Tour de France ton histoire – Chronique des cols : où est passé le col de Tortes ?

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Présent au sein du « Cercle de la Mort », qui regroupait les grands cols pyrénéens de Peyresourde, d’Aspin, du Tourmalet et de l’Aubisque, le col de Tortes occupait une place singulière. Placé entre le Soulor et l’Aubisque, il fut emprunté par le Tour de France de 1910 à 1938 avant de disparaître dès l’année suivante. Retour sur l’histoire d’un col aujourd’hui tombé dans l’oubli.

L’Aubisque a depuis été franchi à 74 reprises par le Tour, soit 49 fois de plus que le col de Tortes, situé sur son versant est. Passionné par les parcours vallonnés et montagneux du Tour de France, je me suis toujours intéressé aux cols figurant sur les itinéraires des 114 éditions de la Grande Boucle. En parcourant la presse d’avant-guerre, j’ai constaté que le col de Tortes apparaissait régulièrement dans les récits des étapes pyrénéennes, notamment sur le tracé mythique Luchon-Bayonne, et inversement. Il était alors systématiquement mentionné entre le Soulor et l’Aubisque.

C’est ainsi que Charles Ravaud, journaliste à L’Auto, qualifia l’étape Luchon-Bayonne de 1910, première grande incursion du Tour dans les Pyrénées. Ce parcours de légende, surnommé par Lucien Petit-Breton, double vainqueur de l’épreuve, les « marches abruptes d’un escalier gigantesque », comportait pas moins de sept ascensions : Peyresourde (1 569 m), Aspin (1 489 m), Tourmalet (2 115 m), Soulor (1 474 m), Tortes (1 650 m), Aubisque (1 710 m) et Osquich (392 m).

À partir de 1910, le col de Tortes est régulièrement cité dans les comptes rendus des envoyés spéciaux. Lors du Tour 1930, par exemple, André Leducq franchit l’Aubisque sans s’arrêter pour retourner sa roue arrière et adapter son braquet à la descente. Habitué des lieux, lui qui avait déjà franchi l’Aubisque à quatre reprises depuis 1927, il savait que le col de Tortes l’attendait un peu plus bas. Ce n’est qu’après avoir gravi cette ultime difficulté qu’il procéda à son changement de braquet. Plusieurs clichés réalisés pour La Vie au Grand Air et Le Miroir des Sports témoignent d’ailleurs du passage des coureurs à ce col aujourd’hui disparu.

  • De 1910 à 1938, les coureurs du Tour de France ont bien franchi le col de Tortes.
  • Les témoignages contemporains et les photographies d’époque en apportent la preuve.
  • Le col était situé sur une route carrossable et non sur le sentier de randonnée aujourd’hui emprunté par le GR 10.
  • L’explication la plus vraisemblable de sa disparition réside dans des éboulements survenus durant l’hiver 1938-1939.

À l’époque du Second Empire (1860), la construction de la Route Thermale n° 1 bis (actuelle D 918} reliant le Soulor à l’Aubisque s’est heurtée à un immense problème géologique au niveau du Cirque du Litor. Pour contourner les barres rocheuses les plus verticales de la corniche (qui n’étaient pas encore totalement percées ou stabilisées comme aujourd’hui), les ingénieurs de l’époque ont fait monter la route carrossable plus haut, en direction du col de Tortes.

La route thermale franchissait donc une épaule carrossable, officiellement baptisée « col de Tortes» par le Tour de France et les Ponts et Chaussées (à une altitude d’environ 1 650 m, légèrement en contrebas du vrai col pédestre à 1 799 m). C’est sur ce ruban de terre et de pierres, extrêmement raide, que les photos montrent les coureurs de l’époque pousser leur vélo.

L’événement géologique majeur de l’hiver 1938-1939 explique la disparition du col de Tortes routier. Ce tracé historique passait dans une zone de schistes instables et d’altérites de surface subissant d’importants phénomènes de gélifraction (l’eau gelant dans les failles de la roche et faisant éclater les parois). 

  • L’effondrement : Au cours de l’hiver 1938 et au printemps 1939, des éboulements massifs de parois rocheuses et des glissements de terrain répétés ont littéralement emporté des pans entiers de cette route au niveau du col de Tortes. La chaussée s’est effondrée dans le ravin.
  • Le constat technique : Les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont constaté qu’il était devenu impossible et trop coûteux de reconstruire la route sur ce versant qui continuait de s’effondrer.

Plutôt que de réparer la route du col de Tortes, les autorités ont décidé d’un changement radical de profil de la route thermale dès 1939 :

  • L’ancienne section routière qui montait au col de Tortes a été définitivement abandonnée aux éboulements.
  • C’est pour cela qu’elle a progressivement disparu sous la végétation et les pierres pour redevenir le sentier pédestre actuel (GR10)
  • Un nouveau tracé de réfection à profil plus bas a été creusé plus profondément en corniche dans la roche dure du Cirque du Litor, évitant totalement de grimper vers Tortes pour filer de manière plus régulière vers l’Aubisque.

Le Tour de France de 1939 a donc étrenné ce tout nouveau profil routier en corniche, entérinant la disparition définitive du col de Tortes de la carte des routes carrossables.

En fichiers joints (PDF) : 1) Témoignages de coureurs notamment André Leducq ainsi que de la presse sportive de 1910 à 1939 – 2) Récapitulatif des 25 passages au col de Tortes