Mes récentes études sur la durée de vie des cyclistes exerçant à cette époque prouvent le contraire.
DECRYPTAGE –
Dans les années 1960, les amphétamines, alors largement utilisées dans le peloton, s’imposent comme les principaux « amplificateurs » de performance. À l’époque, la pratique est banalisée, presque tolérée.
Très vite pourtant, le corps médical tire la sonnette d’alarme. Les risques pour la santé sont jugés majeurs, voire vitaux. Face à ces inquiétudes croissantes, les pouvoirs publics réagissent : les premières politiques de lutte antidopage voient le jour…
Mais plusieurs décennies plus tard, contre toute attente, ces athlètes affichent une durée de vie supérieure de 7 à 8 ans par rapport à la moyenne de la population masculine ayant 25 ans en 1959-1960 (écartant ainsi le biais de la mortalité infantile).
L’effet du sport plus fort que celui du dopage ?
Le cyclisme de haut niveau, avec ses volumes d’entraînement extrêmes, aurait des effets protecteurs durables sur l’organisme, notamment au plan cardiovasculaire alors que l’impact supposé négatif des amphets (l’important c’est la dose) n’a pas suffi à annuler les bénéfices physiologiques d’une activité physique intense— bien supérieure à celle promise aujourd’hui par les hormones et autres solutions anti-âge.
CONTROVERSE : une attaque diffamatoire sournoise
C’est en lisant en novembre dernier, dans Sud-Ouest la phrase hallucinante d’aversion envers les cyclistes d’une athlète, étudiante en 5e année de médecine, qui affirmait sans sourciller et sans aucune preuve : « que tous les cyclistes dopés ont tous un cancer des testicules à 40 ans, sont infertiles ou, s’ils ont des enfants, ceux-ci ont des retards de développement » – sans que Sud-Ouest qui lui a donné une telle tribune ni les instances cyclistes ne s’émeuvent de ces divagations diffamatoires – que je décidai de publier mes travaux poursuivis depuis des années sur la durée de vie des coureurs ayant pris au moins une fois le départ du Tour de France.
Les chiffres ne mentent pas : du 1er Tour de 1903 à celui de 1960, les Géants de la route, malgré leur médicalisation de la performance, ont une durée de vie supérieure à la moyenne des hommes en France.
Quant aux instances antidopage, leur stratégie est à revoir en profondeur. Brandir la peur de la maladie et de la mort jeune, c’est totalement à côté de la plaque !
Mon étude, exclusive et originale, sur la durée de vie des coureurs du Tour de France des années 1960 vient bousculer les idées reçues. Là où beaucoup se contentent de relayer des croyances toutes faites, j’apporte une analyse rigoureuse qui invite à penser autrement et à sortir d’un certain conformisme stérile.
Dans l’imaginaire collectif, le dopage est associé à la tricherie, aux scandales et aux carrières brisées. À une époque où le Tour de France était déjà l’une des épreuves les plus exigeantes au monde, de nombreux coureurs, malgré l’usage répandu de substances dopantes, affichent une étonnante longévité.
Pour démontrer la dangerosité du dopage, les partisans de la lutte antidopage ont souvent mis en avant quelques cas de cyclistes décédés relativement jeunes (avant 60 ans). Ces exemples, parfois emblématiques — Jacques Anquetil, Louison Bobet, Roger Rivière, Raymond Mastrotto — ont servi à crédibiliser leur discours sur les dangers des substances de performance. Mais qu’en est-il de l’ensemble du peloton ?
Bien sûr, lors du Tour de France 1959, sur les 12 coureurs sélectionnés en équipe de France, cinq ne dépassèrent pas la soixantaine, soit 41,7 %. Pourtant, rapportés aux 120 partants, ces décès prématurés n’ont pas d’impact significatif sur la longévité globale du peloton.
Les chiffres sont sans appel
Tour de France 1959
L’âge moyen au décès des 120 coureurs atteint 79 ans et 2 mois. Comparé à l’espérance de vie des hommes français âgés de 25 ans en 1959 (soit environ 72 ans, afin d’exclure la mortalité infantile), cela représente un gain de 7 ans et 2 mois.
Tour de France 1960
Sur les 128 partants, la durée de vie moyenne s’élève à 80 ans et 6 mois, soit un avantage de 8 ans et 5 mois par rapport à la population masculine générale.
Des résultats encore évolutifs
Au 7 avril 2026, 22 coureurs du Tour 1959 sont encore en vie. Ils sont même 32 survivants pour l’édition 1960, preuve supplémentaire d’une longévité remarquable.
Hors des sentiers battus
Tous les anciens coureurs du Tour de France que j’ai interrogés au sujet des « pastilles » consommées dans les années 1950-1960 ont reconnu, sans exception, avoir eu recours à des amphétamines — notamment le Maxiton®, le Tonédron® ou encore la Corydrane®.
Certains en faisaient un usage intensif, à l’image de ce vainqueur du Tour qui plongeait la langue dans sa boîte de médicaments pour avaler tous les comprimés qui s’y collaient. La majorité, toutefois, limitait leur consommation aux périodes de compétition.
Au final, le respect des doses recommandées par les laboratoires, associé à une certaine prudence (notamment en cas de forte chaleur), ne semble pas avoir eu d’impact significatif sur la longévité de ces athlètes de haut niveau.
Désinformation XXL
Malgré ces constats, les cyclistes continuent d’être régulièrement critiqués par certains médias et pseudo-spécialistes, notamment sur les risques sanitaires liés au dopage. Face à ces attaques, le silence du monde du cyclisme interroge.
Une étude scientifique menée sur 786 coureurs français du Tour de France (1947–2012) a montré qu’ils vivaient en moyenne 6,3 années de plus que la population masculine générale. Cette recherche, conduite par l’INSERM et l’IRMES, a été publiée le 3 septembre 2013 dans l’European Heart Journal et présentée au congrès de la Société européenne de cardiologie à Amsterdam. Elle a été largement relayée par des médias tels que Le Nouvel Obs, Le Point, Libération ou Le Parisien
Depuis 2021, j’ai moi-même publié à plusieurs reprises des travaux confirmant cette tendance.
CONCLUSION
Depuis 1903, malgré un dopage présent dès les premières éditions, les coureurs du Tour de France — les « Géants de la route » — affichent une longévité nettement supérieure, de plusieurs années, à celle de la population masculine française.
