Effets collatéraux

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Selon une récente étude de l’université de Liège, 30% des runneurs prennent des médicaments en dehors d’une prescription médicale et 5 à 6% consomment des produits facilitant la performance. Parallèlement, 58% des 8,5 millions de Français pratiquant la course à pied débutent leur activité pédestre pour être en bonne santé ou améliorer leur condition physique. Or, le dopage est une forme de tricherie que le runneur effectue aux dépens de ses adversaires dans le cadre de compétitions sportives, mais aussi aux dépens de sa propre santé. D’autant plus que l’effort physique avec son hyperthermie satellite potentialise les effets négatifs des drogues de la performance. Parallèlement, l’organisme finit toujours par exiger le remboursement des excès auxquels on le condamne. Petite revue des effets secondaires.

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Des histoires de volatils, lévriers, taureaux… chargés pour satisfaire l’ego de leurs propriétaires !

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Mises à part quelques exceptions où les animaux sauvages ou domestiques se défoncent en absorbant des plantes hallucinogènes présentes dans la nature, la quasi-totalité des animaux dopés le sont par les hommes. En dehors des chevaux (hippisme) qui feront l’objet d’une fiche à part, tous les animaux de compétition : chiens (de traineaux, lévriers, whippets…), pigeons, chameaux, éléphants, taureaux (corrida, bullriding…), cerfs, vaches valaisannes, certaines fédérations telles la fédération colombophile internationale, pratiquent des contrôles antidopage sur leurs animaux, d’autres non. Plusieurs instances internationales dans un souci de protection de l’animal contre les agissements de l’homme pour sa gloire personnelle, ont une liste de substances prohibées plus étendue que celle de l’Agence mondiale antidopage pour les humains.

Par exemple, la caféine – un véritable dopant dont les effets ergogéniques ont été bien démontrés par de multiples études scientifiques – n’est plus prohibée chez l’homme depuis 2004. En revanche, ce tonique séculaire est encore aujourd’hui illégal en milieu hippique mais également chez les colombophiles. Tout dernièrement, au début de l’année 2016, un pigeon a été testé positif à la triméthylxanthine (caféine).

Afin d’éclairer ce thème du dopage animal, nous vous proposons un cocktail d’histoires colligées depuis plus d’un siècle. Rappelons que la triche étant consubstantielle à l’homme, notamment dans une situation de compétition, le survoltage artificiel des volatils et des quadrupèdes fait partie des moyens utilisés par le coach et son poulain pour atteindre les marches du podium et de la gloire. En pastichant Anatole France, on peut écrire que « sans le dopage, l’éthique périrait de désespoir et d’ennui ».Dr JPDM

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Le poker, les échecs sont-ils des sports ?

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Les « grosses têtes » ont-elles besoin de muscles ?

Bernard Hinault expliquait à l’époque où il dominait le cyclisme international que « le golf n’était pas un sport », sous-entendu que la dépense énergétique était beaucoup trop faible pour être comparée à des cyclistes, des marathoniens ou autres footballeurs. Ces derniers, pour lui, étaient de vrais athlètes.

Même s’il ne sollicite pas la physiologie corporelle avec la même intensité, le golf de haut niveau impose une condition physique maximale permettant d’optimiser sa concentration, sa maîtrise émotionnelle et sa gestuelle. Pareillement, le joueur d’échecs, de jeux vidéo où il faut rester des heures connecté à 200% avec la partie sera plus performant s’il est au top niveau de forme. Or, la triche étant consubstantielle à l’homme, le dopage n’épargne aucune activité de compétition puisqu’il peut stimuler bien sûr les muscles, le cœur, le rendement du corps mais également le système nerveux central et donc les performances dans les Jeux de société. Dès 1980, le physiologiste François Ruff avait écarté d’un revers de main les tenants de l’impossibilité de se doper car, dans leur sport, « on ne connaît pas à l’avance la durée du match » et « les pilules de l’effort perturbent la précision du geste ».Dans l’Aurore du 1er septembre 1980, le scientifique avait démonté les pseudos arguments des tenants de l’inefficacité : « Le dopage n’épargne aucun sport en principe (NDLA : aucune activité humaine de compétition). Qu’il soit d’adresse ou non, qu’il soit ou non de durée variable car on peut prendre un dopage à la carte, par doses successives et en mélangeant les produits suivant les effets qu’on en attend. » Les extraits de presse rassemblés ici montrent bien que les joueurs professionnels d’échecs ou de poker entretiennent leur tonus physique afin que leur mental reste hypervigilant. Et bien sûr un dopage bien maîtrisé peut aider à booster les connections….Dr JPDM

