ADDITIF au Document biographique de 45 pages publié le 20 septembre 2026




Fausto Coppi domine haut la main les 36e et 39e éditions du Tour de France, malgré la présence de son adversaire intime, Gino Bartali, mais aussi de plusieurs autres cadors de l’époque : Jean Robic, Ferdi Kübler, Hugo Koblet et Louison Bobet.
À 20 ans, il remporte déjà son premier Grand Tour
À la manière de Tadej Pogačar, numéro 1 mondial des années 2020, Fausto Coppi révèle très tôt des aptitudes hors normes. Dès l’âge de 20 ans, il remporte le Tour d’Italie 1940 alors qu’il n’est encore que simple équipier de Gino Bartali au sein de l’équipe Legnano.
L’Homme de Fer, surnom de Bartali, déjà vainqueur du Giro en 1936 et 1937 et deuxième en 1939, terminera cette édition 1940 à la 9e place, à 46 min 09 s de son gregario Coppi.
Deux ans plus tard, en pleine Seconde Guerre mondiale et sans entraînement spécifique, Coppi porte, le 7 novembre 1942, sur la piste du Vigorelli à Milan, le record de l’heure à 45,848 km/h. Une performance que les meilleurs spécialistes de son époque considèrent alors comme quasiment imbattable.
Il faudra attendre treize ans avant qu’un autre champion ose s’attaquer à ce record. Jacques Anquetil échoue une première fois, le 23 octobre 1955, avec 45,175 km/h, puis une deuxième fois le 25 juin 1956, avec 41,260 km/h. Trois jours plus tard, le 29 juin, il parvient finalement à dépasser Coppi en portant le record à 46,159 km/h.
Spécialiste des échappées solitaires : jamais rattrapé de 1946 à 1954
Comme Tadej Pogacar, le Campionissimo aimait s’extraire du peloton pour s’installer seul en tête et maintenir son effort pendant de nombreux kilomètres jusqu’à l’arrivée.
Selon Pierre Chany, journaliste de référence du cyclisme, cette capacité à aller au bout de ses échappées solitaires constitue même une caractéristique exceptionnelle de Coppi : « Il est rigoureusement vrai que Fausto Coppi, une fois évadé de la meute, ne fut jamais rejoint par ses poursuivants dans la période comprise entre 1946 et 1954, aussi vrai que le mètre-étalon déposé au Pavillon de Breteuil mesure cent centimètres. » [Arriva Coppi, éd. La Table Ronde, 1960, 259 p., p. 15]
Fort de l’expérience accumulée au cours d’une carrière professionnelle commencée en 1940, Coppi, dix-sept ans plus tard, à l’automne de son parcours, reconnaissait d’ailleurs sans détour ce qu’il considérait comme sa principale erreur de jeunesse : « Je ne me lancerais plus dans ces interminables échappées qui ont marqué le début de mon activité pro. J’éviterai de gagner des courses avec plusieurs minutes d’avance. C’est un effort insensé qui ne rime à rien. L’essentiel est de figurer au palmarès. » [Le Miroir des Sports, 1957, n° 648, 26 août, p. 17]
Un novateur dans l’entraînement, la nutrition… et le dopage chimique !
Dès 1942, Fausto Coppi évolue dans un cyclisme professionnel marqué par l’usage des amphétamines, alors largement répandues dans le contexte de la guerre et des opérations militaires. Il a recours à ces psychotoniques, réputés favoriser la performance physique, et en consomme notamment sept comprimés lors de son record de l’heure.
Lors d’une interview accordée à la RAI en 1952, il reconnaît consommer ce type de produits chaque fois qu’il court.
Parallèlement, Coppi porte une attention particulière à l’entraînement et à la nutrition. Après sa mort, notamment dans les années 1960 puis encore dans les années 1990, certains journalistes français le présenteront comme l’un des grands précurseurs de la modernisation du cyclisme : travail derrière derny, nutrition, position sur la machine, qualité du matériel – notamment les boyaux – ou encore importance accordée au sommeil.
Cette lecture a parfois conduit à attribuer l’explosion des vitesses de course à ces seules innovations, en laissant au second plan une autre dimension de sa pratique : le recours aux produits dopants, notamment aux amphétamines. Il convient de rappeler que, durant la carrière de Coppi, le dopage n’était pas encore interdit par la réglementation sportive comme il le sera par la suite.
En 2026, cette dimension apparaît désormais explicitement dans la biographie de Coppi sur Wikipédia. L’encyclopédie en ligne consacre un intertitre aux « Apports de Coppi dans le sport cycliste : diététique, technique, entraînement, dopage », ce qui témoigne de l’intégration de cette dimension dans la présentation contemporaine du champion [consulté le 18 septembre 2026].
Chiffres remarquables concernant sa pratique solitaire en compétition
Signalons les chiffres de sa pleine activité ayant impacté les dernières années de compétition du crack italien qui ne participait qu’à des critériums ne dépassant pas… 45 km.
À l’acmé de sa carrière, entre 1946 et 1954, on relève ainsi :
Pour les fans de la Grande Boucle, nous proposons un document biographique unique sur Fausto Coppi, le Campionissimo (III)
Sans langue de bois, avec l’exigence de rendre compte des faits, différents aspects sont abordés :
En fichier joint (PDF) – Fausto Coppi – Document complet
Ce 11 octobre se dispute la 119e édition du Tour de Lombardie, un Monument qui semble taillé sur mesure pour le Slovène Tadej Pogacar, véritable cannibale des temps modernes. Déjà vainqueur des quatre dernières éditions (2021 à 2024), il pourrait aujourd’hui réaliser un exploit historique.