POUR EN SAVOIR PLUS – Blog JPDM – Autres liens à consulter sur la longévité des cyclistes
Tour de France ton histoire – Et si le Monument n° 1 du cyclisme était un élixir de longévité ? Les anciens cyclistes du Tour de France décédés ces quatre dernières années (2022-2025) ont bénéficié d’un avantage de longévité d’environ 7 ans 2 mois par rapport à la population générale de cette période – publié le 01 janvier 2026
Tour de France ton histoire : dès la 1re édition en 1903, les coureurs ont une durée de vie hors norme. Et ce malgré le dopage ! Dès l’édition inaugurale de 1903, les Géants de la Route présentent une durée de vie moyenne nettement supérieure à celle de la population française de leur époque en dépit de l’usage alors courant d’amplificateurs artificiels de performance, autrement dit de produits dopants – publié le 05 janvier 2026
C’est en 1950, au pied d’un platane, à 29 km des Arènes de Nîmes, que naît la légende de la »cuite » de Zaaf
En réalité, c’est un trio de paramètres qui déclenche l’insolation et la défaillance :
Chaleur saharienne entre Perpignan et Nîmes.
Effort énergétique intense : échappée à deux, à partir du 68e km et ce – pour Zaaf – pendant 90 km (15’ 40 d’avance au 162e km).
Absorption de nombreux comprimés d’amphétamines au départ de la 13e étape (témoignage d’un coéquipier et de Zaaf lui-même).
Le principal responsable de la défaillance de Zaaf ce sont les amphets qui potentialisent l’hyperthermie due à la chaleur présente ce jour-là et à l’intensité de l’effort (90 km d’échappée)
Ces trois facteurs se sont potentialisés pour provoquer une hyperthermie (insolation). Le tout provoquant chute et désorientation.
La présence du vin varie suivant les témoignages et la propre version de Zaaf. S’il a été pris en cours d’étape, il n’a pu que précipiter et intensifier la défaillance. Il faut rappeler que ce genre de coup de moins bien par forte chaleur et prise d’amphétamines, n’était pas rare à l’époque des années 1950-1970.
Par exemple, la veille, le lauréat de la 12e étape St-Gaudens-Perpignan, Maurice Blomme, selon la chronique de But et Club : « va terminer exténué. Il est tombé trois fois au cours des deux derniers kilomètres. La 3e fois à quatre mètres de la ligne d’arrivée où on l’a porté pour qu’il puisse être classé. » [But et Club, 1950, n° 249, 28 juillet, p 11]
Toujours lors de la 12e étape, le 26 juillet, le jeune Luxembourgeois Henri Kellen victime d’un coup de chaleur, abandonne. Un mois plus tard, il décédera à l’hôpital de Ruti des suites d’une insolation en course durant le critérium de Rapperswill (Suisse), il avait 23 ans 4 mois.
D’autres défaillances gravissimes, voire mortelles, vont suivre. En 1952, deux cyclistes amateurs décèdent en course (amphets + chaleur) ; en 1955 dans le Ventoux, Jean Malléjac s’en sort de justesse (toujours amphets + chaleur) ; en 1960, à Rome, un cycliste danois s’écroule victime du dopage et de la chaleur ; en 1967, c’est au tour de Tom Simpson de décéder sur les pentes du Ventoux, là aussi les amphets, la chaleur et l’alcool font partie du cocktail fatal.
POST-IT – Pour être complet sur la surchauffe corporelle boostée par l’association de l’effort sous forte chaleur, il faut rappeler qu’à 40 km/h à vélo, le déplacement d’air lié à la vitesse permet – grâce aux mécanismes de transpiration et de convection – d’empêcher la surchauffe du corps.
L’insolation se voit plus fréquemment chez le coureur à pied d’endurance en raison de son déplacement moins rapide. Sauf si le cycliste, lui, se charge aux amphets ! Ajoutons que pour un Géant de la Route en mauvaise condition physique, sur une ascension longue et pentue, sa vitesse devenant identique à celle d’un coureur à pied, il s’expose à une surchauffe du moteur avec une défaillance plus ou moins sévère à la clé.
Finalement il a fallu beaucoup de temps pour que le monde du vélo comprenne que les amphétamines par forte chaleur, ce n’était pas la bonne méthode pour performer et rester en bonne santé.
Après un premier très court essai sur le Tour de France 1948 (abandon à la première étape), deux ans plus tard, Abd-El-Kader Zaaf dispute la Grande Boucle avec la première équipe nord-africaine et acheva sa carrière en 1955. En 1950, il fut le principal acteur de ce qu’on appelle toujours « l’affaire Zaaf ».
Comme s’il avait pris une biture
Zaaf appartient désormais à l’histoire du cyclisme ou, du moins, à son côté folklorique. Cette année-là, l’Algérien originaire de Chebli dans l’Algérois, le 27 juillet 1950 lors de la 13e étape menant les coureurs de Perpignan à Nîmes, est victime d’une défaillance à une trentaine de kilomètres de l’arrivée de la capitale gardoise. Dans un premier temps, il zigzague, s’arrête, repart en sens inverse pour, finalement, s’écrouler comme une masse dans le fossé.
Les suiveurs de la course, accourus, constatent qu’il empeste l’alcool comme s’il avait pris une « biture » carabinée. De ce fait, va naître la romance de la fausse « cuite du père Zaaf ». Ahmed Kebaili [Miroir du Cyclisme, 1970, n° 125, mars-avril, p 26], son coéquipier de l’équipe nord-africaine, témoin privilégié, inamovible compagnon de chambre et futur président de la Fédération algérienne de cyclisme, raconte : « Zaaf avait toujours un tube de « comprimés» (stimulants à base d’amphétamines) sur lui pour les cas d’extrême urgence. Et son raisonnement était le suivant : plus t’en prends, plus tu marches… Alors il en prit une vingtaine en pensant que, là, il allait réellement « casser la baraque ». Sur la route, un brave paysan lui tendit une bouteille de vin blanc pour le rafraîchir. Abd-El-Kader crut en voyant la couleur, que c’était tout bonnement de l’eau et s’en aspergea la tête. Quand on le releva dans le fossé à moitié mort, bien sûr il puait la vinasse mais ce n’était pas ce que les gens ont cru. Et il a préféré laisser courir la légende parce qu’il avait un sens assez poussé de la publicité. En Bretagne il avait été adopté et le matin quand les Bretons prenaient leur petit blanc à la campagne, eh bien ils ne disaient plus « donnez-moi un blanc » mais « donnez-moi un Zaaf ». Cela suffit largement pour établir une notoriété et asseoir une réputation ! Mais il ne faut pas oublier qu’il était resté quand même douze heures dans le coma et que si on en a rigolé par la suite il faillit quand même bien laisser sa peau dans cette histoire. »
Frais comme un gardon
La réalité du coma d’une demi-journée paraît difficile à croire, surtout lorsque la chronique de l’époque rapporte qu’à l’hôpital de Nîmes, dans la nuit, la fièvre [Ndla : due à l’insolation] tombait rapidement et le pouls redevenait normal. À six heures du matin, Zaaf, frais comme un gardon, sautait le mur et déambulait en tenue de coureur dans les rues de la ville, à la recherche du lieu de départ de l’étape :
– Tu ne peux plus repartir puisque tu n’as pas terminé l’étape hier, lui fit-on observer, tu étais dans la voiture-ambulance pour les 29 derniers kilomètres.
