Everest dopage – En 7 jours porte à porte aller-retour de Londres au sommet du Toit du monde grâce au Xénon… mais pas que !

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Un protocole d’ascension aménagé, escamotant les difficultés, et suroxygéné grâce au Xénon

  • En amont, passer ses nuits sous tentes hypoxiques pendant des semaines et respirer du Xénon dans une clinique allemande, un gaz stimulant la production endogène d’EPO et de GR augmentant le transport d’O2 aux tissus.
  • Sur place, monter dans un hélico pour éviter la marche d’approche et atterrir au camp de base (5 364 m) préinstallé avec un confort VIP.
  • Pendant la grimpe : utiliser les cordes fixes, les sherpas ayant déjà équipés les camps d’altitude ; inhaler de l’oxygène artificielle pendant l’ascension.
Un tableau explicatif sur un protocole de course, indiquant des doses précises de caféine et de paracétamol, accompagné d'autres compléments alimentaires.

Une ‘’grimpette’’ de seulement 3 500 m !

Où est l’exploit des ex-soldats de l’armée britannique ? Ils sont adaptés à l’altitude à domicile et, au final, ils ne grimpent réellement qu’une montagne de… 3 500 mètres !

Pour tous ceux qui prônent « des valeurs de la montagne antinomiques avec le dopage », rappelons que depuis les véritables premières ascensions au XIXe siècle, les viatiques ergogéniques accompagnent les grimpeurs jusqu’aux cimes (voit tableau joint de 1883 à 2025).

Les vraies valeurs dans tous les sports ne concernent que de rares individus. L’ensemble du peloton des adeptes de l’effort physique en compétition n’a qu’un objectif : être reconnu et performer ce qui impose d’atteindre le top 10, voire le podium. De préférence s’il y a des règles, ne pas se faire épingler.

En 2025, la médicalisation de la performance est une constante malgré la profession de mauvaise foi de l’AMA

Aujourd’hui, malgré le CIO, l’AMA, l’ITA, le TAS et les nombreuses agences antidopage nationales, la médicalisation du sport de compétition est voisine de 100% : caféine, anti-inflammatoires, antalgiques, aspirine… font partie de la pharmacie quotidienne des adeptes de l’effort. Et qui plus, ce sont des surdoses qu’ingurgitent les sportifs.

A titre d’exemple, voici le protocole de ‘’dopage légal’’ – expression utilisée par Henriette Albon, une traileuse norvégienne de top niveau qui a partagé un visuel sur la médicalisation du trail Transgrancanaria du 25 févier 2025, qu’elle a remporté en 15 heures 02’ 50’’. Pendant l’épreuve de 126 km et 7 000 m de dénivelé positif, Albon a absorbé 1 720 mg de caféine et 3 000 mg de paracétamol (antalgique).

Ces doses ne sont pas sans danger, notamment lorsqu’elles sont associées à un effort de course en moyenne montagne avec hyperthermie corporelle et déshydratation. Ces quantités de caféine en moins de 24 heures sont-elles sans danger alors qu’à partir de 500 mg/jour, on tutoie la surdose et que Melle Albon dépasse trois fois la dose ? De même, l’impact du paracétamol sur le foie n’est pas bon pour la santé, notamment lors d’un effort prolongé de 15 heures non-stop avec déshydratation et hyperthermie voisine de 39-40°, habituels dans une telle activité énergivore.

Protocole de dopage légal d’une spécialiste du trail

Protocole « Legal Doping » d’Henriette Albon : une publication choc et assumée

Sur son compte Instagram, Henriette Albon, traileuse norvégienne et récente vainqueure de la Transgrancanaria 2025, a partagé un visuel qui n’a laissé personne indifférent : un tableau minutieux intitulé « Legal Doping », accompagné d’un smiley ironique et d’un commentaire en bas de page : Ultra running ain’t good for you. Une provocation ? Une blague entre initiés ? Ou un vrai plan d’action partagé publiquement avec légèreté ? C’est cette ambiguïté qui alimente aujourd’hui la polémique.

Tableau de ravitaillement intitulé 'Legal Doping' montrant les doses de caféine et de paracétamol administrées tout au long de la journée pour optimiser la performance sportive.
Screenshot

Ce que révèle le tableau :

Le document détaille un protocole de course planifié à l’heure près, intégrant des doses précises de caféine et de paracétamol, ainsi que d’autres compléments alimentaires identifiés comme potentiellement de la créatine ou des marques type Solgar.

Les quantités indiquées sont significatives :

–  Jusqu’à 200 mg de caféine toutes les deux heures,

–  Et jusqu’à 500 mg de paracétamol à plusieurs reprises.

