Corticoïdes (suite) – Les infiltrations de corticoïdes dans l’environnement rapproché d’une compétition sportive, ce n’est pas de la thérapeutique mais jouer son va-tout pour la perf.

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Les conséquences peuvent être immédiates (retards de cicatrisation, ruptures spontanées de tendons, infections) ou décalées dans le temps. Au final, elles sont souvent handicapantes.

Infiltrations péri et intra-articulaires : les bavures

1971 –  ATHLÉTISME – Jean Wadoux (FRA), spécialiste des 1 500 et 5 000 m (34 sélections internationales entre 1962 et 1971 : « Le mal empirait par la faute de la cortisone »

 « En France, Jean Wadoux fut l’un des premiers athlètes à évoquer ce danger lorsqu’il se rendit compte il y a quatre ans (1971) que le mal empirait par la faute de la cortisone : « La cortisone possède des vertus anti-inflammatoires qui ne sont pas ignorées dans le domaine de l’athlétisme où il est arrivé fréquemment que l’on soigne les tendinites par une injection au niveau du tendon malade. Or, un médecin américain, le Dr Robert Kerlan, estime que beaucoup d’accidents sérieux se sont produits par la faute de la cortisone. Celle-ci, en apaisant les douleurs, peut donner à l’athlète la sensation que son tendon est guéri. Plus de mal. Reprise d’activité. C’est là que l’accident très grave peut intervenir parfois. » [L’Equipe, 15.05.1975]

 

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Le Français Jean Wadoux, spécialiste des 1500 et 5000 m

 

1976 – EFFET SECONDAIRE – La rupture spontanée

 « II faut se rappeler qu’un nombre d’effets locaux indésirables comme la nécrose du collagène peuvent survenir si l’on injecte fréquemment de la cortisone dans une articulation ou un tendon enflammé. Kennedy et Willis ont démontré dans leur expérience sur des animaux que des doses physiologiques de corticoïdes injectés directement dans un tendon sain peuvent l’affaiblir significativement jusqu’à plus de 14 jours après l’injection. En raison de cette constatation, ils mettent en garde leurs patients recevant des corticoïdes locaux de s’abstenir de toute activité musculaire pendant au moins deux semaines afin d’éviter une rupture spontanée des tendons. » [An. J. sports Med, 1976, 1, p 11]

1978 – MÉDECINE – Le déclin des infiltrations de corticoïdes

« Sur le plan local, les corticoïdes ont aussi des effets néfastes, rançon de leur pouvoir anti-inflammatoire. En particulier les infiltrations des lésions tendineuses représentent un danger réel, non seulement par le risque d’une injection intratendineuse mais aussi par le retard apport, à la prolifération des fibroblastes : les corticoïdes empêchent la cicatrisation des lésions et favorisent ultérieurement la rupture par nécrose tendineuse.  Ce fait, qui a reçu confirmation expérimentale chez l’animal, est particulièrement important au tendon d’Achille, au point que les tendinites achilléennes ne sauraient en aucun cas être traitées par injection locales de corticoïdes. Des faits analogues ont pu être considérés également comme facteurs favorisant des ruptures de la coiffe des muscles rotateurs de l’épaule, lorsque celle-ci est soumise à des infiltrations répétées de corticoïdes. »[Philippe Pointud et Georges Manigand. – Le déclin des infiltrations locales en rhumatologie. – Rev. Prat., 1978, 28, n° 1, p 39]

1980 – CYCLISME – Cyrille Guimard (FRA), cycliste professionnel de 1968 à 1976 puis    directeur sportif : « Au lieu des infiltrations on aurait dû m’obliger à abandonner »

« La grande erreur fut, pendant le Tour 1972, de me faire subir des infiltrations au lieu de m’obliger à abandonner car c’est dans les toutes dernières étapes que j’ai courues que se sont créées, au niveau des tendons, des lésions et des traumatismes irréversibles. » [in « Un vélo dans la tête » (avec Bernard Pascuito). – Paris, éd. Solar, 1980. – 192 p (p 146)]

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1981 – EFFET SECONDAIRE – Dr Don O’Donoghue (USA), médecin du sport :           « L’injection de corticoïdes intraveineuse y interrompt la circulation »

« Les tendons sont peu irrigués. L’injection de corticoïdes y interrompt la circulation sanguine, et les tissus meurent. Rien d’étonnant à ce que le tendon ne se déchire ensuite au premier effort. » [in « La médecine sportive. Prévention – entraînement – alimentation – soins » de Gabe Mirkin .- Montréal (CAN), les Éditions de l’Homme, 1981 .- 322 p (p 296)]

