La 8e édition du Tour de France, en 1910, reste l’une des plus marquantes de l’histoire.
Elle est dominée par un affrontement spectaculaire entre le tenant du titre François Faber, le « Géant de Colombes », et Octave Lapize, surnommé « l’As des As ». Coéquipiers au sein de la formation Alcyon dirigée par Alphonse Baugé, les deux hommes se livrent une bataille sans merci.
Après 4 734 kilomètres et 15 étapes, le verdict est infime : Lapize s’impose avec 63 points, contre 67 pour Faber.
Mais cette édition entre surtout dans la légende pour une innovation majeure. Sous l’impulsion d’Alphonse Steines, le peloton découvre pour la première fois les Pyrénées. Entre Luchon et Bayonne, une étape hors norme de 326 kilomètres enchaîne cinq cols — Peyresourde, Aspin, Tourmalet, Soulor et Aubisque — et forge le mythe des « forçats de la route ». Un tournant décisif dans l’histoire de la Grande Boucle.
Figure dominante de son époque, Octave Lapize ne brille pas seulement sur le Tour. Il impose sa loi sur les grandes classiques, avec trois victoires consécutives sur Paris-Roubaix (1909, 1910,1911), Paris-Bruxelles (1911, 1912,1913) et au championnat de France (1911, 1912, 1913). Un palmarès qui fait de lui l’un des premiers cadors des pionniers de la Belle Epoque du cyclisme.
En fichier joint (PDF) – Octave Lapize – Dossier complet
Comparé aux 39 coureurs du peloton ayant pris leur retraite en 2024 et aux 48 en 2025
Après une analyse récente portant sur les 39 puis 48 cyclistes retraités en 2024 et 2025, tous ayant disputé au moins une édition de la Grande Boucle, plusieurs enseignements émergent lorsqu’on compare leurs parcours à ceux des 61 vainqueurs du Tour de France retirés entre 1903 et 2018.
Cette comparaison repose sur trois indicateurs principaux :
le nombre moyen de saisons professionnelles,
l’âge moyen au moment de la retraite,
le nombre moyen de participations au Tour de France.
Nombre moyen de saisons pour les lauréatsdu Tour de France (graph 1)
La période 2006-2018 se distingue par une durée de carrière particulièrement élevée, supérieure à celle des quatre périodes précédentes.
Les coureurs retraités en 2024-2025 totalisent en moyenne 14,25 saisons professionnelles, contre 15,3 pour les vainqueurs de la période 1919-1939, un chiffre légèrement supérieur à celui observé entre 2006 et 2018 (15,1).
La première période (1903-1914) fait exception, avec seulement 8,5 saisons en moyenne. Cette singularité s’explique par le déclenchement de la Première Guerre mondiale le 3 août 1914. En effet, la carrière de 6 vainqueurs sur 10 a été interrompue par le conflit : trois y ont perdu la vie, un autre s’est suicidé et deux ont vu leur carrière fortement perturbée par la désorganisation des compétitions cyclistes durant la guerre.
Âge moyen de la retraite (graph 2)
Les vainqueurs des périodes 2006-2018 (36,1 ans) et 1919-1939 (36,2 ans) mettent fin à leur carrière plus tardivement que les coureurs retraités en 2024-2025, qui arrêtent en moyenne plus jeunes.
Par ailleurs, les périodes 1947-1977 et 1978-1998, avec 13,7 et 13,2 saisons au compteur, sensiblement inférieures aux périodes antérieure 1919-1939 (15,3) et 2006-2018 (15,1) et postérieure, témoignent que les affaires de dopage ont réduit le nombre de saisons mais aussi l’âge de la retraite (cf graph 2).
Ainsi, successivement, les affaires de dopage sont venues impacter l’activité des cyclistes du Tour de France : premiers contrôles antidopage sur la route du Tour et grève des coureurs (1966), décès du Britannique Tom Simpson sur les pentes du Mt Ventoux (1967), exclusion d’Eddy Merckx du Giro pour test positif (1969), triche par substitution d’urine du maillot jaune Michel Pollentier à l’Alpe d’Huez (1978), affaire Festina où l’ensemble de l’équipe est exclu du Tour à la suite des aveux du directeur sportif et du soigneur (1998).
À l’inverse, les lauréats de la période 1903-1914 se retirent nettement plus tôt, avec un âge moyen de 31,5 ans, conséquence directe du contexte historique lié à la guerre.
Nombre moyen de participations auTour de France (graph 3)
Depuis 1978, les vainqueurs du Tour participent plus fréquemment à l’épreuve :
9,7 participations en moyenne entre 1978 et 1998,
8,9 entre 2006 et 2018.
En comparaison, les coureurs retraités en 2024-2025 affichent une moyenne nettement plus faible, avec seulement 4,8 participations.
Ce contraste s’explique notamment par les bénéfices sportifs, médiatiques et financiers liés à une victoire sur le Tour, qui incitent les lauréats à revenir pour viser d’autres succès (étapes, classements annexes, primes).
