Voile, courses au large, drogues de la performance (suite)

Par défaut

Les affaires de dopage dans le milieu de la voile sont peu nombreuses, les tests pour épingler les fraudeurs étant rares et inefficaces car réalisés à l’arrivée des courses où tous les skippers se sont organisés pour être négatifs à ce moment-là. En réalité, il faudrait effectuer des contrôles en cours d’épreuve (impossible en pleine mer) et de façon inopinée le reste de l’année. stop-voile

 Principales affaires (extraits de presse)

 1968  – VITAMINES – Bernard Moitessier (FRA) : un tube de vitamine C pour un tour du monde

Le Français Bernard Moitessier, lors de son tour du monde en solitaire sans escale, raconte dans son ouvrage La Longue Route : « J’ai consommé un tube de vingt comprimés de vitamine C pour tout le voyage (10 mois) et un comprimé par jour de Pentavit Fort® Midy (vit. B) à partir du troisième mois jusqu’à l’arrivée. » [Moitessier B. .- La longue route .- Paris, éd. Arthaud, 1971 .- 315 p (p 299)]

1976  – ÉPHÉDRINE – Lorne Leibel (CAN) : premier régatier olympique positif

 Un concurrent canadien des épreuves de yachting a été testé positif à la phénylpropanolamine au contrôle olympique.

 1982 – RÉGLEMENTATION – Route du Rhum : une question de vie ou de mort

 « Madame Catherine Defoligny, médecin chef du ministère des Sports, me citait (Germain Simon, président de la FFC) dernièrement une anecdote qui prouve bien qu’il y a une limite aux contrôles : avant le départ de la Route du Rhum, la fédération de voile internationale avait décidé de procéder à des contrôles. Il est évident que les participants s’y sont opposés en faisant valoir que, de deux choses l’une, ou on leur demandait de disputer une course en solitaire, auquel cas ils se devaient de rester éveillés s’ils étaient pris dans une tempête et que si la tempête durait plusieurs jours, tous seraient positifs à l’arrivée, c’était tout simplement une question de vie ou de mort… ils avaient à choisir ! » [Sprint International, 1982, n° 21, p 8]

 

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Dr Catherine Defoligny

 

1986  – ACIDES AMINÉS (phénylalanine) et BHT – Dr Marc Guérin (FRA) : usage parfaitement licite pour lutter contre le sommeil

Commentaires du Dr Marc Guérin, médecin du sport : « Les trois skippers interviewés (Philippe Poupon, François Boucher, Eric Loizeau) et partants pour la Course du Rhum 1986 ont renoncé au café jusqu’au départ de la course pour conserver toutes les facultés excitomotrices de cette boisson.  Sans tomber dans l’usage des amphétamines, je constate qu’il existe de nombreuses substances appartenant à notre alimentation quotidienne, dont l’usage est parfaitement licité, et dont l’effet sur la diminution de la sensation de sommeil est bien connu. Exemple : la phénylalanine, un acide aminé existant dans des aliments comme la viande, le fromage ou les sucres de régime à base d’aspartam, du type Canderel® vendu en pharmacie et dans les magasins diététiques.

Autre exemple : le butylhydroxytoluène, alias BHT (nom de code : E 321), conservateur alimentaire utilisé surtout dans les purées en flocons, et dont les doses journalières admissibles fixées par les instances médicales sont largement suffisantes pour réduire le temps de sommeil. » [Guérin M. .- Les dégâts de la marine .- Lui, 1986, n° 274, novembre, p 38]

1986 – STIMULANT (Ordinator®) – Eric Tabarly (FRA) : dans le tiroir « vitamines-reconstituants » en quantité suffisante pour tous les équipiers

Catherine Chabaud est la première femme à avoir accompli un tour du monde en solitaire et sans escale dans le Vendée Globe 1996. En 2016, elle est nommée Déléguée à la mer et au littoral par Ségolène Royal, ministre de la l’Environnement, de l’Energie et de la Mer. En 1986, la navigatrice est une jeune journaliste (23 ans). Le 17 juin de cette année, elle signe un article pour la Tribune médicale sur la course autour du monde par équipages. La native de Bron détaille la pharmacie de « Côte d’Or », l’un des bateaux concurrents barré par Eric Tabarly. On trouve onze tiroirs à médicaments pour soigner différentes pathologies (digestives, cardiovasculaires, ORL, pulmonaires, etc.). Le 6e tiroir intitulé Vitamines-reconstituants contient des polyvitamines (Alvityl®) et l’Ordinator® (fénozolone), qui n’a rien à voir avec un reconstituant puisque son action principale consiste à stimuler le système nerveux central.

