Tour de France – « Les forçats de la route », une expression popularisée par le journaliste Henri Decoin, futur cinéaste et premier mari de Danielle Darrieux

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[publié le 21 juin 2017]

En tant qu’athlète, Henri Decoin a participé à l’épreuve du 400 m nage libre des Jeux olympiques 1908 et au tournoi de water-polo de ceux de 1912.

De nombreux journalistes et historiens attribuent par erreur l’expression les forçats de la route à Albert Londres qui a suivi le Tour de France 1924 pour le compte du Petit Parisien (à ne pas confondre avec Le Parisien Libéré comme certains l’écrivent).

C’est André Reuze, le journaliste du Miroir des Sports, présent sur ce même Tour, qui révèle l’imposture de la paternité de la célèbre formule imagée « Les forçats de la route ». Il témoigne dans l’hebdo sportif du 23 juillet 1924 : « Albert Londres a fait quelques critiques. Il a trouvé les coureurs sympathiques, il a beaucoup admiré leur courage mais il a trouvé le règlement inutilement sévère, quand il eût pu l’être moins. Ces critiques n’ont pas plu. Et comme Albert Londres est l’auteur un an plus tôt d’un remarquable reportage sur les bagnards de la Guyane (Cayenne) on lui attribue, aujourd’hui (1924), une comparaison qu’il n’a jamais faite. C’est notre confrère Henri Decoin qui, le premier, écrivit en parlant des touristes-routiers :

’Avec leurs numéros dans le dos, ils ressemblent aux forçats d’Albert Londres’’. »

coureurs

« Avec leurs numéros dans le dos, ils ressemblent aux forçats d’Albert Londres »

Ensuite, tout s’est emballé ; on a eu droit aux forçats de la route d’Albert Londres sans que ce dernier n’est jamais écrit ni prononcé l’expression. Autre preuve béton, l’article du 27 juin 1924 écrit par Londres a pour titre : « L’abandon des Pélissier ou les martyrs de la route ». Forçats et martyrs, rien à voir (Larousse, Petit Robert)

C’est à partir du texte d’Henri Decoin que la presse a fait un transfert sur Albert Londres. Pour être complet au plan historique, il faut signaler que l’inventeur de la célèbre formule s’appelait Maurice Genin et l’avait utilisée 18 ans auparavant comme titre d’un article paru en novembre 1906 dans La Revue de la Chambre syndicale des cycles et automobiles de Saint-Etienne.

Genin avait du mal à comprendre comment des hommes mêmes entraînés pouvaient parcourir à vélo 4545 km en 25 jours sur des routes non revêtues.

Ci-dessous quelques photos d’Henri Decoin. Rappelons qu’il fut tour à tour sportif de haut niveau (nageur, boxeur), aviateur en temps de guerre, journaliste sportif (L’Auto, Le Miroir des Sports, L’Intransigeant, La Vie au Grand Air, Paris-Soir), auteur dramatique, cinéaste, écrivain.

 

 

DECOIN 4

Henri Decoin, La Vie au Grand Air, 15 mars 1917

 

 

DECOIN 1

Henri Decoin nageur en 1908, Match, 16 mars 1939

 

 

DECOIN 2

Henri Decoin et son épouse Danielle Darrieux, Match, 16 mars 1939

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tour de France – L’Equipe : les forçats de la désinformation !

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Les Forçats de la Route ! Il y a vraiment des indécrottables baratineurs à L’Equipe !! Dans ce journal du 3 juillet, à propos du passage des coureurs à Coutances dans la Manche, on nous ressort l’article d’Albert Londres titré soi-disant « Les Forçats de la Route ».

ALBERT LONDRES

Albert Londres

 

Cela fait treize ans que j’ai démontré preuves à l’appui (voir l’article d’Albert Londres du 27 juin 1924) – que le journaliste qui a péri dans l’incendie du paquebot Georges Philippar en Mer Rouge le 16 mai 1932, n’a jamais écrit l’expression Les Forçats de la Route ni dans le titre ni dans l’article mais Les martyrs de la route.

 Forçats et martyrs : chercher la différence

Dans le langage courant, et par association avec le criminel condamné à ramer sur les galères de l’Etat ou aux travaux forcés, on parle de travailler comme un forçat, très dur, excessivement, ou d’effectuer un travail très pénible, inhumain. En revanche, le mot martyr utilisé dans son titre par Albert Londres n’a rien à voir, ni de près ni de loin, avec le mot forçat. Dans le dictionnaire Petit Robert, le martyr est « une personne qui a souffert la mort pour avoir refusé d’abjurer la foi chrétienne – ou une autre foi – et, par extension une personne qui meurt, qui souffre pour une cause. »

LE PETIT PARISIEN.jpg

Une fois de plus, comme le disait Gandhi, ‘’l’erreur ne devient pas vérité parce qu’elle se propage et se multiplie’’.

Mon but est que l’on respecte les lecteurs en étant professionnels, ce qui pour le moins n’est pas la spécificité n° 1 de L’Equipe. Ajoutons que la responsabilité d’un journal commence avec le refus de savoir.