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Jeux de société : bridge, échecs, poker, jeux vidéo…

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Rappelons que c’est la compétition – qu’elle fasse appel à un rendement athlétique performant, à un mental d’acier ou à une maîtrise émotionnelle parfaite, ou les trois à la fois – qui pousse à la recherche d’orviétans capables de faire grimper le candidat sur le podium et la reconnaissance qui s’ensuit. Ainsi le dopage fait partie de toutes les activités humaines où il y a confrontation entre les hommes : en dehors du sport, on trouve du dopage chez les politiques, les écrivains, les artistes peintres, les chanteurs, les acteurs, les étudiants, les chauffeurs professionnels (poids lourds), les pilotes de ligne… En fait, quasiment tout le monde engagé dans une compétition voudra gommer l’incertitude du résultat en absorbant la pilule des vainqueurs.

Au final, il n’y a aucune raison que les jeux de société soient épargnés par la consommation de drogues stimulant les neurotransmetteurs, la concentration, la maîtrise du langage corporel, l’endurance, le sang-froid, etc.

Afin d’illustrer notre propos, nous vous proposons toute une série d’histoires vécues confirmant que les Jeux de société (bridge, échecs, poker, vidéo…) ne sont pas épargnés par la triche biologique.

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Lutte antidopage olympique : le zéro pointé des statistiques

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« Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges,

les sacrés mensonges et les statistiques. »

Mark Twain (USA) (1835-1910), journaliste, romancier

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La tricherie semble bel et bien admise comme une pratique normale par les autorités régissant l’olympisme. Les multiples possibilités de se doper sans se faire prendre aboutissent à un effet pervers : la crédibilisation des dopés.

Depuis longtemps – mis à part le Comité international olympique (CIO), l’Agence mondiale antidopage (AMA), les Fédérations internationales (UCI, FIFA, IAAF, ITF) – tout le monde sait que la négativité des contrôles antidopage pour clamer que l’on ne se dope pas, est un argument non recevable. Ce qui, bien sûr, est intolérable pour ceux qui jouent le jeu. On arrive ainsi au paradoxe aberrant que les athlètes spécialistes de la dope, demandent hypocritement toujours plus de contrôles sachant très bien que les risques encourus sont faibles, voire nuls pour les pros des manipulations biologiques. A chaque olympiade depuis 1968, date des premiers Jeux contrôlés, les résultats des tests antidopage sont très rassurants puisque les laboratoires « haute performance » du CIO, ne détectent que quelques cas.

Moins de 4 pour mille

Sur les 38 816 tests effectués depuis les JO d’hiver de Grenoble, seuls 150 se sont avérés positifs, soit 0,39 pour cent ! Autrement dit, moins de 4 pour mille (voir tableau détaillé des contrôles aux Jeux olympiques). Est-ce à dire que la lutte antidopage est efficace ou au contraire que les fraudeurs savent parfaitement contourner l’obstacle sans se faire prendre ?Les sportifs, dans leur majorité, sont pour les contrôles à condition d’être certains que ceux qui se dopent soient pris et sanctionnés à coup sûr. Howard Payne, sommité en haltérophilie de l’Université britannique de Birmingham, affirme à ce sujet : « La presque totalité des athlètes auxquels j’ai parlé accueillerait avec joie les examens antidoping, s’ils étaient certains qu’aucun médicament n’y échapperait. ». Malheureusement, cette certitude réclamée par les sportifs et les entraîneurs n’est toujours pas envisageable dans un avenir rapproché. Nous allons le démontrer en analysant tous les points faibles de la lutte antidopage qui expliquent clairement : « que courent toujours les hormonés, les anabolisés, les cortisonés, les transfusés, les drogués, la plupart du temps sous couvert des fédérations ».