 

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La navigatrice Catherine Chabaud

 

Ce médicament mis sur le marché en 1967 et retiré de la vente en pharmacie en 1997, est un booster de vigilance. La quantité de comprimés d’Ordinator® indiquée par Catherine Chabaud n’est pas anecdotique. Pour un équipage de quinze personnes, sont embarquées 20 boîtes de 30 comprimés chacune, soit un total de 600, ce qui équivaut en moyenne à 40 unités pour chacun des membres de « Côte d’Or ».

 POST-IT : la fénozolone (Ordinator®)

Mis sur le marché (MSM) en 1967

Retiré (RDM) en 1997

Liste Fédération française de cyclisme : en liste rouge de 1973 à 1998

Liste ministère des Sports : de 1978 à 1998

Liste Union cycliste internationale (UCI) : non mentionnée de 1966 à 2003 mais interdit car assimilée aux apparentés

Liste Comité international olympique (CIO) : non mentionnée de 1968 à 2003 (idem qu’UCI)

Liste Agence mondiale antidopage (AMA) : non listée depuis 2004 (arrêt officiel de commercialisation en 1997)

Dictionnaire Vidal : mise en garde aux sportifs de 1989 à 1997

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1987  – EFFETS SECONDAIRES – Florence Arthaud (FRA) : « Des hallucinations suspectes »

 – On dit que certains navigateurs ont des hallucinations. Ils voient, sur le pont de leur bateau, des vaches, une voiture…

« Je crois que ces navigateurs doivent prendre un peu trop de remontants pour tenir le coup physiquement. Moi, je n’ai jamais vu de vaches ! » [Propos recueillis par Béatrice Fontanel, Paris Match, 30.01.1987]

 

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La navigatrice Florence Arthaud

 

1989 –  RÉGLEMENTATION – Solitaire du Figaro : 1ers contrôles antidopage… tous négatifs

 1 – « A l’arrivée à La Trinité-sur-Mer, les quatre premiers de l’étape, ainsi qu’un concurrent tiré au sort, en l’occurrence Reginald Pressard ( ?) , ont été contraints à se soumettre à un contrôle antidopage. C’est la direction technique de la fédération française de voile qui a pris l’initiative de cette opération, la première qui ait jamais eu lieu dans le domaine de la voile, à l’exception des Jeux olympiques. Notre journal est connu pour les campagnes très fermes qu’il mène en permanence sur ce problème. Dès Perros-Guirec, le docteur Jean-Yves Chauve, médecin de la course, avait attiré l’attention des concurrents sur cette question et leur avait remis une liste de produits interdits. Le Figaro ne peut qu’approuver une vérification qui, nous en sommes persuadés, lavera les navigateurs de tout soupçon. Le choix d’un tel contrôle souligne, d’autre part, l’importance prise dans le domaine de la voile par la Solitaire du Figaro. » [Le Figaro, 16.08.1989]

2 – « A l’arrivée de la Solitaire du Figaro, la Fédération française de voile avait fait effectuer un contrôle antidopage sur les quatre premiers de l’étape ainsi que sur un concurrent tiré au sort, en l’occurrence Yves Pagès, un cardiologue brestois. Les analyses ont toutes aboutit à un résultat négatif. » [Le Figaro, 19.12.1989]

