Punchline Dr de Mondenard

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N° 54

Avec l’existence d’un certain nombre de substances prohibées indétectables dès le début, la lutte antidopage était forcément vouée à l’échec. Cela fait cinquante ans que ça dure et cette situation a donc participé à la progression inexorable du dopage. La responsabilité du pouvoir politique est fortement engagée en laissant depuis un demi-siècle la lutte aux mains des instances sportives plus enclines à féliciter qu’à sanctionner. C’est ce qu’on appelle un conflit d’intérêt omniprésent depuis le 1er juin 1965, date de la première loi française sur les drogues de la performance (à l’époque, seuls les stimulants sont considérés dopants).

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Corticoïdes – 21 ans de retard à l’allumage entre leur interdiction en 1978 et leur détection en 1999. On attend toujours que les responsables de ce mastic – encore en place – donnent enfin leurs démissions…

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Indétectables pendant de nombreuses années (de 16 à 20 ans suivant la date du témoignage), ces substances très prisées du peloton n’étaient combattues que… par des effets d’annonce sans aucune efficacité sur leur limitation d’usage. Signalons que ces stimulants-euphorisants étaient, dès 1980, détectés en milieu hippique.

 Bien qu’interdits par l’Union cycliste internationale (UCI) en 1978, les corticoïdes ne seront détectables qu’en 1999, soit un silence analytique de 21 ans. La lutte antidopage officielle se comporte comme les sportifs tricheurs en adoptant la tactique qui consiste à prêcher le faux pour tromper les candidats-fraudeurs.

En annonçant que telle ou telle substance dopante va être incessamment détectable, les instances antidopage espèrent en freiner la consommation en provoquant la peur du gendarme. Dans un milieu aussi bien renseigné que le sport de haut niveau, dès qu’un concurrent cortisoné franchissait victorieusement un contrôle entre 1978 et juillet 1999, il informait toute la planète des enceintes athlétiques que la substance passait toujours à travers les larges mailles des machines analytiques. En revanche, le premier sportif épinglé alerte illico ses pairs que les corticoïdes doivent être écartés absolument de la pharmaco du candidat au dopage. Rappelons que pour un sportif, une substance dopante n’a d’intérêt que si elle est à la fois performante et indécelable.

Afin d’illustrer la tactique ‘’effets d’annonce’’ des antidopeurs, nous avons listé ci-dessous quelques citations d’oracles peu inspirés et d’un directeur du Tour de France sérieusement amnésique.

 Effets d’annonce : décelables prochainement…

 Interdits en 1978 mais seulement décelables officiellement en 1999

 Jean-Pierre Lafarge (FRA), Directeur du laboratoire national de dépistage du dopage de 1989 à 1997 : « Le problème des corticoïdes existe vraiment mais sur le plan analytique nous sommes très près de pouvoir les cerner. »  [L’Équipe, 03.07.1989]

(NDLR : en réalité, les corticoïdes ne seront décelables qu’à partir du Tour de France 1999, soit 20 ans après la prévision optimiste du directeur du laboratoire français)

 

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Jean-Pierre Lafarge, directeur du laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD) de 1989 à 1997

 

 Jean-Marie Leblanc (FRA), directeur du Tour de France de 1989 à 2006 : « J’ai fait mon premier Tour de France en 1968 avec de l’Ergadyl®, un cocktail vitaminé, une vraie broutille. En 1970, j’ai fait mon deuxième Tour sur le même mode. Mais là, j’ai vu arriver des produits comme les corticoïdes. Au moins étaient-ils décelés. »  [Le Figaro, 01.08.1998]

(NDLR : c’est seulement en 1999 – 30 ans plus tard – que les corticos seront détectables)

 

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Le Français Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France de 1989 à 2006

Alexandre de Mérode (BEL) (1934-202), président de la CM-CIO de 1967 à 2002 :

1. « La méthode permettant de déceler les corticoïdes sera au point en 1982. « [Racing, 1981, n° 376, novembre, pp 21.33 (p 23)]

(NDLR : en réalité, en 1999, soit 17 années plus tard)

