Dopage ton histoire – Idée reçue : « On ne peut pas se soigner pendant l’effort en raison de l’antidopage »…

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Telle est la défense en boucle des sportifs, notamment des cyclistes

 

Pour illustrer cette excuse ancienne mais toujours d’actualité, Sylvain Chavanel dans son autobiographie parue en 2019 nous sert ce même discours de l’impossibilité de soigner une bronchite en course sans recourir à des médicaments prohibés.

En réalité, dans le cas de cette affection respiratoire survenue pendant une course à étapes le seul traitement pertinent est d’arrêter immédiatement l’hyperventilation de l’effort. Ce n’est pas la liste des interdictions qui pose problème mais de vouloir pédaler à haute intensité avec une bronchite et ce pendant plusieurs étapes.

Vouloir continuer à tout prix, c’est le parfait exemple du mépris du corps.

 

C’est comme vouloir rouler avec un pneu franchement dégonflé. L’ensemble homme-machine va forcément déguster. La phrase du titre figure page 141 dans l’autobiographie de Sylvain Chavanel parue en 2019.

Ce type de critique est né avec le début officiel des contrôles antidopage en 1965. Par exemple, en 1972, dans Cyclisme Magazine, le journaliste Roger Bastide se fait l’avocat de Luis Ocana : « Le Fier Castillan, dans Paris-Nice, souffrait d’une angine constatée, vérifiée, indéniable. Il existe des médicaments qui auraient pu combattre le mal avec plus d’efficacité et de rapidité que ceux qui lui furent administrées… mais il aurait alors été déclaré positif dans un contrôle ‘’médical’’. » [Cyclisme Magazine, 1972, n° 48, 18 mai, p 29]

L’excuse des soins impossibles remonte au début de l’antidopage

Deux ans plus tard, le lauréat du Tour 1973 invoquait pour expliquer ses mauvais résultats que victime d’une bronchite, il ne pouvait se soigner : « Je traîne une bronchite depuis le mois de mars 1974. Si j’avais pu me soigner convenablement, je serai guéri depuis longtemps. Hélas, les médications que me prescrivait le médecin sont interdites par le règlement antidopage. Le résultat est que je me traîne, que mon mal s’est aggravé, que j’ai raté mon Tour d’Espagne, que j’ai été contraint d’abandonner au Midi Libre et que je ne suis plus certain de participer au Tour de France ! Je suis d’accord pour interdire les stupéfiants et tous les produits dangereux, mais on confond aujourd’hui mesure de protection et inquisition ! » [Cyclisme Magazine, 1974, n° 77, 10 juin, p 5]

Sylvain Chavanel dans le Tour 2012, lors de la 15e étape, se trouvait un peu dans la situation de l’Espagnol de Mont-de-Marsan. Il avait les bronches totalement prises avec des quintes de toux exténuantes. Et c’est la que Chava nous explique que « Le problème est qu’en course, il est pratiquement impossible de soigner une bronchite avec des traitements qui ne sont pas prohibés par la règlementation antidopage. »

Thérapeutique d’une bronchite : le repos sportif est incontournable

Consultons le traitement classique d’une bronchite aigue :

  1. Le repos est indiqué jusqu’au rétablissement,
  2. Bien s’hydrater,
  3. Pour soulager fièvre et douleur, prendre du paracétamol (Doliprane®) ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) tels que l’ibuprofène.
  4. En cas de respiration sifflante ou de râles, on peut y ajouter un bronchodilatateur (Ventoline®) et/ou un fluidifiant bronchique (la Guaïfénésin).

Mis à part la Ventoline®, aucun de ces médicaments ne figure sur la liste rouge. Pour la Ventoline®, il existe un seuil qui autorise le traitement sans être sanctionné pour contrôle positif. Revenons à Chavanel qui nous explique son après abandon de la 15e étape pour cause de bronchite : « Dès mon retour à la maison, j’ai donc soigné ma bronchite avec neuf jours d’antibiotiques ».

