Le running protège t-il de la grippe ?

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[publié le 17 janvier 2017]

L’important c’est la dose

On nous annonce que l’épidémie de grippe s’est installée sur l’hexagone. La question qui se pose : le running et l’activité sportive en générale protègent-ils de cette affection virale ?

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Le Parisien, vendredi 13 janvier 2017

La pratique assidue du running entraîne de nombreux bénéfices au plan santé. Les plus classiques concernent l’appareil cardiovasculaire, la fonction pulmonaire, le retour veineux mais aussi intervient comme thérapeutique du diabète et de l’ostéoporose. Est-il possible aussi que la course à pied, et plus généralement l’exercice physique, protègent contre la grippe ou le rhume ? De même, l’intensité et la durée de l’entraînement limitent-ils le risque de contracter la grippe ou le rhume ?

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Points de repère

Définition

Maladie infectieuse de l’appareil respiratoire, produite par un virus et caractérisée par l’inflammation des voies respiratoires, par de la toux, de la fièvre, des maux de tête et un état de malaise général.

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Causes

Le virus responsable de la grippe appartient au groupe des myxovirus, particulièrement actif au cours des mois d’hiver; il se transmet par l’inhalation de gouttelettes microscopiques, en suspension dans l’air, provenant du tractus respiratoire des personnes infectées.

La grippe est très contagieuse et provoque de fréquentes épidémies et, parfois même, de vastes pandémies (épidémies qui s’étendent sur plusieurs pays). Les centres urbains ainsi que les établissements qui abritent de nombreux individus – écoles, casernes, prisons – favorisent la contamination.

Symptômes et évolution

La période d’incubation de cette maladie est de un à trois jours. La grippe se déclare souvent brutalement. Elle débute par un mal de tête prononcé, des douleurs musculaires diffuses, une température située entre 38 et 39° C, de la toux, des éternuements, des sécrétions nasales abondantes, une inflammation des paupières accompagnée de picotements et de larmoiements, un mal de gorge, un manque d’appétit et un état de faiblesse intense. Les symptômes durent de trois à cinq jours, parfois une semaine, puis disparaissent. Mais l’état de fatigue et de faiblesse peut se poursuivre pendant encore quelques jours ou même quelques semaines.

Prophylaxie

Elle consiste en l’administration d’un vaccin, constitué de virus grippaux inactivés.

Traitement

Il n’y a pas de traitement spécifique, car il n’existe pas de médicaments pouvant agir contre ce virus. Il faut rester alité tant que persiste la fièvre. On utilise des antipyrétiques (contre la fièvre) et des analgésiques pour atténuer les malaises, lors de la phase aiguë.

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La courbe en forme de « J »

Plusieurs travaux ont démontré que le running a une influence sur les risques de contracter un rhume ou une grippe. Cette action spécifique dépend cependant du niveau de la pratique. La durée et l’intensité  de la course ont aussi une influence. La courbe illustrée dans ce texte nous permet de constater que la relation entre les risques d’infections des voies respiratoires et la pratique du running adopte une courbe ayant la forme d’un « J ». Lorsqu’un sujet est sédentaire, il court des risques modérés de contracter un rhume ou une grippe. Et lorsque la durée et l’intensité de son running sont moyennes, le risque d’infection virale est faible. On juge l’intensité d’une activité physique comme moyenne lorsqu’elle n’entraîne pas un état d’épuisement. Une activité physique de durée moyenne est d’environ 20 à 60 minutes. Lorsque l’intensité et la durée de l’activité sont élevées, le risque d’infection des voies respiratoires est également élevé. On juge l’intensité d’une activité physique comme élevée lorsqu’elle occasionne un état d’épuisement chez le pratiquant. On juge qu’une activité physique est longue si elle se prolonge pendant plus de 60 minutes. Par exemple, un marathon – pour la majorité des concurrents – dure en moyenne de 3 h 30 à 5 h ; ce type d’épreuve augmente les risques de développer un rhume ou une grippe.

sch[D’après Martin Lussier et Pierre-Mary Toussaint. – Mythes et réalités sur l’entraînement physique. – Montréal, éd. de L’Homme, 2012. – 236 p (p 216)]

