Punchlines Dr de Mondenard

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[publié le 16 janvier 2017]

N° 81 

D’abord le physique …

 Aujourd’hui, c’est sur le physique que la hiérarchie et la sélection des sportifs s’opèrent. Dans le tennis, le foot et le rugby, les musculairement denses, les bien taillés, les gabarits prennent le pouvoir. Or, le dopage agit en priorité sur la force, la puissance, la vitesse, la détente verticale, le démarrage, les accélérations, l’endurance et la résistance. Donc, il n’y a aucune raison valable pour que dopage, tennis, foot et rugby ne s’entendent pas comme larrons en foire.

 N° 82

Pas même une aspirine …

Souvent, devant toute suspicion de dopage, le sportif – pour sa défense – affirme que lorsqu’il est patraque il ne prend même pas un comprimé d’aspirine. Mis à part le trio, idiot – imbécile – débile – qui va croire une telle fable ?

N° 83

C’est tout le temps l’AUTRE !

Alors que le dopage sévit plein pot en Union Soviétique depuis des lustres, que dit Serguei Bubka – perchiste exceptionnel mais aussi candidat malheureux à la présidence du Comité international olympique en septembre 2013 – « A l’Ouest les athlètes se dopent. PAS NOUS. C’est la propagande occidentale qui répand ce bruit contre nous ». Cette perle a été publiée dans L’Equipe du 05 mars 1985.

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                                       Serguei Bubka, 6,15 m (indoor le 21 mars 1993)             

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Membre du Comité exécutif du CIO depuis 2013

 

Réveillon – Faire la fête sous aspirine n’est pas forcément la meilleure tactique

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[publié le 31 décembre 2016]

En raison de son action supposée efficace sur la gueule de bois et sur les douleurs articulaires des addicts des dance-floor, l’aspirine va être omniprésente pendant la fiesta de la Saint-Sylvestre. Mais ce médicament le plus ancien et le plus consommé au monde n’est pas dénué d’inconvénients susceptibles de gâcher la fête.

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Comme toujours, il faut écouter la sagesse populaire avec son bon sens proverbial qui nous explique « qu’un homme averti en vaut deux ». Afin de vous aider à bien utiliser la fée aspirine en toutes circonstances : réveillon, gueule de bois, activités physiques… nous vous livrons toute une série de données pratiques plus faciles à capter que les informations de la notice que quasiment personne ne lit jamais, notamment avant de faire la fête.

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 George Cruikshank ‘’The Head Ache’’ (mal de tête), 1819

ASPIRINE – Une vieille dame plus que centenaire toujours en pleine forme

 Un tonique ancestral et universel au potentiel thérapeutique illimité…

 hoffmanLe chimiste allemand Félix Hoffmann (1868-1946) travaillant pour la compagnie Bayer réussit le 10 octobre 1897 la première synthèse simplifiée de l’acide acétylsalicylique (aspirine)

 La merveilleuse aspirine ou acide acétylsalicylique, est sans conteste le médicament le plus populaire au monde, et ce succès se maintient sans faille depuis sa découverte en 1897 par le chimiste allemand Félix Hoffmann.

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Le 1er février 1899, la firme allemande Bayer dépose la marque AspirinÒ qui est enregistrée sous le numéro 36433 par l’office impérial des brevets, le 6 mars suivant. Le terme Aspirin a été construit à partir de : « a » pour acetyl, « spir » pour acide spirique (ancien nom de l’acide salicylique) et « in », désinence commune en chimie industrielle de la fin du siècle dernier, le « e » final n’est que la francisation du mot allemand. En novembre, la Friedrich Bayer et Cie lance un analgésique breveté « Aspirin ». Ce nouveau médicament est d’abord fourni aux pharmaciens dans un flacon contenant 250 g de poudre. Cette dernière est ensuite proposée aux patients dans des sachets de 1 g.

 C’est un véritable tour de force si l’on songe aux bouleversements  intervenus dans la pharmacopée ces dernières décennies. Des molécules classiques ayant dû s’effacer devant de nouvelles venues, plus efficaces ou moins toxiques. Mais l’aspirine n’a pas été effleurée.