Qu’est-ce qui a guéri la bronchite : Le repos, les antibiotiques ou l’association des deux ?

Or, dans la grande majorité des cas, la bronchite est causée par un virus. Les antibiotiques ne sont alors d’aucune utilité. De plus, la coloration jaune verdâtre des sécrétions n’est pas un indicateur d’infection bactérienne et ne justifie pas la prescription d’antibiotiques

Sylvain Chavanel, dans la 15e étape du Tour de France 2012, doit abandonnet à cause d’une bronchite

En raison des flux ventilatoires importants provoqués par l’effort cycliste, notamment de compétition, la première règle du traitement c’est le repos.

Si vous allez consulter votre médecin généraliste pour une bronchite, au plan de la prescription, il va préciser sur son ordonnance que le repos est incontournable. En clair, il ne va pas prescrire des médicaments pour que vous alliez par ailleurs rouler plusieurs heures avec une bronchite. Le job du médecin c’est de vous soigner et non de vous faire pédaler malgré une entrave respiratoire.

Dans le texte de Sylvain Chavanel, il y a une contradiction majeure entre ne pas pouvoir se traiter avec des médicaments interdits par les règlements antidopage et être guéri par les antibiotiques alors qu’aucun membre de cette nombreuse famille ne fait partie de la liste rouge. Finalement, pendant la course, Chavanel ne pouvait pas se soigner avec des produits efficaces car tous en liste rouge (dixit) mais étonnamment, rentré chez lui, il a guéri sa bronchite avec des antibiotiques…des remèdes parfaitement autorisés. Pas très cohérentes les explications du Châtelleraudais… D’ailleurs, on peut se demander pourquoi afin de traiter sa bronchite, il n’a pas utilisé pendant le Tour de France 2012, les antibiotiques selon lui bénéfiques pour éradiquer son problème respiratoire ? Peut-être, comme 60% des Français, Chava croit-il que les antibiotiques ‘’ça fatigue’’, notamment si on les prend en course ? Il est plus honorable pour son ego de dire que l’on a été obligé d’abandonner parce que l’on ne pouvait pas se soigner en raison de l’antidopage que d’expliquer que l’on a été vaincu par des bronches défaillantes, seules responsables de cette sortie de route.

ANTIBIOTIQUES : 7 points de repère

  1. Quand l’infection est d’origine virale :
  • les antibiotiques ne permettent pas d’être sur pied plus vite,
  • ils ne font pas baisser la fièvre.
  1. Les antibiotiques ne soignent pas la grippe car elle est toujours virale mais, éventuellement ils peuvent prévenir une surinfection bactérienne chez les personnes dites « à risque », c’est-à-dire affaiblies ou souffrant de certaines affections chroniques bien précises.
  2. Les antibiotiques sont des médicaments efficaces contre les infections bactériennes, c’est-à-dire environ 2 cas d’infections ORL ou bronchiques sur 10.
  3. Les antibiotiques ne fatiguent pas. Pas plus que le chocolat donne mal au foie ou que les œufs des boutons ! Si cette idée s’est instaurée, c’est parce qu’en guérissant rapidement l’infection bactérienne, les antibiotiques laissent apparaître la fatigue due à la maladie.
  4. Les antibiotiques ne sont pas des produits dopants : ils ne figurent pas sur la liste des substances prohibées par l’Agence mondiale antidopage (AMA).
  5. Certains antibiotiques appartenant tous à la famille des quinolones sont susceptibles de favoriser les tendinites.
  6. Le traitement n° 1 pour soigner une bronchite dans une course à étapes n’est pas de prendre des antibiotiques mais de mettre la flèche afin d’associer au repos respiratoire les médicaments prescrits par le médecin. Poursuivre la compétition c’est le meilleur moyen de gâcher une partie de la saison.

POST-IT – Le débit ventilatoire pouvant être multiplié de 6 à 10 à l’effort, aggrave inévitablement une bronchite existante.