2.    » Il y aura toujours des zones dans lesquelles nous douterons et nous ne pourrons pas agir. Ainsi, en est-il des transfusions sanguines que nous ne pouvons déceler avec certitude. Ainsi également des corticostéroïdes que nous ne pouvons isoler avec une certitude scientifique sans faille, alors que nous en connaissons les utilisateurs (…) Le professeur Raymond Brooks travaille actuellement sur ces produits; il se pourrait qu’il aboutisse assez rapidement; d’ici à trois ans, nous devrions avoir, là aussi, franchi un cap décisif.  » [L’Équipe, 16.05.1983]

(NDLR : en réalité, ils seront détectables en janvier 1999, soit 16 années après les prévisions de de Mérode)

 

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Le Belge Alexandre de Mérode, président de la commission antidopage du CIO de 1967 à 2002

Dr Philippe Miserez (FRA), médecin du Tour de France de 1970 à 1981 : « Si je n’obtiens pas l’assurance que les corticoïdes seront recherchés lors des contrôles antidopage du prochain Tour, je présenterai ma démission. »   [Paris-Match­, 26.11.1978, p 112)

(NDLR : les corticos ne seront détectables qu’en 1999 – 21 ans plus tard – et le médecin-chef fera quand même deux Tours de France de plus)

 

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Le Français Philippe Miserez, médecin-chef du Tour de France de 1972 à 1981; ici, sur le Tour 1976 auprès de Bernard Thévenet, un célèbre patient en difficulté

 

 

 

Tennis – Suspicion légitime

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L’Anglais Andy Murray, 2e mondial à l’ATP, a été repris de volée par Boris Becker pour avoir suspecté certains adversaires curieusement jamais fatigués (voir l’Equipe du 19 avril). Pour Boris Becker, actuel entraîneur de Novak Djokovic : « Tant qu’il n’y a pas de preuve, les joueurs sont 100% innocents ».

EXPRESSO

Avec un tel discours, le dopage a de beaux jours devant lui. Depuis cinquante ans, le monde du sport lutte contre le fléau sans grande efficacité pour la simple raison qu’il existe en pagaille des substances indécelables en liste rouge. Devant des performances étonnantes, c’est bien la suspicion légitime qui prédomine face à la présomption d’innocence.

Lors de la finale du Tournoi de Monte Carlo entre Rafael Nadal et Gaël Monfils, on a bien vu que ce dernier – pour le troisième set – était groggy dans les cordes ; il n’arrivait plus à retourner les boulets de canon de son adversaire surpuissant. Il n’en pouvait plus physiquement. Les deux premiers sets l’avaient laminé.

Régulièrement, on nous vante les qualités athlétiques du Français qui, selon les entraîneurs, serait capable de réussir dans de nombreux sports. Eh bien, là, face à l’Espagnol, Monfils a bâché le dernier set, vaincu par les coups de boutoir à répétition de Nadal. Depuis quelques années, cette domination musculaire du Taureau de Monacor interpelle de nombreux observateurs de la planète tennis. On trouve parmi eux Yannick Noah en novembre 2011, les Guignols de l’Info en février 2012, Daniel Koellerer – un ancien joueur pro – en septembre 2013, l’ex-ministre de la Santé Roselyne Bachelot en mars 2016.

NADAL 2

Dans le même temps, le nonuple champion de Roland-Garros (2005-2014) nous assène : « Aucun sportif de haut niveau n’est dopé. » Pour le moins, cela relève de la méthode Coué sans pour autant écarter d’un iota la suspicion légitime du dopage. D’autant qu’en dehors d’avoir carbonisé Monfils en deux sets, Nadal – après chaque manche – a disparu du court central en direction du vestiaire. Pourquoi ? A 29 ans, difficile de croire qu’il a des problèmes de prostate. Avec ce genre de comportement non justifié, le doute ne peut que croître !

