En réalité, dès 1906, la métaphore est due à Maurice Genin
Cette contrevérité a été dénoncée dès 2003 avec documents certifiés à l’appui et pourtant la presse, notamment sportive, entretient le mythe de la paternité de l’expression née selon eux à l’occasion de l’abandon des frères Pélissier à Coutances le 26 juin 1924 lors de la 3e étape Cherbourg-Brest longue de 405 km et inventée par le grand reporter natif de Vichy, présent au café de la gare de la commune normande, auteur d’un reportage qui fera du bruit sur les conditions inhumaines des Géants du Tour. En réalité dans aucun de ses écrits, il n’a utilisé la fameuse expression Les forçats de la route.
Forçats de la route – La métaphore est déjà associée aux cyclistes du Tour par Maurice Genin en 1906
A propos du spectaculaire et médiatique abandon des frères Pélissier lors du Tour de France 1924, Albert Londres, le célèbre journaliste présent sur cette édition pour le compte du Petit Parisien, n’a jamais écrit dans aucun de ses textes, l’expression « les forçats de la route ». En fait, l’inventeur de la célèbre métaphore est un journaliste, Maurice Genin, collaborateur de la ‘’Revue de la Chambre syndicale des cycles et automobiles de St-Etienne et du Bassin de la Loire’’, qui l’avait utilisée en 1906, soit… dix-huit ans auparavant. Ce dernier, afin d’exprimer son étonnement de voir les cyclistes du Tour traverser la France en quelques jours alors que les véhicules hippomobiles en étaient incapables, d’où le titre de son article : « Les forçats de la route » publié dans le n° 105 de novembre, page 8.
Trois ans avant le reportage d’Albert Londres interviewant les Pélissier sur leurs rudes conditions d’As de la route, Roule-Lacaisse, reporteur du Miroir des Sports, caché derrière un pseudonyme, dans son commentaire de la troisième étape Cherbourg-Brest utilise la métaphore de forçats : « Nous passons dans un petit village de Bretagne. Toute la population est là égrenée en chapelet dans la Grande-Rue. Nos coureurs passent à 34 kilomètres à l’heure et Bretons et Bretonnes les regardent avec la stupeur mêlée de je ne sais quel respect effrayé de gens qui semblent regarder des forçats. On croit peut-être qu’un champion cycliste sur route doit être un homme qui pousse rageusement sur les pédales, sans penser, sans souffrir, sans calculer son effort et n’être, en somme, qu’une mécanique humaine : c’est tout le contraire. » (Le Miroir des Sports, 1921, n° 53, 07 juillet, p 6 )
Vincent Hubé croit se dédouaner avec la vérité en signalant dans le texte : « Expression que Londres n’emploie jamais ». La manœuvre est tellement ridicule que cela en devient pathétique. Jamais il n’est question du véritable inventeur, Maurice Genin, un journaliste spécialiste du cycle et de l’automobile.
Pour tous les passionnés de l’histoire vraie du Tour de France, nous passons au stéthoscope les différents protagonistes de ce fait de course hypermédiatisé : l’abandon des frères Pélissier et de leur coéquipier Maurice Ville, à Coutances dans la Manche, lors de la 3e étape Cherbourg-Brest (405 km), le 26 juin 1924. Le reportage d’Albert Londres va retranscrire dans Le Petit Parisien les doléances de ce trio sur leurs conditions ‘’inhumaines’’ de galériens de la pédale. A aucun moment, l’expression forçats de la route ne sera mentionnée. Mais en titre selon les éditions publiées dans la journée du lendemain, on lira : « L’abandon des Pélissier ou les martyrs de la route ».