3 – Le « sage » petit jus des solitaires – « Les concurrents le savent : en quinze jours de course, les courtes escales ne leur ont accordé en tout qu’une cinquantaine d’heures de sommeil, parfois moins pour les derniers arrivés. La presque totalité d’entre eux sont arrivés à Perros-Guirec déjà fatigués par une année de travail : la Solitaire, ils la courent pendant leurs vacances. Mais, le plus souvent, il leur faudra près d’un mois pour chasser complètement l’immense fatigue accumulée en près de trois semaines de course implacable. Aux escales, ne croyant pas qu’un organisme humain puisse résister aussi longtemps sans sommeil, les gens interrogent les solitaires : quelle drogue miracle prennent -ils donc ? Les concurrents se taisent. Certains, les plus faibles, les moins entraînés, les nouveaux parfois, font effectivement appel aux stimulants pharmaceutiques, aux poudres plus ou moins interdites. Feux d’artifice dangereux ! Le dopé s’effondre plus vite encore, incapable de tenir le choc aussi longtemps. Les effets secondaires sont multiples : on a vu en 1988 un concurrent ne pas dormir pendant quarante-huit heures mais aussi ne pas boire, ni manger… La plupart des solitaires se contentent plus sagement de café, de vitamine C.

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Café et vitamine C, les deux seuls  »dopants » des navigateurs…

 Parfois de rien d’autre que d’aliments concentrés ou énergétiques. De mémoire de concurrent, aucun n’a jamais pu gagner la Solitaire du Figaro en se droguant. Non, le véritable doping de ces grands solitaires qui mènent la course, c’est leur extraordinaire énergie, une ténacité, un courage et une passion de vaincre si puissants qu’ils les soutiennent au-delà des forces humaines habituelles. Leur victoire, au bout de tant d’efforts, c’est la lutte gagnée contre les autres mais aussi sur eux-mêmes. » [Réale A. et Vigouroux Th. .- La « Solitaire du Figaro ». – Versailles (78), éd. les 7 Vents, 1989. – 208 p (p 152)]

4 – Solitaire du Figaro : incompatible avec le dopage ! – « Officiellement, les coureurs ne boivent que du café. Certains, d’ailleurs, s’en privent le reste de l’année pour que son effet soit efficace pendant la course. Il est indéniable que des coureurs font appel à d’autres excitants mais ils n’apparaissent pas aux places d’honneur de la Solitaire du Figaro car le rythme de cette course n’est pas compatible avec la pratique du dopage. En effet, si, à l’issue de la première étape, on rencontre parfois des concurrents très volubiles qui n’ont pas envie de dormir (signes extérieurs qui ne trompent pas), ils accusent l’inévitable contrecoup lors des étapes suivantes. Après une place honorable au début, ils arrivent avec dix à vingt heures de retard, le temps payé au sommeil qu’ils n’ont pu vaincre. Se doper sur une étape, à la rigueur deux, est possible, pas pendant quatre actes dont on ne sait jamais au départ quelle en sera la durée.

Depuis 1989, avec l’accusé-réception de leur engagement, les coureurs reçoivent la liste des produits prohibés par les autorités sportives avec l’avertissement d’un possible contrôle médical aux escales, après tirage au sort ou si le comportement d’un coureur laisse penser qu’il a fait usage de produits interdits. » [Réale A. et Vigouroux Th. .- La « Solitaire du Figaro ». – Versailles (78), éd. les 7 Vents, 1989. – 208 p (pp 167-168)]

1990  – CAFÉINE – Titouan Lamazou (FRA) : 30 tasses par jour pour vaincre le Globe      Challenge

 « Titouan Lamazou a d’autant plus apprécié le champagne du vainqueur, que, tout au long de la course, ils ‘est imposé une règle spartiate. Pour s’y préparer, avant son départ, il a passé au CHU de Bordeaux des nuits sous électrodes, pour calculer son rythme de sommeil : « J’étais programmé pour manger et dormir régulièrement. Ce n’est que lorsque Jean-Luc Van den Hedde et Loïck Peyron me talonnaient que j’ai débloqué et laissé tomber ma discipline de vie. Huit jours durant, j’ai cessé de m’alimenter et j’avalais trente cafés par jour. Quand on est en tête, on ne souffre pas physiquement. » [VSD, 1990, n° 655, 22 au 28 mars, p 66]

 