Le débit ventilatoire qui, chez l’adulte, est de 6 à 10 litres par minute au repos, peut atteindre 100 à 120 litres lors de l’ascension d’un col où se joue l’arrivée de l’étape. Avec une bronchite, à l’effort, c’est comme si dans une cheminée on activait les braises avec un soufflet. Autre image : le flux de l’air multiplié par l’effort parcourant les parois bronchiques enflammées ne fait qu’accroître la réaction des muqueuses déjà irritées.

Facile de comprendre que le problème respiratoire va inévitablement s’aggraver.

Article et illustrations - copyright blog : dopagedemondenard.com

En pièce jointe des citations du milieu cycliste partisan de « On ne peut pas se soigner efficacement sans avoir recours à des produits interdits ». Certaines sont d’une mauvaise foi 3XL. A lire sans restriction.

PDF : Idée reçue – En raison de la liste rouge longue comme le bras : « On ne peut pas se soigner efficacement sans avoir recours à des produits interdits »

Comme le martèle le slogan du ministère de la Santé : « Un médicament ça ne se prend pas à la légère ». Et pourtant, les anti-inflammatoires sont omniprésents dans les enceintes sportives. Or, depuis 1979, 12 ont été retirés du marché pour… toxicité avérée. La preuve par les chiffres

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publié le 05 décembre 2016

medicament

51 MÉDICAMENTS COURANTS RETIRÉS DU MARCHÉ POUR TOXICITÉ AVÉRÉE (1) 

Longévité : de deux mois à … 58 ans !

Avant que ces 51 médicaments commercialisés en France, listés ci-dessous, mettant en jeu la vie des patients soient définitivement écartés des pharmacies en raison d’un rapport bénéfice-risque défavorable, il a fallu attendre pendant une durée moyenne de 19 ans.

Régulièrement, les organismes de contrôle des médicaments nous avertissent que certains de ces derniers sont retirés de la vente en pharmacie pour toxicité avérée. Lorsque j’ai commencé mes études de médecine au début des années 1960, au fil du temps, la liste des « exclusions » s’est régulièrement enrichie et notablement accélérée depuis l’année 2000 (14/42 = 32%). Alors que les étapes réglementaires de la mise sur le marché d’un médicament sont de plus en plus contraignantes, à la lumière de ces derniers chiffres, on constate que les précautions prises sont insuffisantes.

 Le scandale du Mediator® est un bon exemple – médicament inefficace et nocif consommé par des millions de Français de 1976 à 2009 – pour mettre en garde tous les accros des pilules du bonheur, de la forme et de la performance mentale, physique et sexuelle.   Docteur Jean-Pierre de Mondenard

 A titre d’exemple, dans les années 1970, le Glifanan®, un antalgique d’usage courant comme aujourd’hui le Doliprane®, a été retiré du marché en 1992 après vingt-sept ans de bons et loyaux services. Problème majeur : il provoquait des réactions anaphylactiques type œdème du larynx. En tant que médecin, il m’a été rapporté par un confrère, le cas d’une patiente décédée à la suite de l’absorption d’un seul comprimé de Glifanan® pour une vague douleur au genou. Parmi les lecteurs de ce texte, il est probable que la plupart ont consommé un ou plusieurs des médicaments figurant dans le tableau des bannis. A posteriori, ceux qui n’ont pas eu d’effets secondaires doivent s’estimer chanceux d’être passé à travers les gouttes… mais aussi et surtout malgré les comprimés.

POST-IT – 12 AINS licenciés

 Les sportifs consomment larga manu des anti-inflammatoires, notamment dans les sports d’équipes (foot, hand, rugby, basket mais aussi en athlétisme…). Or, ces médicaments sont peu efficaces en traumatologie du sport. En revanche, ils dézinguent sournoisement le tube digestif, les reins et le cœur. Depuis 1954, 12 anti-inflammatoires ont été retirés du marché (RDM) pour toxicité avérée (hépatique, hématologique, cutanée, cardiovasculaire, etc.). Certaines spécialités sont restées commercialisées pendant 58 ans, d’autres tout juste un an (en moyenne 19 ans) avant que la commission de pharmacovigilance constate que les effets bénéfiques de ces médicaments étaient nettement devancés par les effets secondaires délétères, voire mortels.

 tanderil

  Tandéril (1961-1985) : l’un des AINS les plus utilisés dans le milieu sportif des années seventies. Après 24 ans de ‘’bons et loyaux services’’, est retiré du marché pour toxicité hématologique avérée.