S’il franchit la ligne d’arrivée à Bergame en vainqueur après les 241,5 km de course, Pogacar ne se contentera pas d’égaler Fausto Coppi — quintuple lauréat de la classique des feuilles mortes — mais il le surpassera : cinq victoires en cinq participations consécutives, là où Coppi avait dû attendre cinq ans (entre 1949 et 1954) pour décrocher son cinquième succès.
La comparaison avec le Campionissimo
Au-delà du nombre de victoires, un autre facteur illustre l’écart entre les deux hommes : l’âge. Coppi avait 35 ans lors de son dernier triomphe en Lombardie ; Pogacar n’en a que 27.
Les deux champions partagent toutefois une même signature : l’art de s’isoler en tête pour l’emporter en solitaire, souvent après une échappée implacable. À ce sujet, le journaliste Pierre Chany écrivait à propos de Fausto Coppi :
« Lorsque Fausto Coppi quittait le peloton, cela signifiait que la course était terminée; terminée pour lui et pour les autres. Avec une ponctualité de fonctionnaire et selon un processus établi une fois pour toutes, il sortait du groupe et s’en allait par-delà les monts et les vallées cueillir la victoire, fut-elle éloignée de deux cents kilomètres. La formalité était devenue dérisoire d’apparence et cette immense dérision dura neuf années. Car il est rigoureusement vrai que Fausto Coppi, une fois évadé de la meute, ne fut jamais rejoint par ses poursuivants dans la période comprise entre 1946 et 1954, aussi vrai que le mètre-étalon déposé au Pavillon de Breteuil mesure cent centimètres. » [in « Arriva Coppi ou les rendez-vous du cyclisme ». – Paris, éd. La Table Ronde, 1960. – 259 p (p 151)]
D’après l’ouvrage Arriva Coppi, Coppi a remporté 53 courses en solitaire sans être revu par ses poursuivants. Certains écarts étaient démesurés : 14 minutes lors de Milan-Sanremo 1946, plus de 5 minutes en 1948, et 6’16 lors du Championnat du monde 1953 à Lugano. À l’inverse, Pogacar gère ses offensives avec une approche plus économe : ses écarts à l’arrivée varient entre 30 secondes et 2 minutes 30. Les spécialistes estiment que Coppi a parcouru environ 3 000 km seul en tête entre 1949 et 1954. Pogacar, lui, en est déjà à 50 victoires acquises loin devant ses adversaires — un total qui pourrait bientôt dépasser les 53 échappées gagnantes du « Héron », surnom donné à Coppi pour sa silhouette longiligne.
Vers un palmarès monumental ?
En cas de victoire ce samedi, Pogacar signerait son 5e Monument en Lombardie et porterait son total à 10 classiques majeures remportées, contre 9 pour Coppi. Et cela, en une carrière bien plus courte et toujours en cours. L’étape suivante ? Rejoindre, voire dépasser Eddy Merckx, le Cannibale belge. Pogi semble avancer avec calme et détermination vers cette ambition.
Les longues échappées : l’erreur de Fausto Coppi
Dès 1952, Fausto Coppi reconnaissait que sa stratégie de longues échappées, bien que spectaculaire, était un excès. Cinq ans plus tard, il ira même jusqu’à dire que c’était la plus grande erreur de sa carrière.
Voici deux extraits d’interviews parus dans Le Miroir des Sports :
1952 – Un premier regret
Avez-vous des regrets concernant votre carrière ?
« Oui. Je me plains d’avoir toujours été obligé de donner l’impulsion à la course. Si j’avais couru comme beaucoup d’autres, en restant dans les roues, j’aurais préservé mes muscles. Gagner avec huit ou dix minutes d’avance, ce n’est pas raisonnable… Deux ou trois minutes auraient suffi. » [Le Miroir des Sports, 1952, n° 335, 04 février, p 2]
1957 – Un aveu plus franc encore
Si vous deviez recommencer votre carrière, quelles erreurs éviteriez-vous ?
« Une seule : je ne referais plus ces interminables échappées du début de ma carrière. Gagner avec plusieurs minutes d’avance, c’est un effort insensé. L’essentiel, c’est de figurer au palmarès. » [Le Miroir des Sports, 1957, n° 648, 26 août, p 17]
Point de vue : Pogacar, l’intelligence de la mesure ?
À la lumière de ces aveux, la méthode Pogacar paraît bien plus mesurée : une attaque tranchante, un écart raisonnable, puis une gestion intelligente dans les portions roulantes. Un modèle moins énergivore et peut-être plus durable.
Là où Coppi a brillé par la démesure, Pogacar incarne une forme de lucidité stratégique. Et c’est peut-être cela qui lui permettra non seulement de marquer son époque, mais aussi de la dominer encore longtemps.
Article et illustrations – copyright blog : dopagedemondenard.com
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Coppi par Coppi, éd. Mareuil 2017
Vient de sortir en librairie un livre à la gloire de Fausto Coppi, le géant des géants de la pédale, signé par son fils Faustino – qui avait cinq ans au moment de la disparition de son père – et du journaliste, professeur de l’histoire de l’art, Salvatore Lombardo « auteur de plusieurs livres sur le cyclisme« . En réalité, celui sur Fausto n’est que le deuxième. Ce qui m’intéresse quand je lis un livre sur un champion, c’est d’avoir des infos sur l’entraînement, la nutrition, les soins ; c’est-à-dire la vraie vie de ce champion et non des histoires romancées. Quelques exemples de faits »tordus » par les auteurs.

Fausto Coppi, Tour de France 1952 – Un morphotype fait pour pédaler : petit buste et grands segments