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Le navigateur Titouan Lamazou

 

1992  – CONTRÔLE DE FÉMINITÉ – Florence Lebrun (FRA) : même les mères de famille

« Un mois après avoir donné naissance à un fils, les médecins du Comité olympique français m’ont obligé à passer des tests pour prouver ma féminité. » (Florence Lebrun, navigatrice française). [Sport Magazine, 06.08.1992]

1992  – MODAFINIL – Damien Davenne (FRA) : expérimenté chez les navigateurs

Interview du neurophysiologiste Damien Davenne, enseignant et chercheur au Laboratoire d’études et de recherches sur la performance sportive (LERPS) de Dijon : « S. & V. : Ces derniers temps, on a évoqué une molécule anti-sommeil, le modafinil. Qu’en penser ?

Damien Davenne – Ce produit ne se trouve pas encore disponible sur le marché ; on l’a testé chez l’animal et expérimenté sur les navigateurs, ou encore dans l’armée et auprès des pilotes de l’aérospatiale. Cette substance semblerait plus efficace que d’autres dotées d’une action analogue, comme les amphétamines, pourtant encore très utilisées sur la « Solitaire du Figaro » par exemple. Pourquoi cette supériorité ? Elle n’induirait aucun effet rebond. Le conditionnel reste cependant de rigueur, car on n’en connaît pas les effets à long terme, ni en prise régulière ni en prise occasionnelle. On sait qu’elle constitue un très bon médicament pour les sujets souffrant d’hypersomnie. Mais je ne pense pas qu’il s’agisse de l’idéal pour les martins. Ils possèdent en eux-mêmes, de toue façon, assez de ressources pour gérer au mieux ce problème. Et on commence à savoir comment faire… » [Riché D. .- Damien Davenne, neurophysiologique : « Il y a des sportifs du matin et des sportifs du soir » .- Sport et Vie, 1992, n° 11, mars-avril pp 56-57 (p 57)]

 

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Une boîte de Modafinil

 

1994  – CAFÉINE – Olivier Joly (FRA) : résultats discrètement enterrés

Récit du journaliste Olivier Joly : « Médecin des skippers, Jean-Yves Chauve s’est fait une spécialité d’assistance médicale en course. Avant le départ d’une épreuve très exigeante, il fait le point sur la question du dopage dans la voile.

Si je vous dis qu’un grand skipper aurait été contrôlé positif à la caféine, il y a quatre ans, mais les résultats discrètement enterrés…

– Un contrôle positif à la caféine est quantitatif. Le café est un excitant admis. Le problème est qu’il ne faut pas dépasser une certaine dose. Il est effectif, peut-être qu’un coureur a dépassé cette dose. J’en ai entendu parler. Ensuite, la législation s’applique ou ne s’applique pas.

Était-ce du dopage ?

– Légalement oui, Mais ça n’a pas été officialisé. » [Le Journal du Dimanche, 02.08.1998]

 NDLR : La caféine, un psychostimulant efficace, a été prohibée par les instances antidopage de 1982 à 2003 inclus

 1994  – RÉGLEMENTATION – Route du Rhum : 1ers contrôles

« Pointe-À-Pitre – Pour la première fois dans l’histoire de la Route du Rhum, un contrôle antidopage a été effectué à l’arrivée sur Laurent Bourgnon et sur Paul Vatine, et le sera sur le skippeur qui finira en troisième position. C’est à la demande de la Fédération française de voile que le ministère de la Jeunesse et des Sports a délégué un médecin pour procéder à ce contrôle, dont les résultats seront connus d’ici une quinzaine de jours. Une procédure qui n’a cependant rien d’exceptionnelle, les concurrents de la Solitaire du Figaro ayant subi ce type de contrôle à plusieurs reprises, toujours négativement. » [L’Équipe, 22.11.1994]

 1995  – STATISTIQUES – Solitaire du Figaro : tous négatifs depuis 1989

 « Huit contrôles antidopage ont été effectués dans la nuit d’arrivée, concernant les huit premiers. Depuis 1989, date des premières vérifications, aucun marin n’a été contrôlé positif. » [Le Figaro, 12.08.1995]