– Qu’à cela ne tienne, répondit-il, ces 29 kilomètres, je vais les couvrir tout de suite, tout seul et je pourrai ensuite prendre le départ. On lui opposa que le règlement du Tour ne pouvait autoriser une telle dérogation. »
Marcel Thémar, manager général du Tour, autre témoin privilégié, confirme le souhait de Zaaf de reprendre la course même avec un handicap de 29 kilomètres (*) : « Oh ! Quelle histoire ! la veille, il avait fallu le conduire à l’hôpital en ambulance, après son abandon. Il était mourant. On lui faisait des piqûres d’huile camphrée et les infirmières se demandaient s’il allait passer la nuit. Entre Perpignan et Nîmes, Zaaf avait été foudroyé par le soleil et par le vin. Apollon et Bacchus… Le lendemain, bien entendu, c’est par lui que je commence mes visites. Qu’est-ce que je vois devant l’hôpital ? Mon Zaaf en maillot gris, l’œil frais, la bicyclette à la main. Il demandait partout le chemin des Arènes pour prendre le départ.
– Mais tu ne peux pas partir Zaaf ! Hier, tu as eu un coup de bambou. Tu es tombé d’un seul coup comme un arbre, à vingt-neuf kilomètres de l’arrivée.
– Ça ne fait rien, monsieur Thémar. Aujourd’hui, ça va, je me sens mieux. Pour les vingt-neuf kilomètres, je suis prêt à les refaire ce matin, avant le départ…
Il a fallu s’expliquer, moitié en arabe, moitié en français. Je lui disais que le règlement, malheureusement, est impitoyable, qu’on ne peut pas s’arrêter comme ça en route et repartir le lendemain, mais que lui, Abd-El-Kader Zaaf, avait montré qu’il était un grand coureur, qu’il avait maintenant l’expérience du Tour, pour une autre fois, et qu’au fond c’était la sagesse, ce règlement qui le clouait à Nîmes.
(*) Pierre Macaigne. – Le Tour de France en prise directe. – Paris, éd. de Paris, 1951. – 192 p (p 141)]
Amnésique et baratineur
Avant de solliciter la version de Zaaf lui-même, rappelons que les amphétamines (comprimés consommés par l’Algérien) rendent leur utilisateur amnésique et menteur ; il faut donc savoir en tenir compte lorsqu’un sportif doit apporter sa propre vision des faits.
En 1982, Zaaf était venu à Paris se faire soigner pour une maladie des yeux. A cette occasion, il avait accordé une interview au magazine Vélo (**), dans laquelle il avait une bonne fois pour toutes donné sa vérité (la vérité !) sur son fameux abandon dans l’étape Perpignan-Nîmes du Tour 1950. Écoutons ses explications, recueillies à l’époque par Georges Pagnoud : « Tu vas encore me parler de la fameuse étape Perpignan-Nîmes du Tour de France 1950. Ce qu’on a pu en dire des bêtises à ce propos ! Ça se passait le lendemain de l’abandon des Italiens dans les Pyrénées.
Ce jour-là, avec mon copain Marcel Molinès, nous avons attaqué dès le départ. Et pris jusqu’à 25 minutes d’avance (en réalité 16 minutes). A 20 km de l’arrivée (en réalité à 30 km), un type m’a donné à boire. J’ai accepté parce qu’il faisait aussi chaud que dans le désert. Je ne suis pas un chameau, moi. J’ai commencé à zigzaguer. Puis je suis tombé. Je me suis relevé. J’ai repris ma bicyclette. Encore fait un bout de chemin avant de retomber. La troisième fois, j’étais KO dans le fossé. Je suis quand même reparti, mais en sens contraire. Oh ! Pas longtemps, quelques mètres. Ça n’a pas empêché certains suiveurs de prétendre que j’étais saoul. Évidemment, je sentais un peu le pinard, mais c’était surtout parce qu’on m’avait aspergé le visage avec une bouteille. Oui, je te le demande, tu crois que j’aurais fait 200 km à 42 à l’heure (Ndla : en réalité Molinès a remporté l’étape à la moyenne de 33,6 km/h) si j’avais été saoul ?
Afin d’accréditer la thèse de la fausse cuite, certains chroniqueurs vont même jusqu’à affirmer qu’il n’avait jamais bu d’alcool de sa vie. C’est, par exemple, Abel Michéa – l’envoyé spécial de l’Humanité – qui le raconte à Nounouchette (personnage qu’il a créé en 1947), dans un ouvrage sur le Tour de France (***) : « Et aussi l’histoire officielle de cette fameuse biture. Eh bien moi, mon aimée, je te dis que le père Zaaf, il n’a jamais bu une goutte de vin… C’était en 1950, l’étape Perpignan-Nîmes (…) Si tu avais vu Zaaf tanguer sur la route, la balayer, éviter… un platane avant de s’écrouler dans un fossé, en bordure de vignoble. Et il allait peut-être bien tomber dans les pommes quand un vigneron lui passa sa gourde. Zaaf ne buvait pas de vin mais il s’aspergea le visage, la nuque. A tel point que, quand on s’empressa autour de lui, il puait le pinard. Et tout aussitôt naquit la légende de la biture sensationnelle. »
(**) Vélo, 1982, n° 164, mars, p 39
(***) Histoires drôles et drôles d’histoires du Tour de France. – Paris, éd. 2000, 1970. – 219 p (pp 59-62)
‘’Il roulait sec l’Abd- El-Kader’’
En contradiction avec Michéa, un autre équipier de Zaaf, Marcel Zelasco, présent lui aussi sur le Tour 1950, apporte son témoignage (****) qui tord le cou à la prétendue sobriété du casseur de baraques : « Zaaf, ce sacré flingueur, mais il ne fallait pas oublier qu’il roulait sec l’Abdelkader ! Ce n’est pas par hasard qu’il fit 3e d’un Manche-Océan et obtint une très bonne place aux Nations. C’est vrai que parfois il ne marchait pas très droit et je me souviens, quand j’étais derrière lui et qu’il buvait un coup à son bidon, je recevais des éclaboussures de « Pinard ». Zaaf mettait du « Sidi Brahim » dans ses deux bidons et bourré de sucre en plus ! Il carburait le père Zaaf ! »
Au final, deux thèses s’affrontent. Première version : un spectateur lui a passé une bouteille contenant du vin (blanc) et pour faire bonne mesure, il a été aspergé par du gros rouge pour le ranimer de sa défaillance. Ou alors, l’hypothèse la plus probable, les bidons de Zaaf contenaient déjà du vin comme cela se pratiquait couramment dans le peloton de l’époque et, ainsi, l’effort associé aux amphétamines et à la chaleur, le coup de bambou était inévitable. Un scénario voisin de celui de l’Anglais Tom Simpson en 1967 sur les pentes du Mont Chauve. Mais là, le coup de massue a été fatal au champion du monde 1965.
