Idée reçue – Zatopek, en course, carburait à la bière… la preuve du contraire

Par défaut
[publié le 21 décembre 2016]

Sur la toile, nombreux sont ceux qui sans aucune légitimité de CV conseillent de consommer une bière après l’effort pour favoriser la réparation des fibres musculaires endommagées par la course. Afin d’accréditer leur thèse, ils mettent en avant que le célèbre coureur tchécoslovaque Emil Zatopek, triple champion olympique en 1952 (5000 m, 10000 m, marathon), buvait de la bière, même en compétition.

z-2

Emil Zatopek

 

La Locomotive humaine buvait même en course… pas sûr !

 Ce fait m’a interpellé et j’ai voulu en avoir le cœur net. De tout ce que j’ai lu sur la locomotive humaine, le seul qui s’exprime sur cette boisson aux propriétés supposées énergétiques c’est Marcel Hansenne, un athlète olympique devenu journaliste à L’Equipe. C’était en 1947 lors du match France-Tchécoslovaquie, Hansenne témoigne : « Zatopek avait aussi cette particularité de ne jamais se sentir en forme. Avant les 5000 de France-Tchécoslovaquie, en 1947, il me déclara : ‘’ Je suis très fatigué en ce moment. C’est pourquoi je vais courir lentement aujourd’hui’’.  A la suite de quoi, il s’élança comme un fou et faillit doubler Alain Mimoun. Le soir du match, nous plaisantâmes ce dernier en annonçant le résultat de l’épreuve à la façon des six jours : 1. Zatopek, 2. Mimoun, à un tour. Cela faisait rire Mimoun aux larmes. C’était l’époque  où la course à pied ne faisait que l’amuser. Pendant ce temps, Zatopek buvait demi de bière sur demi de bière. Par le tempérament, il ressemblait sans doute au Jamaïcain Herbert Henry McKenley, un coureur de 400 m. Mais pas pour ce qui est du régime alimentaire. C’était un gouffre. »

Donc, suivant le 3e du 800 m des JO de Londres en 1948, Zatopek, s’en jetait quelques-unes après l’effort ; en revanche rien pendant la compétition.

Aucunes des nombreuses photos prises en course ne le montrent en train de boire

J’ai donc repris mes recherches, par exemple débusquer une photo du Terrassier de Prague – un autre surnom du Tchèque –  en train de boire une pale-ale en pleine course.

Dans mes archives, j’ai consulté un ouvrage écrit par l’un de ses biographes Frantisek Kozik qui, en 1954, lui a consacré du début de sa carrière à son apogée 78 pages de texte et 142 pages de photos. Dans cette iconographie abondante balayant entraînement et course aucun document ne montre Zatopek une bière à la main. Une seule photo le présente avec un bâton de relais. Rappelons qu’à l’époque, le règlement interdit les boissons en course sauf pour le marathon.

En 1952, lors de sa victoire à Helsinki sur 42.195 km de l’épreuve olympique, il va refuser toute boisson malgré un départ à 15 h 30 sous une chaleur torride. Une photo le montre passant près d’un contrôle de ravitaillement, alors qu’il est seul en tête, depuis la mi-parcours, il néglige le gobelet tendu par une officielle de l’épreuve olympique.

 

De nombreux spectateurs observèrent la course ; tous furent témoins du refus de Zatopek d’accepter le moindre rafraîchissement

 

Boire une fois pousse à boire plusieurs fois

Témoignage de Zatopek sur sa course victorieuse au marathon olympique d’Helsinki en 1952 :  « Des fruits et des boissons furent offerts aux coureurs au poste de secours placés au vingt-cinquième kilomètre. Le Suédois Gustaf Jansson [NDLA : il terminera 3e de l’épreuve] ne put résister à la tentation et prit un verre de jus de fruit qu’il but à longs traits; Zatopek dont la gorge était desséchée par la soif aurait aimé prendre le rafraîchissement que son corps réclamait impérieusement, mais impitoyable comme toujours envers lui-même, il s’abstint. Il savait par l’expérience acquise au cours de son entraînement que la plus minime quantité d’un liquide quelconque suffit à renverser l’équilibre de l’organisme. Si l’on commence à boire on éprouve un besoin irrésistible de boire encore et encore. On ne peut plus courir ; le corps une fois relâché ne réagit plus aux ordres de la volonté [NDLA : c’était le dogme de l’époque ‘’qui imposait de ne pas boire à l’effort car cela ‘’coupe les jambes’’’’]. Voilà pourquoi il refusa tout rafraîchissement, et, résolument, se, mit à grimper la côte suivante. » Frantisek Kozik. – Emil Zatopek. – Prague, éd. Artia, 1954. – 189 p (p 155)

