Méfaits sportifs des corticoïdes

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Glissades et tacles incontrôlés

 La cortisone est une hormone sécrétée par la zone corticale, située à la périphérie des glandes surrénales. On fabrique à des fins thérapeutiques des dérivés de synthèse de la cortisone, regroupés avec elle sous l’appellation de « glucocorticoïdes ou glucocorticostéroïdes ». Depuis l’introduction dans l’arsenal médical des hormones cortico-surrénales et de leurs dérivés de synthèse, leur champ d’application n’a fait que croître au même titre que les spécialités pharmaceutiques s’en réclamant. Les corticoïdes sont des drogues polyvalentes dont l’usage est tentant pour le thérapeute, notamment dans le domaine anti-inflammatoire, mais cette médaille a son revers, et un revers hors du commun.

Peu de drogues sont capables de tels effets salutaires et en même temps responsables d’accidents aussi sérieux que divers ! Les corticoïdes possèdent plusieurs propriétés : c’est de l’exagération de ces propriétés que naissent les accidents thérapeutiques. Tout d’abord, l’action anti-inflammatoire entraîne un certain nombre de complications viscérales et infectieuses dont la survenue peut être précoce, en particulier chez certains sujets prédisposés. Ensuite, l’introduction d’un composé hormonal, même à des doses thérapeutiques, réalise un état artificiel d’hyperimprégnation et cette hormone médicamenteuse interfère dans l’équilibre de toutes les hormones de l’organisme et le perturbe. Malgré ces risques, les sportifs les consomment pour leurs effets antifatigue, euphorisant et, bien sûr, anti-inflammatoire.

Le cas exemplaire, en 1979, du basketteur Bill Walton résume bien les dérives de la médicalisation intensive de la performance.

 1965  – Dr Kaare Rodahl : « Les corticostéroïdes affectent les protéines contractiles du muscle »

Per-Olof Astrand et Kaare Rodahl, professeurs de physiologie : « Lors d’études très précises de l’équilibre métabolique, au cours desquelles étaient étudiées sur l’homme jeune, en bonne santé, les effets de l’administration quotidienne de 20 à 40 mg de triamcinolone (Kénacort®  – Labo Squibb -) sur la force musculaire, l’équilibre azoté et le poids corporel, on a pu montrer que l’administration de corticoïdes détermine une augmentation de l’équilibre urinaire d’azote, une perte de poids et une diminution de la force musculaire. (Rodahl et coll., 1965). En administrant simultanément des agents anabolisants tels que la méthyltestostérone, il est possible de réduire ces modifications, mais non de les annuler. Ceci montre que chez l’homme, les processus cataboliques que provoque le traitement par les corticostéroïdes affectent les protéines contractiles du muscle. » [Astrand P.O. et Rodahl K. .- Effets des agents anabolisants et antianabolisants in « Manuel de physiologie de l’exercice musculaire » .- Paris, éd. Masson, 1973 .- 606 p (p 88)]

 1967  – Sensation de fatigue et insuffisance surrénalienne : pas de rapport !

Georges Le Moan, professeur de pharmacologie à Paris : « Assimilant abusivement la sensation de fatigue à une insuffisance corticosurrénalienne, certains ont préconisé l’emploi d’hormones sécrétées par cette glande (minéralocorticoïdes, glucocorticoïdes) ou susceptibles d’en augmenter la sécrétion (ACTH). En fait, pour qui connaît la subtilité des interactions hormonales, les insuffisances surrénaliennes qu’elles peuvent créer, les contre-indications de leur emploi, une telle pratique est extrêmement dangereuse. Signalons qu’au cours des traitements prolongés, elles peuvent provoquer des syndromes d’excitations psychiques. Ces hormones sont inscrites au tableau A. Leur emploi chez les sportifs, sauf nécessité thérapeutique, doit donc être rigoureusement interdit. » [Le Moan G. .- Le dopage des intellectuels et des sportifs .- Prod. et Prob. Pharm., 1967, 22, n° 1, janvier, pp 5-15 (p 10)]

 1975  – HALTÉROPHILIE – Le drame de Kaarlo Kangasniemi (Finlande)