(****) Coups de Pédales, 1989, n° 15, septembre-octobre, p 9
En fichier joint (PDF) – Morceaux choisis sur la vraie-fausse cuite et le demi-tour du Casseur de Baraque
Dans le cadre de ma recherche historique des débuts du dopage médicamenteux dans le sport, j’ai compulsé, recensé et annoté plusieurs dizaines d’articles de la presse relatant l’hécatombe de l’accident du Mans du 11 juin 1955.
Le Mans 1955 – Plus de 80 morts et aucun responsable identifié…
Depuis cet évènement tragique ayant entraîné la mort de plus de 80 spectateurs, le ou les responsables n’ont pas été réellement identifiés malgré une enquête judiciaire – close par un non-lieu après 17 mois d’instruction -, un livre d’un journaliste publié en 2004 et un documentaire cinématographique : « Le Mans 1955, une tragédie française » diffusé sur Canal+ fin 2024.
A aucun moment, n’est évoqué dans ces trois enquêtes, l’impact des amphétamines sur la conduite des pilotes bien que leur utilisation ait été courante dans les paddocks des circuits d’endurance, notamment lors des 24 H du Mans mais aussi aux 500 miles d’Indianapolis. A l’époque, de nombreux décès accidentels de pilotes sont à déplorer.
La relation entre amphets et accidentologie routière est inconnue en 1955
La relation entre drogues et accidentologie routière est inconnue au décours des années 1950. Bien sûr, aucune recherche dans ce sens ne sera effectuée le 11 juin 1955.
A la fin des années 1980, sur la base des rapports d’expéditions, j’avais publié, sur l’apport des amphétamines dans la conquête des 14 Huit mille plus hauts sommets de la planète de 1950 à 1964.
En ce qui concerne les 24 H du Mans 1955 et compte tenu de mes recherches basées sur de nombreux témoignages d’époque formulés par des pilotes, j’ai voulu apporter ma contribution à cet aspect où des stimulants généralisés dans la société des années 1950 pouvaient potentiellement être responsables de la tragédie du Mans. En décembre 2024, après avoir visionné le document filmé dans lequel, à aucun moment, la présence d’amphétamines sur les circuits n’est suggérée – même le mot amphets n’est jamais prononcé par aucun des interviewés par le réalisateur – j’ai décidé de présenter dans mon blog mes commentaires sur ce drame.
Des médias peu intéressés par le drame du Mans 1955
Le 11 juin 2025, à l’occasion du 70e anniversaire de l’hommage rendu aux victimes, j’ai renouvelé la publication de mon enquête.
Afin de contribuer à l’information en diffusant mes recherches et conclusions, j’ai sollicité plusieurs médias, sans succès : Le Point, le Monde, Paris-Match, So Press, aucun n’a daigné répondre à ma demande et sans même un accusé de réception de politesse alors que ces journaux se prétendent être les garants de l’info et qui plus est pour trois titres sur quatre, j’ai déjà collaboré à leurs publications.
Que doit-on en conclure ?
Que cet évènement n’intéresse plus personne 70 ans après et que cela restera définitivement « un fait de course » ?
Que pour l’image de la ville du Mans et son circuit, une épreuve mythique recensée comme étant un évènement sportif parmi les plus connus dans le monde, la référence au dopage des pilotes serait catastrophique ?
Que la presse et l’Automobile Club de l’Ouest veulent rester bons amis sur le dos des 83 morts ?
En revanche, les médias sont tous d’accord pour tartiner des pages entières sur les cyclistes en les accablant pour leur consommation de substances illicites…
Est-ce que les Hommes face à la compétition ont un comportement différent suivant leur spécialité sportive ? La réponse est bien sûr non ! On trouve des dopés dans le curling, la pétanque, les fléchettes, le jeu d’échecs, etc. mais aussi sans surprise en sport automobile, alpinisme et courses au large.
2025 – Seul, un média belge reprend mes commentaires
En revanche, je tiens à féliciter Philippe Lambert et la revue Athéna, un magazine scientifique belge, qui ont fait une page dans le numéro 371 de mars-avril 2025. Merci à tous les deux pour leur contribution à l’information.
Athéna, n° 371, mars-avril 2025, p 29
Article et illustrations – copyright blog : dopagedemondenard.com
Suivre sur X (ex-twitter) mes commentaires au jour le jour de l’actualité médico-sportive : @DeMONDENARD
Depuis cette date, on cherche toujours le ou les responsables. En dépit :
d’une enquête judiciaire close 16 mois plus tard,
d’un livre-document publié par un journaliste du Mans,
d’un documentaire cinématographique diffusé en 2024,
aucun du ou des fautifs de cette tragédie n’ont pu être identifiés.
Finalement, tous ceux qui ont recherché le « chainon » ayant pu provoquer cette catastrophe, ont occulté l’impact des amphétamines sur la conduite d’un pilote alors que les amines de l’éveil étaient omniprésentes dans les paddocks des circuits d’endurance, notamment celui de la Sarthe.
Peu probable si l’on en croit les différents ouvrages des pionniers des 14‘’huit mille mètres’’ où l’on découvre que les différents produits qui vont intégrer la liste des substances illicites lors des premières réglementations antidopage au milieu des années 1960, sont déjà présentes en 1950 en nombre dans les pharmacies itinérantes des expéditions pour la marche d’approche, les camps d’altitude et l’assaut final.
Idée reçue véhiculée par le milieu de l’alpinisme : ‘’aucune substance ne booste l’aptitude des grimpeurs !’’
Comme pour toutes les spécialités sportives, le milieu de la montagne (officiels, médecins, grimpeurs) va nier la présence du dopage dans leurs rangs avec de pseudo-arguments angéliques, minimalistes ou tout simplement bidons.
Par exemple, le médecin français Jean-Pierre Herry, un temps médecin fédéral FFME ose affirmer en 1989 : « A l’heure actuelle, aucune substance dopante connue ne peut améliorer le comportement du grimpeur en période d’entraînement ou de compétition. » [Tonus, 12.12.1988, p 8]
Visiblement, ce médecin qui se dit aussi spécialiste du trail et des raids d’altitude, a zappé les cours sur le dopage ! Rappelons que le fléau numéro un du sport de compétition améliore le rendement physique du corps et, par-là même, permet d’être plus efficace dans la pente, la durée de l’effort et la gestuelle. C’est bien connu, plus le corps est fort, plus il obéit, plus il est faible, plus il commande. Et le dopage est efficace pour construire un corps plus énergique se pratique sous forme de cure préalable aux courses en montagne, notamment à base de stéroïdes anabolisants – triple action bénéfique à la fois sur le rendement musculaire, le transport d’O2 par les globules rouges et le mental – pendant plusieurs semaines en amont de la compétition ou du sommet convoité.
