrédibiliser son action antidopage, c’est son ancien coéquipier chez Festina, Laurent Brochard. Le champion du monde 1997 a publié en juin 2013 une autobiographie dans laquelle il aborde sa cohabitation avec Babasse en 2000-2001 au sein de l’équipe Jean Delatour : « Dans cette formation façonnée à mon image, où j’impose ma griffe, je retrouve une vieille connaissance : Christophe Bassons, l’ancien de Festina, est en effet des nôtres. Un recrutement qui n’est pas de mon fait. Depuis « l’affaire », Christophe, Monsieur Propre autopro­clamé, a entamé une croisade antidopage tapageuse qui a le don de m’agacer. Dans son autobiographie, Bassons n’est pas tendre avec moi, me reprochant notamment une hostilité affichée à son égard, et le refus répété d’accepter les bidons qu’il me tendait en course. Ce qu’il écrit est exact.

 BROCHARD 2

Au début de la saison 2000, j’étais résolu à ne pas recevoir ce genre de bidon et à l’ignorer superbement. Je l’en avais d’ailleurs averti. Je ne sais plus si je me suis comporté de la sorte durant toute l’année, mais oui, je l’ai fait. Nous commettons tous des erreurs, et j’ai certainement mal réagi. Mais lui ne m’a guère ménagé davantage en disant beaucoup de choses et en profitant du système. Car j’estime que Christophe Bassons a profité du système. Ce genre de personnage a en effet indirectement tiré parti du dopage, en gagnant de l’argent sur notre dos. Je m’explique : chez Festina, comme d’ailleurs dans toutes les équipes, les gains récoltés durant toute la saison étaient équitablement répartis en fin d’année entre tous les coureurs. Or cet argent, selon lui mal acquis car gagné grâce aux produits dopants, Christophe Bassons n’a jamais craché dessus.

Arrêtons d’ostraciser ceux qui dénoncent le dopage

Bien au contraire, il ne rechignait pas au moment du partage, estimant avoir droit à sa part du butin. S’il avait été fidèle à sa ligne de conduite, Christophe aurait dû refuser de percevoir un pourcentage sur des primes à ses yeux illégalement glanées. Il n’en a rien été. J’appelle cela cracher dans la soupe. Trouvant son attitude illogique au regard de ses convic­tions, je ne lui témoignerai pas ma sympathie durant son passage chez Delatour. Christophe Bassons quittera finalement l’équipe durant la saison 2001, mettant un terme à sa carrière. Bassons mis à part, le courant passe avec tout le monde. » On voit que la tirade de La Broche n’a qu’un but : ostraciser le défenseur d’un cyclisme sans artifice biologique. Que lui reproche-t-il ? De revendiquer sa part des primes. Mais pendant la compétition, Bassons fait son boulot pour l’équipe et, cerise sur le gâteau, il doit – n’étant pas dopé – se dépouiller beaucoup plus que les autres ! Si cette collaboration aux succès des leaders ne lui rapporte que des nèfles, autant le licencier pour faute grave : refus de se doper. Il y a en a qui ferait mieux de tourner sept fois la langue dans la bouche avant de s’exprimer.

J’ajoute un message à l’attention du milieu cycliste : arrêtez d’attaquer ceux qui dénoncent le dopage. Concentrez vos actions sur les tricheurs de tous poils, sur ceux qui se dopent et ceux qui assurent leur logistique. L’adversaire n° 1, ce n’est pas le Tour, ni le cyclisme mais évidemment le dopage !

En clair, comme le fait le milieu cycliste depuis des lustres, faire la guerre aux pompiers plutôt qu’aux pyromanes, c’est consternant d’inefficacité.

Références

(1) L’Equipe, 17 juillet 1999; (2) Positif; (3) Ibid; (4) L’Equipe, 17 juillet 1999; (5) Positif; (6) Libération, 26 juin 2001; (7) Positif; (8) Libération, 26 juin 2001