entraînant agressivité, violence physique et même meurtre / assassinat
Plusieurs sportifs de renom ont été impactés par les dégâts de cette pratique dopante, notamment des culturistes, des footballeurs américains, des boxeurs. Parmi eux, le running back américain O.J. Simpson, l’athlète paralympique sud-africain Oscar Pistorius.
Retour sur un cas de dopage ayant tenu en haleine les médias italiens de 2012 à 2021. D’un côté, le marcheur Alex Schwazer – champion olympique du 50 km à Pékin en 2008 – avec comme soutien principal l’entraîneur d’athlétisme Sandro Donati, pourfendeur pugnace du dopage dans son pays depuis le début des années 1980. Face à eux, les institutions du sport international : l’AMA et l’IAAF (devenue en 2019 World Athletics). Retour sur un cas de dopage
Champion olympique en 2008 à Pékin sans dopage
Une vérité en marche va détailler les différents épisodes de cette saga du dopage.
Champion olympique sans prise d’artifice illicite en 2008, testé positif à l’EPO 4 ans plus tard à la veille des Jeux olympiques de Londres en 2012, Alex Schwazer (A.S) passe rapidement aux aveux en précisant qu’il est le seul responsable. Aucun médecin, entraîneur ou soigneur n’a collaboré avec lui pour l’accompagner dans l’achat des produits ni dans le protocole de cet apport médicamenteux prohibé.
En 2015, A.S décide de reprendre l’entraînement de marche athlétique en vue des JO de Rio 2016. Il argumente son retour pour démontrer que sans dopage, il peut retrouver le très haut niveau.
Dans ce but, il contacte Sandro Donati, entraîneur réputé mais surtout référence antidopage mondiale qui accepte alors, en raison de son mea culpa (de dopage individuel) de l’accompagner dans sa démarche.
Un couple étonnant associant un ex-dopé avec une référence de l’antidopage
L’association étonne mais surtout indispose l’ensemble des instances sportives.
Alors qu’A.S subit régulièrement des tests antidopage orchestrés par Donati, tous négatifs, il est contrôlé positif à la testostérone au début de l’année 2016 à la suite d’un prélèvement effectué par un organisme privé indépendant mandaté par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF). Contrairement à l’expertise du 30 juillet 2012, Schwazer avec conviction et sincérité nie fermement s’être dopé volontairement.
A la suite de cette violation des règles antidopage, le marcheur et Donati vont mener un combat pour démontrer que :
soit A.S a été contaminé par une main malveillante,
soit c’est un complot du laboratoire de Cologne ayant effectué les analyses positives à la testo avec le concours de l’IAAF.
Donati est la véritable cible du test positif début 2016 du marcheur Alex Schwazer
En réalité (et je suis d’accord avec sa thèse), Gerhardt Brandstätter – avocat de A.S. – résume le dossier : « A travers Alex Schwazer, c’est Sandro Donati qu’on a voulu atteindre. »
En effet, l’incessant pourfendeur des tricheurs a un long palmarès de dénonciation, avec preuves à l’appui, des acteurs du dopage en Italie et même au-delà de la Péninsule : Primo Nebiolo (président de la Fidal de 1969 à 1988), Francesco Conconi, Michele Ferrari (deux médecins prescripteurs d’EPO à de nombreux sportifs dans différentes spécialités), les Prs Giorgio Santilli et Emilio Gasbarrone en charge du laboratoire antidopage de Rome suspectés d’effectuer des analyses incomplètes ou de classer sans suite des résultats positifs, etc. ont été contraints à démissionner de leurs fonctions ou à répondre de leurs actes devant un tribunal.