Idée reçue : par d’argent, pas de dopage !
Autre argument spécieux : « Les enjeux financiers restent modestes », sous-entendu la victoire pour la seule gloire n’est pas attractive, le dopage ayant un coût plus ou moins élevé cela freine les tentatives d’avoir recours au coup de pouce artificiel.
C’est Sylvain Jouty, écrivain et ancien rédacteur en chef d’Alpinisme et Randonnée qui nous propose la tirade suivante : « Aujourd’hui, ce sont les formes les plus sportives et les plus intenses (escalade ou ski- alpinisme de compétition) qui sont les plus sujettes au dopage. Heureusement, elles demeurent marginales et les enjeux, notamment financiers, restent modestes. » [in« Montagne. Les grandes premières». – Paris, éd. Sélection Reader’s Digest, 2000. – 207 p (p 149)]
Or, on trouve des cas positifs dans les épreuves de masse (marathon, cyclotourisme…) où il n’y a pas un fifrelin à gagner. Autre cas en haltérophilie où pratiquement tous les concurrents sont dopés et leur seule récompense c’est une poignée de main de félicitation d’un dirigeant également ancien haltérophile.
L’étude de Georg Röggla et de son équipe confirme en 1993 la présence des amphets chez les alpinistes amateurs
A titre d’exemple, signalons que dans l’alpinisme d’été où il n’y a pas d’argent, pas de spectateurs et où la compétition se fait surtout par rapport à soi-même, on a pu comptabiliser 7,1% de dopés aux amphétamines parmi les grimpeurs « anonymes » (non-sponsorisés) dépassant 3 300 m d’altitude. Ce chiffre est tiré de l’étude dirigée par le scientifique autrichien Georg Röggla et son équipe qui a analysé la fréquence de la consommation d’amphétamines chez l’alpiniste de loisir en moyenne altitude (1). Au sein des substances facilitant les ascensions, seules les amphétamines ont été testées. En 1993, au moment de l’étude, on ne détectait pas encore les corticoïdes (1999) et l’érythropoïétine (2000), autres substances prisées des grimpeurs. D’autre part, depuis les années 1950, les amphétamines jouissent dans le milieu de l’alpinisme d’une bonne réputation de produit performant pour lutter contre la fatigue et le froid. Selon Karl Herrligkoffer, le médecin allemand patron de l’expédition victorieuse au Nanga Parbat (8 125 m) en juillet 1953, l’amphétamine qu’il a étudié en haute altitude, stimule le cœur et la circulation sanguine, augmente la ventilation des poumons et pallie le manque d’oxygène. Rappelons que les quatorze plus hauts sommets de la planète, les seuls à dépasser la barre mythique des 8 000 mètres, ont tous été conquis grâce à l’apport des amphétamines.
En ce qui concerne le travail de Röggla et de son équipe, 253 prélèvements d’urine ont été effectués sur des alpinistes masculins présents sur les pentes d’une montagne autrichienne culminant à 3 797 m (le pic Grossglockner). 7,1% des sujets grimpant au-dessus de 3 300 mètres et ayant réussi l’ascension étaient positifs. Parmi ceux qui s’arrêtaient entre 2 500 et 3 300 m, 2,7% avaient des traces urinaires d’amphétamines. Chez les alpinistes qui n’allaient pas plus haut que 2 500 m, aucun échantillon positif n’a été détecté. Précisons qu’au sommet, il n’y avait pas les caméras de TF1 pour réaliser un direct dans un journal d’information tel que le 13 h ou le 20 h, de même pas de spectateurs pour applaudir, pas d’argent, pas de podium, pas de journalistes ni photographes, pas de légion d’honneur remise par le président de la République… En réalité, les alpinistes ayant foulé le sommet pouvaient, le lendemain devant leurs collègues de travail ou leurs amis, se valoriser en commentant fièrement qu’ils avaient explosé leur meilleur temps de l’ascension ou qu’ils avaient battu d’autres grimpeurs.
Les auteurs de l’enquête concluent que pour réaliser une ascension plus rapide, les consommateurs de produits pharmaceutiques ne sont pas rares dans l’alpinisme de loisir. Au total, s’il est certain que l’ensemble des sportifs, quel que soit leur niveau, sont exposés au dopage, on peut affirmer aujourd’hui que plusieurs facteurs vont potentialiser la tentation d’y avoir recours : la médiatisation – de la simple citation de son nom ou de la publication de sa photo imprimés dans la « feuille de chou » locale jusqu’au passage sur les écrans des chaînes de télévisions régionales ou nationales -, les retombées financières peu attractives au début, les reconnaissances officielles (légion d’honneur etc.). Plus on grimpe dans la hiérarchie du haut niveau, plus on est confronté à ces boosters de la dope.
(1) Georg Röggla et al., Dopage aux amphétamines chez les alpinistes de loisir en altitude moyenne (en allemand), Schweiz Sportmed, 1993, 3, pp 103-105
Compétition : la cause n° 1 du dopage
Autre argument tout aussi bidon prononcé par le Dr Jean-Paul Richalet, physiologiste et médecin du sport spécialité dans les activités de montagne expliquant benoîtement : « Je crois que le dopage existe là où il y a compétition, ce qui n’est pas le cas de l’alpinisme. » [Libération, 23.01.1997]
Ajoutons que de tout temps, l’esprit de compétition a fait partie intégrante des courses en haute montagne. Le journaliste Paul Herr, du mensuel Sport Sélection, en témoigne dès les années 1950 : « Si l’alpinisme ne permet pas l’homologation de records ni la désignation de champions, l’esprit de compétition existe néanmoins dans ce sport si particulier » [Sport Sélection, 1954, n° 27, juillet, p 135].
De même, deux ans plus tôt, Jean-François Tourtet, journaliste et grimpeur amateur, avait fait un constat identique : « Aujourd’hui, la montagne est morte. Du monde de nos rêves, on a fait un ‘’alpinodrome’’, un gymnase de glace et de rocher, aux agrès catalogués et munis de pitons. La compétition s’est installée en maîtresse. » [in « Les alpinistes de demain grimperont au chronomètre. – Sport-Digest, 1952, n° 41, avril, p 62]
Afin de tempérer la suspicion du dopage en alpinisme, le Dr Jean-Paul Richalet, après avoir écarté sans argument pertinent, l’absence de dopage parce qu’il n’y aurait pas ‘’compétition’’ chez les grimpeurs de sommets, ajoute : « Pour les alpinistes, des médicaments, pas des dopants » en distinguant trois ‘’remèdes’’ efficaces contre les effets de l’altitude : le Diamox® – un diurétique -, l’aspirine et les glucocorticoïdes. Signalons à ce pseudo-spécialiste du dopage que le Diamox® et les glucocorticoïdes sont listés comme produits dopants dans le Code mondial antidopage depuis les années 1980.