1995  – CANNABIS – Sanctions : il faut harmoniser

« Les navigateurs ne dédaigneraient pas non plus tirer sur le joint : c’est au tour de la Fédération française de voile, selon France Info, de dévoiler dans ses rangs plusieurs cas de consommation de cannabis. Six compétiteurs dont deux véliplanchistes, trois équipiers de match racing et un coureur de dériveur olympique ont fait l’objet d’un contrôle positif. De son côté, le président du Comité national olympique et sportif français, Henri Sérandour, regrette l’amalgame entre drogue et dopage. « On ne peut pas parler de dopage mais d’utilisation de produit interdit » a-t-il déclaré hier, tout en affirmant que les athlètes consommateurs de cannabis « doivent être pénalisés » Il prévoit que la réunion de mardi avec le ministre des Sports Guy Drut et la Commission nationale de lutte contre le dopage débouche sur une harmonisation des sanctions. » [Le Parisien, 25.01.1996]

2000  – RÉGLEMENTATION – Coupe de l’America : les contrôles sont trop compliqués à mettre en œuvre…

 Récit des journalistes Florence de Changy et Patricia Jolly : « Les règlements internationaux devraient s’appliquer à l’épreuve mais les organisateurs affirment que la logistique nécessaire est trop lourde à installer et soutiennent que le bénéfice des pratiques illicites serait « négligeable sur le résultat d’ensemble d’une équipe ». « La Coupe de l’America est une épreuve sportive alliant haute technologie et tradition » , martèlent ses inconditionnels et ses organisateurs. En matière de lutte contre le dopage, toutefois, l’option du charme suranné l’emporte clairement sur celle du progrès. A Auckland (Nouvelle-Zélande), depuis le début de la Coupe Louis-Vuitton, épreuve éliminatoire, le 18 octobre 1999, aucun participant n’a été soumis au moindre contrôle. L’Association des 11 Challengers (ACCA) y avait pourtant souscrit le 14 octobre 1999 « à la quasi-unanimité », à partir des demi-finales de la compétition, avant d’être « découragée » le 8 décembre, par un courrier signé du président de l’ACCA, Dyer Jones.

 

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Le président de la Coupe de l’America Dyers Jones

 

Il y arguait de la « confusion » du code olympique antidopage, à l’heure de sa refonte par « l’Agence mondiale de lutte contre le dopage récemment créée ». La Fédération internationale de voile (ISAF) – qui régit toutes les compétitions mondiales – aurait pu agir, en s’appuyant sur le règlement déjà existant, comme le font les autres fédérations « olympiques ». Mais Paul Henderson, son président canadien, également membre de la commission antidopage du CIO, s’y est refusé : « Ce domaine est en chantier total. Quand le Comité international olympique, les Fédérations internationales et les gouvernements décideront quand et où les procédures seront effectuées, une action s’ensuivra. Il est impossible de mettre en place un système avant qu’il soit défini. »

Cette position a permis à l’ACCA (contre l’avis du Défi français) et à l’organisation de la Coupe de l’America composée du defender (Team New Zealand) et du challenger de référence (Le New York Yacht Club) de s’épargner des dépenses supplémentaires. « Le dopage n’est pas un problème, déclarait Peter Blake mi-janvier, et les contrôles sont trop compliqués. Nous n’avons pas les structures. » Les échantillons prélevés n’auraient, en effet, pu être analysés qu’à Sydney (Australie), au laboratoire le plus proche accrédité par le CIO, situé à 3 heures d’avion d’Auckland. « Les bénéfices [du dopage] seraient négligeables sur le résultat d’ensemble d’une équipe », a renchéri Sean Reeves, l’avocat de Team New Zealand.