Témoignage de Kaarlo Kangasniemi : « Médaillé d’or aux JO de Mexico en 1968, améliorant 17 records mondiaux dans trois catégories différentes de 1968 à 1972, le Finnois est victime en 1975 d’une surdose d’anabolisants et de corticoïdes : « Durant les années qui précédèrent mon titre olympique, je soulevais entre 50 et 70 tonnes par semaine, c’est-à-dire de 2 500 à 3 500 tonnes de fonte par an. C’était fou. Au printemps 1968, souffrant des muscles abdominaux et sur les conseils d’un médecin, j’ai commencé à prendre des anabolisants. Deux cachets par jour, suivis d’une injection intramusculaire. Ce traitement me permit de guérir vite et je me sentais beaucoup plus fort. L’engrenage infernal commençait et, des années durant, j’ai continué à jouer avec mon poids sans personne pour me conseiller puisque j’étais mon propre entraîneur. Ce furent ensuite les blessures à répétition et les opérations. On me traita après à la cortisone et… le drame se produisit à l’automne 1975. D’un côté, les anabolisants m’avaient doté d’une masse musculaire trop concentrée et, de l’autre, la cortisone avait fragilisé l’ossature. En plein effort, à Kajaali, alors que je tentais de soulever une barre à 160 kg, le muscle de l’omoplate gauche a éclaté et la barre m’est retombée d’abord sur la tête puis sur la nuque. J’ai perdu connaissance. Ma vie était foutue. J’étais paraplégique. »

 

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Kaarlo Kangasniemi

 

 Médaille d’or aux Jeux olympiques d’été de 1968 dans la catégorie des 82,5-90kg

 Aujourd’hui, Kangasniemi ne peut que se lamenter sur ses erreurs : « Je donnerais toutes mes médailles pour récupérer la santé. » Il ajoute en guise d’avertissement à l’intention de ses cadets : « On ne se rend pas compte des dangers encourus. Les progrès réalisés sont tellement foudroyants, obtenus Si facilement que la notion de risque n’apparaît jamais ou trop tard. Je le sais bien, moi qui en ai subi – et continue d’en subir – toutes les conséquences. » [L’Equipe, 18.05.1977]

Épilogue : Après trente ans de rééducation, le Finlandais a vaincu la paraplégie puisqu’en 1997 il a fait les championnats du monde vétérans au Canada.

 1978  – CYCLISME – Pierre Chany (FRA) : « Des carrières abrégées par douzaines »

Témoignage du journaliste Pierre Chany : « Au cours de la saison écoulée (1978), plusieurs coureurs ont cessé brutalement leur activité, à l’encontre d’une tradition qui voyait les routiers déclinants prendre leur retraite à la fin de l’année seulement. Parmi eux, Eddy Merckx, le plus grand, le plus titré, le plus admirable, qui ne parvenait plus à suivre des coureurs de troisième zone. Son état de santé est préoccupant. Mais de quel mal souffre-t-il ? Peut-être le dira-t-on un jour, comme vient de nous le dire Bernard Thévenet. Dans le même temps, Freddy Maertens a sombré. Un membre de son entourage affirme que le déclin accéléré de Merckx l’a traumatisé, qu’il a changé aussitôt de méthode, que son psychisme a flanché et que, pardi ! Les résultats s’en ressentent.

Les exemples de carrières abrégées se comptent maintenant par douzaines : le Danois Leif Mortensen, un bel athlète pourtant, contraint de renoncer parce que l’usage de la cortisone l’avait conduit à un état de dégradation extrême ; Alain Santy qui accusait naguère les « soigneurs » de l’avoir anéanti alors que chacun voyait en lui un futur grand champion; et beaucoup d’autres encore, parmi lesquels des malheureux atteints d’impuissance sexuelle, heureusement souvent temporaire. » [Chany P. .- 17 coureurs morts de crise cardiaque .- Paris-Match, 1978, n° 1539, 26 novembre, pp 93 et 102]

 1979 – Pr Philippe Réville (FRA) : « Le muscle en prend un coup »

Communication au colloque ‘’Poids et sport’’ du Pr Philippe Réville, endocrinologue à Strasbourg : « Le catabolisme musculaire est aggravé par :

  • la sédentarité,
  • l’involution sénile,
  • les hormones, en particulier la cortisone.