Le Dr Richalet ajoute à propos de ces trois produits : « Ce n’est pas du dopage et cela n’a pas d’effet direct sur la performance musculaire. » C’est bien sûr faux et cela a bien été prouvé en milieu hippique dans les années 1980. Il a été démontré sur les chevaux que parmi les trois seules substances améliorant la performance chronométrique des quadrupèdes figuraient les glucocorticoïdes.
Autre expérience en 1997 sur les coureurs du Tour de France. En 3e semaine de course, 70% du peloton carburait aux glucocorticoïdes. D’ailleurs, quand Jean-Paul Richalet nous dit : « Pour les alpinistes, des médicaments, pas des dopants », les cyclistes face à la suspicion du dopage répondent : « On ne se dope pas, on se soigne ! »
De 1950 à 1964, les 14 ‘’8 000’’ étaient en compétition entre la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Autriche, la Suisse, les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne…
En réalité, en montagne, l’esprit de compétition est omniprésent pour atteindre le sommet, établir une première, vaincre une voie réputée hors limite, battre d’autres équipes de grimpeurs, faire tomber le record d’une ascension emblématique.
À cette époque, la lutte faisait d’ailleurs rage entre la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, les Etats-Unis, le Japon et la Suisse pour être la première nation à inscrire un 8 000 m à son palmarès. La France avait créé un Comité de l’Himalaya, qui avait sélectionné en 1950 une équipe avec pour capitaine Maurice Herzog et pour mission celle de vaincre un 8 000 m. De même, la Grande-Bretagne, en vue de de la conquête du Toit du monde, avait créé dès 1921 le Comité de l’Everest britannique. Il faut rappeler que les amphétamines, le dopant n° 1 des sportifs des années 1950-1970, étaient omniprésentes dans les expéditions des 14 ‘’huit mille’’ plus hauts sommets de la planète. Avant d’aborder la bataille de ces sommets, il faut revenir aux années 1940 et la découverte des amphets.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les amphétamines ont été utilisées massivement par tous les belligérants pour améliorer la performance des soldats, principalement pour compenser la privation de sommeil et améliorer la vigilance : le Pervitin® par l’Allemagne ; la Dexédrine® par les États-Unis ; la Benzédrine® et la Méthédrine® par la Grande-Bretagne ; la Simpamina® par l’Italie ; le Philopon® par le Japon. Lors de la bataille d’Angleterre,
72 000 comprimés ont été distribués aux pilotes britanniques pour repousser les attaques de l’aviation allemande, au point que les journaux anglais ont pu titrer : « La Méthédrine® a gagné la bataille de Londres». À partir des années 1950, ces produits arrivent dans le sport et dans les expéditions en haute montagne. Pendant quinze ans, de 1950 à 1964, les quatorze plus hauts sommets de la planète, dépassant tous la barrière mythique des 8 000 m, ont été vaincus par des grimpeurs sublimés aux amphétamines. Les Français Maurice Herzog et Louis Lachenal sont les premiers à gravir une telle altitude, en parvenant à la cime de l’Annapurna (8 091 m) le 3 juin 1950 en absorbant du Maxiton®.
L’Everest (8 849 m) est conquis par Edmund Hillary (Nouvelle-Zélande) et Norgay Tenzing (Népal) le 29 mai 1953 avec l’aide de la Benzédrine®. Les Allemands parviennent au sommet du Nanga Parbat (8 125 m) grâce à l’exploit de l’Autrichien Hermann Buhl qui atteint seul la cime le 3 juillet 1953 en ayant recours au Pervitin®.
Les Italiens Achille Compagnoni et Lino Lacedelli s’adjugent le K2 (8 611 m) le 31 juillet 1954 en prenant de la Simpamina®. À l’époque, ces différents types d’amphétamines sont considérées comme des produits de soutien en vue de la marche d’approche et de l’assaut final. Dès 1987, dans Le Point mais surtout dans un ouvrage intitulé Drogues et dopages, j’avais consacré un chapitre entier à la consommation des stimulants dans l’alpinisme de haut niveau.
CHRONOLOGIE des amines de l’éveil dans les sports de compétition : alpinisme, 24 Heures du Mans, Tour de France
Pendant le deuxième conflit mondial, elles seront omniprésentes chez les combattants américains (Benzédrine®), britanniques (Méthédrine®), allemands (Pervitin®), italiens (Simpamina®), japonais (Philopon®).
Dès la signature de l’armistice, le 08 mai 1945, elles pénétreront à grande échelle les universités et les stades français mais pas que.
De 1950 à 1964, elles vaincront dans la chaîne de l’Himalaya les quatorze 8 000 m plus hauts sommets de la planète (témoignages des comptes rendus d’expéditions) [recherches Dr JPDM]
Au 24 Heures du Mans 1955, accident tragique le 11 juin : 83 morts et 120 blessés. L’implication des amphets dans le comportement des trois pilotes impliqués est fortement probable. A l’époque, les amphets sont omniprésentes dans les courses d’endurance et rallyes. [recherches Dr JPDM]
Dans le Tour de France, elles accompagneront les vainqueurs de l’épreuve de 1947 à 1965.
En 1967, le 13 juillet, leur responsabilité sera bien établie dans le décès du cycliste britannique Tom Simpson sur les pentes du Mont Ventoux (Vaucluse) en direct à la télé.
L’oxygène fait débat – Une substance artificielle utile aux grandes altitudes supérieures à 7 000 m mais créant une controverse entre les vrais puristes et la masse des pseudos
Pour le Suisse Erhard Loretan, lauréat des 14 ‘’8 000’’ entre 1982 et 1995, 90% des personnes qui grimpent sur le Toit du monde ont utilisé l’oxygène en bouteilles démontrant par là-même que ce gaz améliore les performances des grimpeurs et qu’aujourd’hui il fait toujours débat entre « triche et éthique ».
