Par le passé deux autres diabétiques de type 1 traités à l’insuline ont atteint la finale, sans vaincre. L’Américain William Talbert en 1950, battu en 5 sets par son compatriote Budge Patty, n° 1 mondial, et en 1955 l’Américain Hamilton Richardson battu par Tony Trabert, n° 1 mondial.
Un formidable message stimulant à l’adresse de tous les diabétiques de type 1, lui qui est touché par cette affection depuis l’âge de 3 ans.
Mais parmi les champions de la raquette, il n’est pas le seul à avoir atteint le très haut niveau. Pour preuve, il y a 70 ans, trois joueurs eux aussi diabétiques de type 1 figuraient dans le top 10.
CONTRIBUTION à la connaissance du diabète de type 1,
celui dont souffre Alexander Zverev
Le joueur allemand classé 4e mondial a réussi à atteindre le top niveau malgré sa maladie et plusieurs praticiens inexpérimentés. Dès l’âge de 7 ans, entravé par les médecins dans son rêve de devenir tennisman professionnel – voire numéro UN si son mental était à la hauteur – d’après ses dires, il n’a cessé d’être confronté à l’ignorance abyssale des professionnels de santé sur l’impact favorable du tennis sur l’équilibre de son diabète de type 1. Aujourd’hui, les diabétologues confirmés savent que l’activité physique n’est pas seulement un moyen pour être en forme mais que le sport, ici le tennis mais également les spécialités permettant une dépense énergétique prolongée font partie du triptyque de la thérapeutique du diabète de type 1 aux côtés de la nutrition et de l’insuline. De même, le diabète de type 2 (dit non insulinodépendant) lié à la malbouffe et / ou à la sédentarité, bénéficiera d’une nette amélioration grâce à une activité physique régulière et dont la durée n’est pas inférieure à 60 minutes. Dans les deux types de diabètes I et II, un exercice musculaire à dépense énergétique suffisante mais répétée de préférence régulièrement, favorise la pénétration cellulaire du glucose en diminuant les besoins en insuline et en médicaments hypoglycémiants, le tout aboutissant à un meilleur équilibre du diabète.
Précision qu’en France, plus de 4 millions de personnes sont atteintes de diabète. Pour se soigner, elles prennent des médicaments mais doivent aussi impérativement se bouger.
- Triptyque d’une thérapeutique efficace :
- 1 – Insuline
- 2 – Alimentation
- 3 – Sport
Avant la découverte de l’insuline en 1921, l’exercice physique faisait partie intégrante de la thérapeutique du diabète
Depuis très longtemps, les médecins recommandent le sport à leurs diabétiques et, sans devoir remonter au déluge, il convient de rappeler qu’à la fin du XIXe siècle, un médecin du sport, Fernand Lagrange (1845-1909), auteur de « L’exercice chez les adultes« , rapporte le cas du doyen de la Faculté de Médecine qui fréquentait assidûment un grand gymnase de la rue de Vaugirard. « Là, nous rencontrions chaque soir le professeur Adolphe Wurtz (1817-1884) et nous étions surpris de l’ardeur toute juvénile que déployait notre maître, alors âgé de soixante ans, dans ces exercices si rarement pratiqués à son âge. Mais, il nous donna un jour la raison de son zèle pour la gymnastique. Il était diabétique et venait faire travailler ses muscles, pour « brûler » son sucre. Ce mode de traitement avait d’ailleurs, nous disait-il, amélioré son état mieux que tous ceux qu’il avait essayés. »
Bien avant cette époque, l’efficacité indéniable de l’exercice musculaire dans le traitement du diabète avait été signalée par Apollinaire Bouchardat (1806-1983) qui conseillait à ses patients diabétiques : « la chasse, l’escrime, les exercices musculaires, ramer, patiner, les jeux de paume, de billard, les travaux actifs de labourage et de jardinage. »
Plus près de nous, en 1959, Elliot P. Joslin (1869-1962) fait du sport l’un des trois éléments, avec le régime et l’insuline, de la triade thérapeutique du diabète sucré.
Le pionnier, tennisman de haut niveau et traité à l’insuline, était un Américain William ‘’Bill’’ Talbert, 3e mondial en 1949
En fait, c’est véritablement vers les années 1950 que, grâce à l’un des meilleurs tennismen de l’époque, William Talbert, que la voie de la pratique sportive s’ouvrit aux diabétiques.
Le Professeur Henri Lestradet (19921-1997) qui l’avait rencontré aux Etats-Unis en 1952, le classait parmi les trois malades ayant le plus influencé sa compréhension du diabète insulinodépendant : « C’est grâce à lui que je me suis orienté vers le diabète. Je l’ai rencontré aux USA où je bénéficiais d’une bourse d’études. A l’époque, en France, et dans bien d’autres pays, les diabétiques étaient considérés comme des malades difficiles nécessitant plusieurs mois d’hospitalisation chaque année, des doses fixes d’insuline et un régime alimentaire restreint. Toutes choses qui les bloquaient dans leur vie scolaire, professionnelle et familiale. Bill Talbert était diabétique mais il menait une vie normale, faisait du sport de façon intensive, avait remplacé son régime fixe par une certaine liberté alimentaire, et les doses constantes d’insuline par une adaptation permanente des doses. Tout cela parce qu’il avait eu la chance de tomber sur un médecin non conformiste. Nous prenions souvent notre petit déjeuner ensemble au drugstore. Il me disait: « Les médecins ne connaissent rien en diabétologie ». J’avais lu également un article où il faisait part de son expérience de diabétique sportif : « Des années de tâtonnement et pas mal d’erreurs m’ont permis d’élaborer un système raisonnable concernant l’insuline et le régime alimentaire compatible avec une activité physique intense. J’en suis venu à penser que l’un des deux, soit l’individu, soit le diabète, doit triompher de l’autre. Être diabétique ressemble beaucoup à élever un enfant; celui-ci doit apprendre à vivre avec nous et non pas nous avec lui ».
