Dopage – Football et rugby : sur les traces de l’higénamine ou la défaite conjointe de l’UEFA et de l’AMA

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[publié le 25 avril 2017]

Selon l’UEFA et ses médias-liges, l’higénamine retrouvée dans les urines du footballeur international français Mamadou Sakho était autorisée par l’Agence mondiale antidopage (AMA). C’est bien sûr de la désinformation. On en a l’habitude avec les instances sportives et une certaine presse complice.

6          5                  L’Equipe, 21 avril 2017                                         L’Equipe, 22 avril 2017

Les instances du football (UEFA, FIFA, FFF) sont particulièrement absentes de la prévention

Une fois de plus, le monde du sport nous ‘’gonfle’’ et particulièrement les instances du football. L’UEFA au lieu de polémiquer devrait assumer son rôle de prévention en informant sérieusement la planète foot car l’higénamine soi-disant  autorisée en mars 2016 figure depuis le 1er janvier 2017 en toutes lettres dans la liste des substances illicites. C’est donc bien un produit dopant.  Mais en pratique, avant d’apparaître nominativement dans la nomenclature des produits prohibés, quelles sont les règles qui régissent les nouvelles drogues facilitant les performances ?

POST-IT

Depuis la publication en 1968 de la première nomenclature du CIO et afin d’anticiper sur la mise sur le marché officiel ou non d’une substance inédite non encore listée par les instances antidopage, il est ajouté après chaque famille de produits illicites la mention ’ainsi que les substances dérivées’’. Cela implique pour chaque nouveau traitement ou complément alimentaire non sécurisé par la norme AFNOR (garantit la légalité du produit), que le sportif consulte obligatoirement l’un des médecins (club, Fédération, équipe de France, commission antidopage…) habilité à répondre à la question : autorisé ou interdit ?

Dans le doute, le médecin sollicité pourra se renseigner auprès du comité-liste de l’AMA.

Liste rouge : les étapes de 1968 à 2017

1968 – Dès la première liste du Comité international olympique (CIO), il est indiqué une classe groupant les amines sympathicomimétiques, par exemple éphédrine et substances dérivées. A l’époque, l’higénamine qui a des effets similaires n’existe que dans la nature et non dans un complément alimentaire.

1978 – Liste CIO

Le groupe B de la liste du CIO englobe les amines sympathicomimétiques tels qu’éphédrine. En 1978, une liste complémentaire est publiée. Elle comprend l’isoprénaline et substances apparentées. Or, les bêta-2-agonistes comme le salbutamol ou la terbutaline sont des dérivés de l’isoprénaline. Ces dernières substances, en dehors des aérosols, sont considérées comme dopantes par la réglementation olympique même si elles ne sont pas citées nommément. L’higénamine a des effets similaires aux bêta-2-agonistes.

2004-2016 – Liste AMA

L’Agence mondiale antidopage devient seule responsable de la rédaction de la liste des interdictions. Les bêta-2-agonistes émargent à la section S6 et sont tous interdits en et hors compétition par voie systémique (générale). En 2005, de la S6, ils passent à la S3 avec une prohibition couvrant à la fois l’entraînement et la compétition.

2017 – Liste AMA

Les bêta-2-agonistes (stimulants) appartiennent à la section S3 (interdits hors et en compétition) mais nouveauté sont listés nominativement. Ainsi, l’higénamine apparaît en troisième position.

beta

Sauf : salbutamol, formotérol et salmétérol inhalés – Liste AMA 2017

 POST-IT

 Toutes les instances du monde sportif : UEFA, FIFA, FFR, LNR, veulent montrer qu’elles luttent avec pugnacité et efficacité contre le dopage alors qu’en réalité elles font tout pour ne sanctionner personne.

Les faits, rien que les faits

Rappelons les faits : le 17 mars 2016, le vice-capitaine des Bleus est contrôlé positif à un fat burner (brûleur de graisse) à la suite de la rencontre Liverpool (son club) – Manchester United (1-1) en huitième de finale retour de la Ligue Europa. Le 23 avril, la radio RMC révèle que le défenseur français de Liverpool aurait consommé un brûleur de graisse dont il ne connaissait pas la composition « dans un intérêt purement personnel et thérapeutique afin d’éliminer sa masse graisseuse ».