Non seulement elle a gardé toutes ses indications, mais de nouvelles voies thérapeutiques – et non des moindres ! – se sont ouvertes ces dernières années devant elle. Les pharmacologues n’ont-ils pas crédité cette substance, dont on croyait bien avoir épuisé toutes les possibilités, de propriétés antiagrégantes plaquettaires et de vertus inhibitrices de la formation de prostaglandines qui  interviennent dans les processus inflammatoires mais aussi dans la genèse de l’athérosclérose, atouts d’une portée inestimable qui font de ce vétéran un produit jeune, porteur de promesses nouvelles. En effet, bien des médecins estiment aujourd’hui qu’un des moyens les plus sûrs de prévenir l’infarctus du myocarde est de consommer de l’aspirine, à certaines doses cependant.  Parallèlement le sport lui aussi a découvert, très longtemps après sa mise sur le marché, qu’elle potentialisait l’effet stimulant de la caféine et qu’elle permettait de fluidifier le sang. Cette dernière action favorisant, à l’effort intense, la vélocité du transport de l’oxygène et des nutriments énergétiques mais aussi limitant l’épaississement du sang provoqué par un dopage à l’ÉPO.

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En 1999, les laboratoires Bayer fêtent les 100 cent ans de l’Aspirine

5 effets recherchés par les sportifs mais pas forcément validés par un consensus d’experts

 1 – Limiter la surchauffe de l’effort et du rayonnement solaire

 Elle réalise cette action par deux mécanismes. Elle fait transpirer et uriner en plus grande quantité. En règle générale, la température corporelle s’abaisse par diminution de la pro­duction de chaleur ou par augmentation de l’évacuation de la chaleur. L’aspirine abaisse la température du corps en favorisant la sudation. Elle ne ralentit pas le métabolisme. L’acide acétylsalicylique augmente aussi la diurèse en limitant la réabsorption d’eau au niveau des tubules rénaux. D’autre part, en rendant le sang plus fluide, l’aspirine facilite l’évacuation de la chaleur, notamment lors d’efforts de longue haleine tels que le mara­thon.

2 – Bloquer la douleur musculaire

 De nombreuses activités sportives favorisent les microtraumatismes et les douleurs qui en découlent. Les muscles à l’effort produisent certaines substances chimiques appelées prostaglandines. On pense que ce sont ces dernières qui provoquent les algies muscu­laires. L’aspirine bloquant la production de prostaglandine est largement utilisée par la gent athlétique.

 3 – Fluidifier le sang

Depuis 1954 il a été démontré que l’aspirine avait un certain pouvoir anticoagulant notamment en limitant l’agrégation plaquettaire. Cette fluidité accrue sous aspirine favorise l’endurance. En effet, lors d’un exercice musculaire soutenu, l’organisme se déshydrate en transpirant, il s’ensuit une concentration des globules rouges et un épaississement du sang. Par ricochet, les muscles étant moins livrés en oxygène, le rendement à l’effort baisse. Depuis des années, de façon empirique des sportifs spécialistes de l’endurance ont constaté qu’ils amélioraient leur prestation surtout s’ils s’activaient par temps chaud lorsqu’ils avaient absorbé de l’aspirine avant l’entraînement. En plus d’un meilleur apport en oxygène, la fluidité sanguine plus importante facilite l’apport des substances énergétiques vers les myofibrilles ou cellules musculaires. Son pouvoir fluidifiant est également recherché par les consommateurs d’érythropoïétine (ÉPO) dont le risque numéro un pour un athlète d’endurance est la thrombose. Toujours en raison de l’effet fluidifiant de l’aspirine, cette dernière « était fort appréciée par mauvais temps afin de détendre les muscles contractés par le froid ».

4 – Stimuler le système nerveux en association avec la caféine

 En dehors de rechercher une augmentation de la sécrétion d’ACTH par stimulation de l’hypophyse, les sportifs, afin de potentialiser leurs actions réciproques – analgésique et stimulante – associent l’aspirine et la caféine. Cette dernière bouste l’action antalgique de l’aspirine et de son côté l’acide acétylsalicylique renforce et prolonge l’action stimulante de la caféine en freinant son élimination rénale. Selon H. Gärtner et R. Pohl, les auteurs de ‘‘Stéroïde alternative’’ : « Il n’est pas nécessaire de recourir à de gros dosages pour obtenir un effet correct. L’expérience a prouvé que la bonne proportion serait 300 à 500 mg d’acide acétylsalicylique et 100 à 200 mg de caféine. » De même il a été démontré que l’aspirine potentialise l’action de l’éphédrine et qu’elle est un composant du cocktail ergogénique « éphédrine, caféine, aspirine », très prisé par les sportifs.

