Il fut l’un des premiers à faire bouger les lignes sur la présence de la dope dans les vestiaires des courts.
Lors de ses débuts de journaliste en 1980, l’Homme en Noir réalise une interview de Yannick Noah, à l’époque star montante du tennis tricolore. Les révélations du futur chanteur seront confirmées au fil des années. Dans ce papier, le dopage est abordé sans langue de bois et déclenchera un tsunami dans le monde du tennis. Comme d’habitude dans une telle situation, le milieu de la petite balle jaune fait front en niant sur les courts toute présence d’amplificateurs artificiels de performance.
Même Noah va se rétracter. Par exemple, dans Paris-Match du 12 septembre 1980 : « Des drogues au tennis ?… je blaguais ! » ; « Au tennis, il est impossible de jouer dopé », ou dans L’Equipe du 29 août 1980 : « Je ne sais rien… ». Le président de la Fédération internationale et Française, Philippe Chatrier, est consterné par les déclarations de Noah dans Rock and Folk : « Je serais étonné que les faits invoqués par Yannick soient vrais (…) Je nie tout en bloc (…) La nature de notre sport ne se prête pas à cela. Toutefois, pour l’instant rien n’est prouvé et je crains un peu que l’on se serve de toute cette histoire, que l’on aille chercher toutes sortes de médecins pour faire du scandale et jeter ainsi le discrédit sur le tennis. C’est dramatique.»
Comme d’habitude, les instances sportives se trompent de cible. Pour elles, ce n’est pas le dopage qui est l’adversaire à combattre sans défaillance mais ceux qui témoignent de la présence des médocs de la performance chez les joueurs.
En 2010, le 28 août dans L’Equipe magazine, Thierry Ardisson est revenu sur l’ITW parue en 1980 dans le magazine Rock and Folk : « On s’est revu il y a 10 ans (Ndlr : avec Noah). Il m’a serré la main, c’est tout. Il savait que tout était vrai. Il a juste regretté l’importance que ça avait pris. » Malgré témoignages et contrôles positifs, le milieu du tennis a continué, les décennies suivantes, à utiliser la langue de bois pour nier le dopage.
Les forçats de la langue de bois
Arguments angéliques, minimalistes ou tout simplement bidon du milieu de la petite balle jaune :
« On ne connaît pas à l’avance la durée du match »; « Les dopants perturbent la durée du match »; « Avec tous ces contrôles, on ne peut pas tricher »; « Trop compliqué pour se doper »; « Parce que le tennis n’est pas un sport d’équipe mais un sport individuel »; « Les joueurs de tennis sont trop individualisés et ne font que se croiser »; « La cocaïne n’améliore pas les performances »; « Les joueurs ont une haute idée de l’éthique »; « On nous teste 20 fois par an, il est impossible de tricher »
Ajoutons que le dopage, ce n’est pas que prendre une pastille avant de pénétrer sur le court mais d’améliorer par des programmes de soins utilisant des méthodes répréhensibles (microdoses, transfusions sanguines, etc.), la vitesse de jambes, la détente verticale, la condition physique, la résistance à la fatigue, le temps de réaction, le tout permettant d’être plus performant raquette en mains.