Dans un ouvrage consacré à « 36 histoires du Tour d France », nous avions décryptées l’origine de la fameuse expression Les Forçats de la Route.

Le texte actualisé présenté ci-dessous doit permettre au lecteur de se faire sa vérité…

lire le post completLA VERIDIQUE HISTOIRE DE L’EXPRESSION

 


			

Forçats de la route, Juges de Paix, Homme au marteau : des expressions nées sur la route du Tour

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Le Tour de France (comme le vélo) a forgé sa légende grâce à ses routes très escarpées, ses cols mythiques, ses champions hors normes aux noms évoquant les pionniers de la conquête hexagonale à vélo : Octave Lapize – dit Le Frisé -, Gustave Garrigou – dit L’Elégant -, François Faber – dit le Géant de Colombes – Eugène Christophe – dit le Vieux Gaulois -, mais aussi en raison des célèbres métaphores nées dans la roue des Vagabonds de la chaussée : Forçats de la route, Juges de paix, l’Homme au marteau…

Forçats de la route – Dès 1906 la métaphore est déjà associée aux cyclistes du Tour

 A propos du spectaculaire et médiatique abandon des frères Pélissier lors du Tour de France 1924, Albert Londres, le célèbre journaliste présent sur cette édition pour le compte du Petit Parisien, n’a jamais écrit dans aucun de ses textes, l’expression « les forçats de la route ». En fait, l’inventeur de la célèbre métaphore est un journaliste, Maurice Genin, collaborateur de la Revue de l’Automobile Club du Rhône, qui l’avait utilisée en 1906, soit… dix-huit auparavant. Ce dernier, afin d’illustrer le labeur inhumain accompli par les semeurs d’énergie avait titré son article « les forçats de la route ».

Trois ans avant le reportage d’Albert Londres interviewant les Pélissier  sur leurs rudes conditions  d’As de la route, Roule-Lacaisse, reporteur du Miroir des Sports, caché derrière un pseudonyme, dans son commentaire de la troisième étape Cherbourg-Brest utilise la métaphore de forçats : « Nous passons dans un petit village de Bretagne. Toute la population est là égrenée en chapelet dans la Grande-Rue. Nos coureurs passent à 34 kilomètres à l’heure et Bretons et Bretonnes les regardent avec la stupeur mêlée de je ne sais quel respect effrayé de gens qui semblent regarder des forçats.

 LE PETIT PARISIEN

 Texte d’Albert Londres du 27 juin 1924 dans Le Petite Parisien : ni dans le titre ni dans l’article ne figure l’expression ‘’les Forçats de la route’’

 

Géants de la route – En 1908 dans l’Auto

 C’est Charles Ravaud, journaliste sportif et collaborateur à la rubrique cycliste de L’Auto, surnommé le Beau-Joli, qui, le premier, le 13 juillet 1908 dans ce quotidien et afin de magnifier les exploits des participants à la Randonnée de Juillet, les surnomme les géants de la route.

Juges de paix – Expression inventée par Henri Desgrange (HD). Il désigne ainsi la haute montagne et ses passages hauts perchés

Dans son ouvrage « La Vie sportive » publié en 1913 mais commentant la Grande Boucle 1912, HD en voyant, lors de la cinquième étape Chamonix-Grenoble, les ténors de la route grimper les trente-trois kilomètres de sentes impossibles du Galibier, compare le géant des Alpes à un juge de paix. : « En voyant tous ces coureurs aborder le Galibier géant, je n’ai pu m’empêcher de les comparer à une théorie de plaideurs comparaissant volontairement devant un  juge de paix irrécusable, chargé de déterminer infailliblement leur valeur respective. C’est Eugène Christophe qui a gagné ce procès sportif. Mais il me faudrait citer l’ensemble des plaideurs si je voulais rendre justice à tous et si les minutes et la place ne m’étaient pas mesurées aujourd’hui. »

LE GALIBIER

Un Juge de paix sous les traits bourrus d’Henri Desgrange

JUGES DE PAIX

Les Juges de paix caricaturés par Pellos

                                         

L’Homme au marteau sévit à partir de 1923

Outil de fer, à manche de bois, propre à cogner. Est employé en ce sens dans l’expression l’Homme au marteau. Ce dernier est un mauvais génie invisible qui assène sur le crâne du coureur cycliste un coup d’assommoir moral. Il symbolise la défaillance soudaine et irrémédiable. Cette expression est surtout utilisée dans les défaillances en montagne.

Pour Maurice Pefferkorn,l’auteur de Géants et sédentaires[1], l’expression doit être attribuée à Maurice Ville qui, en 1924, à Deauville lors de la première étape Paris-Le Havre, en proie à une défaillance carabinée, aurait déclaré à un suiveur : « C’est l’homme au marteau qui m’a cueilli »

En revanche, le ‘’Speaker’’ du Miroir des Sports croit mordicus que l’expression est de Jean Alavoine, lequel disait en 1923 d’un concurrent en difficulté : « L’homme au marteau lui en a refilé un coup derrière la nuque ». [2]

[1] Paris, éd. Brelaz, 1925

[2]Le Miroir des Sports, 1926, n° 321, 30 juin, p 431