Dictionnaire du dopage – Ammoniaque : l’inhalation qui déclenche éveil instantané et concentration maximale

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L’ammoniaque en solution aqueuse de gaz ammoniac est un stimulant du système nerveux central avec effet instantané.

DÉCRYPTAGE d’une conduite dopante utilisée principalement dans quatre spécialités sportives : boxe, football américain, haltérophilie et hockey sur glace

Son absorption intervient dans l’environnement immédiat du début d’une compétition ou lors du soulevé d’une barre record en haltérophilie.

Les sels d’ammoniaque ne figurent pas dans la liste des substances illicites de l’AMA depuis 2004, année où l’Agence mondiale est devenue l’organisateur et responsable de la lutte antidopage internationale.

Stimuler la respiration et la circulation sanguine par un effet mécanique : l’irritation des membranes nasales par le gaz ammoniac déclenche instantanément un réflexe pulmonaire (une brusque et profonde inspiration). Cela provoque une accélération du rythme cardiaque, une augmentation de la pression artérielle, le tout aboutissant à une réaction de type « combat ou fuite » augmentant immédiatement la vigilance du sportif. L’inhalation du gaz ammoniac est utilisée pour :

  • Donner un coup de fouet, du courage, du punch
  • Lutter contre le stress précompétitif
  • Soulever une barre  »record »

Les fabricants ont trouvé le filon pour se faire du blé sur le dos des sportifs. En cliquant sur le net, on trouve des préparations d’alcali volatil où il est mis en avant que l’AMA ne le considère pas comme un dopant ; ce n’est pas parce qu’il n’est pas interdit par l’AMA qu’il est ipso facto non-dopant et sans risques pour la santé. Le tour est joué, les sportifs tombent dans le panneau. Signalons aux sportifs que de nombreux produits réputés dopants ne sont pas en liste rouge pour ne pas gonfler le nombre de molécules prohibées afin de ne pas surcharger les laboratoires de l’AMA. Exemple : la caféine – un superdopant – n’est pas interdite. Elle définit parfaitement la conduite dopante. Précisons qu’un produit dopant pris dans un but de performer qui ne figure pas en liste rouge doit être considéré comme une conduite dopante. La compétition n’est pas une maladie que l’on doit soigner et stimuler avec des médocs.

Régulièrement, la presse canadienne se fait l’écho de ces pratiques, notamment  dans le hockey sur glace, un sport très prisé en Amérique du Nord.

Pour ouvrir le sujet, nous proposons mon commentaire sur une affaire qui a secoué le hockey sur glace canadien fin novembre 2019.

Un jeune joueur canadien de hockey a bu de l’ammoniaque lors d’un match le dimanche 24 novembre 2019. Le liquide avait été amené par des coéquipiers qui désiraient, pour améliorer leurs performances sportives, l’inhaler  au moment de pénétrer sur la glace.

A la suite de la révélation de ce cas d’ammoniaque ingéré par un joueur des Panthères Midget de Granby (hockey sur glace), la presse canadienne s’est réveillée en rangs serrés afin de solliciter l’avis de pseudo-experts pour nous débiter des platitudes d’un autre âge.

Selon un expert canadien, l’inhalation d’un sel d’ammoniaque n’est pas plus efficace qu’une ‘’bonne gifle’’. Pas sûr que les sportifs gobent cette fable !

Dans la Voix de l’Est, la journaliste Marie-Eve Martel donne la parole à deux soi-disant spécialistes de l’antidopage : « Il aurait pu demander à son copain de lui donner une claque dans la face ; ça lui aurait fait le même effet » illustre Claude Goulet, qui s’intéresse aux déterminants psychosociaux du dopage et de l’amélioration des performances sportives dans le cadre de ses recherches. « Ça n’a aucune utilité et ça ne devrait pas être encouragé. Ça ne donne strictement rien, c’est un stimulant qui procure un petit boost d’adrénaline qui ne dure que quelques instants. Après, c’est fini. » confirme pour sa part le Dr Alain Poirier, directeur de la Santé publique de l’Estrie (Québec).