Que les imprudents et les mal conseillés

Cet avis péremptoire prononcé un an avant les Jeux de Séoul, et toujours d’actualité, s’est vu d’ailleurs confirmé par un pionnier de la lutte antidopage olympique Sir Arthur Gold, le Président de la British Olympic Association : « Tant que le dépistage sera ce qu’il est, nous n’attraperons que les imprudents et les mal conseillés. » Durant de nombreuses années, maints produits dopants ont été consommés en toute impunité. C’est le cas entre autres des stéroïdes anabolisants, utilisés par les sportifs depuis 1954 et interdits en 1974 par le Comité International Olympique (CIO), des bêta-bloquants, employés depuis 1978 (au moins) et interdits en novembre 1985, ou de la célèbre caféine, utilisée depuis un siècle comme stimulant tous azimuts et interdite seulement en 1983 par le CIO puis autorisée à nouveau en 2004 pour ne pas désobliger Coca-Cola, l’un des sponsors principaux des valeurs olympiques.Mais de nombreux dopants, notamment plusieurs hormones naturelles, en raison de l’absence de méthode analytique validée par la communauté scientifique ou de seuil irréfutable de positivité, ne sont toujours pas recherchés lors des contrôles antidopage. Ainsi, en est-il de l’hormone de croissance (hGH) qui, tout à la fois, stimule la croissance individuelle des fibres musculaires et leur nombre (l’hGH n’était pas recherchée à Londres en 2012 ni à Sotchi en 2014), de l’hormone corticotrophine (ACTH ou Synacthène®) utilisée pour accroître la synthèse de cortisone, de la gonadoréline (hormone sécrétée par l’hypothalamus) qui déclenche la sécrétion d’hormone mâle par le testicule et de la somatostatine qui bloque la sécrétion de l’hGH et « permet » d’orienter la croissance des gymnastes. Mais aussi de la transfusion sanguine autologue (avec son propre sang prélevé, stocké et réinjecté en fonction des compétitions) qui augmente le nombre de globules rouges en facilitant l’oxygénation musculaire

Stanozolol, 25 ans après

 Par ailleurs, des substances cataloguées détectables ne l’étaient pas à coup sûr. Ainsi en novembre dernier, Hans Geyer, l’un des responsables scientifiques du laboratoire antidopage de Cologne (Allemagne), lors d’une conférence, a révélé que grâce à une nouvelle méthode de détection des stéroïdes anabolisants exogènes, 260 cas qui jusqu’alors seraient passés inaperçus, ont été testés positifs : « Maintenant nous avons une méthode plus sensible et depuis que nous l’avons lancée en novembre l’an dernier, nous avons trouvé environ 180 cas positifs au stanozolol et 80 cas positifs à l’Oral-Turinabol®, que nous n’aurions jamais détectés avant » a expliqué le scientifique.

Oral-Turinabol Oral-Turinabol : la pilule miracle des Allemands de l’Est, indécelable de 1974 à 2013

Cette méthode, qui se base sur la recherche d’un métabolite de longue durée dans l’urine, a été mise au point par le laboratoire antidopage allemand pour le volet concernant le stanozolol, le stéroïde trouvé dans les urines de Ben Johnson au terme de la finale du 100 mètres des Jeux olympiques de Séoul en 1988, et par le laboratoire de Moscou pour l’Oral-Turinabol® (dérivé de la testostérone, l’hormone mâle) le produit dopant de l’ancienne Allemagne de l’Est mis sur le marché local en 1965.

bjohnson2804_468x552        Ben Johnson dominant la finale olympique de Séoul en 1988           imagesXU7FAR45

                      Le stéroïde anabolisant qui a fait tomber  Ben Johnson aux JO 1988

Mais l’information majeure de cette avancée analytique c’est que pendant 25 ans, depuis l’affaire Ben Johnson, des centaines de sportifs plus malins que le Canadien sont passés à travers les radars de la lutte antidopage car ils savaient quand il fallait stopper la prise du fameux stéroïde anabolisant ! De même, la RDA entre 1968 et 1988 a glané 519 médailles olympiques en subissant plusieurs centaines de contrôles – tous négatifs – alors que l’ensemble des sélectionnés est-allemands absorbaient de l’Oral-Turinabol®. Tout ce petit monde peut adresser un grand merci au CIO.

