en permettant de supprimer la marche d’approche (sic).
Coup de pub, mirage ou réalité ?
Expérimentation du Xénon pour vaincre l’Everest sans marche d’approche et donc sans acclimatation chez des alpinistes amateurs.

POST-IT – La méthode de l’expé Xénon/Everest est-elle efficace ?
On ne sait pas si le promoteur autrichien de l’expédition Xénon/Everest prévue pour le printemps prochain a déjà expérimenté le protocole de 30 mn d’inhalation du gaz en le pratiquant à une seule reprise avant de rejoindre le camp de base car la procédure préconisée par les spécialistes russes pour booster la production d’EPO, de globules rouges et d’hémoglobine est très différente. Cette dernière consiste, à l’aide d’un masque, à inhaler un mélange composé à parts égales d’oxygène et de Xénon pendant quelques minutes avant de se coucher à raison de trois inhalations par semaine.
Or, le Xénon est un gaz qui figure sur la liste des substances illicites de l’Agence mondiale antidopage (AMA) depuis 2014.
Furtenbach évacue d’un revers de manche l’aspect répréhensible de la méthode en déclarant que : « L’alpinisme n’est pas un sport organisé donc, techniquement il ne peut y avoir de dopage ».
En clair, en alpinisme de haute altitude, il n’y a pas de contrôle antidopage donc on peut se ‘’charger’’.
Signalons que dès la fin du 2e conflit mondial, les amphétamines – des stimulants du système nerveux central permettant de dépasser les limites physiologiques du corps – largement utilisées par les combattants des deux camps, vont pénétrer les enceintes sportives et les activités outdoors.
A partir des années 1950, ces produits arrivent en masse dans le sport et dans les expéditions en haute montagne. Pendant 15 ans, de 1950 à 1964, les 14 plus hauts sommets de la planète dépassant tous la barrière mythique des 8 000 mètres, ont été vaincus par des grimpeurs sublimés aux amphétamines. Les Français Maurice Herzog et Louis Lachenal sont les premiers à gravir un plus de 8 000 m, en parvenant à la cime de l’Annapurna, le 03 juin 1950 en absorbant du Maxiton®. L’Everest (8 849 m) est conquis par Edmund Hilary (Nouvelle-Zélande) et Norgay Tenzing (Népal) le 29 mai 1953 avec l’aide de la Benzédrine®. Les allemands parviennent au sommet du Nanga Parbat (8 126m) grâce à l’exploit de l’Autrichien Hermann Buhl qui atteint la cime le 3 juillet 1953 alors qu’il est seul à grimper depuis l’altitude 7000 m en ayant recours au Pervitin®.
Les Italiens Achille Compagnoni et Lino Lacedelli s’adjugent le K2 (8 611 m) le 31 juillet 1954 en prenant de la Simpamina®. A l’époque ces différentes spécialités d’amphétamines sont considérées comme des produits de soutien en vue de la marche d’approche et de l’assaut final.
Dès 1987, dans Le Point mais surtout dans un ouvrage intitulé Drogues et Dopages, j’avais consacré un chapitre entier à la consommation des stimulants dans l’alpinisme de haut niveau. Et contrairement à ce que le Dr Jean-Paul Richalet, un physiologiste et médecin du sport de montagne, affirme : « Je crois que. le dopage existe là où il y a compétition, ce qui n’est pas le cas de l’alpinisme. » [Libération, 23.01.1997], même en montagne l’esprit de compétition est omniprésent pour atteindre le sommet, établir une première, vaincre une voie réputée hors limite, battre d’autres équipes de grimpeurs, faire tomber le record d’une ascension emblématique ( … ). Ajoutons que de tout temps, l’esprit de compétition fait partie intégrante des courses en haute montagne. Le journaliste Paul Herr du mensuel Sport Sélection des années 1950 en témoigne : « Si l’alpinisme ne permet pas l’homologation de records ni la désignation de champons, l’esprit de compétition existe néanmoins dans ce sport si particulier. » [Sport Sélection, 1954, n° 27, juillet, p 135]
La bataille de l’Himalaya, une compétition internationale
Et on peut ajouter qu’en 1950, la compétition faisait rage entre les principaux pays fréquentant les Alpes, à savoir la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse pour être la première nation à inscrire un 8 000 m à son palmarès. La France avait créé un Comité de l’Himalaya qui avait sélectionné en 1950 une équipe de France avec comme capitaine Maurice Herzog et pour mission : vaincre un 8 000 m. De même, la Grande-Bretagne en vue de la conquête du Toit du monde avait créé le Comité du Mont Everest.
L’emploi de l’oxygène – Conduite dopante ou non ?
