Doit-on retirer le titre de lauréat du Tour 2012 à Bradley Wiggins pour Autorisation d’usage thérapeutique (AUT) de complaisance . Explications

Par défaut

 

Il a reçu des injections de corticoïdes (triamcinolone) – substances prohibées par le Code mondial antidopage – au prétexte qu’il serait asthmatique.

En réalité, et classiquement, cette affection respiratoire chronique est traitée par des corticoïdes inhalés ou en comprimés et non par la triamcinolone injectable invoquée.

 

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Bradley Wiggins, vainqueur du Tour de France 2012

Des hackers russes ont piraté les fichiers de l’Agence mondiale antidopage (AMA) et publié les données de nombreux athlètes de premier plan ayant participé aux Jeux de Rio en août dernier. On apprend ainsi que sous couvert d’Autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT), ces sportifs pouvaient prendre des produits dopants en toute légalité. Rappelons que ce système a été mis en place au début des années 2000 afin que des athlètes ayant une affection plus ou moins chronique puissent se soigner avec des produits figurant dans la liste rouge dans la mesure où il n’existe aucun traitement alternatif efficace non prohibé.

Sauf que les AUT étant sous le contrôle des Fédérations (nationales et internationales) et de l’AMA – des instances qui n’ont jamais démontré qu’elles étaient réellement indépendantes – poussent à la triche. Pour cette raison, le cas de Bradley Wiggins dénoncé par un groupe de hackers, interpelle le médecin que je suis.

 

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L’Equipe, 18..2016

 

 Un traitement de l’asthme spécial Tour de France totalement inapproprié

Dans L’Equipe du 18 septembre, on apprend que Wiggo a reçu des injections d’un corticoïde interdit – la triamcinolone – pour traiter un asthme avant les Tours 2011, 2012 et le Giro 2013. Pour se justifier, le cycliste britannique explique que : « l’injection de triamcinolone est un traitement intramusculaire pour l’asthme approuvé par les autorités sportives » et qu’il avait une AUT pour ce motif.

Sauf que la triamcinolone en intramusculaire n’est pas le traitement de l’asthme  mais de la rhinite allergique  ainsi que de problèmes rhumatologiques ce qui bien sûr n’est pas la même chose.

Rappelons que l’asthme est lié au spasme, à la congestion et à l’hypersécrétion des bronches. Rien à voir avec l’inflammation de la muqueuse des fosses nasales.

Donc, la triamcinolone connue en France sous le nom de Kenacort retard® n’est pas le bon traitement de l’asthme ; en revanche ce corticoïde pris par voie intramusculaire est un dopant très prisé par le peloton cycliste mais malheureusement pour eux détectable depuis 1999 d’où les AUT qui fleurissent en nombre.

Autre étonnement, on apprend que ce traitement « antiasthmatique » n’a été autorisé que pour les Tours 2011, 2012 et le Giro 2013.

Si on comprend bien, Wiggo a été asthmatique à trois reprises et à chaque fois seulement pendant quelques semaines… avec des injections intramusculaires de triamcinolone surtout destinées à soigner… une rhinite allergique !

En lisant les points de vue de Jérôme Chiotti, David Millar et Philippe Gaumont, vous comprendrez, chers lecteurs, qu’il faut être vraiment naïf pour croire à cette fable. Et pourtant, l’UCI (Union cycliste internationale) et l’AMA (Agence mondiale antidopage) n’y ont vu que du feu.

Au final, se pose la question : doit-on retirer le maillot jaune de vainqueur du Tour 2012 à Bradley Wiggins ?

 Triamcinolone injectable : point de vue de trois consommateurs cyclistes qui confirment que c’est un produit dopant performant

 A – Jérôme Chiotti, cycliste professionnel de 1994 à 1997, passé aux aveux  en avril 2000

 

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Jérôme Chiotti

 

  1. « C’est trois jours avant Paris-Nice, en 1994, pour ma première année pro chez Catavana que je me suis injecté mon premier corticoïde, un Kenacort 80® (triamcinolone) retard. A ce moment-là, personne ne s’inquiétait de savoir si le coureur en avait vraiment besoin ou pas. » [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

2.  « Le Kenacort 80® (triamcinolone) je me l’étais procuré chez le pharmacien du coin. C’est un équipier qui me l’avait conseillé amicalement : « Si tu veux suivre gamin, c’est le minimum ». Cent pour cent de l’équipe fonctionnait aux « corticos », des néo-pros aux plus anciens. » [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

