Infiltrations dans l’environnement immédiat d’une compétition sportive : ce n’est pas de la médecine, c’est du dopage !

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Des témoins à charge

 Y-a-t-il une différence entre prendre des amphétamines afin de stimuler le corps fatigué à aller plus loin et la méthode des infiltrations ? Aucune !

Dans les deux situations, on pousse l’organisme au-delà de ses aptitudes, qu’elles soient physiologiques ou mécaniques, on l’expose à des risques aggravés.

POST-IT – Injections dans l’environnement immédiat d’un match. En 1998, l’International Rugby Board – l’organisme international qui gère le rugby à XV et à VII – (désormais World Rugby depuis 2014), était contre.

IRB – Règlement 13 – Médical :

13.1.4 – Tout joueur incapable de prendre part à un match sans l’administration d’un produit ou des injections pour soulager la douleur ou une maladie sérieuse, doit être considéré inapte à jouer.

Pr François Bonnel (FRA), chirurgien orthopédique au CHU-Hôpital Lapeyronie à Montpellier (Hérault) : « Il a été prouvé expérimentalement que les corticoïdes modifiaient le métabolisme et la structure de la fibre de collagène, entraînant une fragilité accrue aux contraintes mécaniques (…) Il faut proscrire des infiltrations locales de corticoïdes qui accélèrent le processus dégénératif et peuvent entraîner des ruptures. » [Panorama du Médecin, 16.04.1985]

Clément Grenier (FRA), footballeur professionnel depuis 2008 : « En fait, la vraie problématique reste ce staphylocoque (bactérie contractée lors d’une infiltration effectuée il y a un an) qui me gêne encore. Un muscle, un os, on arrive à trouver des solutions pour le guérir : là, non. » [L’Equipe, 06.03.2015]

Laurent Guelezec (FRA), entraîneur national des gymnastes hommes : « Danny Rodriguez souffre d’une fissure du biceps depuis deux ans (il avait été opéré en janvier 2010), on savait que ça pouvait arriver, admet le coach. Soit on réparait l’épaule et il n’allait pas aux Jeux, soit on la soignait avec des infiltrations dont on sait que ce n’est pas bon pour les tendons. C’était un pari que le gymnaste et l’encadrement avaient accepté en conscience. » (épilogue : rupture du tendon du biceps et forfait pour les Jeux olympiques de Londres)  [L’Équipe, 28.06.2012]

 Cyrille Guimard (FRA), cycliste professionnel de 1968 à 1976, puis directeur sportif : « La grande erreur fut, pendant le Tour 1972, de me faire subir des infiltrations au lieu de m’obliger à abandonner car c’est dans les toutes dernières étapes que j’ai courues que se sont créées, au niveau des tendons, des lésions et des traumatismes irréversibles. »  [in « Un vélo dans la tête » (avec Bernard Pascuito). – Paris, éd. Solar, 1980. – 192 p (p 146)]

 

guimard

Cyrille Guimard, cycliste professionnel de 1968 à 1976

 

Dr Jean-Pierre de Mondenard (FRA), médecin du sport depuis 1973 : « De nombreux exemples confirment que la pratique des infiltrations est régulièrement vouée à l’échec. Ainsi, ce hurdler français victime de problèmes aux adducteurs ayant subi ONZE infiltrations par le staff médical tricolore et qui doit stopper en demi-finale olympique en 1988. Il doit attendre plusieurs mois avant de fouler à nouveau les pistes. » [in « Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

Dr Don O’Donoghue (USA), médecin du sport : « Les tendons sont peu irrigués. L’injection de corticoïdes y interrompt la circulation sanguine, et les tissus meurent. Rien d’étonnant à ce que le tendon ne se déchire ensuite au premier effort. » [in « La médecine sportive. Prévention – entraînement – alimentation – soins » de Gabe Mirkin .- Montréal (CAN), les Éditions de l’Homme, 1981 .- 322 p (p 296)]

Pacho Rodriguez (COL), cycliste professionnel de 1984 à 1988 : Lors de la course par étapes le Dauphiné Libéré, le Colombien Pacho Rodriguez est en conflit avec ses genoux. Le journal L’Équipe témoigne : « Col de Rousset – Traversée de Grenoble, la radio de la course lance le message suivant : Le 101 réclame le médecin. Le 101 c’est Pacho Rodriguez, le maillot jaune. Il commence son calvaire. La veille, en descendant de vélo, il a dit à un confrère colombien : « J’ai mal aux genoux ». Dimanche matin, les articulations n’en peuvent plus. En vingt kilomètres, le toubib lui fera quatre infiltrations.  L’homme est à bout. Finalement, juste avant d’attaquer l’horrible côte de la Morte, Rodriguez mettra les pouces. » [L’Équipe, 04.06.1984]

Ronaldo (BRE), footballeur : Commentaire du Dr Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport français depuis 1973 : « Autre ratage célèbre : le 12 juillet 1998, en passant à travers sa finale contre la France, l’attaquant brésilien Ronaldo, apparaît comme une énième victime des infiltrations. Souffrant des genoux depuis le début du mondial, le corps médical de la Selesao, lui faisait régulièrement des infiltrations pour pouvoir jouer malgré son handicap. On a vu le résultat les deux années suivantes. Peu de matches joués et surtout rupture partielle du tendon rotulien droit, une première fois en novembre 1999, et rupture totale quelques mois plus tard en avril 2000, blessure exceptionnelle chez un footballeur. Dans le cas de Ronaldo, ses genoux refusaient de jouer mais son entourage le voulait sur le terrain. Alors, on injecte et peu importe l’avenir immédiat ou à long terme des articulations et des tendons rétifs. » [Dr Jean-Pierre de Mondenard. – Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