Siphonner la vessie

 Nul n’a besoin d’être un grand devin pour imaginer que les sportifs olympiques puisent abondamment dans ces nombreuses substances hormonales indétectables. En outre, les moyens de tricher au contrôle ne manquent pas. Le remplacement des urines contenant le produit illicite par celles d’un tiers n’est pas aussi rare qu’on pourrait le penser. Une poire en caoutchouc ou un sachet d’urine dissimulés sous l’aisselle, dans le vagin ou le rectum sont des techniques courantes, de même que le siphonage de la vessie. Celui-ci, un peu plus sophistiqué, consiste à faire injecter de l’urine « pure » dans la vessie à travers l’abdomen ou à l’aide d’une sonde souple par voie urétrale, après avoir uriné dans un coin discret.

sans-titre (4) David Howman, directeur de l’AMA

 Le contrôle négatif n’est pas une preuve de non dopage

Dans la réalité, les faits sont souvent têtus et plusieurs exemples sont là pour démontrer sans ambages que de faire référence à la négativité des contrôles antidopage pour clamer que l’on ne se dope pas ou que tel ou tel sport est propre, n’est certainement pas un argument massue. Par exemple, de 1986 aux Jeux olympiques de Séoul (1988), soit pendant deux ans, Ben Johnson, le vainqueur du 100 mètres, contrôlé positif au stanozolol (un stéroïde anabolisant) avait subi dix-neuf tests, tous négatifs, alors qu’il suivait de fréquentes cures hormonales pendant cette même période. De même, pendant une vingtaine d’années, jusqu’à la réunification des deux Allemagne en 1990 et l’affaire du trio des Wundermädchen Krabbe-Breuer-Derr, deux athlètes d’Allemagne de l’Est – la lanceuse de poids Ilona Slupianek en 1977 lors de la coupe d’Europe et le cycliste Norbert Dürpisch à l’occasion des championnats du monde 1978 – se font prendre dans les filets du contrôle antidopage alors que « 200% » des athlètes de RDA étaient survoltés artificiellement. Le 26 août 1993, les autorités allemandes ont révélé des documents autant secrets qu’irréfutables, établissant que la police secrète d’Allemagne de l’Est, la Stasi, dirigeait et contrôlait tout le processus de la « dope » systématique commencé en 1971.

De plus, on n’effectue la plupart du temps, que des contrôles a posteriori, c’est-à-dire après l’épreuve qui, comme le soulignait Alexandre de Mérode, président de la Commission médicale du CIO de 1967 à 2002, « n’atteignent que les plus stupides et les plus imprudents. »

FLORENCE 1                          FLORENCE 2

Le recours aux produits qui « effacent » les traces de dopants en les diluant est également un moyen de tricher. Les diurétiques, qui accélèrent l’élimination du dopant, de même que le probénécide qui ralentit l’élimination de stéroïdes anabolisants étaient utilisés, depuis le milieu des années 1970, et n’ont été interdits par le CIO qu’à partir de 1987 et 1988. Mais d’autres substances ou systèmes « effaçants » plus ou moins efficaces restent disponibles. Des doses infimes de plusieurs anabolisants différents auraient un effet global sur le muscle identique à un seul dopant pris à dose plus élevée, tout en permettant l’élimination rapide de chacun des produits et leur non-détection. Le couplage d’un anabolisant avec un stimulant cardiaque, l’heptaminol, donne une grosse molécule qui filtre difficilement à travers les reins et est donc indétectable.

Des contrôles préventifs pour se jouer des tests officiels

 L’une des causes essentielles de l’inefficacité des contrôles antidopage est l’absence d’une réelle lutte internationale. En effet, de nombreux pays, pour éviter d’envoyer aux Jeux olympiques des sportifs dopés, font des contrôles préventifs avant le départ. Les différents témoignages provenant d’athlètes soviétiques et des dossiers de la Stasi (ex-police secrète de RDA) confirment que cette pratique était généralisée dans le bloc de l’Est et qu’elle a débuté vraisemblablement dès 1972, aux JO de Munich. Ce n’est qu’à partir des JO de Montréal en 1976 que ces contrôles officieux à visée prophylactique étaient principalement effectués afin de vérifier que l’arrêt de la cure d’anabolisants (prohibés en 1974) avait bien été stoppé à temps. Si l’interruption était trop tardive et qu’il persistait des résidus d’hormones exogènes, les athlètes restaient à la maison et le motif de leur forfait était au choix : une blessure, une maladie, un mariage, une grossesse etc. Anthony Daly, directeur des services médicaux des JO de Los Angeles, a confirmé dans une interview parue dans un quotidien sportif, cette pratique des contrôles officieux destinés à planifier l’utilisation des dopants de l’entraînement : « Certains pays sont équipés d’un matériel sophistiqué qui leur permet de procéder à des contrôles de leurs sélectionnés avant les compétitions officielles. Les « positifs » seront écartés systématiquement et la sélection présente aux JO échappera à toute punition. Il aura suffi d’établir un calendrier de l’utilisation de certaines drogues et d’en arrêter l’absorption suffisamment à l’avance. Pour les pays « pauvres », qui n’ont pas d’équipement antidopage, ces contrôles sont impossibles et leurs représentants risquent d’être pris en flagrant délit alors qu’ils ne seraient pas plus coupables que ceux qui auraient été au préalable soumis à un précontrôle. »