La cortisolémie influence le catabolisme musculaire et dans la corticothérapie prolongée, il y a déperdition de la masse musculaire. Les biopsies osseuses permettent de façon précise de déterminer les zones de formation osseuse et les zones de résorption. Il y a un rapport assez constant entre la formation et la destruction. Chez les sujets sous thérapeutique cortisonique prolongée, les zones de résorption sont plus importantes que les zones de formation osseuse. La cortisone a donc un effet ostéolytique et catabolique. C’est pourquoi, il est curieux de trouver des articles mentionnant des dopages à la cortisone.

Cette hormone qui stimule l’appétit, a peut-être un effet antifatigue et euphorisant, mais il y a un grand nombre d’arguments contre ce dopage. Dans un récent rapport, l’Académie de Médecine les a résumés. Donner de la cortisone est inutile parce qu’à l’effort on en fabrique beaucoup et plus d’ailleurs qu’à la dose ingérée, que ce dopage à la cortisone est illogique parce qu’il met au repos la sécrétion prolongée de l’ACTH et, qu’enfin, cet effet est dangereux parce que, même s’il est euphorisant, le catabolisme protidique est important et si l’utilisation est prolongée ce catabolisme va diminuer les masses musculaires. » [Réville Ph. .- Hormone et poids – communication au colloque ‘Poids et Sport le 28 janvier 1979’ .- Neuilly-sur-Seine (92), éd. Labo Servier, 1979, 1er vol. .- 67 p (pp 6-30)]

 1979  – BASKETBALL – Rich Nichols (USA) : « La cortisone expose au désastre »

 Texte de Rich Nichols : « Le jeu doit continuer. Les athlètes professionnels reçoivent des centaines de milliers de dollars pour se produire. L’attitude qui prévaut est qu’ils doivent concourir. Ce n’est pas trop que de demander à ces athlètes de jouer en ayant mal. Les antidouleurs sont disponibles, tous sont tranquillement encouragés à les utiliser. De nombreux athlètes professionnels prennent régulièrement des anti-inflammatoires et des anesthésiants locaux. Dans certains cas, les médecins de l’équipe administrent de la cortisone – des mixtures anesthésiantes qui permettent aux athlètes de se produire malgré la présence d’une grave blessure -. La pression pour qu’ils jouent tout en étant blessé est énorme et souvent irrésistible. Même des concurrents à principes, fermement convaincus que s’il faut prendre des médicaments, la compétition n’est plus valable, succombent parfois. Les médicaments vont endormir le mal. Malheureusement, effacer la douleur par des médicaments afin de faciliter la performance athlétique, aggrave la blessure préexistante. Il est surprenant néanmoins que peu d’athlètes professionnels aient poursuivi en justice leurs médecins pour leur avoir négligemment administré le produit fatal. Bill Walton est une exception à signaler. En 1978, Bill Walton, le fabuleux centre des NBA’s Portland Trail Blazers, aux cheveux et à la barbe rousse, qui ne se nourrissait que de produits naturels, mena son équipe au sommet du basket-ball professionnel.

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Bill Walton

Champion NBA en 1977 avec les Trail Blazers de Portland et en 1986 avec les Celtics de Boston. Il est introduit au Hall of Fame en 1993.

Mais sa saison de rêve devait se terminer par une accumulation de blessures désastreuses. Fin février, il se blessa à la cheville gauche. Le médecin de l’équipe, le Dr Bob Cook, annonça que Walton serait de retour dans les 10 jours. Mais, 30 jours plus tard, Walton pouvait à peine marcher. D’autres joueurs indispensables étant blessés Walton devait jouer coûte que coûte les finales. Malgré sa grande douleur, il essaya de courir sur son pied blessé. A contrecœur, il prit des médicaments pour soulager sa douleur. Walton fut convaincu que sans Butazolidine® (AINS) et/ou Décadron® (corticoïde) (l’un et l’autre mélangés à des anesthésiants de la douleur sont extrêmement efficaces pour masquer le mal), il ne serait pas capable de jouer. Malgré les drogues, la douleur persista. Mais les finales approchaient. Walton, tant bien que mal, joua la première partie d’une série contre les Seattle Super Sonics. En dépit d’une douleur infernale dans la cheville gauche, Walton conduisit les Blazers à la victoire. 