Comme souvent avec les incompétents, il se contredit quelques lignes plus loin. Un produit qui n’a qu’un effet mineur sur les sportifs devient capable de ressusciter les pertes de connaissances : « L’inhalation d’ammoniaque a longtemps été une pratique médicale utilisée pour réanimer un patient après une perte de conscience. Mais ce n’est plus recommandé, précise le médecin, car ça donne un choc au patient. Sa réaction rapide, si son état est précaire, peut nuire davantage qu’aider. »

Idée reçue : « pas sur la liste donc sans effet sur la perf »

Un autre avis du même tonneau explique que si la substance était efficace, elle serait prohibée par l’AMA. Pas sûr que cela soit la bonne explication.

Il faut rappeler aux ignorants les trois critères qui font qu’un produit consommé dans un but de performance peut se retrouver en liste rouge :

  1. Amélioration de la performance,
  2. Contraire à l’éthique sportive, et médicale,
  3. Potentiellement dangereux pour la santé.

Rappelons que les sels d’ammoniaque sont inhalés par les sportifs depuis, au moins, … 1891 ! Cette pratique a d’abord surtout contaminé le noble art mais ensuite s’est répandu dans l’alpinisme, les six jours cyclistes, l’haltérophilie, le football, la lutte, le tennis, le hockey sur glace…

Ammoniaque ou alcali volatil

Solution aqueuse de gaz ammoniac (gaz dissout dans l’eau) incolore, à odeur pénétrante et aux propriétés alcalines, d’où son nom d’alcali volatil. L’ammoniaque s’emploie en inhalation par voie orale sous forme de 5 à 6 gouttes dans un verre d’eau. Elle influe sur le système nerveux central par excitation de la muqueuse nasale et de cette façon agit comme stimulant. A ce jour, elle fait toujours partie de la panoplie des soigneurs de boxe, d’haltérophilie et de hockey sur glace.

Dès le début de la lutte antidopage au mitan des années 1960, le seul discours des médecins pour décourager les sportifs, était de leur affirmer que les ‘’médocs énergisants’’ étaient inefficaces. Ainsi, on pouvait lire dans la presse sportive les avis des gardiens de l’éthique affirmant haut et fort que :

  • les amphétamines n’amélioreraient pas les performances,
  • les anabolisants n’avaient aucun effet pour prendre du muscle,
  • les corticoïdes étaient un non-sens pour booster son potentiel, etc.

Inutile de préciser que ces ‘’sapiteurs à la manque’’ s’étaient copieusement discrédités auprès de la gent sportive adepte des ‘’grains marginaux pharmaceutiques’’.

Ajoutons, pour enfoncer le clou, que de nombreuses substances plus performantes que les sels d’ammonium, elles non plus ne sont pas listées dans la nomenclature officielle des interdictions :

  • La triméthylxanthine (caféine)
  • Les hormones thyroïdiennes
  • Le Néoton® (créatine injectable)
  • La trinitrine (vasodilatateur coronarien)
  • Le Viagra® (sildénafil) (vasodilatation des vaisseaux sanguins pulmonaires)
  • Etc. (liste ouverte)

Au final, se référer à l’AMA, pour classer une substance en liste rouge ou l’écarter, n’est pas la bonne réponse. Par exemple, la caféine – un stimulant utilisé larga manu depuis bien au-delà d’un siècle par tous les athlètes de la planète et encore aujourd’hui – a été prohibé par le CIO de 1982 à 2003 pour être ensuite retirée des substances illicites afin de faire plaisir à Coca-Cola, le sponsor n° 1 de l’olympisme.

EN FICHIER joint – Dictionnaire du dopage – Fiche AMMONIAQUE et SELS D’AMMONIUM