L’article 5 des règles de course de voile a donc prévalu, évacuant pudiquement la question : « Un compétiteur ne doit ni absorber une substance ni utiliser une méthode interdite (…) Une brèche supposée à cette règle ne devra pas être sujette à une protestation ». Drapé dans sa dignité, le petit milieu de la Coupe de l’America réfute la pensée même d’une possible entorse à son corde d’honneur et évoque la « complexité » des mesures de contrôle. Les protagonistes de l’épreuve sont pourtant issus en majorité de la voile olympique, rompue aux procédures antidopage. Mais l’idée que la voile, sport de « penseur », exige plus de sens stratégique et tactique que de muscles est bien ancrée. Le gabarit de certains wincheurs la met cependant à mal. Selon le quotidien néo-zélandais The new Zealand Herald, Johnathan Macbeth, préposé remplaçant au « moulin à café » kiwi, aurait pris 24 kilos de muscles pour cette campagne. Craig Monk, titulaire au même poste et médaillé de bronze en Finn aux Jeux olympiques d’Atlanta (1996) en aurait pris 16. Ben Sheehan, un culturiste qui préside à la préparation physique de Team New Zealand depuis un an et demi, explique : « Craig était gros et gras, je lui ai surtout appris à mieux se nourrir. »

Le résultat est impressionnant mais l’intéressé admet avoir eu recours à la créatine tout en jurant que lui et son équipe ne prennent « rien d’interdit ». L’entraîneur grimace. La controverse autour de ce produit – interdit en France mais en vente libre en Nouvelle-Zélande comme en Italie – lui paraît infondée. « Tous n’ont pas besoin de créatine », conclut-il. Les membres du défi italien Prada Challenge n’ont pas non plus échappé à la transformation physique due au régime de renforcement musculaire concocté par Umberto Panerai, ex-gardien international de water-polo, médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Montréal (1976). Ils utilisent des « suppléments alimentaires », mais pas de créatine « qui a mauvaise réputation ». Tout traitement médical est prescrit par le seul médecin de l’équipe. Malgré tout, les navigants de la Coupe de l’America sont soumis à la juridiction de leur fédération nationale. Contrairement à d’autres, les membres du Défi français ne l’ont pas oublié. La Fédération française de voile (FFV) a été dûment informée des traitements médicaux administrés au sein de l’équipe. Quelques adeptes du cannabis y auraient renoncé ; en août 1999, à leur base de Lorient (Morbihan), un médecin du sport, dépêché par la FFV, les avait mis en garde sur les mécanismes et les conséquences du dopage, volontaire ou non. Les équipiers ont été surpris de ne subir aucun test pendant leur séjour à Auckland. » [Le Monde, 01.03.2000]

 2003  – CARENCE – Kenny Pierce (USA) : l’excuse de la retraite

 « Le navigateur américain Kenny Pierce, qui avait déjà annoncé sa retraite, a été suspendu deux ans pour s’être soustrait à un contrôle antidopage inopiné en août à Miami, a annoncé lundi l’Agence antidopage américaine (USADA). Pierce, 35 ans, avait déjà émis son souhait de prendre sa retraite quand il a refusé de se soumettre à ce contrôle hors compétition. La sanction ne pourra donc s’appliquer que s’il décide de revenir sur sa décision de se retirer de la compétition. » [Agence France-Presse, 20.10.2003]

2003 – EFFETS ERGOGÉNIQUES – La vigilance sans troubles du comportement

1 – Texte du Dr Jean-Pierre de Mondenard : « Le déroulement de la dernière Route du Rhum a confirmé que la gestion du sommeil était bien la clé de la performance dans les courses à la voile en solitaire. Seulement, on regrette qu’un paramètre soit totalement absent des débats : il s‘agit de l’usage éventuel de substances dites « éveillantes ». Il existe en effet des produits très efficaces pour lutter contre le sommeil, notamment le modafinil. « Le modafinil est utilisé en milieu hospitalier sous le nom commercial de Modiodal® pour soigner les hypersomniaques » expliquait le docteur Jean-Yves Chauve au journal Le Parisien(1) : « S’en servir en course est effectivement tentant, c’est pourquoi cette substance a été inscrite depuis trois ou quatre ans sur les listes de produits interdits, notamment celle du CIO . Et le Modiodal® est parfaitement décelable aux tests antidopage ». Voilà ce qu’il disait en 1998. Seulement, c’était faux à l’époque et ça l’est toujours aujourd’hui ! En réalité, seule la France prohibe le modafinil (et l’adrafinil dont il est tiré) depuis 1993. Le CIO n’a jamais relayé la prohibition. Quant à son dépistage, le moins que l’on puisse dire c’est que la situation reste floue. Il semblerait en effet que les responsables en soient restés à une étude publiée en 1996 sous la responsabilité de la mission Médecine du sport et lutte contre le dopage, au ministère de la Jeunesse et des Sports(2). Sur la base de l’analyse de 100 échantillons d’urine, les auteurs avaient conclu à l’époque que le modafinil n’avait pas encore percé dans les milieux sportifs. Comme aucun autre document n’a filtré depuis, on ne serait pas surpris d’apprendre que le médicament n’est toujours pas recherché aujourd’hui ! » [de Mondenard J.-P..- Sur le front du dopage : à dormir debout .- Sport et Vie, 2003, n° 76, janvier-février, pp 70-73 (p 74)]