Le lendemain, marcher était devenu un véritable chemin de croix, courir était impossible. La seconde partie n’avait lieu que deux jours plus tard. Comment Walton pourrait-il être prêt à jouer. Le docteur Bob Cook informa Walton qu’une piqûre de xylocaïne, mêlée à des doses de Décadron® (corticoïdes) et de Butazolidine®  (AINS) déjà utilisées, calmerait la douleur. Les Blazers gagnèrent la seconde partie, mais ce faisant ils perdirent leur meilleur atout : Walton. Le matin après la partie, Cook fit de nouvelles radios. Cette fois, les résultats furent positifs : Walton souffrait d’une fracture de la cheville gauche.

Walton avait joué beaucoup trop longtemps sur son pied blessé. Il pensait que les antidouleurs et les médicaments type cortisone prescrits par Cook contribueraient à réduire la blessure. L’action en justice fut le seul moyen de réparer la conduite thérapeutique apparemment « négligente » de Cook. Walton poursuivit Cook devant les tribunaux ainsi que 20 médecins anonymes de la Clinique Orthopédique de la ville d’Oregon. Dans un procès intenté le 20 mars 1980, la star de la NBA (National Basketball Association) déclara que bien qu’il se soit plaint continuellement de douleurs et de gêne, Cook avait fait preuve de négligence en ne diagnostiquant pas une fracture et lui a prescrit des doses orales et des injections d’un médicament consistant en de la Butazolidine® (AINS), du Décadron® (corticoïde) et de la xylocaïne et l’a encouragé à s’appuyer sur son pied. De plus, déclara Walton, le 21 avril 1979, après avoir omis de diagnostiquer la fracture, Cook lui a administré deux injections du mélange déjà mentionné afin de le faire jouer. John Bassett, l’avoué de Walton à qui on demandait récemment si les injections de xylocaïne couplées à l’ingestion orale de Décadron®  (corticoïde) et de Butazolidine®  (AINS) avaient empêché Walton de ressentir sa blessure en cours de jeu, répondit : « Personne n’en est absolument certain. Mais d’après l’expert médical, la lésion osseuse a été aggravée par l’utilisation de Décadron® et de xylocaïne, du fait que des tensions ont pu être exercées sur l’os déjà abîmé, à tel point qu’elles ont finit par fracturer complètement l’os.« 

Bassett affirme que même avant la blessure qui le rendra peut-être infirme, la star des Blazers s’était vu prescrire par les médecins de l’équipe des substances agissant sur la douleur, en de nombreuses occasions. A chaque fois, les résultats furent désastreux. « Il termina avec une jambe cassée en 1976 et un scaphoïde tarsien fracturé en 1979, ajoute Bassett, il n’y a aucun doute que les médicaments ont contribué au dommage physique qui mettra peut-être fin à la carrière de Walton« . Il est à remarquer que Walton n’a pas poursuivi les Portland Trail Blazers. Il a poursuivi les médecins de l’équipe, indépendamment responsables. Walton, à l’origine, réclamait cinq millions de dollars pour perte de salaire et frais médicaux. Cinq jours avant le procès, Walton et Cook réglèrent la question en dehors de la Cour. La décision d’utiliser des médicaments n’était malheureusement pas inhabituelle, mais sa réaction était nouvelle. Il s’est défendu. Une cour de justice a été son terrain de bataille. En un sens, son combat n’était pas dirigé contre un médecin mais contre une mentalité qui exige que les athlètes se sacrifient pour le plaisir de la foule. » [Rich Nichols, Runner’s World, 1984, 19, n° 3, p 96]

