Afin de d’amplifier le rendement musculaire ?
Inventées en 1892, sur le nez de sportifs jusqu’en 1920, elles sont abandonnées pendant soixante-quinze ans. Depuis quelques années, elles ont fleuri de nouveau sur le nez des champions routiers. Leur efficacité est loin d’être établie. Décryptage.
Inspirent-elles le flair des sportifs pour attaquer au bon moment, faire une passe décisive, réaliser une amortie de fond de court tombant dans le rectangle adverse juste derrière le filet ou alors s’apparentent-elles à un placebo du même niveau qu’un sachet de plantes magiques placé dans le slip du joueur pour un match de foot international ?
Inventées en 1892, commercialisées sous le nom d’Albar en 1912 puis tombées dans l’oubli jusqu’à leur renaissance lors de la Coupe du monde de rugby 1995 remportée sur leur sol par les Springboks et, immédiatement, adoptée par Philippe St-André le capitaine de l’équipe de France qui en devient un prosélyte convaincu.
Plusieurs faits me laissent sceptique sur l’efficacité de ce ‘’Nasal strips’’.
- Les seules études ‘’scientifiques’’ effectuées l’ont été par les laboratoires commerciaux,
- Ces derniers mettent en avant que cela améliore de 31% l’inspiration. Visiblement, l’impact réel sur la performance est loin du compte et n’a jamais été évalué sérieusement.
- A la grande époque du dopage à l’EPO pendant les Tours de France des années 2000, Jan Ullrich et Richard Virenque portaient cet accessoire sur le nez mais pas… Lance Armstrong ! L’un a remporté 7 éditions, l’Allemand une seule et le Français zéro.
- Au repos, la bouche sert de passage alimentaire et le nez d’orifice respiratoire.
- A l’effort intense, la respiration efficace se fait de façon volontaire par la bouche en expirant afin que l’inspiration suivante remplisse mieux les poumons.
- Si les bandelettes avaient une efficacité quelconque, tous les athlètes et cyclistes du World Tour devraient adopter illico ce gain marginal. Or, il n’en est rien.
- L’effet de mode jouant un effet contaminant, on a vu des spécialités inattendues où des sportifs avaient adopté le ‘’strap nasal’’ : pilote de F1, motards de Moto GP et pourquoi pas des golfeurs pour ressembler un peu plus à des sportifs ?
Récemment, à la suite de l’épilation des poils du nez par le rouleur de l’équipe Visma, Victor Campenaerts, adepte de tous les gains marginaux disponibles souvent à la marge, nous avons publié sur le réseau X, 10 tweets.
Victor Campenaerts, adepte de la bandelette nasale
10 tweets JPDM publiés sur X le 27 août 2025
Cyclisme – L’œil du Doc – Bandelettes nasales : un gain très marginal. Campenaerts, coupe-vent de Vingegaard au début des cols utilise cet accessoire pour augmenter l’inspiration à l’effort et, pour le rendre + performant, s’est fait épiler les poils du nez avant la Vuelta.
Cyclisme – L’œil du Doc – Le rouleur de Visma s’est cru inspiré mais c’est un mauvais choix ! Les poils du nez sont essentiels comme filtre efficace face à l’air pollué en particules, microbes, micro-organismes pathogènes. Le risque est grand de se retrouver à pied à cause d’un microbe.
L’œil du Doc – Cette innovation du roule-toujours interpelle. Le but avoué de la bandelette nasale est d’améliorer la quantité d’air inspiré. En plein effort le sportif ventile entre 80 et 120 l/mn. Or, ce flux aérien s’effectue de façon volontaire au temps expiratoire.
L’œil du Doc – En plein effort, l’essoufflement vient plus de la difficulté expiratoire que de la gêne inspiratoire. Plus la vitesse est grande, plus le corps doit lutter contre la résistance de l’air. Si la bouche est grande ouverte, un tampon d’air vient s’opposer à l’expiration.
L’œil du Doc – Alors expirer par le nez ? Il vaut mieux l’éviter car l’expiration à l’effort, pour être efficace, doit être volontaire. Ex : pour éteindre une bougie on expire spontanément par la bouche car intuitivement on sent que cette voie est la plus performante.
L’œil du Doc – Afin de mieux maîtriser l’expiration, le cycliste possède un avantage en tenant le guidon, il bénéficie au niveau du thorax d’une chaîne articulaire fermée facilitant la contribution de muscles thoraciques de réserve.
L’œil du Doc – Déjà en 1892, un système à but similaire était proposé aux sportifs. 20 ans + tard, un système + perfectionné sous le nom d’Albar. Il a fallu attendre 83 ans et la Coupe du monde de rugby en AFS pour que les BN fleurissent sur les pifs des Springboks.
L’œil du Doc – Depuis de nombreux sportifs, notamment cyclistes veulent jouer aux Apaches tels Campenaerts et Vingegaard chez Visma, l’équipe en quête de tous les gains marginaux : cétones, monoxyde de carbone, capteurs de glycémie, de T°, bandelettes-tests d’hydratation
L’œil du Doc – Plus surprenant, on a vu ces BN sur l’appendice nasal de pilotes auto, de motards et bientôt de golfeurs ! Pour moi, ça ne sert pas à grand-chose et en plus si on s’épile les poils du nez d’attraper une infection respiratoire.
L’œil du Doc – Pour enfoncer le clou : ce n’est pas la ventilation qui est le facteur limitant la perf mais le transport de l’oxygène des poumons jusqu’aux muscles via le sang.
En pièces jointes deux textes :
- Des bandelettes sur l’appendice nasale des géants de la route – Extrait de l’ouvrage : « Les grandes premières du Tour de France » (éd. Hugo-Sport, 2013)
- Savoir respirer, un geste performant sur le rendement musculaire.
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- Ecarteurs de narines : quelques adeptes emblématiques sport par sport
- Des trucs fumeux pour mieux ventiler
- Références
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