Parmi les meilleurs grimpeurs de haute altitude, certains considèrent que la ‘’banale’’ utilisation des bouteilles d’oxygène pour gravir l’assaut final des 7 000 – 8 000 m est une conduite dopante. Deux témoignages :
Eric Escoffier (France), himalayiste : « Grimper avec de l’oxygène aujourd’hui, c’est tricher ; je ne vois pas de différence avec Ben Johnson. » [L’Equipe Magazine, 29.10.1988]
Erhard Loretan (Suisse), himalayiste (vainqueur des quatorze 8 000 m) : « Quatre-vingt-dix pour cent des 600 personnes qui, à ce jour, ont atteint le sommet de l’Everest ont utilisé l’oxygène. Il faut jouer le jeu de la haute altitude. Seuls ceux qui sont capables de monter sans bouteilles doivent pouvoir effectuer cette ascension. Les autres se dirigeront vers des sommets moins élevés. » [Le Monde, 16.05.1997]
Dès 1922 et les premières utilisations de bouteilles d’oxygène, le président du Comité de l’Everest britannique en place à cette époque, faisait le distinguo entre ascension avec apport artificiel d’oxygène et sans : « Celui qui monterait à l’Everest sans oxygène serait considéré comme ayant accompli une action plus belle que celui qui y monterait en utilisant l’oxygène. » [in ‘’L’épopée de l’Everest’’. – Paris, éd. Arthaud, 1947. – 340 p (p 109)]
Tout cela montre bien qu’en alpinisme, le débat sur le dopage s’alimente en permanence depuis un siècle. L’arrivée du xénon ne fait que booster la controverse.
Xénon – Comment ça dope ?
Le mécanisme du Xénon boostant la production endogène d’EPO est le même que les différents gaz induisant une hypoxie tels que l’argon, le cobalt, le monoxyde de carbone et les chambres d’altitude. Ainsi, une inhalation calibrée à ces différents gaz produit une hypoxémie (diminution de l’oxygène sanguine) pouvant, à son tour, provoquer – en activant les facteurs inductibles par l’hypoxie (HIF) – une sécrétion accrue d’EPO favorisant une polyglobulie d’altitude et son corollaire, une meilleure oxygénation des tissus, notamment musculaires.
Précisons que le Xénon, le cobalt et l’argon sont référencés dans la liste des substances illicites de l’AMA depuis 2014. Le monoxyde de carbone (CO) ne s’y trouve pas. Mais, par assimilation au mécanisme des trois autres, il doit être considéré comme prohibé en sachant que l’AMA et ses laboratoires officiels sont incapables de le détecter.
Par ailleurs, les tentes et chambres hypoxiques, elles, sont autorisées.
Et avec le Xénon qu’est-ce que vous prendrez en plus pour l’ascension ? (1)
Le trekking d’altitude est à la mode chez les touristes argentés. Chaque année, le Népal accueille plusieurs dizaines de milliers de randonneurs en provenance des pays occidentaux ! Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont dépassé la quarantaine et dont le système vasculaire montre les premiers signes de lassitude. Par crainte d’une défaillance, les organisateurs de ces voyages sportifs poussent d’ailleurs à la consommation pharmaceutique. Ils conseillent aux marcheurs de se faire prescrire préventivement des médicaments anti-MAM : corticoïdes, diurétiques, acide acétylsalicylique et Viagra®.
Rappelons qu’en dessous de 2 000 mètres d’altitude, ce Mal Aigu des Montagnes (MAM) ne touche que 10 à 15 % des gens. Puis la proportion grimpe à 50 % au- dessus de 3.000 mètres et à 75 % après 4 000 mètres. Dans la plupart des cas, le MAM est bénin et régresse spontanément. Mais il peut également évoluer vers l’œdème cérébral de haute altitude, potentiellement mortel. D’où la surconsommation préventive de certains médocs de la perf.
Cette dérive ne concerne pas seulement les sports classiques – athlétisme, cyclisme, tennis, etc. – où chacun se mesure à l’adversaire; elle s’inscrit également parmi les circonstances de vie où l’on se bat davantage contre soi-même. Comme en alpinisme. Par la prise de médicaments, on cherche en somme à pallier ses faiblesses et on se lance dans des conquêtes auxquelles on n’aurait pas pu prétendre si l’on avait dû compter sur ses propres forces. Ainsi, les citadins sont de plus en plus nombreux à se faire tracter, moyennant finances, en haut de l’Everest, malgré une condition physique très éloignée des exigences de l’effort en altitude. Le Xénon et autres médocs tels que corticos et diurétiques risquent d’encourager cette banalisation de l’exploit qui est au véritable alpinisme, ce que le « fast food » est à la gastronomie. »
- Consulter le tableau en fichier joint (PDF) référençant les médocs de la performance utilisés par les alpinistes depuis 1883.
Alpinisme et compétition
Dès les années 1950, le journaliste Paul Herr démontre que la notion de compétition est omniprésente dans le milieu des ascensions ; or, où il y a compétition, le dopage s’invite.
« Si l’alpinisme ne permet pas l’homologation de records ni la désignation de champions, l’esprit de compétition existe néanmoins dans ce sport si particulier. Pourtant des épreuves de classement, non des alpinistes, mais des courses, ont été entreprises. C’est dans les Dolomites que l’on commença à ranger les passages rocheux selon six catégories de difficulté croissante. L’accord des alpinistes se fit assez rapidement sur la cotation qui comporte six degrés. La rivalité et l’émulation des alpinistes n’ont d’ailleurs pas attendu cette cotation pour se manifester. A l’origine ce fut la chasse aux grandes premières. Cette course aux premières a vu son aboutissement le jour où Edmund Hillary et Norgay Tensing ont conquis l’Everest. » [Paul Herr. – Sport-Sélection, 1954, n° 27, juillet, p 135]
Article et illustrations – copyright blog : dopagedemondenard.com
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EN FICHIERS JOINTS :
- Alpinisme – Tableau : les médocs de la performance depuis 1883
- Les Russes à plein gaz grâce au Xénon
- La réglementation antidopage du Xénon depuis 2014