C’est alors que j’ai dérivé des études métaboliques que l’on m’avait demandé, vers l’étude du diabète pour essayer de bien comprendre ce qui me semblait une révolution étonnante. A mon retour en France, en accord avec le Professeur Robert Debré (1882-1978) et le Professeur Pierre Royer (1917-1995), nous avons mis en place une thérapeutique « non conformiste » du diabète, dont les points les plus intéressants étaient la variation de traitement et la prise en charge de ce dernier par le malade lui-même. A l’époque, beaucoup ont crié « au fou ! « , sur ce parti qu’aujourd’hui tout le monde a adopté. Et c’est en quelque sorte grâce à Bill Talbert que nos enfants diabétiques ont maintenant une vie normale faite d’activité variées ».
William ‘’Bill’’ Talbert souvent confondu avec son presque homonyme Tony Trabert qui, lui, n’était pas diabétique
Malheureusement pour ce novateur apparut, pratiquement à la même époque, aux Etats-Unis, Tony Trabert, son homonyme à une lettre près, de onze ans son cadet, qui allait devenir le numéro un mondial du tennis. Tony Trabert eut comme professeur, à partir de 1942, William Talbert. En 1950, très jeune encore, Tony débarqua à Roland-Garros en compagnie de Bill, son mentor. Mieux, son mécène puisqu’il finança entièrement le voyage et le séjour européen de Trabert. Il pouvait se le permettre car il était vice-président d’une puissante banque. A Paris, les deux hommes gagnèrent tout simplement le double messieurs des Internationaux de France après avoir triomphé à Rome. C’est le début d’une fort brillante collaboration puisqu’entre 1950 et 1953, les deux champions disputeront ensemble vingt-huit tournois et n’en perdront qu’un. Et dans l’intervalle, Talbert sera, en outre, le capitaine de l’équipe des Etats-Unis en Coupe Davis.
C’est certainement cette étrange ressemblance entre leurs noms qui a fait de Trabert le plus connu des deux en raison de son palmarès (27 victoires en Coupe Davis sur 35 matches, Petit Chelem en 1955, Roland-Garros, Wimbledon, Forest Hills), un diabétique insulinodépendant dans la plupart des communications médicales ou grand public consacrée aux rapports entre cette affection métabolique et les activités sportives.
Nous espérons que cette mise au point permettra dorénavant de réhabiliter les mérites respectifs de chacun et surtout le rôle considérable qu’a joué Bill Talbert dans l’évolution de la thérapeutique des « diabètes » et notamment de l’insulinodépendant.
Interview consacrée au diabète de Zverev parue dans L’Equipe du 07 juin 2023
Quentin Moynet, journaliste à L’Equipe :
« Avez-vous discuté avec des athlètes diabétiques dans d’autres sports ? »
Alexander Zverev : « J’ai parlé avec plusieurs athlètes de l’équipe olympique d’Allemagne. Mais il n’y a pas beaucoup d’athlètes diabétiques dans des sports d’endurance comme le tennis. Il y a des champions olympiques diabétiques, mais pas dans des sports d’endurance. Je pense que, comme moi, on leur a dit dès leur plus jeune âge qu’ils ne pourraient pas y arriver. Il faut changer cette façon de penser » [L’Equipe, 07.06.2023]
Il est difficile de croire que Zverev et le journaliste du quotidien du sport ignorent autant l’existence des champions diabétiques du passé.
Déjà, il y a 70 ans, trois joueurs de tennis ont atteint le haut niveau tout en état diabétique de type 1. A l’époque, il n’y avait pas de lecteur de glycémie connecté. Dans d’autres sports encore plus endurants que le tennis, on trouve un cycliste professionnel – Dominique Garde – qui a couru trois Tours de France alors qu’il était diabétique (1987 : 54e ; 1988 : 93e ; 1989 : 52e). Il lui arrivait aussi de stopper complètement les piqûres d’insuline pendant la durée de l’épreuve.
Dans le même sport, il existe une équipe cycliste Novo Nordisk, entité composée exclusivement de coureurs professionnels diabétiques.
Toujours dans le haut niveau, on trouve des footballeurs internationaux ayant participé à des Coupes du monde ou ayant remporté une Coupe européenne : Gary Mabbutt (Grande-Bretagne), Danny McGrain (Ecosse), Pär Zetterberg (Suède).
Finalement, il est quand même surprenant que Zverev ignore totalement ces champions qui ont contribué à une meilleure connaissance des diabétiques confrontés à la compétition de haut niveau. Pour mémoire, William Talbert, le tennisman pionnier, avait atteint la demi-finale de Roland-Garros en 1950 tout comme l’a fait Alexander Zverev à quatre reprises et consécutivement en 2021, 2022, 2023 et 2024.
En fichier joint (PDF) : Palmarès des tennismen diabétiques de type 1 des années 1950