Privé de sélection pour l’Euro

Le joueur, dans un premier temps, est suspendu provisoirement par Liverpool, d’un commun accord, en attendant « des examens complémentaires ». Dans la foulée, l’UEFA s’empare du dossier et le suspend à titre conservatoire pour 30 jours jusqu’au 28 mai dernier. Premier effet collatéral de cette bourde : Didier Deschamps ne le sélectionnera pas pour l’Euro. Le 8 juillet, deux jours avant la finale perdue par la France (0-1) contre le Portugal, la commission de discipline de l’UEFA blanchit Sakho de son contrôle positif et dans un communiqué justifie ses motivations : « Après audition des avocats du joueur, des experts de laboratoires agréés par l’Agence mondiale antidopage (AMA) la commission de contrôle, d’éthique et de discipline a décidé de classer le dossier. »

De nombreux éléments montrent que l’instance européenne du foot s’assoit sur les faits.

–       Le produit incriminé – l’higénamine, un bêtastimulant brûleur de graisse est détecté dans les urines de Sakho. Si le laboratoire antidopage de Cologne (Allemagne) sollicité par l’UEFA à fins d’analyses transmet un procès-verbal de test positif c’est que le produit obligatoirement fait partie de la liste sinon il ne l’aurait pas mentionné dans son rapport. De plus, le laboratoire allemand a pris la précaution de questionner le comité liste de l’AMA pour savoir si la substance était bien interdite. Devant la réponse affirmative de l’instance mondiale, le laboratoire de Cologne a transmis à l’UEFA le rapport sur le test positif de Sakho.

 Mise en garde sur l’higénamine, faux ami

 –   Le 12 février 2016, donc un mois avant le test non-négatif  de Sakho, le défenseur des Reds, l’Organisation nationale antidopage de Wallonie (ONAD) mettait en garde les consommateurs :

–      « Higénamine : attention, faux ami

L’higénamine (ou norcoclaurine), composante de compléments alimentaires, fait partie de la liste des substances interdites. Prudence. Non, un produit d’origine naturelle n’est pas forcément sans dangers. C’est le cas de l’higénamine ou norcoclaurine, un composant chimique naturel, extrait de plantes et utilisé dans la composition de compléments alimentaires. Ce composant est un bêta 2 agoniste et peut être dangereux pour votre santé. C’est pourquoi il fait partie de la liste des substances et méthodes interdites. En consommer est donc un fait de dopage. Nous vous rappelons de rester vigilant lors de l’achat et de la consommation de tout complément alimentaire. » Commentaire de l’ONAD du 12 février 2016.

Donc l’higénamine est bien un produit prohibé connu comme tel par des instances antidopage et ce avant le match Liverpool-Manchester United du 17 mars 2016.

–       Par ailleurs, même si la substance n’est pas listée nominativement, il n’y a aucun doute sur son classement parmi les dopants. En effet, à propos des stimulants, il est précisé dans la nomenclature établie par l’AMA depuis 2004 que sont interdites une bonne soixantaine de molécules mais aussi « d’autres substances possédant une structure chimique similaire ou un (des) effet(s) biologique(s) similaire(s). »

C’est le cas de l’higénamine, un bêta-2-agoniste ayant des propriétés voisines de celles de l’éphédrine.

Les sportifs et leurs staffs jouent, de longue date, à cache-cache avec la liste rouge

Compte tenu que le monde du sport joue en permanence à cache-cache avec la liste des substances illicites depuis plusieurs années ont été ajoutées les deux règles suivantes :

  1. Le sportif doit être maître de toutes les substances qu’il absorbe et doit faire vérifier qu’elles sont ‘’clean’’, notamment pour les compléments alimentaires.
  2. Même si la substance n’est pas inscrite nommément sur la liste des produits interdits de l’Agence mondiale antidopage, elle peut entraîner une sanction (suspension) si la structure chimique et les effets biologiques du produit sont similaires à ceux d’autres produits illicites déjà listés. C’est le cas de l’higénamine.

 L’AMA aurait dû faire appel de la décision de l’UEFA de blanchir Sakho. Elle en avait le droit et le devoir. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait alors que c’est elle qui a validé la présence de l’higénamine dans la liste rouge en mars 2016 ? Cette substance ayant des propriétés stimulantes similaires aux bêta-2-agonistes et à l’éphédrine répondait parfaitement aux critères du dopage. Quoi qu’il en soit, depuis le 1er janvier 2017, l’higénamine figure en toutes lettres à la section S3 des bêta-2-agonistes.

Au final et une fois de plus, on constate qu’il n’y a pas de Boss à l’AMA.

  

Post-scriptum – Ce texte concerne également les instances du rugby, les praticiens impliqués dans le suivi des joueurs (club, équipe de France, commissions antidopage) ainsi que les joueurs du Racing 92 contrôlés positifs à l’higénamine.

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