Quelques grimpeurs de renom donnent leur avis :
Erice Escoffier (Français), himalayiste (5 sommets à plus de 8 000 m entre 1985 et 1997) : « Grimper avec de l’oxygène aujourd’hui, c’est tricher ; je ne vois pas de différence avec Ben Johnson. » [L’Équipe Magazine, 29.10.1988]
Erhard Loretan (Suisse), himalayiste (14 ‘’8 000’’ entre 1982 et 1995) : « Quatre-vingt-dix pour cent des 600 personnes qui, à ce jour [Ndlr : mai 1997], ont atteint le sommet de l’Everest ont utilisé l’oxygène. Il faut jouer le jeu de la haute altitude. Seuls ceux qui sont capables de monter sans bouteilles doivent pouvoir effectuer cette ascension. Les autres se dirigeront vers des sommets moins élevés. » [Le Monde, 16.05.1997]
Francis Younghusband (Anglais), président du Comité de l’Everest britannique en 1921, coordonna les expéditions britanniques à l’Everest en 1921, 1922 et 1924 : « Celui qui monterait à l’Everest sans oxygène serait considéré comme ayant accompli une action plus belle que celui qui y monterait en utilisant l’oxygène. Il semblait impossible à plusieurs hommes de science que le sommet ne pût jamais être atteint sans aide artificielle. » [L’épopée de l’Everest .- Paris, éd. Arthaud, 1947 .- 340 p (pp109-110)]
Aujourd’hui, en 2025, une expédition commerciale innove en proposant dans le prix d’inscription, le dopage au gaz xénon en amont de l’ascension favorisant la production d’érythropoïétine (EPO), une hormone facilitant le transport d’oxygène par les globules rouges via le sang jusqu’aux tissus périphériques, cerveau compris et permettant une marche d’approche et une adaptation écourtée.
Article et illustrations – copyright blog : dopagedemondenard.com
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EN FICHIER JOINT – ALPINISME : ‘’positive attitude’’ – Arguments angéliques, minimalistes ou tout simplement bidon
La fenêtre la plus favorable pour conquérir l’un des quatorze sommets de 8 000 m se situe au mois de mai. 7 des ascensions victorieuses lors des ‘’premières’’ l’ont été pendant le 5e mois de l’année.
C’est l’occasion de fêter et honorer tous ces grimpeurs victorieux entre mai 1953 et mai 1964.
Cela fait très longtemps, des dizaines d’années, que j’ai établi ce tableau où figurent les noms des 14 sommets mythiques avec les dates et heures locales des premiers pas sur les cimes, les noms des grimpeurs et l’utilisation ou non d’oxygène.
Sur les 14 pics, seuls 6 ont été réalisés en l’absence d’oxygène artificielle. Sur les 7 sommets vaincus en mai, seul le Dhaulagiri (7e plus haut des 14 avec 8 167 m) l’a été sans oxygène. Il faut préciser que l’équipe suisse avait été aidée d’un avion qui déposa 6 tonnes de matos à 5 200 m et 5 700 m.
Autre particularité, le Kangchenjunga (3e sommet / 8 586 m) atteint les 25 et 26 mai 1955 par les Britanniques, ces derniers sont restés à 2 mètres du sommet pour ne pas déplaire aux traditions religieuses locales, respectueuses des Dieux.
A titre personnel, l’énumération régulière de ces quatorze 8 000 m, au même titre que les 64 lauréats du Tour de France depuis 1903 et les 50 Etats américains me permettent d’entretenir et de vérifier si le lobe temporal de mon cerveau est toujours en forme !
La constance dans l’origine de ces morts prématurées est due à l’utilisation de stimulants dans les courses cyclistes mais pas seulement puisque les Quatorze sommets de la planète dépassant 8 000 m et vaincus de 1950 à 1964, l’ont été grâce à l’utilisation de l’Alpha-méthyl-phényléthyl-amine, plus connue sous le nom d’amphétamine.
Définition
Ce sont des substances synthétiques agissant essentiellement comme stimulant du système nerveux central. Elles réveillent l’esprit (c’est pour cela qu’on s’en sert pour lutter contre la somnolence et le sommeil) et provoquent une exaltation des activités motrice et psychique, ce qui a pour effet de faciliter le travail physique et intellectuel. Après l’absorption de ces produits, le sujet se sent euphorique, plus sûr de lui, plus décidé, plus efficace; la fatigue et l’apathie diminuent considérablement, la faim se fait moins sentir. C’est pour cet effet tonique, » stimulant « , que les dérivés amphétaminiques sont largement utilisés dès la sortie du 2e Conflit mondial par les personnes qui cherchent à accroître leur rendement physique ou intellectuel (certains sportifs, des étudiants en période d’examen, etc.). Deux slogans ont facilité sa diffusion auprès du public: » donne du nerf aux gens fatigués » et « deux pilules valent mieux qu’un mois de vacances’’.
Dans un document publié début 1968 par la Revue de médecine du sport intitulé ‘’Combattez le doping’’, rédigé par le Bureau médical du ministère de la Jeunesse et des Sports, il est rappelé que de nombreux accidents ont été publiés dans la littérature médicale ou paramédicale mettant en cause l’utilisation d’amphétamines à l’effort : « Le danger de ces produits réside dans la suppression des signes et symptômes de la fatigue. Des souris traitées aux amphétamines deviennent capables de faire des sauts disproportionnés à leurs possibilités habituelles mais désordonnés. Mais alors que l’animal peut être forcé et atteindre la limite physiologique de l’effort, la dépasser et succomber, l’homme, au cours de l’effort sportif, garde son ‘’libre arbitre de l’effort’’. Ce n’est que lorsqu’il est drogué ou dopé qu’il perd cette liberté de décision. Certes, cette liberté de choix peut être annihilée dans certaines conditions dramatiques de survie ; nous ne sommes plus alors dans le cas de l’effort sportif. »
[1] 1er volet – Les tout débuts des premières expertises antidopage : 1952-1955 en France et en Italie – Blog JPDM publié le 07 décembre 2024
Exemple des participants à l’édition 1947 où les amphétamines font partie des soins courants du peloton
Récemment, un lecteur de ce blog nous a adressé un commentaire mettant en doute l’affirmation de ma part que le dopage n’influençait ni la durée d’une carrière, ni la durée de vie d’un cycliste du Tour de France.
Courrier du lecteur :« Les statistiques restent des chiffres, et comme vous le savez on peut faire dire aux chiffres, ou leur donner une orientation ou un biais selon les résultats auxquels on veut arriver ! Ainsi dans les études concernant les décès elles sont forcément fausses du fait que lors de décès il n’y a quasiment jamais d’autopsie, encore moins dans le milieu amateur. Si je me réfère à mon environnement proche, il ne reste pas beaucoup de coureurs avec qui j’ai pu courir durant de nombreuses années, dans mon ancien club (200 licenciés) je suis le seul à avoir dépassé 75 ans…….! Dans les générations plus jeunes, nombreux sont ceux qui ont des problèmes cardiaques (la même année 4 décès en compétition et aucune autopsie dont mon ancien président de club …! Vous comprendrez mon scepticisme. » – Y.G
REPONSES Dr JPDM – Faisant suite à votre commentaire sur l’effet du dopage non négatif sur la longévité et votre scepticisme que je ne partage pas, je propose plusieurs réflexions et une étude statistique objective. Je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises : je ne crois pas aux statistiques sauf celles que j’établis moi-même grâce à de nombreux documents d’état civils incontournables.