Au final, Zatopek ne boit pas de bière en course ni pendant ni juste après mais ne se prive pas de ce type de boisson en dehors de l’effort.

z1

Emil Zatopek

Running et activités d’endurance : les malus de la bière

  1. La bière ne peut à la fois réhydrater tout en en éliminant les toxines
  2. Déshydrate : la bière bloque la sécrétion de l’hormone antidiurétique qui contrôle les quantités d’eau éliminées par les urines. En réalité, la bière est un puissant diurétique, à ce titre souvent utilisée pour faire pisser les sportifs, notamment les footeux en difficultés de miction lors des contrôles antidopage.
  3. Limite la tolérance à la chaleur et au froid
  4. Détruit la vitamine B1 ou théamine, un facteur-clef du métabolisme énergétique
  5. Affaiblit les facultés de coordination
  6. Réduit la force musculaire
  7. Diminue la capacité d’oxygénation
  8. Même une seule canette de bière peut couper les jambes, cet effet pouvant perdurer un à deux jours.
  9. Un seul avantage : facilite le sommeil post-effort (de façon empirique, plusieurs sportifs ont constaté cet effet facilitant l’induction du sommeil après un effort intense et prolongé).

La bière ne réussit pas à tout le monde

 A la même époque que Statu-Pekka (‘’Pierre le fabuleux’’, surnom donné à Zatopek par les Finlandais), Marcel Hansenne, spécialiste du 800 m et futur journaliste à L’Equipe, raconte ses démêlés avec la binouze.

C’est ce qu’il explique en faisant référence à sa médaille d’argent acquise dans la capitale belge : « La bière m’a d’ailleurs peut-être coûté le titre de champion d’Europe en 1950. Je m’étais présenté à Bruxelles avec trois kilos à perdre et fort décidé, en accord avec Gaston Meyer, à faire le nécessaire pour les éliminer. J’étais saturé d’athlétisme, à l’époque, mais un coup de collier d’une semaine était encore une chose possible. Deux fois par jour j’allais donc sur la piste d’un hippodrome de la banlieue bruxelloise où j’effectuais chaque fois, sous un soleil ardent dix kilomètres, revêtu de deux survêtements. Au bout de cinq jours de ce régime de forçat, je me présentai tout confiant sur la bascule. Mais ce fut pour m’apercevoir avec horreur que j’avais grossi de plus d’un kilo. Je crus que Gaston Meyer allait éclater de fureur quand je lui avouai qu’il n’y avait qu’une seule explication possible : les quatre ou cinq demis que je m’empressais d’avaler goulûment après chaque entraînement. A mon poids de forme, ce 800 mètres des Championnats d’Europe eût été fait sur mesure pour moi. Mais tel que j’étais, j’aurais dû le finir aux dernières places alors que je faillis le gagner. »

Emil ZATOPEK  – Repères

le 22 septembre 1922 à Koprivnica (Moravie du Nord)

Décédé le 22 novembre 2000 à Prague (78 ans)

Taille : 174,3 m (selon la presse : 1,78 – 73 kg ; 1,72 – 70)

Poids : 66 kg

Capacité pulmonaire : 5 litres

Pouls : 56

TA : 13 / 9

Apnée : 127 secondes

Palmarès :  JO 1948         1 er 10 000 m

                    JO 1952        1er 10 000 m

1er  5 000 m

1er marathon

18 records du monde (a battu tous les records du monde du 5 000 m aux 30 km)

38 courses de 10 000 m remportées d’affilée entre 1948 et 1954

 

ref-bibliographiques-emil-zatopek

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s