Deux fois plus d’épisodes infectieux

Prenons comme exemple concret de cette forme en « J » une étude ayant examiné les risques d’infection des voies respiratoires chez des coureurs de fond sur une période d’un an. Ceux qui couraient plus de 1 386 km durant l’année risquaient davantage de contracter une infection des voies respiratoires que ceux qui avaient couru moins de 778 km. Une autre étude concernent toujours les adeptes des longues distances réalisée auprès de 2 311 participants au marathon de Los Angeles révèle que les athlètes qui avaient couru 97 km ou plus par semaine durant les semaines précédant le marathon avaient eu deux fois plus d’épisodes infectieux que ceux qui avaient couru 32 km par semaine. Un autre résultat de cette étude indique qu’après leur participation au marathon, 13% des coureurs avaient attrapé un rhume ou une grippe durant la semaine ayant suivi la course. En revanche, chez les coureurs ayant eu la même préparation physique mais qui n’avaient pas participé au marathon, le taux d’apparition de ce type d’infection n’avait été que de 2%. Plusieurs travaux ont confirmé par la suite ces différents résultats.

Défend la muqueuse nasale

L’équipe du Dr Stanford, de l’hôpital Victoria de Belfast, a montré que la rhinorrhée observée chez certains sportifs est physiologique. Elle est liée à une augmentation de la sécrétion nasale pendant l’effort et à une baisse de la résistance nasale au même moment. Ces modifications qui contribuent à l’humidification de l’air inspiré, ont, par voie de conséquence, un effet protecteur sur la muqueuse nasale généralement très sensible à l’air sec.

Réduction de l’inflammation

L’exercice physique de durée et d’intensité moyenne réduit l’inflammation et améliore la réponse du système immunitaire face aux rhumes et aux grippes.

On croit que ce mode d’exercice provoque la production d’hormones de stress qui diminue l’inflammation excessive à l’intérieur des voies respiratoires et qui augmente la protection immunitaire contre les virus. Toutefois, lors de la pratique d’activités physiques intenses et de longue durée, on observe une diminution temporaire de l’efficacité du système immunitaire. Cette baisse d’efficacité qui durerait de un  à trois jours, rend l’organisme plus sensible aux virus respiratoires.

Dès 1925, on sait que le surmenage sportif expose aux infections microbiennes

C’est le Dr Siméon Fuchs qui dans sa thèse de médecine consacrée aux « Abus du sport » et soutenue en 1925, va signaler cet effet secondaire de la suractivité musculaire : « On sait que le surmenage subaigu diminue la résistance vitale de l’homme comme celle des animaux aux maladies infectieuses, microbiennes ; le fait a été démontré par Roger et Charrin en des expériences classiques : ils surmenaient des rats en les mettant dans un cylindre animé de rotation puis leur inoculaient des virus. De plus, les surmenés sont facilement envahis par les microbes extérieurs et par ceux qui colonisent le tube digestif. Les moindres blessures permettent alors aux microbes de pénétrer dans l’économie. Et les toxines engendrées par le surmenage amènent la pullulation des bactéries. Chez l’homme, il existe une fièvre de surmenage qui rappelle les affections typhiques. Le Dr Fernand Lagrange a fait l’observation suivante qui est typique. Une caserne est ancienne, ses murs et ses plafonds recèlent sans doute des microbes car une épidémie se déclare. : la fièvre typhoïde décime les hommes. On blanchit les murs, on désinfecte, l’épidémie augmente et fait rage. On change de colonel : la maladie disparaît comme par enchantement. C’est qu’un chef moins remuant a pris le commandement, les hommes ne sont plus soumis à un surcroît de manœuvres. Plus de promenades de 50 kilomètres, plus de prouesses de gymnastique et de voltige destinées à faire l’admiration de la population civile. Le soldat, ramené au travail strictement réglementaire n’est plus sous le coup de surmenage ; une diminution de fatigue a suffi pour éteindre l’épidémie. » [Fuchs S. .- Les abus du sport. pp 22-23. – Thèse Méd. Paris, N° 488, 1925 (Pr Charles Achard)]

Au final, les études épidémiologiques le prouvent : les essais chez l’animal et chez l’homme semblent montrer deux stades dans les effets du sport sur l’immunité. Un entraînement adapté aux possibilités de l’individu, excite dans un premier temps l’activité du système immunitaire : augmentation des gardes du corps (anticorps) en réponse à une stimulation antigénique (agresseur), avec intensification de la réponse cellulaire.

Mais en revanche, un entraînement excessif déprime les réponses. Ainsi, l’après-effort apparaît notamment comme une période de plus grande susceptibilité aux infections pour celui qui est toujours à fond. Comme toujours, l’important c’est la dose. Il faut donc s’entraîner sans se défoncer.

POST-IT :  Cet article a été écrit en septembre 2014 pour le compte de la revue Running Attitude

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