Révélations de Sandro Donati sur la triche dans le sport italien
Championnat du monde d’athlétisme à Rome en septembre 1987
Le saut truqué de 50 cm de Giovanni Evangelisti, à son insu, par les juges italiens dont Luciano Barra. Aux championnats du monde d’athlétisme, l’Italien Giovanni Evangelisti est le premier surpris, le 5 septembre 1987, lorsque les juges le créditent d’un saut en longueur de 8,38 mètres. La performance semble suspecte, mais il reçoit la médaille de bronze. Deux mois plus tard, l’entraîneur national italien craque et avoue que la longueur du saut avait été préparée à l’avance. Saisie de l’affaire, la Fédération internationale d’athlétisme – dirigée par un Italien – déclare le saut régulier. Les rapports d’expertise sont formels : le saut a été surestimé de 50 centimètres. Finalement, Evangelisti a rendu sa médaille et une dizaine de responsables de la Fédération italienne ont dû démissionner.
En novembre 1987, Donati déclarait dans l’Expresso, l’un des plus importants magazines italiens, qu’il savait avant le concours de Rome qu’Evangelisti, quoi qu’il arrive, serait crédité d’un bond de l’ordre de 8.35 m. Il tenait l’information d’un juge et en fit part à d’autres cadres de l’équipe d’Italie. A la suite de ce scandale, le CONI ordonna une commission d’enquête. Son rapport en 83 pages, même s’il y persiste quelques incertitudes, est clair. Première victime : Enzo Rossi, le DTN italien dont on dit qu’il aurait convoqué des juges pour leur demander de donner un coup de pouce à son sauteur. Autre victime de cette affaire, Luciano Barra, le bras droit de Primo Nebiolo, le président à la fois de l’IAAF (depuis 1981 et de la Fidal depuis 1969), sur lequel plane de grosses suspicions. Dans la foulée du rapport de la commission d’enquête, Luciano Barra a démissionné de son poste de secrétaire général de la Fidal. Ce même Barra vouera encore aujourd’hui une haine sans faille associant fausses rumeurs et accusations non fondées à l’encontre de Donati et de son poulain Schwazer.
Publication d’un ouvrage en 1989
Titré ‘’Champions sans valeur’’ où il raconte ses neuf années depuis 1980 où il a côtoyé le dopage dans le sport italien. Donati raconte l’étonnant parcours de son livre dont les 2 000 exemplaires seront achetés par Primo Nebiolo et son camp : « Le livre fut présenté à la presse dans l’une des principales librairies de Rome. De nombreux journalistes y assistaient et la semaine qui suivit, les ventes furent un succès. Puis, tout d’un coup, l’éditeur arrêta d’approvisionner les librairies et je fus submergé d’appels téléphoniques et de lettres provenant de toute l’Italie : personne ne pouvait trouver mon livre. L’éditeur me dit qu’il avait des problèmes avec la distribution mais que tout allait rapidement rentrer dans l’ordre. Rien ne se passa; mon livre disparut pour toujours.
Quelques années plus tard, j’appris qu’une fondation internationale, au nom de Nebiolo et d’autres officiels du sport de haut niveau avait donné une forte somme d’argent à l’éditeur pour qu’il arrête la circulation de ce livre. Quand j’y repense, je ne suis pas particulièrement déçu ni vexé ; en fait, c’est presque une satisfaction de savoir que mes révélations ont été considérées si dangereuses qu’elles ont été réduites au silence. »
La double casquette du Dr Francesco Conconi à la fois dopeur et en même temps expert antidopage du CIO et de l’UCI
« Le rapport sur le dopage dans le cyclisme italien rédigé en 1995 par Sandro Donati, entraîneur national d’athlétisme et rattaché au Comité olympique italien (CONI) depuis 1985, adressé aux responsables du CONI (président et secrétaire général) a démontré – témoignages à l’appui – que le Pr Francesco Conconi – celui qui avait été chargé en 1992 par le CIO de mettre au point une méthode fiable pour déceler l’érythropoïétine (ÉPO), l’hormone « suroxygénant » les muscles – était également l’un des experts en dopage de l’ÉPO le plus recherché par les sportifs de haut niveau. En quelque sorte, un gendarme ripou ! A la suite de ces révélations, on comprend mieux pourquoi Conconi à chaque interview répond que la mise au point du test de détection de l’ÉPO est pour bientôt mais qu’il faut encore attendre un peu.
