L’avantage pour tous les sportifs c’est que ces trois médocs de la performance ne sont pas référencés en toutes lettres dans la liste de l’Agence mondiale antidopage (AMA) mais qu’en plus ils ne sont pas détectables de façon formelle dans le cadre d’un test antidopage. Donc, aucun risque d’être testé positif et vilipendé pour ce faux-pas par une certaine presse toujours à l’affût de dénoncer alors qu’elle n’y connaît pas grand-chose.

Aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur le bicarbonate de sodium utilisé dans le sport de compétition depuis le milieu des années 1920, notamment par le nageur américain Johnny Weissmuller lauréat de cinq médailles d’or aux Jeux olympiques de 1924 et 1928.
Pourquoi le bicarbonate de sodium fait-il partie depuis si longtemps de la pharmacie haute performance des sportifs ?
A l’effort intense, il y a production d’acide lactique, une substance qui apparaît lors du déclenchement du système énergétique en l’absence d’oxygène dit ‘’anaérobie lactique’’. Lorsque l’activité musculaire dépasse un certain seuil d’intensité, cet acide pourrait provoquer des effets négatifs sur la gestuelle musculaire : crampes, jambes raides, douleurs musculaires dans les fesses, les cuisses, les lombaires, céphalées, sensations de sang dans la bouche…Sauf que la preuve de ces effets entravant la contraction musculaire n’ont jamais été démontrés. En contradiction avec cette explication de perturbateur musculaire, une maladie métabolique connue se manifeste par une absence d’augmentation de l’acide lactique à l’effort alors qu’au contraire les muscles souffrent de plus en plus. Quoi qu’il en soit, pour les partisans convaincus, consommer des alcalins (bicarbonate de sodium) dans l’environnement d’un entraînement ou d’une compétition c’est limiter l’élévation des lactates et, par ricochet, les douleurs musculaires.

Eclairons les lecteurs sur trois croyances erronées sur l’acide lactique colportées par des pseudo-experts
L’acide lactique, en l’absence d’oxygène, est produit par l’entremise du système anaérobie lactique, lequel permet au corps humain de créer de l’énergie rapidement grâce à la dégradation des sucres (glucose, glycogène) sans l’utilisation d’oxygène. Dès sa formation dans la cellule musculaire, l’acide lactique se dissocie en une molécule de lactate et un proton d’hydrogène (H+), ce qui signifie que l’acide lactique ne s’accumule jamais dans le muscle.

La biographie de Luc Leblanc, le champion du monde 1994 à Agrigente (Sicile) publiée en 2023 témoigne que l’acide lactique est un produit très mal connu par le peloton mais pas que ! L’acide lactique y figure à la rubrique détoxiner : « Après une étape où on a fourni beaucoup d’efforts et accumulé de l’acide lactique dans les muscles, on enfourche un home-trainer et on tourne les jambes en moulinant pour éliminer les toxines. » [Luc Leblanc. – Moi, Lucho. L’important c’est de rester vivant. – Paris, éd. Solar, 2023. – 296 p (p 287)]
Deux cents pages en amont, Leblanc avait déjà abordé le thème de comment détoxiner avec un home-trainer : « Maintenant, au lieu de récupérer autour de la table, je les vois remonter sur le vélo fixé à un home-trainer et pendant vingt minutes, ils tournent les jambes, à basse fréquence pour ‘’détoxiner’’. » [p 69]
Sur ce, un fidèle lecteur du blog m’a interpellé sur les fausses croyances accolées à l’acide lactique : « Pourriez-vous corriger les ‘’trois croyances erronées sur l’acide lactique’’ ? Que devons-nous savoir à la place ? » [S. Louis – contact blog le 12 juin 2023]
Trois éléments de réponse
- Le rôle principal de l’acide lactique est de participer à l’énergétique musculaire. Le lactate constitue une source d’énergie, c’est-à-dire que le corps peut l’utiliser comme carburant pour produire de l’énergie. Au repos son utilisation représente de 3 à 5% de l’énergie fournie et ce taux peut atteindre jusqu’à 10% pendant l’exercice.
- L’acide lactique ne s’accumule jamais dans le muscle puisqu’il se trouve dans le sang. A la suite d’un exercice intense, le niveau d’acidité qui a augmenté met environ 10 minutes à revenir à sa valeur de repos. Toutefois, 2 à 3 minutes de repos suffisent au muscle pour retrouver presque complètement sa capacité de performance après un exercice intense ayant provoqué son épuisement. Cette différence de durée minimise l’importance à accorder à la hausse du niveau d’acidité comme cause de fatigue dans une performance d’intensité élevée d’une durée de 20 secondes à 2 minutes.
- Enfin, ce n’est pas un déchet qui s’élimine par le foie, les urines ou autre. Lors d’un effort de récupération (home-trainer, footing…) après un entraînement ou une compétition, l’acide lactique est recyclé pour intervenir à nouveau et plus rapidement dans la production énergétique. On sait aussi que cet acide lactique n’est pas un déchet inutile comme souvent affirmé par les sportifs et leurs staffs sous-informés ; en effet, il peut être retransformé par le foie en glycogène, un carburant de l’effort de moyenne et longue durée.
Pourquoi aujourd’hui le bicarbonate de sodium fait-il partie des préoccupations des sportifs de haut-niveau et de leurs staffs ?
Il y a quatre ans, un laboratoire suédois basé à Göteborg a mis au point Maurten Bicarb System, un hydrogel comportant une association de glucides et de bicarbonate permettant une absorption de doses élevées tout en ne provoquant que peu d’effets négatifs sur la sphère digestive. Depuis, avec un grand battage médiatique relayé par des stars de la compétition sportive, notamment cycliste, le Bicard System fait l’objet d’une grande diffusion dans les enceintes athlétiques. D’où la question qui fâche : faut-il le considérer comme un dopant ? En tout cas, selon le concepteur suédois, le produit améliore les performances mais les échos des vestiaires notent quand même des contraintes digestives. Ces deux commentaires pour le moins rangent le bicarbonate de sodium sous l’étiquette de conduite dopante. Effectivement dans la vie courante (cinéma, courses au supermarché, etc.) en dehors des périodes d’entraînement et de compétition, le sportif ne consomme pas le Maurten Bicarb System.
Lecteurs passionnés par la physiologie de l’effort, pour vous faire une opinion plus pointue sur la question : dopant ou pas dopant, substance efficace ou sans effet sur le rendement athlétique, nous proposons la fiche du Dictionnaire du dopage consacrée au bicarbonate de sodium en tant que « médoc de la performance ».
En fichier joint : Dictionnaire du dopage : la fiche actualisée et enrichie sur les ALCALINS (bicarbonate de sodium)




