2 – Dans un ancien numéro de Sport et Vie(3), le neurophysiologiste Damien Davenne signalait l’existence d’un nouveau produit expérimenté par les armées américaines pendant la guerre du Golfe en 1990, pour lutter contre le sommeil : « Le modafinil semblerait plus efficace que d’autres substances dotées d’une action analogue, comme les amphétamines, pourtant encore très utilisées sur la Solitaire du Figaro ». Depuis cette époque, plusieurs études ont pu confirmer ces qualités. En consommant ce médicament, on retarde le besoin de sommeil et on accroît la vigilance sans encourir les effets secondaires classiques des amphétamines : troubles du comportement, perte d’appétit, risques pour le cœur, accoutumance. En médecine, on l’utilise désormais dans le traitement d’une maladie appelée narcolepsie caractérisée par des bouffées de sommeil profond qui surviennent sans crier gare au milieu de phase d’éveil. Les Anglo-Saxons parlent de « sleep attack » (attaque de sommeil). Dans le sport, il pourrait servir aussi à tenir le coup sans dormir lors d’épreuves comme des raids ou de courses à la voile qui se déroulent sur plusieurs jours. » [de Mondenard J.-P. .- Sur le front du dopage : mieux que les allumette ! .- Sport et Vie, 2003, n° 76, janvier-février, pp 70-73 (p 74)]

 2007 – COCAÏNE – Alinghi percuté par la coke

Simon Daubney, équipier néo-zélandais du vainqueur suisse Alinghi de la Coupe de l’America, a démissionné à la suite d’un contrôle antidopage positif pendant la compétition cet été, a annoncé fin septembre dernier le syndicat suisse.

 

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Simon Daubney, régleur de voile sur Alinghi

 

Il s’agit du premier contrôle positif jamais enregistré dans l’histoire de la Coupe de l’America depuis sa création en 1851. Daubney, 48 ans, régleur de voile avant (genoa trimmer), précise dans un communiqué diffusé par Alinghi qu’un test effectué le 23 juin a découvert des traces d’une substance « récréative » dans son urine et qu’il avait été convoqué mercredi 26 septembre à Londres par un jury de la Coupe. Le quotidien sportif italien la Gazzeta dello Sport avait affirmé le lendemain qu’un des équipiers d’Alinghi, non identifié, avait été contrôlé positif à une substance « assimilable au cannabis ». En réalité c’est de la cocaïne. Le Néo-Zélandais précise dans son communiqué que le jury a reconnu qu’il n’y avait pas eu « faute ou négligence de sa part » dans la mesure où il estime avoir été victime d’une « contamination ou d’une boisson trafiquée ». Daubney argumente sa défense en martelant n’avoir jamais sciemment consommé de la cocaïne et en invoquant la consommation d’une boisson « trafiquée » par une main malveillante cherchant à se venger de son transfert du camp néozélandais dans le camp suisse. Il ajoute qu’il a démissionné, espérant réintégrer un jour Alinghi une fois l’affaire éclaircie. Selon la Gazzetta dello Sport, Alinghi qui a remporté la Coupe de l’America aux dépens de Team New Zealand, ne risque pas de perdre le trophée car le règlement de la Coupe prévoit expressément que ce sont les équipiers et non le bateau qui sont responsables en cas de dopage. Les « sages » qui ont pondu ce règlement tordu ignorent probablement que ce n’est pas le bateau tout seul qui « met les voiles ». Rappelons que pour la Coupe de l’America, dont la première édition remonte à 1851, les premiers contrôles antidopage n’ont été instaurés qu’en 2003. Dans le cas de Daubney, ce n’est pas la Fédération internationale de voile (ISAF) qui, le 26 septembre, a entendu ses explications, mais le jury de la Coupe de l’America composé de cinq membres dont un représentant des deux nations finalistes tous sélectionnés par America’s Cup Management (ACM), l’entité créée par le défi suisse Alinghi après 2003 pour encadrer l’organisation de l’événement.