1984 – CYCLISME – Pacho Rodriguez (COL), cycliste professionnel de 1984 à 1988 :             « En vingt kilomètres le toubib lui fera quatre infiltrations »

 Lors de la course par étapes le Dauphiné Libéré, le Colombien Pacho Rodriguez est en conflit avec ses genoux. Le journal L’Équipe témoigne : « Col de Rousset – Traversée de Grenoble, la radio de la course lance le message suivant : Le 101 réclame le médecin. Le 101 c’est Pacho Rodriguez, le maillot jaune. Il commence son calvaire. La veille, en descendant de vélo, il a dit à un confrère colombien : « J’ai mal aux genoux ». Dimanche matin, les articulations n’en peuvent plus. En vingt kilomètres, le toubib lui fera quatre infiltrations.[NDLR : d’anesthésiques]L’homme est à bout. Finalement, juste avant d’attaquer l’horrible côte de la Morte, Rodriguez mettra les pouces. » [L’Équipe, 04.06.1984]

 

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Le cycliste colombien Pacho Rodriguez

 

1985 – EFFET SECONDAIRE – Peuvent entraîner des ruptures tendineuses

« II a été prouvé expérimentalement que les corticoïdes modifiaient le métabolisme et la structure de la fibre de collagène, entraînant une fragilité accrue aux contraintes mécaniques / .. ./  Il faut proscrire des infiltrations locales de corticoïdes qui accélèrent le processus dégénératif et peuvent entraîner des ruptures. »[Pr François Bonnel .- Panorama du Médecin, 16.04.1985]

 1986 – Armée: mort pour une contracture du mollet

 « Denis Merle, élève sous-officier à L’ENSOA de Saint-MaixentS (Deux-Sèvres), avait subi à l’infirmerie de la caserne, une infiltration d’anesthésique et de décontracturant musculaire pour une simple déchirure du mollet. Deux heures plus tard, il était découvert dans le coma. Et c’est plus d’une heure après que l’armée confiait Denis au Samu.

Le lendemain, à quatorze heures, les médecins décidaient de débrancher les appareils de réanimation et constataient le décès (… ). Les causes de cette mort risquent de n’être jamais établies avec certitude. A Saint-Maixent, la vie ordinaire  d’un élève sous-officier, c’est avant tout un entraînement physique de haut niveau, mené tambour battant. Après trois mois d’entraînement et de sélection tout allait bien, si ce n’est une légère douleur dans le mollet, ressentie après des séances physiques difficiles (…). Le lundi 6 janvier, vers neuf heures trente, Denis Merle se rend à l’infirmerie à cause de sa douleur dans le mollet. Là, le médecin capitaine Luciano lui fait une infiltration de Xylocaïne®, un anesthésique local, et de Coltramyl®, un décontracturant musculaire dérivé de la Colchicine, au niveau des vertèbres lombaires et une injection du même type au niveau de la zone douloureuse. Aussitôt après, Denis rejoignit sa chambrée où il s’allongea seul. Vers onze heures trente, ses camarades de promotion le découvrent sur son lit en chien de fusil, il ne peut plus parler, a les yeux révulsés et de l’écume aux lèvres. Transporté à l’infirmerie, on lui fait une injection de calmant en intraveineuse et une autre de Coltramyl®. Peu après, le jeune militaire fait un arrêt cardiaque (…). Evacué par le Samu vers le service de réanimation de l’hôpital de Niort, le premier électroencéphalogramme crache son verdict: désespérément plat. Il ne variera plus. » [Libération, 11 .03.1987]

1987 – EFFET SECONDAIRE – Sensation de flush facial après une injection intra-            articulaire

« Un groupe d’une centaine de patients ont été traités par une injection intra- articulaire de 40 mg d’acétonide de triamcinolone dans le genou. Quarante d’entre eux ont ressenti un flush facial qui a été important chez quinze sujets, en moyenne dix neuf heures après l’injection, sensation qui s’est prolongée trente six heures. Dans ce groupe, cette réaction a été plus fréquente chez les femmes. » [Br. Med. J., 1987,295, p 1380]