 1986 –  Fait chuter la testostérone

« Les corticoïdes au long cours réduisent les taux plasmatiques de testostérone de moitié chez les hommes dans leur sixième décade par le biais d’une altération de la libération hypothalamique des releasing hormones des gonadotrophines. » [Ann. of Int Med., 1986, 104, 5, pp 648-651]

 1988 –  Diminution de la force mécanique du tendon

« Lors de traitements prolongés ou d’injections répétées de corticoïdes (dose équivalente à trois injections ou un traitement per os d’une durée supérieure à un mois), on a pu constater une diminution de la force mécanique du tendon et de son poids, ainsi qu’une altération de la fibrogenèse. En corollaire, on a décrit des ruptures tendineuses après l’administration per os de 30 mg de Cortancyl® (corticoïde) pendant 15 jours ou trois semaines. Toutes ces ruptures tendineuses ont porté sur les tendons d’Achille ou rotuliens, et ce alors que les efforts fournis étaient minimes. Il semble pour cette raison justifié de contre-indiquer toute activité sportive lors d’une corticothérapie prolongée. » [Le Quotidien du Médecin, 11.04.1988]

 1989 –  NATATION – Catherine Plewinski  (FRA) : « L’apparence d’un ballon de foot »

« Catherine Plewinski, championne de France du 100 m papillon : normal, penserez-vous. Au retour d’une randonnée de ski de fond d’une vingtaine de kilomètres au mois de mai, le visage de Catherine arbore un coup de soleil géant. Ordonnance : pommade à la cortisone. En appliquant celle-ci, Catherine passe sa main sur le lobe percé d’une de ses oreilles qui suppure depuis quelques temps. Dans les heures qui suivent, la face de la nageuse prend l’aspect d’un ballon de foot : une infection ultrarapide. Hospitalisation de nuit, d’urgence – on la place sous perfusion ! – et le verdict tombe enfin : staphylocoque. Et non, comme on l’avait cru longtemps, un virus contracté aux Antilles, voire la « dingue », autre mal tropical qui a la particularité de développer des ganglions. Quelques jours de traitement approprié et l’affaire est réglée. Mais on a cru un instant à la septicémie et c’est une fille affaiblie, psychologiquement lasse, qui quitte l’hôpital. » [Le Figaro, 21.07.1989]

Le Grand Bêtisier des corticoïdes – L’Equipe nous en raconte une bien belle !

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Afin de démontrer que les corticos injectables administrés dans l’environnement d’un match ne sont pas sans dangers pour le joueur, le quotidien du sport nous raconte une énorme fable !

L’histoire remonte à la finale du Mondial 1998 entre la France et le Brésil. L’attaquant vedette de la Seleçao, Ronaldo, aurait quitté le terrain en plein match pour avoir fait une crise d’épilepsie provoquée par des infiltrations de corticoïdes avant le début de la rencontre.

 

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L’Equipe, samedi 8 octobre 2016

 

 Rappelons les faits. Ronaldo est victime d’une crise épileptiforme avec perte de connaissance sept heurs avant la finale du Mondial au Stade de France, le 12 juillet 1998. Citant des « sources liées à l’encadrement des Auriverde », O Globo – le principal quotidien de Rio – mettait en cause « une réaction à une infiltration de cortisone associée à un anesthésique » (au genou droit). Il Fenomeno  passe une partie de l’après-midi en clinique pour examens médicaux (scanner cérébral…). Jusqu’à dix minutes du coup d’envoi, il ne figure pas sur la feuille de match. Au final, il va jouer toute la partie mais à un niveau inférieur, ne pesant qu’à de très rares occasions sur la défense tricolore. Il ne fait pas de crise d’épilepsie en plein match. Les spectateurs s’en souviendraient et cet évènement aurait provoqué un tsunami médiatique !

Pourquoi tant de faits erronés alors que Gilles Simon, le journaliste de l’Equipe qui a  signé l’article du 16 octobre 2016, était présent au Stade de France le 12 juillet 1998 ?

