Cyclisme – Ferdi Kubler, l’Homme Cheval, pour sa dernière échappée à 97 ans a rejoint le paradis des cadors de la petite reine

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[publié le 01 janvier 2017]

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Ferdi Kubler (1919-2016), lors du Tour de France 1954

Le 27e lauréat de la Grande Boucle en 1950 a, malgré la consommation d’amphétamines – viatique généralisé à son époque – atteint l’âge de 97 ans 5 mois. Aucun vainqueur du Tour n’a eu un si long parcours de vie.

Derrière le Suisse, on trouve le Français Roger Walkowiak, 1er du Tour 1956, qui fêtera ses 90 ans le 2 mars prochain.

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Roger Walkowiak, 1er du Tour 1956, aura 90 ans en mars prochain

Le troisième, l’Espagnol Federico Bahamontes lui aussi comme Walko toujours bon pied bon œil, complète le podium avec 88 ans et 6 mois au compteur.

 

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Federico Bahamontes

 

En ce qui concerne les 5 073 coureurs du Tour ayant participé depuis 1903 à la Grande Randonnée, Kubler est le dixième géant de la route à atteindre la longévité la plus remarquable.

Le Belge Emile Brichard (1899-2004), concurrent du Tour 1926, a dépassé les 104 ans mais petit bémol il a abandonné pendant la première étape de la seule édition dont il a pris le départ.

En 1928, l’Italien Pietro Righetti (1899-2001) qui abandonnera lors de la 10e étape et un an plus tard à la 17e étape aura un parcours de vie de 102 ans qui lui fera franchir successivement le XIXe et le XXe siècle.

Le premier à terminer l’épreuve de ce palmarès des cyclistes du Tour à la longévité exceptionnelle sera le Français Marcel Renaud (1909-2010), 28e en 1934 et qui décédera à 99 ans et 7 mois.

Ci-dessous nous vous proposons les 11 Tours de France qui figurent en tête de ce palmarès de vie.

LONGÉVITÉS EXCEPTIONNELLES – « Le club des 97 ans et plus »

104 ans

Émile BRICHARD (BEL) (1899-2004)      TDF 1926 (ab 1re)

 

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Emile Brichard

 

Témoignage d’Emile nous narrant son Tour de France 1926 où il abandonna dès la 1re étape : « Le col de la Faucille était très difficile. J’ai vu des as être poussés par des spectateurs. Les touristes-routiers ne l’étaient pas. J’ai crevé deux fois dans la montée. Le boyau était collé à la jante, il fallait l’arracher, le découdre, réparer avec une rustine et recoudre avec du gros fil ! Cela prenait un temps fou et il fallait une patience inouïe. Je n’avais que quatre boyaux de rechange et j’ai encore percé plusieurs fois. Mon retard devenait considérable. Ma seule consolation était que je n’étais pas le seul dans ce cas. Une dizaine d’autres touristes-routiers se retrouvaient à la dérive. En fin d’étape, n’ayant plus aucun boyau de réserve, j’ai roulé plusieurs kilomètres sur les jantes et j’ai abandonné à une dizaine de bornes du but’’

102 ans

Pietro RIGHETTI (ITA) (1899-2001)    TDF 1928 (ab 10e), 1929 (ab 17e)

99 ans

Marcel RENAUD (FRA) (1909-2010)    TDF 1934 (28e)

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98 ans

Henri PUPPO (FRA) (1913-2011)   TDF 1937 (21e + ét. 5ea)

97 ans

10 mois

René DEBENNE (FRA) (1914-2012)   TDF 1936 (ab 9e)

 8 mois

Karl WYSS (SUI) (1912-2009)    TDF 1939 (ab 7e)

 7 mois

Americo CACIONI (ITA) (1908-2005)  TDF 1932 (ab 10e)

 7 mois

Jean FRÉCHAUT (FRA) (1914-2012)   TDF 1937 (10e), 1938 (18e + 3 étapes), 1939 (np 15e)

 7 mois

Pierre GALLIEN (FRA) (1911-2009)  TDF 1937 (8e), 1936 (15e), 1939 (16e + 1 étape)

 5 mois

Ferdi KUBLER (SUI) (1919-2016)TDF 1947 (np 8e), 1949 (ab 18e), 1950 (1er), 1954 (2e), 1955 (np 12e) + lauréat de 8 étapes

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Ferdi Kubler, avec le maillot jaune, lors de sa victoire du contre-la-montre Saint-Etienne–Lyon du Tour 1950

 3,5 mois

Charles CLODI (FRA) (1884-1981)  TDF 1910 (ab 3e)

 

Ventoux – Défaillance de Jean Malléjac et arrêt de carrière de Kubler. L’Equipe nous la raconte !

