Cyclisme – En 2017, le tramadol, un antalgique puissant, omniprésent dans le peloton en fin de course, ne sera toujours pas traqué par l’AMA

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Le tramadol, un antalgique avalé en ‘’fin de course’’ est en ligne de mire du MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible), de l’UCI (Union cycliste internationale), de la Sky et de la CADF (Fondation de droit suisse supervisant le programme antidopage de l’UCI) qui militent tous les quatre pour le bouter au-dehors des pharmacies du peloton en le faisant interdire par l’AMA (Agence mondiale antidopage).

Depuis 2012, cette dernière résiste en le laissant croupir sur la liste de surveillance. En 2017, il sera toujours regardé du coin de l’œil par les gendarmes de l’AMA. En 2013, le MPCC a alerté l’UCI et l’AMA afin que cet antalgique de niveau 2 – le tramadol – soit enfin inscrit sur la liste rouge dans le but de stopper sa consommation sportive.

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 La Sky demande son interdiction

La direction de l’équipe britannique Sky – celle de Wiggings et de Chris Froome – en a fait de même en demandant le 28 avril 2014 l’inscription du tramadol à la liste des produits interdits par l’AMA. A cette date, la formation du triple lauréat du maillot jaune affirmait ne plus avoir employé ce médicament : « Sky n’en donne pas à ses coureurs, en compétition comme à l’entraînement, ni comme mesure préventive ni en cas de douleurs existantes », indiqué un porte-parole de l’équipe. « Nous croyons que ses effets secondaires, vertiges et somnolence, sont causes de risques pour la sécurité des coureurs », avait-il ajouté. « Le tramadol n’est pas interdit par l’Agence mondiale, mais telle a été notre position résolue ces deux dernières saisons, et nos médecins comme nos coureurs le savent. A notre avis, il devrait figurer sur la liste, et son utilisation clinique devrait être sous le contrôle du système d’exemption thérapeutique » avait-il conclu.

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Après le MPCC et la Sky, c’est la directrice de la CADF, la docteure Francesca Rossi, qui a  interpellé l’AMA afin qu’elle inscrive le tramadol sur la liste rouge mais l’instance a choisi de maintenir la substance sur la liste jaune dite « Programme de surveillance ». Rossi, pour convaincre l’instance mondiale avait révélé « une statistique qui montre que si le tramadol était interdit dans le cyclisme, il y aurait 675 cas positifs, soit 5,2% de l’ensemble des licenciés en World TourPar rapport aux autres sports, c’est un chiffre énorme. Je pense qu’il y a un abus manifeste. » a-t-elle déclaré à Faenza en Italie lors d’une réunion de médecins exerçant dans le cyclisme.

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 En dernière heure de course

Plusieurs témoignages rapportent que cet « agoniste des récepteurs morphiniques » du système nerveux central est consommé par certains, notamment pendant la dernière heure des courses d’un jour pour « effacer » les douleurs de jambe omniprésentes dans cette partie du parcours où les aspirants au podium cherchent à faire la décision. Dans les effets indésirables, il est noté que le tramadol peut provoquer une somnolence, des vertiges et une hypoglycémie. Ces trois actions collatérales pourraient expliquer en partie un certain pourcentage du nombre de chutes enregistrées tout au long de la saison.

 Une conduite dopante

Le tramadol n’est délivré en France que sur ordonnance et est inscrit sur la liste 1 des substances dangereuses. Cet antalgique de niveau 2 est prescrit en médecine pour des douleurs faibles à modérées après échec du paracétamol (Doliprane®), des anti-inflammatoires ou de l’aspirine. Rappelons que prendre un médicament dans le cadre d’une compétition alors que l’on ne souffre d’aucune affection répertoriée, même si le produit ne figure pas dans la liste, s’apparente à une conduite dopante.

 POST-IT – La famille nombreuse du tramadol, toujours en liste jaune (*) depuis 2012 

Nom commercial

MSM (mis sur le marché) RDM (retiré du marché)
Biodalgic® 2000  
Contramal® 1999  
Ixprim® (+ paracétamol) 2003  
Monoalgic® 2005  
Monocrixo® 2004  
Monotramal® 2005  
Orozamudol® 2005  
Prédalgic® 1999 2002
Takadol® 2001  
Topalgic® 1997  
Trasedal® 2001  
Zaldiar® (+ paracétamol) 2003  
Zamidol® 1999  
Zumalgic® 1999  

 (*) Liste jaune = programme de surveillance de l’AMA. Les produits figurant dans cette liste jaune ne sont pas prohibés mais pourront le devenir si l’instance mondiale en constate le mésusage.

 REPÈRES 

  1. Créé par l’homme dans les années 1970
  2. Disponible dans les pharmacies françaises depuis 1997
  3. En France : délivré que sur ordonnance
  4. Inscrit en liste I
  5. Depuis le 31 janvier 2011, l’Agence du médicament indique que le tramadol fait partie de la liste des médicaments à surveiller
  6. Antalgique central agoniste des récepteurs morphiniques
  7. Présent en grandes quantités au sein d’extraits d’une plante africaine ‘’Nauclea latifolia’’

 POST-IT – Antalgiques centraux et périphériques : faites la différence

 Un antalgique est une substance qui abolit la sensibilité à la douleur. On distingue deux types d’analgésiques ou d’antalgiques.