 

ronaldo

Le Brésilien Ronaldo dit Il Fenomeno

 

Guy Roux (FRA), entraîneur de l’AJ Auxerre de 1961 à 2005 : « Ce dernier confirmait en 1990 que la pratique des infiltrations était un leurre : « Philippe Vercruysse, Abedi Pelé, Dragan Stojkovic, ont payé les piqûres qui leur ont été faites pour pouvoir jouer en Coupe d’Europe. Ça ne pardonne pas. » [in « Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

Jean Wadoux (FRA), spécialiste des 1 500 et 5 000 m (34 sélections internationales entre 1962 et 1971), fut l’un des premiers athlètes à évoquer ce danger lorsqu’il se rendit compte il y a quatre ans (1971) que le mal empirait par la faute de la cortisone : « La cortisone possède des vertus anti-inflammatoires qui ne sont pas ignorées dans le domaine de l’athlétisme où il est arrivé fréquemment que l’on soigne les tendinites par une injection au niveau du tendon malade. Or, un médecin américain, le Dr Robert Kerlan, estime que beaucoup d’accidents sérieux se sont produits par la faute de la cortisone. Celle-ci, en apaisant les douleurs, peut donner à l’athlète la sensation que son tendon est guéri. Plus de mal. Reprise d’activité. C’est là que l’accident très grave peut intervenir parfois. » [L’Equipe, 15.05.1975]

 

corticos

Terminologie

Dans le langage sportif, le terme corticoïde ou « cortico » est synonyme de glucocorticoïdes, lequel regroupe l’ensemble des hormones sécrétées par la zone moyenne dite fasciculée de la corticosurrénale (cortisone, hydrocortisone ou cortisol…), de leurs dérivés et, par extension, de leurs dérivés dits synthétiques car fabriqués par les laboratoires pharmaceutiques (prednisone, bétaméthasone, triamcinolone…). La zone réticulée la plus interne de la corticosurrénale sécrète des stéroïdes sexuels (synonymes de stéroïdes anabolisants), essentiellement et ce, chez l’homme comme chez la femme, une petite quantité d’androgènes dont la nature est différente de celle de la testostérone testiculaire. Si la surrénale sécrète à la fois des glucocorticoïdes et des stéroïdes anabolisants, elle sécrète aussi d’autres hormones : aldostérone (à la périphérie la plus externe de la glande), adrénaline et noradrénaline (par la partie centrale dite médullaire).

UCI – Huit jours de mise à pied obligatoire

Les corticostéroïdes, anti-inflammatoires efficaces, sont prohibés en pratique sportive pour leurs effets euphorisants et stimulants. Ils sont prescrits en médecine sportive pour soigner des problèmes de l’appareil locomoteur (tendinites…) Mais ils sont constamment voués à l’échec si, par exemple, on se fait injecter des corticos pendant une course par étapes et que l’on continue à pédaler. Puisque le geste de plier les genoux à l’infini va entretenir le mal.

Depuis juin 2011, l’Union cycliste internationale (UCI), a déjà réglementé cette situation en imposant un repos de quarante-huit heures après toute injection de ce genre, obligeant dans une course par étapes le coureur ayant subi ce type de traitement à abandonner. Le 11 février 2013, l’instance fédérale a durci sa réglementation en allongeant à huit jours la durée de l’arrêt de course après une injection de corticoïdes à des fins thérapeutiques. Le repos du geste douloureux étant le meilleur anti-inflammatoire, il est contraire à l’éthique médicale de pratiquer de telles injections au décours d’une épreuve cycliste notamment par étapes ainsi que dans les jours précédents une compétition sportive, quelque soit la spécialité et ce même si l’athlète est demandeur.

Pour une fois, l’UCI se préoccupe de la santé de ses licenciés…

Stéroïdes à contresens

 Dans la pharmacopée, il existe deux types de stéroïdes : les corticoïdes ou glucocorticoïdes et les stéroïdes anabolisants. En France, implicitement, le terme stéroïde est synonyme d’anabolisant. Afin de ne pas s’exposer à un contresens, cet amalgame mérite d’être dénoncé. Régulièrement, dans la presse, on constate la confusion entre glucocorticoïdes (cortisol, cortisone, …) et stéroïdes anabolisants (testostérone, nandrolone, stanozolol,…) qui sont tous les deux des stéroïdes. Les premiers sont des anti-inflammatoires puissants qui bloquent un processus général réactionnel de tout ou partie de l’organisme à une agression, qu’elle soit chimique, physique (tendinite), bactérienne (angine) ou virale alors que les stéroïdes anabolisants agissent sur la croissance des tissus d’où le terme anabolisant (ils construisent le corps). Donc, leurs effets sont diamétralement opposés. Ainsi, lorsqu’on parle de stéroïdes sans autre précision, on définit des groupes d’hormones (génitales et corticosurrénales) dont la formule chimique dérive de la famille des stérols qui sont formés à partir du cholestérol.

Dans le dopage, on distingue les glucocorticoïdes qui sont interdits uniquement en compétition et qui peuvent bénéficier d’une justification thérapeutique, les sanctions sont variables. De leur côté, les stéroïdes anabolisants dont le chef de file est la testostérone (hormone mâle) sont prohibés pendant et hors compétition avec des sanctions non modulables. Au final, lorsqu’on écrit stéroïdes sans précision, surtout à propos du dopage, on n’est pas très explicité sur la nature du produit. D’où l’intérêt de singulariser le stéroïde impliqué dans tel ou tel cas de sportif contrôlé positif. C’est comme lors d’un commentaire radiophonique de match de foot opposant l’OM au PSG si le journaliste parle des joueurs sans préciser à quel club ils appartiennent – en dehors des initiés – les auditeurs seront rapidement largués.

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