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Le 18 juillet 1955, le Ventoux est au menu des géants de la route. La montée s’effectue par Bédoin, le versant sud, le plus dur surtout lorsque le soleil tape. Dans L’Equipe du 14 juillet 2016, Eric Caritoux avec l’aide de l’ancien Tour de France Raphaël Géminiani – fantastique coureur mais baratineur invétéré – nous raconte le malaise de Jean Malléjac sur les pentes surchauffées du géant de Provence. La question est posée par le journaliste de L’Equipe Philippe Brunel : La réputation du Ventoux comme col meurtrier a longtemps été liée au décès de Simpson en 1967. C’est toujours vrai ?

Eric Caritoux : « Avant lui, Malléjac en plein malaise était reparti à l’envers (en 1955) et c’est là aussi que Kubler (vainqueur du Tour 1950) a fini sa carrière. Géminiani me l’a raconté ! Il était dans sa roue et l’avait averti : ‘’Ferdi fais gaffe, le Ventoux c’est pas un col comme les autres’’ et Kubler avait répondu : ‘’Ferdi aussi, pas comme les autres’’. Mais il s’est effondré. »

Nous préférons comme toujours les commentaires des témoins visuels, en l’occurrence le journaliste Georges Pagnoud correspondant du Télégramme de Brest : « Le 18 juillet, lors de la onzième étape Marseille-Avignon (198 kilomètres), le Français Jean Malléjac (1929-2000), l’équipier tricolore de Louison Bobet (futur vainqueur de cette édition) est victime d’une terrible défaillance sur les pentes surchauffées du mont Ventoux.  

Il fallait lui desserrer les mâchoires 

Le journaliste Georges Pagnoud témoin de la scène, raconte : « Il fallait lui desserrer les mâchoires pour essayer de le faire boire et ce n’est qu’un quart d’heure plus tard, après qu’il eut reçu une piqûre de Solucamphre et respiré un ballon d’oxygène, que Malléjac sortit de son évanouissement. Transporté dans l’ambulance, il n’avait pas cependant recouvré complètement ses esprits. Il se débattait, gesticulait, criait, demandait son vélo, voulait sortir, si bien qu’il fallut l’attacher. »

Évacué vers une clinique d’Avignon, Malléjac fut soupçonné d’avoir pioché dans la boîte à pharmacie, mais il protesta véhémentement contre cette accusation. Une enquête judiciaire a même été ouverte, sans résultat d’ailleurs sauf la mise à l’écart d’un lampiste, le soigneur du grimpeur luxembourgeois Charly Gaul mais aussi de Malléjac. En 1981, soit vingt-cinq ans plus tard, le Breton niait toujours s’être dopé. Devant les caméras de télévision d’Antenne 2 et le micro de Jean-Paul Ollivier, il contestait cette accusation : « Je ne vois absolument pas pour quelle raison je serais allé me doper pour une étape aussi dure que celle du Ventoux. » Donc,  si l’on comprend bien Malléjac « la charge » s’avère tout juste suffisante pour un simple échauffement ! Le Gars de Landerneau aurait dû trouver autre chose pour espérer nous convaincre.

Malléjac 1

Mlléjac 2

 

 

 

 

 

 

 

 

Mallejac 3

Difficile au vu de ces trois photos de croire que Malléjac est « reparti à l’envers » à vélo ! C’est plutôt en ambulance que le Français a rejoint un bâtiment médicalisé en Avignon.

Ce n’est que deux ans après le Ventoux que l’Aigle d’Adliswil a pris sa retraite

 En ce qui concerne Ferdi Kubler ce n’est bien sûr pas le Ventoux qui a mis un terme à sa carrière puisque le Suisse sera encore coureur professionnel en 1956 et 1957.

ferdi kublerD’ailleurs, un mois après le TDF 1955, il finira 14e au Championnat du monde et le 11 mars 1956 remportera Milan-Turin.

A mon point de vue, je me répète, mais je préfère les faits, c’est-à-dire la réalité qui est toujours plus intéressante que la légende.