Jugé non responsable par le jury de la Coupe dont l’indépendance pose problème, l’équipier du défendeur suisse pour être fixé définitivement sur son sort doit attendre que son dossier soit transféré à l’ISAF. Le barème peut varier d’un avertissement à deux ans de suspension pour les épreuves gérées par la Fédération internationale. Daubney est un marin très expérimenté, considéré comme un des meilleurs spécialistes d’Alinghi. Il avait remporté la « Cup » à deux reprises en 1995 et 2000 avec Team New Zealand avant de la gagner à nouveau deux fois en 2003 et 2007 avec le syndicat suisse d’Ernesto Bertarelli. Le skipper néo-zélandais d’Alinghi, Brad Butterworth a regretté cette « malheureuse affaire », tout en apportant son soutien à Daubney et à sa famille. Il souligne qu’Alinghi « n’accepte en aucune façon l’utilisation de la moindre drogue » parmi les membres de son équipe. Le communiqué indique que Daubney avait été testé le 23 juin, jour du premier match – gagné par Alinghi – de la finale de la Coupe remporté par les Suisses face aux Kiwis d’Emirates Team New Zealand (5-2) Il ajoute que les résultats du test effectué par l’organisme antidopage Norway ont été connus le 13 juillet et confirmés début août. Daubney précise qu’il n’a jamais sciemment pris de substance interdite et qu’il a passé un test polygraphe (détecteur de mensonges) pour prouver sa bonne foi. A ce propos, le jury a fait appel à un spécialiste britannique en matière de détecteur de mensonges, Bruce Burgess, qui affirme n’avoir aucun doute quant à la sincérité du navigateur, avec une marge d’erreur possible quant à la véracité des propos de 0,01%, soit la plus faible sur l’échelle d’un tel détecteur. Sauf que le recours à ce procédé ne fait pas partie des techniques des laboratoires antidopage officiels listées par le Code mondial antidopage.

Dr JPDM

2016 – JEUX OYMPIQUES (RIO) : Pavel Sozykin (RUS) : déclaré inéligible par la FIV

« La Fédération internationale de voile (FIV) a déclaré mardi 26 juillet inéligible pour les Jeux olympiques de Rio le Russe Pavel Sozykin, engagé en 470, en vertu des critères imposés par le Comité international olympique (CIO). Sozykin, 3e aux championnats du monde 2015 avec son partenaire Denis Gribanov, est exclu ‘’en raison des révélations du rapport McLaren’’ indique World Sailing dans un communiqué. Le Russe étant engagé en 470, un bateau mené par deux équipiers, la Fédération russe de voile pourra nommer un remplaçant pour accompagner Denis Gribanov qui a lui été repêché. La Fédération internationale a repêché quatre autres Russes pour les épreuves de voile. Le CIO a chargé les diverses fédérations de trier parmi les sportifs russes et d’éliminer ceux qui seraient impliqués dans le scandale de dopage d’Etat dévoilé par le rapport McLaren ou qui auraient un passé de dopé. » [Le Télégramme, 27.07.2016]

 

 

(1) Le Parisien, 19 novembre 1998

(2) La recherche en France sur la lutte antidopage. – Le Spécialiste de Médecine du Sport, n° 1, septembre, 1996

(3) Sport et Vie, n° 11, mars-avril 1992

 

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