Deuxième interrogation : pourquoi aucun rectificatif le lendemain ? Trois hypothèses sont possibles :

1 – Les lecteurs du journal n’ayant pas regardé la finale France-Brésil du 12.07.1998 n’ont pas réagi ;

2 – Ces derniers ne lisant pas les pages consacrées aux corticos sont restés silencieux ;

3 – Prévenu du mastic, le rédacteur s’est abstenu de passer un addenda rétablissant la réalité des faits.

Maintenant, pour l’éternité, des journalistes compilateurs vont raconter cette fable. Merci L’Équipe !

 

Infiltrations dans l’environnement immédiat d’une compétition sportive : ce n’est pas de la médecine, c’est du dopage !

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Des témoins à charge

 Y-a-t-il une différence entre prendre des amphétamines afin de stimuler le corps fatigué à aller plus loin et la méthode des infiltrations ? Aucune !

Dans les deux situations, on pousse l’organisme au-delà de ses aptitudes, qu’elles soient physiologiques ou mécaniques, on l’expose à des risques aggravés.

POST-IT – Injections dans l’environnement immédiat d’un match. En 1998, l’International Rugby Board – l’organisme international qui gère le rugby à XV et à VII – (désormais World Rugby depuis 2014), était contre.

IRB – Règlement 13 – Médical :

13.1.4 – Tout joueur incapable de prendre part à un match sans l’administration d’un produit ou des injections pour soulager la douleur ou une maladie sérieuse, doit être considéré inapte à jouer.

Pr François Bonnel (FRA), chirurgien orthopédique au CHU-Hôpital Lapeyronie à Montpellier (Hérault) : « Il a été prouvé expérimentalement que les corticoïdes modifiaient le métabolisme et la structure de la fibre de collagène, entraînant une fragilité accrue aux contraintes mécaniques (…) Il faut proscrire des infiltrations locales de corticoïdes qui accélèrent le processus dégénératif et peuvent entraîner des ruptures. » [Panorama du Médecin, 16.04.1985]

Clément Grenier (FRA), footballeur professionnel depuis 2008 : « En fait, la vraie problématique reste ce staphylocoque (bactérie contractée lors d’une infiltration effectuée il y a un an) qui me gêne encore. Un muscle, un os, on arrive à trouver des solutions pour le guérir : là, non. » [L’Equipe, 06.03.2015]

Laurent Guelezec (FRA), entraîneur national des gymnastes hommes : « Danny Rodriguez souffre d’une fissure du biceps depuis deux ans (il avait été opéré en janvier 2010), on savait que ça pouvait arriver, admet le coach. Soit on réparait l’épaule et il n’allait pas aux Jeux, soit on la soignait avec des infiltrations dont on sait que ce n’est pas bon pour les tendons. C’était un pari que le gymnaste et l’encadrement avaient accepté en conscience. » (épilogue : rupture du tendon du biceps et forfait pour les Jeux olympiques de Londres)  [L’Équipe, 28.06.2012]

 Cyrille Guimard (FRA), cycliste professionnel de 1968 à 1976, puis directeur sportif : « La grande erreur fut, pendant le Tour 1972, de me faire subir des infiltrations au lieu de m’obliger à abandonner car c’est dans les toutes dernières étapes que j’ai courues que se sont créées, au niveau des tendons, des lésions et des traumatismes irréversibles. »  [in « Un vélo dans la tête » (avec Bernard Pascuito). – Paris, éd. Solar, 1980. – 192 p (p 146)]

 

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Cyrille Guimard, cycliste professionnel de 1968 à 1976

 

Dr Jean-Pierre de Mondenard (FRA), médecin du sport depuis 1973 : « De nombreux exemples confirment que la pratique des infiltrations est régulièrement vouée à l’échec. Ainsi, ce hurdler français victime de problèmes aux adducteurs ayant subi ONZE infiltrations par le staff médical tricolore et qui doit stopper en demi-finale olympique en 1988. Il doit attendre plusieurs mois avant de fouler à nouveau les pistes. » [in « Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