5 – Régénérer le tissu musculaire soumis à un entraînement intense avec des haltères très lourds

Selon les adeptes de cette indication de l’aspirine : « Durant ces phases d’entraînement très dur, les muscles, le tissu conjonctif, les tendons, les articulations et les os seront mieux protégés, étant donné que même les blessures les plus microscopiques guériront plus vite et ne conduiront pas à des blessures plus graves se révélant bien plus tard. »

POST-IT – Avantages et inconvénients médicaux

10 bonus

  1. Soulage à la fois les douleurs aiguës mais aussi chroniques
  2. Abaisse la température
  3. Action anti-inflammatoire (à doses élevées)
  4. Fluidifie le sang (antiagrégant plaquettaire)
  5. Prévient l’infarctus et les accidents vasculaires cérébraux
  6. Atténue les symptômes du coup de soleil
  7. Agit rapidement
  8. Effet analgésique accru si on l’associe à d’autres analgésiques mineurs
  9. N’entraîne pas de dépendance
  10. N’intervient pas sur le niveau de conscience ni sur l’état mental de la personne

6 malus

  1. Irrite la muqueuse de l’estomac et réactive les ulcères gastrique et intestinaux

  2. Provoque des éruptions cutanées chez certaines personnes allergiques

  3. Peut produire des troubles de la coagulation du sang

  4. Crée des problèmes respiratoires chez certaines personnes asthmatiques

  5. Potentialise les effets de l’éthanol : le pic de concentration en alcool dans le sang est augmenté de 25% en moyenne en cas de prise d’aspirine dans l’environnement immédiat du repas alcoolisé.

  6. Inefficace sur les douleurs des blessures de course telles que tendinites, élongations, périostites… A l’effort, les muscles produisent certaines substances chimiques appelées prostaglandines. On pense que ce sont ces dernières qui provoquent les algies musculaires. L’aspirine bloquant la production de prostaglandine est largement utilisée par la gent athlétique. Certains marathoniens absorbent jusqu’à huit comprimés d’aspirine en une seule prise trente minutes avant le départ afin d’obtenir un effet analgésique prolongé. Mais ce médicament ne bloquera pas la douleur qui accompagne une lésion authentique (tendinite, élongation, périostite …). Dans cette situation, il est plus que probable que de continuer à courir ne fera qu’empirer les choses et qu’en fin de compte, il faudra beaucoup plus de temps pour s’en sortir. En revanche, nous pensons, à la lumière de notre expérience prolongée, qu’il vaut mieux laisser au corps le soin de « crier » sa blessure afin de bien gérer, et sans délai, cette information. Face à une douleur de course, on peut adopter la règle suivante : s’arrêter impérativement si elle augmente avec le rythme de l’effort ou, au contraire, poursuivre son entraînement si elle n’empêche pas d’allonger la foulée et que son intensité demeure faible et constante

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Football – Ibra accusé de dopage : lui et son agent nous  »gonflent »

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Dans L’Equipe du 08 avril, Mino Raiola l’agent de Zlatan Ibrahimovic, l’attaquant vedette du PSG, défend son joueur accusé par un médecin suédois – Ulf Karlsson – expliquant que pendant ses années turinoises : « Zlatan a pris 10 kilos en six mois. Je suis convaincu qu’il était dopé. C’est impossible d’arriver à un tel résultat en si peu de temps. »

IBRA ASPIRINEEn effet, Raiola – que L’Equipe nous présente étonnamment comme « toujours aussi percutant » – nous sort la fable éculée à l’infini : « Dans tous les clubs où il est passé, Zlatan n’a jamais pris aucun médicament, même pas de l’aspirine. »

RAIOLA Mino Raiola et Zlatan Ibrahimovic

Pas un seul médicament

Rappelons à ce monsieur ce qu’écrivait Hein Verbruggen, président de l’UCI en soutien à son complice Lance Armstrong lui aussi accusé de dopage et surnommé ‘’le plus emblématique menteur de l’histoire du sport’’ : « Lance Armstrong est la preuve vivante d’un coureur qui ne triche pas. Ce coureur n’utilise pas un seul médicament alors que la presse croit qu’il se dope. »  (1) Ce type d’argument bidon nous est servi régulièrement soit par la fédération et l’entourage ou le sportif lui-même.