Le seul moyen de prévenir cette escalade serait d’étendre les contrôles antidopage aux entraînements. Pour Anthony Daly, la solution n’est pas simple : « Pour mettre sur pied un programme mondial de contrôle, nous nous heurtons avant tout à des problèmes politiques. C’est aussi difficile que d’obtenir des pays du monde qu’ils réduisent leur armement. »

Hors compétition, la Norvège innove

 En 1977, la Norvège a été la première nation à instaurer de façon systématique des contrôles hors compétition. En 1988, onze ans plus tard, 75% de l’ensemble des tests effectués dans ce pays scandinave l’étaient à l’improviste. Or, les contrôles vraiment inopinés donnent sur les seules substances détectables, environ 10 à 30 % de cas positifs. Les tests de dépistage effectués a posteriori à la suite des épreuves olympiques sont, eux, loin de ces résultats. Ainsi, les treize Jeux olympiques d’hiver ayant eu lieu entre 1968 (Grenoble) et 2014 (Sotchi) n’ont eu officiellement que 0,27 % de cas positifs (28 cas sur 10 217 analyses) et les douze Jeux d’été, de Mexico à Londres, que 0,43 % (122 positifs sur 28 599 analyses).

De surcroît, si l’on considère le coût faramineux – 27 millions d’euros – des installations antidopage de Sotchi (construction du laboratoire et équipement analytique), on ne peut que constater que c’est beaucoup d’argent pour des résultats somme toute très modestes.  Les patrons d’une entreprise qui auraient un tel bilan seraient rapidement priés d’aller exercer leurs « talents » ailleurs. En effet, ils sont soient incompétents ou n’ont pas les coudées franches pour aboutir. Dans les deux cas, ils doivent passer le témoin. Lorsqu’on sait comment fonctionnent les élections au sein de l’olympisme, il est douteux que les choses changent rapidement.

Et au lieu de la devise olympique : « Plus vite, plus haut, plus fort » (Citius, Altius, Fortius) du Père Didon, il faut dorénavant proclamer « Toujours plus de triche, plus de dopage, plus d’argent ».

Un grand merci au CIO pour la promotion de ces belles valeurs !

 (*) en 2013, le budget de l’AMA était de 19 millions d’euros et celui de l’AFLD de 7 millions

 Article écrit le 17 mars 2014 après les Jeux olympiques de Sotchi.

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Le cheval de bois plus fort que le pur-sang ?

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Dans une récente interview parue dans Pédale, un magazine annuel publié par So Foot, Laurent Brochard – l’ancien champion du monde 1997 – accrédite la thèse du cheval de bois dominant le pur-sang grâce au dopage.

Sauf que cette affirmation est régulièrement contredite par les faits.

Avant les meilleurs restaient les meilleurs

 A la question posée par un journaliste de So Foot : « Avant, avec le dopage à papa, les meilleurs restaient les meilleurs. Mais avec l’ÉPO, la hiérarchie a commencé à être bouleversée, les bourrins pouvaient devenir des étalons… », la Broche rétorque : ‘’ Oui, on s’en est aperçu. Il y a des produits comme ça qui peuvent tout changer et donc sûrement changer ton corps.’’ Tout en répondant à la question, Brochard s’aperçoit que d’accréditer le changement surnaturel dû au dopage à l’ÉPO et alors que lui-même en prenait, décrédibilise ses performances. Ainsi, après son acquiescement initial, son discours change radicalement : « Mais quand même, la hiérarchie restait conforme aux qualités intrinsèques des coureurs, je pense, en tout cas chez Festina, il n’y a pas eu d’abus dans ce genre de choses, en tout cas pour moi c’est sûr. »