Dr Don O’Donoghue (USA), médecin du sport : « Les tendons sont peu irrigués. L’injection de corticoïdes y interrompt la circulation sanguine, et les tissus meurent. Rien d’étonnant à ce que le tendon ne se déchire ensuite au premier effort. » [in « La médecine sportive. Prévention – entraînement – alimentation – soins » de Gabe Mirkin .- Montréal (CAN), les Éditions de l’Homme, 1981 .- 322 p (p 296)]

Pacho Rodriguez (COL), cycliste professionnel de 1984 à 1988 : Lors de la course par étapes le Dauphiné Libéré, le Colombien Pacho Rodriguez est en conflit avec ses genoux. Le journal L’Équipe témoigne : « Col de Rousset – Traversée de Grenoble, la radio de la course lance le message suivant : Le 101 réclame le médecin. Le 101 c’est Pacho Rodriguez, le maillot jaune. Il commence son calvaire. La veille, en descendant de vélo, il a dit à un confrère colombien : « J’ai mal aux genoux ». Dimanche matin, les articulations n’en peuvent plus. En vingt kilomètres, le toubib lui fera quatre infiltrations.  L’homme est à bout. Finalement, juste avant d’attaquer l’horrible côte de la Morte, Rodriguez mettra les pouces. » [L’Équipe, 04.06.1984]

Ronaldo (BRE), footballeur : Commentaire du Dr Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport français depuis 1973 : « Autre ratage célèbre : le 12 juillet 1998, en passant à travers sa finale contre la France, l’attaquant brésilien Ronaldo, apparaît comme une énième victime des infiltrations. Souffrant des genoux depuis le début du mondial, le corps médical de la Selesao, lui faisait régulièrement des infiltrations pour pouvoir jouer malgré son handicap. On a vu le résultat les deux années suivantes. Peu de matches joués et surtout rupture partielle du tendon rotulien droit, une première fois en novembre 1999, et rupture totale quelques mois plus tard en avril 2000, blessure exceptionnelle chez un footballeur. Dans le cas de Ronaldo, ses genoux refusaient de jouer mais son entourage le voulait sur le terrain. Alors, on injecte et peu importe l’avenir immédiat ou à long terme des articulations et des tendons rétifs. » [Dr Jean-Pierre de Mondenard. – Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

 

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Le Brésilien Ronaldo dit Il Fenomeno

 

Guy Roux (FRA), entraîneur de l’AJ Auxerre de 1961 à 2005 : « Ce dernier confirmait en 1990 que la pratique des infiltrations était un leurre : « Philippe Vercruysse, Abedi Pelé, Dragan Stojkovic, ont payé les piqûres qui leur ont été faites pour pouvoir jouer en Coupe d’Europe. Ça ne pardonne pas. » [in « Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

Jean Wadoux (FRA), spécialiste des 1 500 et 5 000 m (34 sélections internationales entre 1962 et 1971), fut l’un des premiers athlètes à évoquer ce danger lorsqu’il se rendit compte il y a quatre ans (1971) que le mal empirait par la faute de la cortisone : « La cortisone possède des vertus anti-inflammatoires qui ne sont pas ignorées dans le domaine de l’athlétisme où il est arrivé fréquemment que l’on soigne les tendinites par une injection au niveau du tendon malade. Or, un médecin américain, le Dr Robert Kerlan, estime que beaucoup d’accidents sérieux se sont produits par la faute de la cortisone. Celle-ci, en apaisant les douleurs, peut donner à l’athlète la sensation que son tendon est guéri. Plus de mal. Reprise d’activité. C’est là que l’accident très grave peut intervenir parfois. » [L’Equipe, 15.05.1975]

 

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Terminologie

Dans le langage sportif, le terme corticoïde ou « cortico » est synonyme de glucocorticoïdes, lequel regroupe l’ensemble des hormones sécrétées par la zone moyenne dite fasciculée de la corticosurrénale (cortisone, hydrocortisone ou cortisol…), de leurs dérivés et, par extension, de leurs dérivés dits synthétiques car fabriqués par les laboratoires pharmaceutiques (prednisone, bétaméthasone, triamcinolone…). La zone réticulée la plus interne de la corticosurrénale sécrète des stéroïdes sexuels (synonymes de stéroïdes anabolisants), essentiellement et ce, chez l’homme comme chez la femme, une petite quantité d’androgènes dont la nature est différente de celle de la testostérone testiculaire. Si la surrénale sécrète à la fois des glucocorticoïdes et des stéroïdes anabolisants, elle sécrète aussi d’autres hormones : aldostérone (à la périphérie la plus externe de la glande), adrénaline et noradrénaline (par la partie centrale dite médullaire).