Les autopsies
Toutes celles pratiquées dans l’environnement immédiat du décès d’un cycliste mort jeune, la plupart du temps, ne sont pas pertinentes. Ainsi, plusieurs substances disparaissent rapidement des liquides biologiques : hormone de croissance, EPO….
En revanche, un certain nombre de molécules sont détectables dans les cheveux (voir tableau) mais encore faut-il que la demande en soit faite au médecin-légiste par le procureur ou un membre très proche de la famille.
Rappelons que seuls les décès sur la voie publique ainsi que les soupçons de crimes sont justiciables d’une autopsie.
L’exemple non pertinent d’un club de 200 licenciés
D’écrire « Si je me réfère à mon environnement proche, il ne reste pas beaucoup de coureurs avec qui j’ai pu courir durant de nombreuses années, dans mon ancien club (200 licenciés) je suis le seul à avoir dépassé 75 ans », visiblement ce club a été victime d’une épidémie mortelle.
A ma connaissance, en France, aucune étude statistique ne montre que seulement 0,5% d’une population de 200 sujets n’a atteint 75 ans. Par ailleurs ‘’pas beaucoup’’ et un seul vivant à l’âge de 75 ans démontre que ce genre d’argument ne peut être pris en compte. On attend sans trop y croire la vérification par les états civils. Y avait-il dans cette population des cyclistes de haut niveau avec plusieurs milliers de kilomètres annuels ? Quelle fut leur hygiène de vie durant les années précédant leur décès (prise de poids importante, alcool, tabagisme, sédentarité ?).
Certains, pour expliquer que la longévité des cyclistes est amputée par le dopage, se base sur trois cas isolés qui ont ces dernières années défrayé la chronique, c’est ce qu’on appelle dans le jargon scientifique une statistique au pifomètre, donc anecdotique.
Une étude sérieuse doit d’abord sélectionnerune cohorte bien identifiée
TOUR DE FRANCE 1947 – A titre d’exemple la longévité statistique(à partir de documents officiels d’état civil) des 100 coureurs –
La durée moyenne de leur vie est de 81 ans 6 mois. A la même époque – années 1950 – en comparant avec les footballeurs et les rugbymen internationaux, on constate que les cyclistes au plan de la longévité sont plus performants :
Dans Santémagazine.fr du 29 juillet 2024, Olivier Rabin (OR) – un représentant de l’industrie pharmaceutique basé au siège de l’Agence mondiale antidopage (AMA) à Montréal – qui n’a jamais soigné un seul sportif – donne son avis non autorisé sur les dangers du dopage :
Q : Pourquoi le dopage est-il dangereux pour la santé ?
OR : Si la prise de stimulants, d’EPO ou d’anabolisants augmente les performances des athlètes, elle réduit aussi souvent leur espérance de vie. Le 13 juillet 1967, en pleine étape du Tour de France, le cycliste britannique Tom Simpson s’écroule sur les pentes du mont Ventoux, terrassé par l’abus d’amphétamines et la forte chaleur. Il avait 36 ans. La quête de la performance se transforme parfois en piège mortel pour les athlètes…
Pour valider un concept erroné, on continue à se référer à Tom Simpson, décédé du dopage sur le Tour il y a… 57 ans. Mais depuis, jusqu’au Tour 2024, aucun Géant de la Route n’est mort du dopage pendant l’épreuve
Tom Simpson, 29 ans et non 36 comme indiqué par M. Rabbin, avait consommé des amphétamines pour escalader le Ventoux (1 897 m) au cours de la 13e étape Marseille-Carpentras du Tour 1967.
Au départ de la cité phocéenne, ils sont 104 coureurs. Cinq, en plus du Britannique décédé, vont abandonner. Ce qui est un chiffre courant dans une étape de montagne d’autant plus que la température est élevée, la pente longue et raide. La plupart des coursiers de l’époque carburent aux amphétamines et pas qu’un peu !
Une semaine après le décès de Simpson en Avignon, un contrôle antidopage effectué au terme de la 20e étape au Puy de Dôme détecte deux positifs aux amphets : l’Espagnol Julio Jimenez et le Français Désiré Letort. Visiblement, le décès de leur camarade ne les avait pas ‘’refroidi’’.
Finalement, la vraie question qu’un expert indépendant et objectif doit se poser : pourquoi Simpson fait-il une défaillance mortelle en raison de la prise de stimulants alors que l’ensemble du peloton carbure au même produit sans que cela pose un problème particulier ?
La véritable raison du décès de Simpson
Ce qu’ignore Rabin c’est qu’au pied du Géant de Provence, l’Anglais a absorbé une ½ bouteille de Cognac Bisquit. C’est donc la conjonction de l’hyperthermie liée à la chaleur, à l’effort, à la prise de Tonédron® (amphet.) ainsi qu’à l’alcool qui a provoqué le collapsus cardiovasculaire mortel.
Combien de coureurs sont-ils morts sur le Tour de France, en course, à cause du dopage ? UN seul sur 5 305 qui ont pris le départ depuis 1903, soit 0,019%.
C’est un chiffre beaucoup plus bas que les résultats pathétiques des statistiques annuelles de l’AMA qui, bon an mal an, tourne autour de 1% de positifs. On peut montrer l’absurdité des commentaires de Rabin en comparant le cas Simpson, le bouc émissaire du dopage, avec les 6 cyclistes du Tour de France, toujours sur les 5 305, qui sont devenus centenaires, dont l’un le 19 juillet dernier a fêté ses 104 ans. On se rapproche beaucoup de la réalité en concluant que même sous amphets, le cyclisme de compétition est favorable à la longévité.
CONSTAT : la lutte antidopage se justifie uniquement sur la composante éthique / tricherie.
Une étude scientifique confirme que les cyclistes vivent en moyenne plus longtemps que la population générale. Ce travail a été publié sous l’autorité de la Société européenne de cardiologie, le 03 septembre 2013. Le journaliste scientifique du Nouvel Obs en témoigne :
sur sa santé »insolente »; sa longévité cycliste surprenante et son suivi médical permanent. (3e volet sur la saga J.A)
De nombreux experts auto-proclamés, afin de minimiser l’impact de sa consommation de médocs de la performance sur sa santé, vantent la longévité exceptionnelle de son parcours cycliste. Aussi, nous avons – du quintuple lauréat du Tour – repris et commenté les écrits centrés sur les items suivants : santé, longévité, suivi médical face au dopage avéré.