FRAUDE DE MASSE SUR LE MARATHON – Des « doublures » pour le compte d’autres qui veulent être classés sans se fouler et des « transferts » de parcours prémédités

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[publié le 24 décembre 2016]

    « Honni soit qui mal y pense »

 Tricher ! Une dérive de la compétition qu’elle soit professionnelle ou amateur, de haut niveau ou de masse.

Tout récemment, le 10 décembre 2016, alors qu’il court le semi-marathon de Xiamen (une ville de la côte sud-est de Chine), un concurrent s’écroule à 4,5 km du terme de l’épreuve victime d’une défaillance cardiorespiratoire fatale. Un accident de ce genre dans une course d’endurance n’est pas exceptionnel. En revanche, l’enquête va démontrer une pratique en pleine expansion : faire le parcours pour le compte d’un autre concurrent non partant.

 Des doublures en nombre

Selon le Quotidien de la jeunesse de Pékin, rapporté par l’Agence France-Presse du 19 décembre dernier, trente personnes ont été disqualifiées sur les 18 000 qui s’étaient inscrites pour participer l’épreuve. Le journal n’a pas précisé le motif de ces disqualifications mais selon lui, les lycéens qui parvenaient à se hisser parmi les cent premiers pouvaient obtenir des points en plus à l’examen d’entrée à l’université. Un enjeu susceptible de pousser à la fraude ? La triche est dénoncée par les internautes qui accusent la mode du marathon de conduire certains à des excès. « Sans entraînement ni même la volonté de gagner, tout ce qu’ils veulent c’est avoir leur photo sur les réseaux sociaux pour dire au monde entier qu’ils mènent une vie saine » peste un internaute cité par Chine nouvelle ».

une-doublure

 AFP / L’Equipe, 22 décembre 2016

 Toujours dans l’Empire du Milieu, lors d’un marathon le 2 janvier 2010, un tiers des cent premiers ont fait une partie du parcours, tranquillement assis dans… un bus !

Cette pratique, bien sûr prohibée, est loin d’être inédite. Dès les premiers marathons olympiques, les bipèdes tricheurs utilisaient déjà des moyens de locomotion non mû par la seule force humaine tels que charrette à traction hippomobile. La triche, dérive séculaire, touche toutes les formes de compétition qu’elles soient scolaires, sociales, professionnelles, scientifiques, amoureuses (aphrodisiaques), politiques (corruption) et, bien sûr, sportives.

Parmi les ingrédients disponibles pouvant faire la différence, on trouve pêle-mêle la corruption, la simulation, l’antijeu, les agressions verbales et physiques, le dopage et en course à pied, réunissant des stars ou des anonymes, des ‘’doublures’’ pour le compte d’un autre, des « transferts » de parcours prémédités mais aussi d’autres impostures dont les cas sont rapportés plus loin.

Cette liste est loin d’être exhaustive dans la mesure où l’ingéniosité de l’homme pour tricher n’a pas de limite.

 70 ans avant J.-C.

Des écrits très anciens rappellent qu’en l’an 70 avant J.-C., un dénommé Eudelos inscrit aux Jeux olympiques, avait vendu ses chances à Philostrate, un autre compétiteur. Nous avons retrouvé dans La Vie Au Grand Air, une revue illustrée de tous les sports paraissant pendant le premier quart du XXe siècle, une grande enquête datant de 1910 consacrée « aux truquages dans le sport ». Comme pour le dopage où la confusion règne sur sa définition, l’éthique sportive paraît floue pour certains.

Par exemple, le cycliste français Jean Graczyck, lorsqu’il fut mis hors course du Tour d’Italie 1959, pour s’être accroché à une moto, eut une réponse assez inattendue : « Personne n’est venu me dire que c’était interdit !… »

 Effectivement, de nombreux athlètes ont résolu le problème en éliminant le mot « triche » pour le remplacer par « se débrouiller », beaucoup moins négatif pour leur image publique. Au fil des décennies, cette habitude consistant à contourner la règle n’a fait que s’amplifier. Les résultats d’une enquête publiée aux Etats-Unis en 1983, émanant de l’Institut de criminologie de New York, laissaient d’ailleurs bien augurer de ce qui se passe aujourd’hui. Sur huit mille sept cents personnes soumises au détecteur de mensonge entre 1972 et 1976, cinq mille trois cents – soit 61% – s’accusaient en priorité d’avoir triché dans une compétition sportive entre douze et dix-huit ans. On dit toujours, avec justesse, que l’exemple vient d’en haut. Or, les caméras indiscrètes de la dernière coupe du monde de football au Brésil, nous ont montré, et par la même occasion à tous les jeunes joueurs de la planète voulant s’identifier aux stars du ballon rond, une épidémie de tirages de maillots et bras étendus pour bloquer l’adversaire. Cette tactique n’a qu’un seul but : entraver et stopper les meilleurs.

 Tout le monde s’y met

C’est, bien sûr, toujours la différence de qualités et d’aptitude entre les hommes qui génère la tricherie des moins bons ou des plus faibles et, ensuite, avec la banalisation, tout le monde s’y met. Autre évolution perverse, à partir du moment où plus personne ne respecte la règle, il n’y a plus de « hors-la-loi ». C’est en tout cas l’analyse du canadien Ben Johnson après sont contrôle positif du 100 m des JO de Séoul en 1988 : « Je prenais des stéroïdes comme tous les autres qui étaient au départ avec moi ce jour-là. Nous nous sommes battus à armes égales, il n’y a pas eu de tricherie. Un tricheur contourne les règles pour gagner, ce n’est pas ce que j’ai fait, j’ai suivi les mêmes règles que les autres. Ceux qui m’ont traité en paria sont des hypocrites. »

Au début de l’année 1995, Madame Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Jeunesse et des Sports, déclarait la guerre à la tricherie. En s’adressant aux responsables du sport français lors de la traditionnelle cérémonie des vœux, elle affirmait : « Ne demandons pas à des jeunes de se comporter mieux que certains dirigeants ou certains commentateurs. » A cette occasion, elle voulait mettre en place un « comité de l’esprit sportif » et un code de déontologie du sport destiné à lutter « contre les nouvelles formes de déviance qui affectent la pratique sportive contemporaine ». Pour Mme Alliot-Marie, une telle opération « contre la tricherie et l’élégance du geste » devait s’inscrire dans la durée.

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 « Avoir du métier »

Or, on attend toujours et notamment que les commentateurs télévisés adoptent un langage moins pervers en supprimant de leur vocabulaire des expressions telles que « à du métier » pour signifier en fait : il est truqueur mais il le fait bien ou « saine agressivité » pour évoquer un joueur rugueux et à la limite de la violence.

Ainsi tout concoure pour que la mauvaise éducation se perpétue à grande échelle. De même, la plupart des entraîneurs sont des anciens sportifs connaissant tous les trucs ou ayant déjà goûté aux fruits défendus.

Répétons-le, la triche sportive sous toutes ses formes est inhérente à la compétition et peu importe le niveau qu’il soit très haut comme très bas. Afin de limiter cette dérive, il faut contraindre tous les acteurs – dirigeants, sportifs, officiels, éducateurs, journalistes – à respecter les règles et pour cela s’en donner les moyens.

En attendant que ce vœu pieux soit pris en compte, nous vous proposons toute une série d’impostures concernant la course à pied.

triche-cap-et-marathon

 

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