3.  «  J’ai acheté des seringues à insuline. Il faut un peu se contorsionner pour se piquer seul au bon endroit dans la fesse. Mais il suffit de l’avoir vu faire une fois pour se débrouiller. Comme il s’agit d’un médicament à effet retard, plus les journées passaient sur Paris-Nice, plus les charges de travail augmentaient et mieux je me sentais. » [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

4.  « Utilisé à des fins médicales, le Kenacort retard® (triamcinolone) est réputé être actif pendant trois semaines. C’est ce qui en fait « le » produit idéal pour le Tour de France.» [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

5.  « Il n’est pas conseillé d’en faire plus de deux par saison, sous risque de se « cramer ». J’ai vu des coureurs en faire six, voire sept, en pure perte. En ce qui me concerne, je m’étais injecté la moitié de la dose trois jours avant Paris-Nice, puis l’autre moitié en milieu de semaine. J’avais renouvelé l’expérience sur le Midi Libre. » [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

6.  « Les corticoïdes, ça file la pêche ; ça permet d’aller au-delà de ce qu’on peut faire. » [Aujourd’hui en France, 11.08.2000]

 B – David Millar, cycliste professionnel de 1997 à 2014, passé aux aveux en 2004

 

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David Millar

 

1.  Avant de tomber dans le cadre de l’affaire Cofidis, l’Ecossais David Millar avoue qu’il a lui-même obtenu une AUT pour un motif infondé : « Si tu voulais être dans le système, tu jouais et moi j’ai joué. J’utilisais de la Ventoline® (salbutamol). Je croyais que j’avais de l’asthme parce que j’avais des problèmes de bronchite mais depuis j’ai fait des tests et je n’ai rien. Comme tu crois que cela te donne un avantage, alors tu en prends. Maintenant, je n’ai plus rien dans mon carnet médical. » [Le Parisien, 04.10.2006]

2.  Tout n’est pas réglé non plus. On parle du retour des corticos… « Ça m’inquiète beaucoup. C’est tellement facile, les corticos (certaines voies d’administration de ces anti-inflammatoires sont autorisés, d’autres non). J’en ai pris. Et, pour moi, c’est ce qui faisait le plus de différence. Presque plus que l’ÉPO. »[L’Equipe Magazine, 2012, n° 1563, 30 juin, p 12]

3.  Pourquoi ? « Ça t’assèche. Aujourd’hui, c’est un miracle si j’arrive à descendre sous les 77 kilos. Une injection de Kenacort® (triamcinolone) et je suis à 75 après une semaine, dix jours ! Tu t’imagines le niveau de performance. Deux kilos à ce niveau-là, c’est énorme. Et en course, ça te rend plus fort. La première fois que j’en ai pris après la Vuelta 2001, c’était sur un chrono. J’avais tellement de force que tous mes tendons me faisaient mal. » [L’Equipe Magazine, 2012, n° 1563, 30 juin, p 12]

 C – Philippe Gaumont, cycliste professionnel de 1994 à 2004, passé aux aveux en 2004

 

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Philippe Gaumont

 

Témoignage de Philippe Gaumont, licencié de l’équipe Cofidis : « Il n’y a pas de produits masquants, seulement des « ordonnances masquantes ». Pour la cortisone ou les corticoïdes, il suffit d’avoir une bonne justification thérapeutique pour que les contrôles positifs deviennent négatifs. Voilà comment ça se passe : le médecin de l’équipe t’envoie voir un allergologue, c’est obligatoire. Celui-ci constate que tu es sensible aux acariens et te prescrit un spray. On avait la consigne à chaque fois de demander à tout prix du Nasacort® (triamcinolone acétonide). Pourquoi ? Car c’est un spray qui permet de masquer la cortisone. Quand on va au contrôle, on déclare qu’on est allergique aux acariens, qu’on a une prescription de Nasacort® et qu’on en a pris le matin par voie nasale. Et à côté, on a pu se faire tranquillement une injection de Kenacort® (produit interdit contenant lui aussi de la triamcinolone acétonide) car, au contrôle, on ne sait pas faire la différence entre le spray et l’injection.

Ensuite, le médecin t’envoie vers un dermatologue. Tu te grattes un peu les testicules avec du sel pour lui montrer que tu as des rougeurs et il te prescrit six mois de Diprosone® (bétaméthasone) en pommade. Comme ça, derrière tu peux te faire du Diprostène® (interdit, contenant lui aussi de la bétaméthasone) en injectable sans risquer non plus d’être positif. » [Le Monde, 15.03.2004]

 

 

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