Voici quelques exemples glanés dans la presse.

C’est Paul Bergen, l’entraîneur de la nageuse néerlandaise Inge De Bruijn (sept records du monde en deux mois) fortement suspectée de piocher dans l’armoire à pharmacie, qui prend sa défense. Elle « a subi des contrôles comme tout le monde. Elle fait régulièrement l’objet de tests inopinés. C’est une personne qui refuse même de prendre de l’aspirine pour un simple mal de tête ou des médicaments en cas de rhume. »  (2)  De même, Alain Bertholom président de la Fédération française de lutte, se fait l’avocat de Steeve Guénot, champion olympique aux Jeux de Pékin en 2008, sanctionné par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) pour trois ‘’no-shows’’ : « Ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’y a pas de dopage derrière ces infractions. Steeve, il ne prendrait même pas un cachet d’aspirine pour soigner des maux de tête. »  (3)

STEEVE GUENOT Steeve Guénot

Dans tous ses états 

Dans le patinage, on se défend aussi très mal. C’est la Russe Marina Klimova, contrôlée positive à la testostérone aux championnats d’Europe de danse sur glace en février 1991 qui veut nous faire croire au Père Noël : « Je suis stupéfaite car je ne prends jamais aucun médicament, même pas de l’aspirine contre les maux de tête. Toutes ces accusations contre moi sont complètement absurdes. »  (4)

La litanie des allergiques à l’aspirine se poursuit avec le Dr Pietro Volpi, médecin de l’Inter Milan à l’époque du Brésilien Ronaldo : « Ce dernier ne peut pas prendre de médicament. Un simple cachet d’aspirine pour apaiser un mal de tête le met dans tous ses états. » (5)  Le bon docteur nous prend vraiment pour des débiles !

Toujours sur le mode « allergique » au dopage, on retrouve l’ancien pistard Michel Rousseau, champion olympique de vitesse en 1956 et champion du monde professionnel en 1958 : « Moi, je ne crains rien. Mon estomac ne me permet pas même l’aspirine et la moindre piqûre me fait tourner de l’œil… » (6)

Pour terminer ce florilège des excuses ‘’incroyables mais fausses’’, nous donnons la parole à Marie-José Pérec, triple championne olympique (1992-1996) : « Je suis une phobique des médicaments. Dans ma salle de bains, il n’existe ni armoire à pharmacie, ni cachets contre le mal de tête ou pour faciliter la digestion. Rhume ou allergie, j’attends que ça passe, tant ça me panique d’avaler le moindre comprimé. » (7)

PEREC Marie-José Pérec

Mon truc à moi c’est l’aspirine

Si les sportifs veulent nous convaincre qu’ils ne consomment aucun ergogène afin d’améliorer leurs résultats, il faut qu’ils arrêtent de nous gonfler en affirmant la bouche en cœur qu’ils ne prennent même pas un comprimé d’aspirine ! Pour terminer par un contrepied dont il a le secret, on renvoie tous ces adeptes de la vie sans aspirine à Laurent Blanc, l’ancien footballeur international (97 sélections entre 1989 et 2000) et coach du PSG depuis 2013 qui, lui, ne carburait qu’à l’aspirine et à la vitamine C : « Moi, j’ai été très clair avec le docteur de l’Inter Milan en arrivant : j’ai bien tenu jusqu’à 34 ans sans créatine, je peux continuer deux ou trois ans ! Mon truc à moi c’est de l’aspirine et un peu de vitamine C. »  (8)

LAURENT BLANC Laurent Blanc

Références

1 – Cybersciences, 25.09.2002; 2 – L’Équipe, 13.06.2000; 3 – Le Monde, 18.12.2014; 4- L’Équipe, 21.02.1991; 5 – L’Equipe, 09.09.1998; 6 – L’Aurore, 14.11.1973; 7 – « Rien ne sert de courir… ». – Paris, éd. Grasset, 2008. – 247 p (p 165): 8 – Le Journal du Dimanche, 19.03.2000