 Rappelons qu’avant toute prescription, il faut toujours se poser les questions suivantes : les médicaments seront-ils actifs ? Toute médication inutile doit être proscrite comme étant susceptible d’être dangereuse ; il n’y a pas de médicament anodin.

Il faut toujours faire la balance entre les avantages et les inconvénients d’un remède dit de cheval ; le plus souvent, le risque est sous évalué. Cette affirmation prend toute son importance à une époque où nous disposons de drogues douées d’une activité puissante mais dont la toxicité est variable suivant les individus. Par exemple, les risques sont potentialisés dans les cas suivants :

–          consommation parallèle d’autres médicaments,

–          sujet âgé de plus de 65 ans,

–          personne souffrant déjà d’une maladie chronique

–          ambiance thermique élevée (déshydratation)

–          chez l’enfant et la femme enceinte

Au final, il faut beaucoup de jugement, de bon sens et de réflexion et aussi du courage pour résister à la facilité et à la mode du médicament à qui rien ne résiste (insomnie, fatigue, dépression, asthénie sexuelle, etc.)

Les sportifs plus que tous autres doivent être particulièrement prudents et suivre les conseils médicaux. Signalons le risque supplémentaire de l’association du médicament avec un effort maximal en ambiance thermique élevée telle qu’une ascension de col en plein cagnard (risques d’hyperthermie et de collapsus). Non seulement leur santé est en jeu mais aussi leur forme du moment. Chez eux, l’hygiène de vie doit être stricte. En dehors des produits dopants, de toute façon prohibés par les règlements sportifs, il n’existe pas de formule magique capable de redonner la forme à un athlète simplement fatigué, pas d’aliment miracle. Le repos partiel au plan physique mais aussi la détente intellectuelle et morale et cela pendant une durée temporaire ainsi que la mise en confiance, suffisent souvent à surmonter les périodes de moindre efficience au plan du rendement musculaire.

Docteur Jean-Pierre de Mondenard

 

POST-IT

Ne soyez pas des moutons. Ne gobez pas tout ce que les « sachants » vous communiquent. Servez-vous de vos neurotransmetteurs pour ne pas mourir des carences des autres. Comme dit le proverbe : « les conseilleurs ne sont pas les payeurs »

 

(1) Depuis le retrait mondial de l’anti-inflammatoire Vioxx® en 2004, on note une vigilance accrue des autorités sanitaires dans le suivi des effets secondaires des produits. Mais il y a encore des progrès à faire pour interdire leur commercialisation avant qu’ils ne tuent.

tableau-des-51-medicaments-retires-du-marche

Euro 2016 -les perfusions trouvées dans la poubelle de l’équipe d’Ukraine sont prohibées depuis… 2005

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Selon le site Slate du 30 juin 2016, les poubelles de l’équipe d’Ukraine au lendemain de sa défaite face à la Pologne (0-1) à Marseille comportaient différents types de médocs, notamment des anti-inflammatoires et deux poches vides qui contenaient à l’origine une solution de glucose à perfuser.

Rappelons que cette méthode – depuis 2005 est prohibée par le Code mondial antidopage, sauf quand il s’agit d’un problème médical à traiter en urgence entraînant ipso facto l’arrêt de la poursuite de la compétition.

Cette technique pour accélérer la récupération est couramment pratiquée dans le sport, particulièrement dans le football. Cerise sur le gâteau, elle est indétectable.

PERFUSION

Bien sûr, à la fin de l’Euro, l’UEFA va nous affirmer que tout est clean. Visiblement, la lutte antidopage dans le foot est au maximum de sa forme !

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