Même si rien n’est interdit sur le plan réglementaire, ce type de protocole s’apparente clairement à une conduite dopante, c’est-à-dire une utilisation de substances non interdites, dans le but d’augmenter artificiellement la performance.

En 2025, le dopage et la médicalisation de la performance sont omniprésents dans les enceintes sportives bien que l’Agence mondiale antidopage (AMA) dans ses communiqués, régulièrement, se targue style méthode Coué que : « La santé et le bien-être des sportifs sont la priorité de l’AMA ». Il n’y a que les journalistes complices qui peuvent croire un tel engagement de l’instance mondiale.

Quoi qu’il en soit, le dopage est omniprésent dans notre société et rien n’est entrepris d’efficace pour le combattre, surtout avec l’AMA en tête de gondole.

Tableau décrivant les agences antidopage et leur année de création.

En fichiers joints 1/ Alpinisme : les médocs de la performance depuis 1883 (tableau); 2/ Document – Everest et dopage : les étapes des premières expéditions 1921-1922 à la victoire des Britanniques le 29 mai 1953 à 11h30

Document exclusif – Himalaya et Karakorum : deux chaînes de montagnes mythiques abritent 14 sommets dépassant 8 000 mètres

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La fenêtre la plus favorable pour conquérir l’un des quatorze sommets de 8 000 m se situe au mois de mai. 7 des ascensions victorieuses lors des ‘’premières’’ l’ont été pendant le 5e mois de l’année.

C’est l’occasion de fêter et honorer tous ces grimpeurs victorieux entre mai 1953 et mai 1964.

Cela fait très longtemps, des dizaines d’années, que j’ai établi ce tableau où figurent les noms des 14 sommets mythiques avec les dates et heures locales des premiers pas sur les cimes, les noms des grimpeurs et l’utilisation ou non d’oxygène.

Sur les 14 pics, seuls 6 ont été réalisés en l’absence d’oxygène artificielle. Sur les 7 sommets vaincus en mai, seul le Dhaulagiri (7e plus haut des 14 avec 8 167 m) l’a été sans oxygène. Il faut préciser que l’équipe suisse avait été aidée d’un avion qui déposa 6 tonnes de matos à 5 200 m et 5 700 m.

Autre particularité, le Kangchenjunga (3e sommet / 8 586 m) atteint les 25 et 26 mai 1955 par les Britanniques, ces derniers sont restés à 2 mètres du sommet pour ne pas déplaire aux traditions religieuses locales, respectueuses des Dieux.

A titre personnel, l’énumération régulière de ces quatorze 8 000 m, au même titre que les 64 lauréats du Tour de France depuis 1903 et les 50 Etats américains me permettent d’entretenir et de vérifier si le lobe temporal de mon cerveau est toujours en forme !

Vue du mont Everest depuis la face nord à Rongbuk, Tibet. En dessous, le K2 et le glacier du Baltoro dans le Karakoram.

Dopage – Alpinisme : vaincre l’Everest grâce au Xénon, un gaz qui booste la production endogène d’EPO

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en permettant de supprimer la marche d’approche (sic).

Coup de pub, mirage ou réalité ?

Expérimentation du Xénon pour vaincre l’Everest sans marche d’approche et donc sans acclimatation chez des alpinistes amateurs.

Un Autrichien/gourou d’une expédition commerciale, Likas Furtenbach, propose à ses clients potentiels une expédition destinée à atteindre le plus haut sommet de la planète (8 849 m) sans marche d’approche d’acclimatation à l’altitude mais en inhalant du Xénon pendant 30 minutes avant de rejoindre le camp de base.

POST-IT – La méthode de l’expé Xénon/Everest est-elle efficace ?

On ne sait pas si le promoteur autrichien de l’expédition Xénon/Everest prévue pour le printemps prochain a déjà expérimenté le protocole de 30 mn d’inhalation du gaz en le pratiquant à une seule reprise avant de rejoindre le camp de base car la procédure préconisée par les spécialistes russes pour booster la production d’EPO, de globules rouges et d’hémoglobine est très différente. Cette dernière consiste, à l’aide d’un masque, à inhaler un mélange composé à parts égales d’oxygène et de Xénon pendant quelques minutes avant de se coucher à raison de trois inhalations par semaine.

Or, le Xénon est un gaz qui figure sur la liste des substances illicites de l’Agence mondiale antidopage (AMA) depuis 2014.

Furtenbach évacue d’un revers de manche l’aspect répréhensible de la méthode en déclarant que : « L’alpinisme n’est pas un sport organisé donc, techniquement il ne peut y avoir de dopage ».

