Une journaliste en formation au CFJ m’a interrogé sur les rumeurs de dopage par la « méthode » de la grossesse provoquée, supposément utilisée pour améliorer le potentiel physiologique – notamment durant les trois premiers mois – avant de recourir à un avortement. Cette pratique aurait été principalement employée chez les gymnastes soviétiques. Existe-t-il des preuves ?
Réponse du Dr JPDM
Depuis plusieurs décennies, de nombreux cas documentés montrent que des femmes enceintes ont obtenu des performances de haut niveau, suggérant que durant les premiers mois de la gestation (trois à quatre mois), les sportives peuvent rester très performantes.
Les éléments avancés relèvent toutefois davantage de témoignages que de preuves formelles : des entraîneurs et médecins de la RDA, de l’Union soviétique et de la Finlande ont évoqué l’existence d’une méthode visant à accroître les capacités féminines à l’effort. Le cas d’une gymnaste soviétique ayant affirmé avoir suivi un protocole de mise enceinte suivie d’un avortement a été rapporté, mais cette athlète est ensuite revenue sur ses déclarations.
Depuis l’instauration des premiers règlements antidopage au milieu des années 1960, la « méthode » de la grossesse n’a jamais figuré sur les listes de substances ou de méthodes interdites.
À titre historique, dès 1942, la Fédération française de basketball prohibait, pour des raisons médicales, la participation des femmes enceintes aux compétitions. La durée d’application de cette règle reste toutefois inconnue.
Les soupçons portaient principalement sur deux disciplines sportives : les sports d’endurance (comme le marathon) et la gymnastique. Ils s’expliquent par certains effets physiologiques du début de la grossesse, notamment l’amélioration du transport de l’oxygène (augmentation du nombre de globules rouges et de l’hémoglobine) ainsi qu’une plus grande laxité des ligaments, tendons et articulations sous l’effet de la progestérone.
En conclusion, il est possible que cette forme de « contamination sexuelle » ait été pratiquée de manière marginale dans certains pays, mais aucune preuve scientifique formelle ne permet de l’affirmer. La consultation de la fiche correspondante du Dictionnaire du dopage, actualisée et enrichie, permettra d’approfondir cette question.
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EN FICHIER JOINT – DICTIONNAIRE DU DOPAGE – La fiche actualisée et enrichie sur LA GROSSESSE DOPANTE