Les premiers sont les analgésiques narcotiques (souvent appelés morphiniques), qui agissent au niveau central, en élevant le seuil de la perception douloureuses par un effet sur des récepteurs spécifiques. Ils ont une action puissante sur la douleur mais sont en même temps sédatifs et euphorisants ; de plus, ils présentent l’inconvénient de produire une accoutumance et d’entraîner parfois une toxicomanie. Le tramadol fait partie de ce groupe.

Les seconds sont les analgésiques dits « périphériques » parce qu’ils agissent sur les récepteurs périphériques de perception de la douleur. Ils ne sont pas euphorisants et, en principe, ne sont pas sédatifs ; le type en est le paracétamol.

Corticoïdes – 21 ans de retard à l’allumage entre leur interdiction en 1978 et leur détection en 1999. On attend toujours que les responsables de ce mastic – encore en place – donnent enfin leurs démissions…

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Indétectables pendant de nombreuses années (de 16 à 20 ans suivant la date du témoignage), ces substances très prisées du peloton n’étaient combattues que… par des effets d’annonce sans aucune efficacité sur leur limitation d’usage. Signalons que ces stimulants-euphorisants étaient, dès 1980, détectés en milieu hippique.

 Bien qu’interdits par l’Union cycliste internationale (UCI) en 1978, les corticoïdes ne seront détectables qu’en 1999, soit un silence analytique de 21 ans. La lutte antidopage officielle se comporte comme les sportifs tricheurs en adoptant la tactique qui consiste à prêcher le faux pour tromper les candidats-fraudeurs.

En annonçant que telle ou telle substance dopante va être incessamment détectable, les instances antidopage espèrent en freiner la consommation en provoquant la peur du gendarme. Dans un milieu aussi bien renseigné que le sport de haut niveau, dès qu’un concurrent cortisoné franchissait victorieusement un contrôle entre 1978 et juillet 1999, il informait toute la planète des enceintes athlétiques que la substance passait toujours à travers les larges mailles des machines analytiques. En revanche, le premier sportif épinglé alerte illico ses pairs que les corticoïdes doivent être écartés absolument de la pharmaco du candidat au dopage. Rappelons que pour un sportif, une substance dopante n’a d’intérêt que si elle est à la fois performante et indécelable.

Afin d’illustrer la tactique ‘’effets d’annonce’’ des antidopeurs, nous avons listé ci-dessous quelques citations d’oracles peu inspirés et d’un directeur du Tour de France sérieusement amnésique.

 Effets d’annonce : décelables prochainement…

 Interdits en 1978 mais seulement décelables officiellement en 1999

 Jean-Pierre Lafarge (FRA), Directeur du laboratoire national de dépistage du dopage de 1989 à 1997 : « Le problème des corticoïdes existe vraiment mais sur le plan analytique nous sommes très près de pouvoir les cerner. »  [L’Équipe, 03.07.1989]

(NDLR : en réalité, les corticoïdes ne seront décelables qu’à partir du Tour de France 1999, soit 20 ans après la prévision optimiste du directeur du laboratoire français)

 

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Jean-Pierre Lafarge, directeur du laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD) de 1989 à 1997

 

 Jean-Marie Leblanc (FRA), directeur du Tour de France de 1989 à 2006 : « J’ai fait mon premier Tour de France en 1968 avec de l’Ergadyl®, un cocktail vitaminé, une vraie broutille. En 1970, j’ai fait mon deuxième Tour sur le même mode. Mais là, j’ai vu arriver des produits comme les corticoïdes. Au moins étaient-ils décelés. »  [Le Figaro, 01.08.1998]

(NDLR : c’est seulement en 1999 – 30 ans plus tard – que les corticos seront détectables)

 

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Le Français Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France de 1989 à 2006

Alexandre de Mérode (BEL) (1934-202), président de la CM-CIO de 1967 à 2002 :

1. « La méthode permettant de déceler les corticoïdes sera au point en 1982. « [Racing, 1981, n° 376, novembre, pp 21.33 (p 23)]

(NDLR : en réalité, en 1999, soit 17 années plus tard)

2.    » Il y aura toujours des zones dans lesquelles nous douterons et nous ne pourrons pas agir. Ainsi, en est-il des transfusions sanguines que nous ne pouvons déceler avec certitude. Ainsi également des corticostéroïdes que nous ne pouvons isoler avec une certitude scientifique sans faille, alors que nous en connaissons les utilisateurs (…) Le professeur Raymond Brooks travaille actuellement sur ces produits; il se pourrait qu’il aboutisse assez rapidement; d’ici à trois ans, nous devrions avoir, là aussi, franchi un cap décisif.  » [L’Équipe, 16.05.1983]

(NDLR : en réalité, ils seront détectables en janvier 1999, soit 16 années après les prévisions de de Mérode)

 

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Le Belge Alexandre de Mérode, président de la commission antidopage du CIO de 1967 à 2002

Dr Philippe Miserez (FRA), médecin du Tour de France de 1970 à 1981 : « Si je n’obtiens pas l’assurance que les corticoïdes seront recherchés lors des contrôles antidopage du prochain Tour, je présenterai ma démission. »   [Paris-Match­, 26.11.1978, p 112)

(NDLR : les corticos ne seront détectables qu’en 1999 – 21 ans plus tard – et le médecin-chef fera quand même deux Tours de France de plus)

 

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Le Français Philippe Miserez, médecin-chef du Tour de France de 1972 à 1981; ici, sur le Tour 1976 auprès de Bernard Thévenet, un célèbre patient en difficulté