Selon la Gazzetta dello sport d’octobre 1996 « Le Pr Conconi a fait rire tout le monde en affirmant qu’on allait détecter l’EPO mais qu’il faudrait pour cela un litre d’urine. Le contrôle ne fait couler que de l’encre ! »
Pour Sandro Donati, le double jeu du préparateur sanguin de Francesco Moser lors de ses deux records du monde de l’heure, ne laisse planer aucun doute : « Cela fait trois ans que Conconi tient le même discours et que, sous des prétextes divers, il repousse toujours la mise au point définitive. Il faut savoir que pour poursuivre ses travaux, son centre de recherches biomédicales à Ferrare perçoit une subvention de 140 millions de lires tous les ans. Il a intérêt à ce que ça dure. »
Un rapport occulté qui réapparaît deux ans plus tard en 1997
Témoignage de Donati : « Mario Pescante, responsable du Comité olympique national italien de 1993 à septembre 1998 (secrétaire général de 1980 à 1993), mis en examen en 1999 par le juge Pierguido Soprani pour avoir couvert les fausses analyses du laboratoire antidopage de Rome, a tout fait pour étouffer mon rapport sur le dopage dans le cyclisme italien, rédigé en 1995 et rendu public deux ans plus tard, dans lequel je pointais les ravages de l’EPO et le rôle du professeur Francesco Conconi et de ses adeptes. »
Sollicité par deux journalistes de la Gazzetta dello sport concernant le fameux rapport resté aux oubliettes pendant plus de deux ans, Donati leur dit : « Demandez au président du CONI, je le lui ai donné il y a plus de deux ans. » L’ancien entraîneur poursuit son réquisitoire : « Le président a d’abord essayé de nier l’existence d’un tel rapport et a ensuite admis l’avoir reçu, mais il n’a pu expliquer pourquoi il l’avait tenu secret sans rien en faire. Ça été à nouveau une pagaille monstre. J’étais en Russie pour un congrès scientifique mais mes collaborateurs m’ont informé du scandale qu’avait entraîné la publication de ces faits d’abord dans la Gazzetta et ensuite dans d’autres journaux. On demandait au CONI de répondre aux questions :
1) pourquoi avoir ignoré les graves accusations contenues dans le dossier;
2) pourquoi ne pas avoir rapporté ces accusations devant la Cour de justice;
3) pourquoi ne pas avoir arrêté ou même discuté de la collaboration du CONI avec les centres du Pr Conconi ?
De nombreux journaux italiens et internationaux m’ont contacté ; j’étais prêt pour la campagne de presse qui devait suivre et après tant d’année de lutte, je savais comment m’y prendre. Le dossier a été repris par la presse et la télévision en Italie et à l’étranger; en particulier L’Equipe, leprincipal journal de sport français consacrait tous les jours la première page au problème. »
Afin de démontrer que les enquêtes et prises de position de Donati sur le fléau du dopage répandu dans le sport italien, sous la houlette de certains dirigeants hauts placés, lui ont valu des inimitiés tenaces, il a même été accusé par une certaine Maria Zamora qui, s’appuyant sur les travaux d’un universitaire allemand ( ?) d’être responsable du dopage des Russes en 2014-2015 et payé par eux avec comme intermédiaire un certain agent Dimitry.
La série sur Netflix d’une longue marche sur l’affaire Schwazer/Donati, se regarde comme un thriller des plus captivants. A ce jour, on ne sait pas si A.S a été victime d’une contamination par une main criminelle ou par un complot de la lutte antidopage officielle. Car son ambition de démontrer qu’il pouvait être aussi performant, sinon meilleur, sans amplificateur artificiel de performance que dopé mettait en péril la lutte antidopage dans son ensemble (laboratoires, agences, sociétés de contrôle, AMA, etc.)
En effet la question se pose : à quoi serviraient toutes ces personnes impliquées dans l’antidopage si on pouvait faire aussi bien sans eux ?