Langue de bois – Vaches valaisannes de combat  »certifiées » propres à cent pour cent par les contrôles du cru. En vérité les tests antidopage négatifs ne prouvent rien

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Un article du Nouvelliste (quotidien valaisan) nous commente avec le concours d’un véto local pourquoi les vaches de combat reines d’Hérens (Suisse) sont clean par rapport au dopage. On n’est pas obligé de croire ce que l’on nous raconte

Ci-dessous l’article et les commentaires du Dr JPDM

« Introduits en 1996, les contrôles antidopage des vaches valaisannes qui luttent se sont toujours révélés négatifs. Ils seront malgré tout maintenus en 2016.

Jamais une seule vache positive !

Les vaches valaisannes qui participent aux combats de reines ne sont pas dopées. Malgré l’absence de contrôle positif, les prises de sang sur les bêtes seront maintenues pour la saison 2016. « Il n’y a jamais eu un seul contrôle positif » a confié le vétérinaire cantonal, Jérôme Barras. La question de maintenir ces contrôles, qui coûtent 500 à 600 francs suisses par combat aux organisateurs, a été discutée. Mais plusieurs éleveurs ont demandé de continuer. Les contrôles avaient été introduits en 1996. Ils faisaient suite à une polémique de l’organisation internationale pour la protection des animaux qui accusait les éleveurs de vaches d’Hérens [NDLR : race de bovins du Valais dotée d’un tempérament vif et belliqueux] de doper leurs animaux aux amphétamines pour les combats. Six ans plus tard, le laboratoire lausannois qui effectuait les analyses a décidé de ne se concentrer que sur l’humain. Les contrôles ont été suspendus, sans avoir décelé de cas de dopage, dans l’attente de trouver un nouveau laboratoire. En 2006, toute la procédure a été revue. Les contrôles maintenus ne sont plus systématiques. Avant, il y avait un tirage au sort d’un certain nombre de bêtes avant chaque combat. Depuis, trois vaches, parmi les vainqueurs, sont contrôlée. Les analyses sont toujours menées dans un laboratoire de Lausanne. Les échantillons sont prélevés par un vétérinaire officiel. Comme pour le dopage chez les sportifs, il y a deux échantillons pour chaque animal. Ils sont anonymisés avant l’analyse en laboratoire.

Trois substances sont contrôlées !

Trois substances sont contrôlées explique Jérôme Barras. Pour le dopage pur, les analyses portent sur les corticostéroïdes qui permettent d’élever le seuil de la douleur et sur les hormones anabolisantes qui augmentent la masse musculaire. Les anti-inflammatoires sont également contrôlés. Ce ne sont pas des produits dopants à proprement parler. Il s’agit plutôt de médication précise M. Barras. Mais il est important que les bêtes qui se battent soient en bonne santé. Si aucune analyse n’a été positive jusqu’à présent, il n’est pas interdit de penser que des animaux dopés ont pu passer entre les mailles du filet. Jérôme Barras n’y croit pas : « Il y a beaucoup de fantasmes autour de ces combats. Ce n’est pas comme un cheval qui doit fournir une prestation à un moment déterminé. Le propriétaire d’une vache ne sait jamais à quel moment sa vache va se battre. Et avant d’entrer dans l’arène, elle traverse le public. Le propriétaire ne peut pas risquer qu’elle ait un comportement agressif qui lui vaudrait une élimination. Le dopage chimique demande aussi une infrastructure qui passera difficilement inaperçue dans le milieu. Et il n’est pas sans risque. L’usage d’hormones peut nuire au vêlage. Aucun éleveur ne prendrait ce risque puisque les vaches doivent vêler régulièrement pour participer aux combats. »

Le vétérinaire cantonal note aussi avec satisfaction que jamais aucun éleveur n’a refusé la prise de sang sur une vache. Les combats de reines ne sont pas un business, financièrement, ils ne rapportent pas grand-chose au propriétaire d’une reine, hormis une notoriété locale. »  [Le Nouvelliste, 05.01.2016]

COMMENTAIRES Dr JPDM Affirmer que des contrôles négatifs sont la preuve qu’il n’y a pas de dopage parmi les vaches valaisannes démontre une belle hypocrisie du milieu encadrant les ruminants de compétition.

