Au final, un diagnostic de triche pas plus scientifique qu’une rumeur !
2e article
POINT de VUE
par Laurent Heurtois
Spécialiste datas et optimisation de la performance (ergonomie, biomécanique); a travaillé chez Wattbike France, un importateur d’ergomètre

Les ignorants persistent à ne parler que de watts (dans les compétitions amateurs et même sur les cyclos comme Paris-Nice ou l’Etape du Tour), ils n’ont que ça à la bouche du matin au soir.
Mais que faire de ces données aléatoires surtout si l’on n’est pas data scientist?
Même les commentateurs et consultants de France Télévisions s’y mettent en admettant du bout des lèvres qu’ils n’ont pas les compétences!
Jeter en pâture des chiffres, pour en déduire qu’untel est chargé, sans tenir compte :
- de ce que nous avons abordé dans un précédent article (publié le 11 juillet),
- du coureur caché derrière la voiture d’un directeur sportif pour bénéficier de l’aspiration,
- du bidon collé à répétitions qui fausse littéralement les données en temps
- ou encore, par exemple, Nairo Alexander Quintana Rojas (spécialiste de la triche), qui s’agrippe à une moto au Tour de France 2016 et 2022 et adepte du tramadol, un antalgique puissant qui lui a fait perdre sa 6e place finale du Tour 2022.
Et les gains marginaux ? Comment, également, ne pas tenir compte des gains marginaux (vélo, équipement, aérodynamisme,…) ?
Il n’y a rien d’étonnant à ce que les moyennes évoluent positivement et qu’il y ait moins d’abandons dans les étapes difficiles.
Toujours les watts ? Stop à cette pseudo-science égarant les naïfs sans culture scientifique
Arrêtons de parler des watts et W/kg surtout lorsque l’on ne connaît pas les subtilités physiologiques (poids du coureur et de son équipement, avec ou sans bidon au départ de la course et déshydratation durant l’épreuve…)
Comment indiquer des w/kg quand la presse donne souvent des chiffres erronés sur les poids des coureurs, poids qui peut varier de plusieurs kilos par rapport à la réalité! Les pseudos experts ne connaissent pas le poids réel au moment de leur calcul !

Autre exemple : un directeur sportif qui indique aux oreillettes de ses coureurs que la montée va se faire à tant de W/KG alors que ses propres coureurs n’ont pas du tout le même poids et le même objectif, et le plus désolant, c’est publié en direct à la télé, c’est totalement lunaire!
Par contre, tout le monde s’offusque lorsque des coureurs sont contrôlés en pleine nuit (il est vrai que des pratiques similaires de traque antidopage n’existent pas dans les autres disciplines), allant même – par un ancien coureur français impliqué dans des révélations – jusqu’à se poser la question de savoir si Jonas Vingegaard n’a pas chuté dans cette 15e étape du TDF 2026, à cause du contrôle antidopage nocturne un comble!
Ces contrôles antidopage ont été diligentés par l’International Testing Agency (ITA, fondée en 2018) et en partenariat avec l’UCI depuis 2020, pour, d’après les instances, des suspicions concordantes!
Seule la lutte antidopage – avec les noms des molécules détectées et pour celles qui ont un seuil de positivité leurs quantités trouvées dans les urines et/ou le sang – peut prouver qu’un athlète est dopé mais certainement pas les watts ou W/kg.
Laurent Heurtois
COMMENTAIRES Dr JPDM le 21 juillet 2026
Watts : méthode scientifique ou calculs-horoscope des pseudos s’exprimant sur le réseau social X ?
Les calculs de puissance d’un prof d’EPS (coach cycliste) et d’un ingénieur, publiés sur X, ne sont pas une preuve scientifique du dopage Ce sont des estimations biomécaniques dont la validité dépend de la précision des hypothèses, mais qui ne permettent pas, à elles seules, de conclure qu’un coureur est dopé.
La méthode repose sur des principes physiques réels. À partir de la vitesse, de la pente, de la longueur de l’ascension, du poids estimé du coureur et du vélo, de la résistance au roulement et de l’aérodynamique, le ‘’binôme des watts’’ estime la puissance développée. En ce sens, il ne s’agit pas d’inventer des watts « devant la télévision » : les calculs utilisent les lois de la mécanique.
En revanche, plusieurs limites importantes rendent les chiffres beaucoup moins percutants :
- le vent est souvent mal connu,
- le poids exact du coureur varie et est, le plus souvent faux,
- la position aérodynamique et la surface frontale sont estimées,
- l’aspiration derrière d’autres coureurs est difficile à modéliser,
- les données de puissance réellement mesurées par le capteur du coureur ne sont généralement pas disponibles.
Ces incertitudes peuvent modifier le résultat de plusieurs pourcents, ce qui est loin d’être négligeable lorsqu’on cherche à distinguer une performance « humaine » d’une performance « suspecte ». Des physiologistes et spécialistes de la performance ont contesté l’idée que ces calculs puissent servir de preuve individuelle de dopage.
Le point le plus controversé est l’utilisation de seuils (410 W, 430 W, 450 W. .. ) pour qualifier des performances de ‘’suspectes’’, ‘’miraculeuses’’ ou ‘’mutantes’’. Ces seuils ne sont pas reconnus comme des critères officiels par les instances antidopage telles que l’Agence mondiale antidopage (AMA) ou l’UCI.
En pratique, les calculs du ‘’binôme des watts’’ sont utiles comme outil d’analyse ou comme indice. Si une performance estimée est très supérieure à ce qui est habituellement observé, cela peut justifier de s’interroger.
En revanche, cela ne constitue pas une démonstration scientifique qu’un coureur soit dopé. Pour établir un dopage, il faut des preuves analytiques : contrôles biologiques, passeport biologique, analyses de laboratoire mais aussi aveux ou éléments d’enquête pouvant témoigner du dopage.
Pourquoi cela séduit quand même ?
Parce que ça donne l’illusion d’un savoir scientifique : ça flatte l’ego du pseudo (« moi je vois ce que les autres ne voient pas »), ça lui permet de lancer des accusations sans preuves, d’avoir le soutien, sur les réseaux, de milliers de followers au bagage scientifique nul, incapables de discerner le vrai du faux… sans lesquels il n’existerait pas.
C’est le dopage des ‘’experts du Bar des Sports’’ : tout pour l’effet, rien pour l’éthique, et zéro courage derrière car : « Je sais tout ce que prennent d’illicite les coureurs mais… je ne dis rien de concret, je crains les procès en diffamation.»
En réalité, ce qu’il sait sur les produits ne ferait pas avancer plus vite un escargot de compétition !
In fine, c’est le dopage-horoscope : spectaculaire, facile, sans responsabilité assumée.
POUR EN SAVOIR PLUS SUR LES WATTS – Blog JPDM – Tour de Fance – Watts : des comparaisons à la louche ! POINT de VUE Laurent Heurtois (1er article) – publié le 11 juillet 2026 – publié le 11 juillet 2026

Excellent article , merci Docteur .