Cyclisme – Tour de Lombardie : Tadej Pogacar prêt à dépasser la légende Fausto Coppi

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Ce 11 octobre se dispute la 119e édition du Tour de Lombardie, un Monument qui semble taillé sur mesure pour le Slovène Tadej Pogacar, véritable cannibale des temps modernes. Déjà vainqueur des quatre dernières éditions (2021 à 2024), il pourrait aujourd’hui réaliser un exploit historique.

S’il franchit la ligne d’arrivée à Bergame en vainqueur après les 241,5 km de course, Pogacar ne se contentera pas d’égaler Fausto Coppi — quintuple lauréat de la classique des feuilles mortes — mais il le surpassera : cinq victoires en cinq participations consécutives, là où Coppi avait dû attendre cinq ans (entre 1949 et 1954) pour décrocher son cinquième succès.

Une affiche colorée célébrant le cycliste Tadej Pogacar, surnommé 'Le Cannibale slovène', et indiquant qu'il pourrait surpasser Fausto Coppi, 'Le crack des années 1950'.

Au-delà du nombre de victoires, un autre facteur illustre l’écart entre les deux hommes : l’âge. Coppi avait 35 ans lors de son dernier triomphe en Lombardie ; Pogacar n’en a que 27.

Les deux champions partagent toutefois une même signature : l’art de s’isoler en tête pour l’emporter en solitaire, souvent après une échappée implacable. À ce sujet, le journaliste Pierre Chany écrivait à propos de Fausto Coppi :

« Lorsque Fausto Coppi quittait le peloton, cela signifiait que la course était terminée; terminée pour lui et pour les autres. Avec une ponctualité de fonctionnaire et selon un processus établi une fois pour toutes, il sortait du groupe et s’en allait par-delà les monts et les vallées cueillir la victoire, fut-elle éloignée de deux cents kilomètres. La formalité était devenue dérisoire d’apparence et cette immense dérision dura neuf années. Car il est rigoureusement vrai que Fausto Coppi, une fois évadé de la meute, ne fut jamais rejoint par ses poursuivants dans la période comprise entre 1946 et 1954, aussi vrai que le mètre-étalon déposé au Pavillon de Breteuil mesure cent centimètres. » [in « Arriva Coppi ou les rendez-vous du cyclisme ». – Paris, éd. La Table Ronde, 1960. – 259 p (p 151)]

D’après l’ouvrage Arriva Coppi, Coppi a remporté 53 courses en solitaire sans être revu par ses poursuivants. Certains écarts étaient démesurés : 14 minutes lors de Milan-Sanremo 1946, plus de 5 minutes en 1948, et 6’16 lors du Championnat du monde 1953 à Lugano. À l’inverse, Pogacar gère ses offensives avec une approche plus économe : ses écarts à l’arrivée varient entre 30 secondes et 2 minutes 30. Les spécialistes estiment que Coppi a parcouru environ 3 000 km seul en tête entre 1949 et 1954. Pogacar, lui, en est déjà à 50 victoires acquises loin devant ses adversaires — un total qui pourrait bientôt dépasser les 53 échappées gagnantes du « Héron », surnom donné à Coppi pour sa silhouette longiligne.

En cas de victoire ce samedi, Pogacar signerait son 5e Monument en Lombardie et porterait son total à 10 classiques majeures remportées, contre 9 pour Coppi. Et cela, en une carrière bien plus courte et toujours en cours. L’étape suivante ? Rejoindre, voire dépasser Eddy Merckx, le Cannibale belge. Pogi semble avancer avec calme et détermination vers cette ambition.

Dès 1952, Fausto Coppi reconnaissait que sa stratégie de longues échappées, bien que spectaculaire, était un excès. Cinq ans plus tard, il ira même jusqu’à dire que c’était la plus grande erreur de sa carrière.

Voici deux extraits d’interviews parus dans Le Miroir des Sports :

1952 – Un premier regret

Avez-vous des regrets concernant votre carrière ?
« Oui. Je me plains d’avoir toujours été obligé de donner l’impulsion à la course. Si j’avais couru comme beaucoup d’autres, en restant dans les roues, j’aurais préservé mes muscles. Gagner avec huit ou dix minutes d’avance, ce n’est pas raisonnable… Deux ou trois minutes auraient suffi.
» [Le Miroir des Sports, 1952, n° 335, 04 février, p 2]

1957 – Un aveu plus franc encore

Si vous deviez recommencer votre carrière, quelles erreurs éviteriez-vous ?
« Une seule : je ne referais plus ces interminables échappées du début de ma carrière. Gagner avec plusieurs minutes d’avance, c’est un effort insensé. L’essentiel, c’est de figurer au palmarès. »
[Le Miroir des Sports, 1957, n° 648, 26 août, p 17]

À la lumière de ces aveux, la méthode Pogacar paraît bien plus mesurée : une attaque tranchante, un écart raisonnable, puis une gestion intelligente dans les portions roulantes. Un modèle moins énergivore et peut-être plus durable.

Là où Coppi a brillé par la démesure, Pogacar incarne une forme de lucidité stratégique. Et c’est peut-être cela qui lui permettra non seulement de marquer son époque, mais aussi de la dominer encore longtemps.

Article et illustrations – copyright blog : dopagedemondenard.com

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