En clair, en alpinisme de haute altitude, il n’y a pas de contrôle antidopage donc on peut se ‘’charger’’.

Signalons que dès la fin du 2e conflit mondial, les amphétamines – des stimulants du système nerveux central permettant de dépasser les limites physiologiques du corps – largement utilisées par les combattants des deux camps, vont pénétrer les enceintes sportives et les activités outdoors.

A partir des années 1950, ces produits arrivent en masse dans le sport et dans les expéditions en haute montagne. Pendant 15 ans, de 1950 à 1964, les 14 plus hauts sommets de la planète dépassant tous la barrière mythique des 8 000 mètres, ont été vaincus par des grimpeurs sublimés aux amphétamines. Les Français Maurice Herzog et Louis Lachenal sont les premiers à gravir un plus de 8 000 m, en parvenant à la cime de l’Annapurna, le 03 juin 1950 en absorbant du Maxiton®. L’Everest (8 849 m) est conquis par Edmund Hilary (Nouvelle-Zélande) et Norgay Tenzing (Népal) le 29 mai 1953 avec l’aide de la Benzédrine®. Les allemands parviennent au sommet du Nanga Parbat (8 126m) grâce à l’exploit de l’Autrichien Hermann Buhl qui atteint la cime le 3 juillet 1953 alors qu’il est seul à grimper depuis l’altitude 7000 m en ayant recours au Pervitin®.

Les Italiens Achille Compagnoni et Lino Lacedelli s’adjugent le K2 (8 611 m) le 31 juillet 1954 en prenant de la Simpamina®. A l’époque ces différentes spécialités d’amphétamines sont considérées comme des produits de soutien en vue de la marche d’approche et de l’assaut final.

Dès 1987, dans Le Point mais surtout dans un ouvrage intitulé Drogues et Dopages, j’avais consacré un chapitre entier à la consommation des stimulants dans l’alpinisme de haut niveau. Et contrairement à ce que le Dr Jean-Paul Richalet, un physiologiste et médecin du sport de montagne, affirme : « Je crois que. le dopage existe là où il y a compétition, ce qui n’est pas le cas de l’alpinisme. » [Libération, 23.01.1997], même en montagne l’esprit de compétition est omniprésent pour atteindre le sommet, établir une première, vaincre une voie réputée hors limite, battre d’autres équipes de grimpeurs, faire tomber le record d’une ascension emblématique ( … ). Ajoutons que de tout temps, l’esprit de compétition fait partie intégrante des courses en haute montagne. Le journaliste Paul Herr du mensuel Sport Sélection des années 1950 en témoigne : « Si l’alpinisme ne permet pas l’homologation de records ni la désignation de champons, l’esprit de compétition existe néanmoins dans ce sport si particulier. » [Sport Sélection, 1954, n° 27, juillet, p 135]

La bataille de l’Himalaya, une compétition internationale

Et on peut ajouter qu’en 1950, la compétition faisait rage entre les principaux pays fréquentant les Alpes, à savoir la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse pour être la première nation à inscrire un 8 000 m à son palmarès. La France avait créé un Comité de l’Himalaya qui avait sélectionné en 1950 une équipe de France avec comme capitaine Maurice Herzog et pour mission : vaincre un 8 000 m. De même, la Grande-Bretagne en vue de la conquête du Toit du monde avait créé le Comité du Mont Everest. 

L’emploi de l’oxygène – Conduite dopante ou non ?

Parmi les meilleurs grimpeurs de haute altitude, certains considèrent que la ‘’banale’’ utilisation des bouteilles d’oxygène pour gravir l’assaut final des 7 000 – 8 000 m est une conduite dopante. Deux témoignages :

Eric Escoffier (France), himalayiste : « Grimper avec de l’oxygène aujourd’hui, c’est tricher ; je ne vois pas de différence avec Ben Johnson. » [L’Equipe Magazine, 29.10.1988]

Erhard Loretan (Suisse), himalayiste (vainqueur des quatorze 8 000 m) : « Quatre-vingt-dix pour cent des 600 personnes qui, à ce jour, ont atteint le sommet de l’Everest ont utilisé l’oxygène. Il faut jouer le jeu de la haute altitude. Seuls ceux qui sont capables de monter sans bouteilles doivent pouvoir effectuer cette ascension. Les autres se dirigeront vers des sommets moins élevés. » [Le Monde, 16.05.1997]

Dès 1922 et les premières utilisations de bouteilles d’oxygène, le président du Comité de l’Everest britannique en place à cette époque, faisait le distinguo entre ascension avec apport artificiel d’oxygène et sans : « Celui qui monterait à l’Everest sans oxygène serait considéré comme ayant accompli une action plus belle que celui qui y monterait en utilisant l’oxygène. » [in ‘’L’épopée de l’Everest’’. – Paris, éd. Arthaud, 1947. – 340 p (p 109)]

Tout cela montre bien qu’en alpinisme, le débat sur le dopage s’alimente en permanence depuis un siècle. L’arrivée du xénon ne fait que booster la controverse.