À l’inverse, de nombreux coureurs du peloton 2024-2025 n’ont participé qu’à peu d’éditions, voire une seule car cantonné au rôle d’équipier, souvent moins valorisé, au service d’un leader.
Diversité des vainqueurs selon les périodes (graph 4)
La plus grande diversité de vainqueurs s’observe entre 1903 et 1914.
La raison du plus grand nombre de vainqueurs différents est due principalement à l’absence de la notion d’équipe avec un leader unique mais au recrutement par les constructeurs de cycles des meilleures pédales de l’époque au sein d’un même groupe. Par exemple, en 1909, l’équipe Alcyon est dirigée par Alphonse Baugé ne comporte que des cadors. Sur les 6 ‘’coéquipiers’’, on dénombre un ancien lauréat Louis Trousselier (1er en 1905), deux futurs vainqueurs : François Faber (1er en 1909), Gustave Garrigou (1er en 1911) et deux futurs seconds : Paul Duboc en 1911 et Jean Alavoine en 1919 et 1922.
Difficile pour le directeur sportif de faire régner l’esprit d’équipe. Dans les comptes-rendus de ces années, il est signalé que l’entraide entre coureurs n’est pas la priorité. Lors d’un incident ou accident de machine, la victime doit réparer toute seule.
De même, en 1910, sur 10 coureurs composant le team Alcyon, on dénombre quatre anciens ou futurs gagnants de la Grande Boucle.
Aujourd’hui, les formations susceptibles de conquérir le maillot jaune n’ont qu’un seul leader au départ. Si défaillance de ce n° 1, le reste du groupe se met au service du lieutenant.
Ce n’est qu’à partir de 1930 et la création des équipes nationales sous le contrôle d’un directeur technique que la cohésion va s’installer au service d’un leader désigné au départ. Pendant cette période de l’entre-deux guerres, on va comptabiliser six vainqueurs récidivistes (Lambot, Bottecchia, Frantz, Leducq, Magne, S. Maes).
A la bascule des années 2000, l’avènement de Lance Armstrong avec à sa solde l’équipe US Postal, va booster l’organisation des équipes dont la création suivra le professionnalisme de l’Américain et de ses boys : Sky-Ineos, Visma, UAE Emirates.
Pour en revenir au commentaire du graphique 4
Au cours des périodes suivantes, les victoires répétées deviennent plus fréquentes, certains coureurs remportant plusieurs éditions.
La période 2006-2018 semble marquer un retour à une plus grande diversité de vainqueurs. Toutefois, cette impression est biaisée par l’absence de Lance Armstrong, vainqueur de sept Tours entre 1999 et 2005, dont les titres ont été annulés. Sans cette disqualification, la concentration des victoires aurait été plus marquée.
Sur ce graphique, on constate que le nombre de vainqueurs différents diminue régulièrement depuis la 1re période 1903-1914 à 1978-1998. En revanche, la période 2006-2018 remonte en raison de la disqualification pour dopage de Lance Armstrong, lauréat de 7 Tours consécutifs. Si on maintient l’Américain (colonne orange), le résultat est concordant avec l’ensemble des périodes.
Remarque : avoir disqualifié Armstrong est une imposture car de nombreux lauréats du Tour ont avoué carburer aux amplificateurs artificiels de performances ou, durant leur carrière ont été contrôlés positifs.
Analyse générale
L’étude globale met en évidence plusieurs caractéristiques des vainqueurs du Tour de France :
une participation plus fréquente à l’épreuve,
une grande polyvalence, combinant qualités de grimpeur et de rouleur,
un encadrement collectif structuré, avec une équipe dédiée à leur protection,
et, depuis le milieu des années 1990, des progrès décisifs dans la préparation scientifique et la médicalisation de la performance.
Louis Nore, ancien responsable des sports à La Marseillaise, et Sylvain Letouzé, tous deux auteurs publiés par City Editions, semblent avoir une passion commune pour les récits originaux. Cependant, leurs livres donnent parfois l’impression qu’ils prennent des libertés avec la réalité, un peu trop !
Le livre de Louis Nore a du mal à convaincre, tout comme celui de son collègue Letouzé, qui partage la même maison d’édition. Les deux ouvrages, malheureusement, peinent à répondre aux attentes des amateurs de sport passionnés de détails précis.
L’éditeur n’hésite pas à qualifier Nore de « spécialiste encyclopédique du sport », ce qui est difficile à croire, surtout au regard de certaines erreurs grossières, notamment sur le cyclisme.
Certaines anecdotes de Nore, censées être emblématiques, s’éloignent trop des faits rapportés par les témoins de l’époque, ce qui peut prêter à confusion.
En fichier joint (PDF) : Critiques argumentées de l’ouvrage Histoires insolites et curieuses du sport
Philippe Fetter, archiviste de longue date, expert en états civils de cyclistes, a passé au peigne fin la carrière des 48 cyclistes émérites qui ont décidé d’arrêter le cyclisme de haut niveau au terme de la saison 2025.