Au final, le milieu cycliste – journalistes compris – veut nous faire avaler qu’avant l’apparition de l’ÉPO au début des années 1990, le dopage ne changeait pas la hiérarchie du peloton. Et donc, par corollaire, qu’il n’y avait pas lieu de s’en offusquer. C’est bien sûr l’argumentation de nombreux journalistes ayant assisté sans broncher à l’extension de la triche pharmaceutique et de la plupart des cyclistes, espérant ainsi, pour les premiers, minimiser leur complicité passive et, pour les seconds, nier l’influence du dopage dans leurs performances.

Anquetil : les amphets « changent un cheval de labour en pur-sang d’un jour »

En réalité, des géants du Tour tels Jacques Anquetil – dès le début des années 1960 – affirmaient l’inverse en expliquant que le dopage aux amphétamines « change un cheval de labour en pur-sang d’un jour. » Dans l’émission culte de la télévision ‘’Cinq colonnes à la une’’, le Normand s’était exprimé sur le thème de l’efficacité du dopage : « Sans stimulants, les grandes performances ne seraient jamais battues. » Lors de tests grandeur nature dans des compétitions contre la montre, le ‘’Patron des pelotons’’ des années 1960 avait quantifié l’effet des amphétamines sur ses temps de course. Cette évaluation effectuée sur le Grand Prix de Forli, avait donné – en l’absence de Bomba (dynamite) – une détérioration de la vitesse moyenne de 2,5 km à l’heure sur un parcours de quatre-vingt-sept kilomètres, soit 5,7 % de débours. A titre de comparaison, signalons que Jean-Marie Leblanc, patron du Tour de 1989 à 2006, évaluait à trois kilomètres/heure le gain de vitesse moyenne procuré par l’ÉPO.Les corticos : c’est ce qui fait le plus la différence

 Par ailleurs, certains comme Laurent Fignon font passer les corticoïdes pour des dopants de catégorie inférieure. Ce dernier précisait que du temps de sa splendeur 90% du peloton carburait aux corticos et que cela ne l’empêchait en rien de faire la course en tête. David Millar, professionnel de 1997 à 2014, a un avis plus tranché sur ces fameux corticos : « J’en ai pris. Et, pour moi, c’est ce qui faisait le plus de différence. Presque plus que l’ÉPO. Ça t’assèche. C’est un miracle si j’arrivais à descendre sous les 77 kilos. Une injection de Kenacort® (un corticoïde synthétique) et j’étais à 75 après une semaine, dix jours ! Tu t’imagines le niveau de performance. Deux kilos à ce niveau-là, c’est énorme. Et en course, ça te rend plus fort. La première fois que j’en ai pris après la Vuelta 2001, c’était sur un chrono. J’avais tellement de force que tous mes tendons me faisaient mal. »

Au final, les aides biologiques à la performance (ÉPO, anabolisants, corticos, etc.) mais aussi les amphétamines, apparues au décours du second conflit mondial, modifient la hiérarchie entre les adeptes de la pharmacie et les non-consommateurs.

Article publié dans Cyclosport Magazine, n° 106, juin 2015

 

« Le système de dopage le plus sophistiqué, le plus professionnel et le plus efficace que le sport ait jamais vu… »

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En réalité, il était haut de gamme mais pas plus avangardiste que celui de ses adversaires directs ou des Allemands de l’Est des années 1980

 Dans son rapport, l’USADA s’arrange avec les faits pour glorifier la réussite de son action antidopage.

Le 10 octobre 2012, le fameux rapport sur les activités biologiques occultes de Lance Armstrong et de sa bande est mis en ligne un peu avant 14 heures. Il fait 202 pages. Annexes comprises, ce rapport s’étalait sur plus de 1 000 pages. Tout était là, même la question de George Hincapie à Armstrong : « Je peux t’emprunter de l’ÉPO ? » et la réponse de son capitaine de route : « Oui ».