Xénon – Comment ça dope ?

Le mécanisme du Xénon boostant la production endogène d’EPO est le même que les différents gaz induisant une hypoxie tels que l’argon, le cobalt, le monoxyde de carbone et les chambres d’altitude. Ainsi, une inhalation calibrée à ces différents gaz produit une hypoxémie (diminution de l’oxygène sanguine) pouvant, à son tour, provoquer – en activant les facteurs inductibles par l’hypoxie (HIF) – une sécrétion accrue d’EPO favorisant une polyglobulie d’altitude et son corollaire, une meilleure oxygénation des tissus, notamment musculaires.

Précisons que le Xénon, le cobalt et l’argon sont référencés dans la liste des substances illicites de l’AMA depuis 2014. Le monoxyde de carbone (CO) ne s’y trouve pas. Mais, par assimilation au mécanisme des trois autres, il doit être considéré comme prohibé en sachant que l’AMA et ses laboratoires officiels sont incapables de le détecter.

Par ailleurs, les tentes et chambres hypoxiques, elles, sont autorisées.

Et avec le Xénon qu’est-ce que vous prendrez en plus pour l’ascension ? (1)

Le trekking d’altitude est à la mode chez les touristes argentés. Chaque année, le Népal accueille plusieurs dizaines de milliers de randonneurs en provenance des pays occidentaux ! Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont dépassé la quarantaine et dont le système vasculaire montre  les premiers signes de lassitude. Par crainte d’une défaillance, les organisateurs de ces voyages sportifs poussent d’ailleurs à la consommation pharmaceutique. Ils conseillent aux marcheurs de se faire prescrire préventivement des médicaments anti-MAM : corticoïdes, diurétiques, acide acétylsalicylique et Viagra®.

Rappelons qu’en dessous de 2 000 mètres d’altitude, ce Mal Aigu des Montagnes (MAM) ne touche que 10 à 15 % des gens. Puis la proportion grimpe à 50 % au- dessus de 3.000 mètres et à 75 % après 4 000 mètres. Dans la plupart des cas, le MAM est bénin et régresse spontanément. Mais il peut également évoluer vers l’œdème cérébral de haute altitude, potentiellement mortel. D’où la surconsommation préventive de certains médocs de la perf.

Cette dérive ne concerne pas seulement les sports classiques – athlétisme, cyclisme, tennis, etc. – où chacun se mesure à l’adversaire; elle s’inscrit également parmi les circonstances de vie où l’on se bat davantage contre soi-même. Comme en alpinisme. Par la prise de médicaments, on cherche en somme à pallier ses faiblesses et on se lance dans des conquêtes auxquelles on n’aurait pas pu prétendre si l’on avait dû compter sur ses propres forces. Ainsi, les citadins sont de plus en plus nombreux à se faire tracter, moyennant finances, en haut de l’Everest, malgré une condition physique très éloignée des exigences de l’effort en altitude. Le Xénon et autres médocs tels que corticos et diurétiques risquent d’encourager cette banalisation de l’exploit qui est au véritable alpinisme, ce que le « fast food » est à  la gastronomie. »

  • Consulter le tableau en fichier joint (PDF) référençant les médocs de la performance utilisés par les alpinistes depuis 1883.

Alpinisme et compétition

Dès les années 1950, le journaliste Paul Herr démontre que la notion de compétition est omniprésente dans le milieu des ascensions ; or, où il y a compétition, le dopage s’invite.

« Si l’alpinisme ne permet pas l’homologation de records ni la désignation de champions, l’esprit de compétition existe néanmoins dans ce sport si particulier. Pourtant des épreuves de classement, non des alpinistes, mais des courses, ont été entreprises. C’est dans les Dolomites que l’on commença à ranger les passages rocheux selon six catégories de difficulté croissante. L’accord des alpinistes se fit assez rapidement sur la cotation qui comporte six degrés. La rivalité et l’émulation des alpinistes n’ont d’ailleurs pas attendu cette cotation pour se manifester. A l’origine ce fut la chasse aux grandes premières. Cette course aux premières a vu son aboutissement le jour où Edmund Hillary et Norgay Tensing ont conquis l’Everest. » [Paul Herr. – Sport-Sélection, 1954, n° 27, juillet, p 135]

Article et illustrations – copyright blog : dopagedemondenard.com

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