Le nombre d’athlètes contrôlés négatifs des centaines de fois qui mettent en avant ces chiffres pour nier leur dopage sont légion et qui, quelques années plus tard, passeront aux aveux pour révéler qu’ils étaient bien dopés à l’époque des tests. Seule les Français Poulidor, Hinault, Jalabert mettent en avant leurs multiples contrôles, tous négatifs, pour nier à vie le dopage. Connaissant les pratiques généralisées de leur époque respective, ils devraient tous les trois être nobélisés dans la section langue de bois.

N’avouent jamais – Pour en revenir aux vaches, elles aussi comme les tricolores de la pédale, n’avoueront jamais rien même sous la torture…

Autre idée reçue colportée par le vétérinaire cantonal consiste à asséner comme preuve irréfutable que « les combats de reines ne sont pas un ‘’business’’ financièrement. Ils ne rapportent pas grand-chose au propriétaire d’une reine, hormis une notoriété locale. » A cette belle envolée, il faut rappeler à ce monsieur que l’argent n’est pas la principale cause du dopage. Par exemple, en cyclisme lorsque le pratiquant débute dans les petites catégories où le seul prix de la victoire est la bise de la miss locale associée au bouquet de fleurs, il carbure déjà aux produits de la victoire. De même, en haltérophilie, ceux qui grimpent sur les Trois marches de la renommée des championnats de France, du monde ou olympique ne gagnent qu’une poignée de main ‘’enrichie’’ d’une peluche-mascotte et d’un bouquet de quelques fleurs. Or, c’est l’un des sports les plus contaminés par les drogues de la performance.

Visiblement, le vétérinaire spécialiste des soins aux vaches suisses ignore que les deux paramètres principaux qui boostent le dopage sont la compétition et l’égo des sportifs ou des propriétaires attirés par la notoriété des podiums. L’argent n’est qu’un potentialisateur n’arrivant, dans le meilleur des cas, qu’en troisième position après la compétition et la reconnaissance.

Chez les humains 300 substances sont disponibles

Troisième entourloupe. On nous raconte que de 1996 à 2002, seules les amphétamines étaient recherchées. Après une interruption de trois ans, les tests ont été reconduits en 2006 en ne s’intéressant plus aux amphétamines ( ? ) mais seulement aux corticostéroïdes, stéroïdes anabolisants et anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Quelle plaisanterie ! Chez les humains, pour booster les performances, 300 substances sont potentiellement disponibles mais en liste rouge et les seuls contrôles effectués chez les vaches le sont le jour de l’épreuve, or ce sont les moins pertinents comme chez les humains. L’expérience de cinquante années de lutte antidopage chez les sportifs montre que seuls les contrôles inopinés en dehors des compétitions sont efficaces pour débusquer les tricheurs et leurs mentors.

Quatrième fausse piste sur laquelle nous dirige le véto des vaches Hérens : les prises de sang comme arme absolue afin de débusquer la fraude. En effet, ce dernier martèle : « Jamais aucun éleveur n’a refusé la prise de sang sur une vache ». Pour détecter corticostéroïdes, stéroïdes anabolisants et autres AINS, les prises de sang effectuées le jour du combat ne sont pas très performantes pour identifier les manipulations biologiques surtout si les laboratoires n’ont pas à leur disposition un passeport sanguin regroupant différents tests antérieurs. Pour les trois substances dopantes sélectionnées, c’est plutôt le contrôle urinaire le plus déterminant.

Le véto doit jouer au tennis

Cinquième argument bidon : « Le propriétaire d’une vache ne sait jamais à quel moment sa vache va se battre ». Notre véto doit jouer au tennis car il reprend l’argument numéro un mais fallacieux des spécialistes des courts. En effet, on peut se doper efficacement en amont de la compétition avec effet sur le rendement musculaire pendant et être négatif le jour de l’épreuve. De même, on peut administrer un stimulant avant de passer devant le public avec effet de la drogue seulement quinze à vingt minutes plus tard.

Au final, on a un condensé des faux arguments les plus courants face à la suspicion du dopage. Les vaches d’Hérens bien ‘’préparées’’ peuvent se battre de multiples fois sans grand risque d’être épinglées par la patrouille cantonale.