– Durée moyenne de la carrière : 13 ans 9 mois
– Age moyen de la retraite : 34 ans 7 mois
Parmi les 48 retraités, quelques stars du peloton des mois de juillet. Des vainqueurs de la Grande Boucle : Chris Froome (4 fois), Geraint Thomas (1 fois). Deux podiums : Romain Bardet, un 4e Simon Yates. Mais aussi un champion du monde, Rui Costa, des lauréats de classiques-monuments : Arnaud Démare (1), Jakob Fuglsang (4), Alexander Kristoff (2)
CONTRIBUTION AU DÉCRYPTAGE DU PARCOURS DES ACTEURS DU TOUR DE FRANCE
C’est ASO et ses services qui devraient faire ce travail à destination des journalistes, des passionnés, des historiens, des chercheurs… Mais visiblement l’organisateur du Monument numéro 1 n’a que faire de ceux qui quittent le devant de la scène. Les responsables devraient être au service de la course et des coureurs et non l’inverse. Dommage.
En fichier joint (PDF) : Les 48 retraités du Tour de France 2025 : carrière et palmarès détaillé pour chacun d’eux
Pourtant absorber des médicaments pour performer est la définition même du dopage
d’autant plus qu’ils ont de nombreux effets collatéraux et répondent ainsi à deux occurrences sur trois pour figurer ipso facto dans la liste des illicites :
Effets sur la performance.
Dangereux pour la santé du consommateur.
Les AINS sont autorisés par le Code mondial chez l’Homme alors que les autorités hippiques et les fédérations de courses les interdisent depuis des décennies chez le cheval de compétition.
La crédibilité de l’Agence mondiale antidopage (AMA) est de plus en plus remise en question.
Compétition mondiale par excellence, les Jeux olympiques exercent une pression considérable sur les athlètes. À ce niveau, la quête de performance absolue devient un puissant moteur… y compris pour recourir à des amplificateurs artificiels, souvent interdits.
1er paradoxe : les Jeux olympiques alimentent le dopage
Les Jeux olympiques encouragent indirectement le dopage. Et pourtant, ce sont leurs propres organisateurs qui pilotent la lutte antidopage.
La situation frôle l’absurde : c’est un peu comme si le patron d’une entreprise était aussi son délégué syndical.
Être sélectionné aux Jeux représente déjà une réussite exceptionnelle. Mais pour y parvenir, puis pour y briller, les athlètes cherchent les fameux gains marginaux capables de faire la différence. Or ces gains figurent bien souvent sur la liste des produits interdits.
Première ambition : se qualifier. Deuxième objectif : entrer dans les huit finalistes, ceux dont le nom restera gravé dans les livres de résultats.
Mais quand il s’agit de monter sur le podium, la pression atteint son paroxysme. À ce niveau, le dopage devient une pratique largement répandue — à une condition essentielle : ne pas se faire prendre.
Les organisateurs des Jeux olympiques et des grandes compétitions internationales se défendent naturellement de favoriser ce phénomène. C’est humain.
2e paradoxe : les JO contrôlent aussi la lutte antidopage
Mais ce sont pourtant ces mêmes institutions qui, avec l’AMA et l’ITA, dirigent la lutte antidopage.
Le résultat ? Des statistiques dérisoires : chaque année, moins de 1 % des athlètes contrôlés sont déclarés positifs.
Faut-il en conclure que les sportifs sont devenus miraculeusement vertueux ? Ou bien que les laboratoires antidopage ne recherchent pas — ou ne détectent pas — les substances réellement utilisées ?
Ces chiffres arrangent évidemment les instances sportives. Car si le taux réel de tricheurs atteignait des niveaux comparables à ceux observés dans d’autres domaines de la société — fraude aux examens, travail dissimulé, vente de tabac aux mineurs — les Jeux olympiques et leurs valeurs proclamées pourraient vaciller.
À cela s’ajoute un angle mort : certaines substances ne sont pas considérées comme dopantes alors qu’elles sont massivement consommées dans le sport de haut niveau.
C’est notamment le cas des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).
Dans de nombreuses disciplines — football, handball, rugby, tennis — leur usage est quasi banal.
Les rares enquêtes disponibles sont éloquentes :
91 % des footballeurs en consomment,
environ 50 % des trailers et des handballeurs,
jusqu’à 100 % des joueurs de football américain.
3e paradoxe : la dénonciation des Enhanced Games
Une question simple se pose alors : pourquoi les AINS sont-ils interdits dans les courses hippiques et les sports équestres… mais autorisés chez les sportifs humains ?
On attend toujours une réponse claire.
En revanche, les mêmes institutions dénoncent avec vigueur le projet des Enhanced Games, où le dopage serait assumé et réglementé. Leur principal argument : le risque d’une catastrophe sanitaire pour les athlètes.
Pourtant, aucune démonstration solide n’a établi que le dopage réduisait la longévité des sportifs.
Pour aller plus loin
Pour comprendre l’ampleur de la consommation d’anti-inflammatoires dans le sport de compétition et leur rôle possible dans la performance, nous vous proposons de consulter la fiche actualisée et enrichie du Dictionnaire du dopage.