La résolution de l’affaire Jannik Sinner par les instances (ATP, AMA, FIT, ITIA) interpelle le monde des joueurs et des scientifiques. Par ailleurs, le dopage à travers la peau offre de meilleures possibilités de feinter les radars que les injections et les comprimés.
Rappel – Le n° 1 mondial de tennis l’Italien Jannik Sinner, il y a un an, en mars 2024 pendant le tournoi ATP 1000 d’Indian Wells, est testé positif à deux reprises au clostébol, un stéroïde anabolisant.
Il a fallu attendre cinq mois pour que le public soit informé de cette VRAD (violation des règles antidopage). D’autant plus que dans un premier temps, Sinner sera blanchi par un tribunal dit indépendant et, dans un deuxième temps en raison d’un accord entre l’AMA et le joueur, il écopera de trois mois de suspension calés dans une période sans compétition emblématique afin de ne pas rater le tournoi de Rome et les Grands Chelems.
Difficile de comprendre cette mansuétude lorsqu’on sait que la loi italienne impose de faire figurer, sur tous les produits renfermant une substance dopante, un pictogramme indiquant clairement que le médicament peut aboutir à un test positif.
Le spray en cause, Trofodermin®, contenant le clostébol comporte à la fois sur le conditionnement et le flacon le pictogramme Doping cerclé de rouge.
Sur les emballages, le mot doping cerclé et barré de rouge : certains sportifs auraient-ils des problèmes de lecture ou de vue ?
La crème Trofodermin® signale les mêmes informations.
Que le tribunal indépendant du tennis affirme qu’il n’y a eu aucune négligence de Sinner et de son staff, est une contrevérité.
Rappelons que le staff du joueur comporte plusieurs personnes qui, a priori, savent lire un pictogramme :
- 2 entraîneurs : Darren Cahill et Simone Vagnozzi
- 1 préparateur physique diplômé en pharmacie : Umberto Ferrara
- 1 kiné : Giacomo Naldi.
Les deux derniers ont été remerciés après la bavure du spray Trofodermin® anabolisé au clostébol. En plus, il a trois conseils/avocats : Kendrah Potts, Jamie Singer et George Cottle.
Après cette mascarade de tests positifs restés silencieux pendant cinq mois, plusieurs joueurs ont manifesté leur opposition à la gestion du cas Sinner. Par exemple, le Suisse Stan Wawrinka, lauréat de trois Grands Chelems, explique sur X : « qu’il ne pensait plus que le tennis était un sport propre ». L’ancien n° 1 mondial de 1999, le Russe Yevgeny Kafelnikov, s’interrogeait sur l’accord de 3 mois de suspension proposé par l’AMA et accepté par le clan Sinner : « Si vous êtes sûr à 100% de votre innocence, pourquoi accepter une suspension de trois mois ? Cela n’a aucun sens. »
De même, sa compatriote Daria Kasatkina, professionnelle depuis 2014, qui a remporté huit titres en simple et un en double dames sur le circuit WTA, exprime ses forts doutes sur l’entourage des joueurs italiens : « Je ne comprends pas pourquoi en Italie ils continuent à se faire contrôler avec la même substance. Se faire attraper de cette manière c’est vraiment stupide. »
Un pictogramme très visible sauf… pour certains sportifs !
D’autant que le pictogramme doping en rouge est présent sur les conditionnements du spray et de la crème Trofodermin® au moins depuis 2016.
De plus, en Italie, les cas positifs se succèdent sans temps morts tout en étant fortement médiatisés depuis 1998. Des footeux, des athlètes, des tennismen, des basketteurs… alimentent régulièrement la chronique du dopage avec Trofodermin® crème et spray.
Pour confirmer l’épidémie au clostébol, le journal Honest Sport spécialisé dans les affaires de dopage a révélé récemment que trente-huit sportifs italiens ont été testés positifs au clostébol entre 2019 et 2023. Selon l’AMA, la moitié des cas détectés l’ont été en Italie (Trofodermin® est surtout commercialisé en Italie, au Brésil et sur Internet). Cela paraît invraisemblable avec la présence du pictogramme doping en rouge sur les emballages italiens.
‘’Prendre’’ 3 mois au lieu de 4 ans = tout bénef avec Trofodermin®
La question se pose : est-ce que Trofodermin® spray et crème ne permet pas aux dopeurs de profiter du clostébol, stéroïde anabolisant, avec des taux urinaires présents à l’état de traces (moins d’un nanogramme/mL, soit l’équivalent d’un milliardième de gramme par mL) pour pouvoir invoquer la contamination à l’insu et ne récolter qu’une sanction dérisoire au lieu des quatre ans de suspension, le tarif habituel d’un test positif au clostébol ?
Etrange absence dans le dossier Sinner : pas d’examen capillaire
A l’encontre de Sinner, on peut également s’interroger sans faire preuve de suspicion exagérée, dans son dossier de défense, de l’absence d’analyses des cheveux alors que les affaires de dopage par contamination accidentelle (viande, rapports sexuels, baisers appuyés, contacts cutanés…) se multiplient avec souvent l’intervention déterminante d’un examen capillaire. Celui-ci permettant, notamment avec les stéroïdes anabolisants, de distinguer un usage accidentel d’une cure de stéroïdes dans un but de performance. Etrange absence !
Mêmes circonstances de contamination : 3 mois de suspension pour le n° 1 mondial… mais 4 ans pour le 760e !
Toujours à charge sur la gestion calamiteuse par l’antidopage du tennis du cas Jannik Sinner qui n’a pris que trois mois alors que Steffano Battaglino, son compatriote 760e mondial, en juillet 2022 a été condamné à 4 ans pour un test positif au clostébol contracté dans les mêmes conditions que le n° 1 mondial.
Après la disqualification infligée par l’International Tennis Integrity Agency (ITIA) en octobre 2023, Battaglino a soutenu que la contamination était due à un massage effectué par le physiothérapeute présent à un tournoi au Maroc en 2022. Le TAS a confirmé la suspension de 4 ans. Sinner-Battaglino : deux poids, deux mesures. Depuis, Battaglino a arrêté le tennis de compétition et dorénavant travaille dans l’entreprise familiale.
Rappelons que pour le clostébol, il n’y a pas de seuil et c’est la présence dans les urines, même à 1 ng/mL qui signe la violation des règles antidopage (VRAD).
Aucune étude effectuée par l’AMA qui peut donc sanctionner à son gré
Y-a-t-il une étude effectuée par l’AMA ou ses collaborateurs pour corréler les taux urinaires et les quantités de clostébol appliquées sur la peau ? La réponse est simple : NON !
L’Agence fait des recherches sur les détections urinaires des substances, jamais sur l’efficacité des produits. Finalement c’est bien l’AMA le maillon faible de la lutte antidopage.