1987 –  FOOTBALL – Diego Maradona (ARG) : augmentent le tour de taille

 « J’en ai marre de tous ces gens qui me manquent de respect. » Diego Maradona est passé, en quelques mois, de 73,5 kg à 78,5 kg et fait de  plus en plus « petit gros ».« C’est surtout à cause de tous les corticoïdes que j’ai pris pour soigner ma cheville et calmer la douleur » affirme t-il. L’Argentin de Naples se rendra dès cette semaine à la villa Eden de Merano, près de la frontière autrichienne (au nord de l’Italie) pour suivre une cure d’amaigrissement.[Le Sport, 14.10.1987]

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1988 – ATHLÉTISME – 11 infiltrations par le staff médical de l’équipe de France…

 « De nombreux exemples confirment que la pratique des infiltrations est régulièrement vouée à l’échec. Ainsi, ce hurdler français victime de problèmes aux adducteurs ayant subi ONZE infiltrations par le staff médical tricolore et qui doit stopper en demi-finale olympique en 1988. Il doit attendre plusieurs mois avant de fouler à nouveau les pistes. » [Dr Jean-Pierre de Mondenard (FRA), médecin du sport depuis 1973 in « Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

 1989 – EFFET SECONDAIRE – Jamais sur un genou arthrosique sec

« Elles sont utilisées dans les tendinites (celles de la patte d’oie est la plus courante) et dans la pathologie articulaire si, et seulement s’il existe un épanchement articulaire. Un genou arthrosique sec ne doit pas être infiltré. Les douleurs proviennent alors sans doute de l’usure des cartilages et pas d’une réaction inflammatoire synoviale. Il ne faut pas oublier que les cortisoniques intra-articulaires tuent les chrondroblastes et les chondrocytes et peuvent ainsi participer à la détérioration du genou. » [Symptômes, n° 47, 07.09.1989, sup. au n° 4359 du Quotidien du Médecin]

1990 – FOOTBALL – Guy Roux (FRA), entraîneur de l’AJ Auxerre de 1961 à 2005 : « Ça ne pardonne pas »

 « Ce dernier confirmait en 1990 que la pratique des infiltrations était un leurre : « Philippe Vercruysse, Abedi Pelé, Dragan Stojkovic, ont payé les piqûres qui leur ont été faites pour pouvoir jouer en Coupe d’Europe. Ça ne pardonne pas. » [in « Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

2000 – FOOTBALL – Ronaldo (BRE) : un ratage célèbre

Commentaire du Dr Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport français depuis 1973 : « Autre ratage célèbre : le 12 juillet 1998, en passant à travers sa finale contre la France, l’attaquant brésilien Ronaldo, apparaît comme une énième victime des infiltrations. Souffrant des genoux depuis le début du mondial, le corps médical de la Selesao, lui faisait régulièrement des infiltrations pour pouvoir jouer malgré son handicap. On a vu le résultat les deux années suivantes. Peu de matches joués et surtout rupture partielle du tendon rotulien droit, une première fois en novembre 1999, et rupture totale quelques mois plus tard en avril 2000, blessure exceptionnelle chez un footballeur. Dans le cas de Ronaldo, ses genoux refusaient de jouer mais son entourage le voulait sur le terrain. Alors, on injecte et peu importe l’avenir immédiat ou à long terme des articulations et des tendons rétifs. » [Dr Jean-Pierre de Mondenard. – Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

 2012 – GYMNASTIQUE – Laurent Guezelec (FRA), entraîneur national des gymnastes     hommes : « On sait que ce n’est pas bon pour les tendons »

« Danny Rodriguez souffre d’une fissure du biceps brachial depuis deux ans (il avait été opéré en janvier 2010), on savait que ça pouvait arriver, admet le coach. Soit on réparait l’épaule et il n’allait pas aux Jeux, soit on la soignait avec des infiltrations dont on sait que ce n’est pas bon pour les tendons. C’était un pari que le gymnaste et l’encadrement avaient accepté en conscience. » (épilogue : rupture du tendon du biceps et forfait pour les Jeux olympiques de Londres) [L’Équipe, 28.06.2012]

2015 – FOOTBALL – Clément Grenier (FRA), professionnel depuis 2008 : un staphylocoque en prime

« En fait, la vraie problématique reste ce staphylocoque (bactérie contractée lors d’une infiltration effectuée il y a un an) qui me gêne encore. Un muscle, un os, on arrive à trouver des solutions pour le guérir : là, non. » [L’Equipe, 06.03.2015]

 

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Le footballeur français Clément Grenier

 

 

 

 

 

 

 

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