Armstrong avoue dès 1996

Dans son pavé, l’USADA qualifiait le dopage au sein de l’US Postal de « programme le plus perfectionné, le plus professionnel et le plus efficace que le sport ait jamais vu ». Sauf que le 27 octobre 1996, dans une pièce de l’Indiana hospital, Armstrong avait révélé à ses médecins – mais aussi devant témoins, notamment Frankie Andreu , son coéquipier, et Betsy l’épouse de ce dernier – qu’il avait pris de l’hormone de croissance sous sa forme humaine, de l’ÉPO, de la testostérone, des stéroïdes anabolisants et de la cortisone. Ce jour-là, il ne parlera pas de transfusions sanguines que l’ÉPO remplace efficacement dans la mesure où elle ne sera décelable qu’en 2001. Après cette date, il passera aux transfusions sanguines. Toutes ces drogues sont parfaitement connues des cadors du peloton ; donc rien de bien révolutionnaire. Détaillons les produits consommés par Lance Armstrong durant toute sa carrière, de 1992 à 2010.

 Le quintet de la dope

Transfusions sanguines – Elles ont été expérimentées au début des années 1970, notamment en athlétisme. En 1976, un coureur du Tour de France reçoit trois transfusions échelonnées durant les trois semaines de course, remporte trois étapes et, au général, termine sur le podium. En 1984, aux Jeux de Los Angeles, l’équipe américaine sur piste voit certains de ses membres subir une homotransfusion, c’est-à-dire avec un sang compatible (un parent donneur). Au final, l’équipe américaine rafle neuf médailles sur quinze possible. Cinq de ses médailles sont en or. Ces faits étaient antérieurs de huit ans aux débuts professionnels de Lance Armstrong.

Erythropoïétine (ÉPO) – Les premiers témoignages de consommation d’ÉPO dans un but de performance, remontent aux Jeux de Calgary en 1988. La démonstration de l’efficacité de cette hormone multiplicatrice de globules remonte au printemps 1994 lorsque l’équipe Gewiss place trois de ses coureurs sur le podium après avoir lâché tous leurs rivaux.

Testostérone (hormone mâle) – Cette substance hormonale fabriquée prioritairement par les testicules ‘’fréquente’’ les enceintes sportives depuis le début des années 1950. Elle a été prohibée à partir des JO 1984 parce que quatre ans plus tôt à Moscou, des tests expérimentaux effectués a posteriori des compétitions olympiques et dans un but d’optimisation des recherches analytiques avaient montré que 10 à 15% des médaillés olympiques des deux sexes avaient recours à la testostérone. A l’époque d’Armstrong et afin de déjouer plus facilement les contrôles, le seul changement concernait le mode d’administration du produit qui d’injectable ou en comprimés, s’appliquait dorénavant localement par l’intermédiaire d’un gel cutané.

Glucocorticostéroïdes ou en langage du peloton ‘’les corticos’’ – Ces produits anti-inflammatoires, anti-douleurs, euphorisants sont dans la pharmacie itinérante des géants de la route depuis… le début des années 1960. Donc, rien de bien nouveau pour les corticoïdes qui bien que prohibés par l’UCI depuis 1978, n’ont été décelables qu’à partir de 1999 (1er cas positif d’Armstrong sur le Tour blanchi par l’UCI).

Hormone de croissance (hGH) – Substance à la fois anabolisante (épaississement musculaire) et lipolytique (fonte des graisses), elle pénètre les paddocks athlétiques aux JO de 1980. Alors qu’elle est interdite par le CIO en 1989, à ce jour les laboratoires agréés ont toujours beaucoup de mal à la détecter en raison de son passage sanguin ultrarapide. A notre connaissance, le premier et seul coureur positif à l’hGH lors d’un contrôle est l’Allemand Patrik Sinkewitz épinglé le 27 février 2011.

Comme on peut le constater, les différentes drogues de la performance utilisées par Armstrong et certains de ses lieutenants n’étaient pas plus sophistiquées que celles de ses prédécesseurs en jaune mais aussi de ses adversaires directs tels que Jan Ullrich, Marco Pantani, Alex Zülle, Ivan Basso. Signalons à l’attention de Travis Tygart, le patron de l’USADA, un avocat qui cause sur les substances dopantes sans avoir une quelconque légitimité pour donner un avis médical supérieur à celui des piliers du « Bar des sportifs », que les produits utilisés dans un but d’orgie motrice n’aient pas beaucoup changé en trois décennies, a surtout permis aux médecins dopeurs de se perfectionner afin d’accroître les solutions pour déjouer les contrôles.

Article publié dans Cyclosport Magazine, n° 98, juillet 2014