UCI – Huit jours de mise à pied obligatoire

Les corticostéroïdes, anti-inflammatoires efficaces, sont prohibés en pratique sportive pour leurs effets euphorisants et stimulants. Ils sont prescrits en médecine sportive pour soigner des problèmes de l’appareil locomoteur (tendinites…) Mais ils sont constamment voués à l’échec si, par exemple, on se fait injecter des corticos pendant une course par étapes et que l’on continue à pédaler. Puisque le geste de plier les genoux à l’infini va entretenir le mal.

Depuis juin 2011, l’Union cycliste internationale (UCI), a déjà réglementé cette situation en imposant un repos de quarante-huit heures après toute injection de ce genre, obligeant dans une course par étapes le coureur ayant subi ce type de traitement à abandonner. Le 11 février 2013, l’instance fédérale a durci sa réglementation en allongeant à huit jours la durée de l’arrêt de course après une injection de corticoïdes à des fins thérapeutiques. Le repos du geste douloureux étant le meilleur anti-inflammatoire, il est contraire à l’éthique médicale de pratiquer de telles injections au décours d’une épreuve cycliste notamment par étapes ainsi que dans les jours précédents une compétition sportive, quelque soit la spécialité et ce même si l’athlète est demandeur.

Pour une fois, l’UCI se préoccupe de la santé de ses licenciés…

Stéroïdes à contresens

 Dans la pharmacopée, il existe deux types de stéroïdes : les corticoïdes ou glucocorticoïdes et les stéroïdes anabolisants. En France, implicitement, le terme stéroïde est synonyme d’anabolisant. Afin de ne pas s’exposer à un contresens, cet amalgame mérite d’être dénoncé. Régulièrement, dans la presse, on constate la confusion entre glucocorticoïdes (cortisol, cortisone, …) et stéroïdes anabolisants (testostérone, nandrolone, stanozolol,…) qui sont tous les deux des stéroïdes. Les premiers sont des anti-inflammatoires puissants qui bloquent un processus général réactionnel de tout ou partie de l’organisme à une agression, qu’elle soit chimique, physique (tendinite), bactérienne (angine) ou virale alors que les stéroïdes anabolisants agissent sur la croissance des tissus d’où le terme anabolisant (ils construisent le corps). Donc, leurs effets sont diamétralement opposés. Ainsi, lorsqu’on parle de stéroïdes sans autre précision, on définit des groupes d’hormones (génitales et corticosurrénales) dont la formule chimique dérive de la famille des stérols qui sont formés à partir du cholestérol.

Dans le dopage, on distingue les glucocorticoïdes qui sont interdits uniquement en compétition et qui peuvent bénéficier d’une justification thérapeutique, les sanctions sont variables. De leur côté, les stéroïdes anabolisants dont le chef de file est la testostérone (hormone mâle) sont prohibés pendant et hors compétition avec des sanctions non modulables. Au final, lorsqu’on écrit stéroïdes sans précision, surtout à propos du dopage, on n’est pas très explicité sur la nature du produit. D’où l’intérêt de singulariser le stéroïde impliqué dans tel ou tel cas de sportif contrôlé positif. C’est comme lors d’un commentaire radiophonique de match de foot opposant l’OM au PSG si le journaliste parle des joueurs sans préciser à quel club ils appartiennent – en dehors des initiés – les auditeurs seront rapidement largués.

Punchline Dr de Mondenard

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N° 48

Y-a-t-il une différence entre prendre des amphétamines afin de stimuler le corps fatigué à aller plus loin et la méthode des infiltrations ? Aucune ! Dans les deux situations, on pousse l’organisme au-delà de ses aptitudes, qu’elles soient physiologiques ou mécaniques, on l’expose ainsi à des risques aggravés.