L’Equipe – Le Grand Bêtisier XXL continue…

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[publié le 18 février 2017]

En contradiction avec les faits, L’Equipe du 16 février 2017 nous raconte que Lance Armstrong a battu Marco Pantani au sommet du Ventoux, le 13 juillet, lors de la 12e étape du Tour de France 2000 !

Le 16 février dernier, Philippe Brunel nous propose un mastic de gros calibre. Son article intitulé : « Armstrong rattrapé par son passé » s’interroge sur l’utilisation par le Texan d’un vélo à moteur dès sa première victoire finale du Tour 1999.

Des performances artificielles

En place à L’Equipe depuis 1980, Brunel, qui a pourtant fait ses classes sous la houlette de Pierre Chany, une grande plume de la presse sportive, nous sort un résultat inversé inattendu…

Dans son article, l’ancien cycliste amateur de l’AC XXe devenu journaliste, afin d’accréditer sa thèse des performances artificielles du Sanglier d’Austin a listé quelques pistes :

1 – La vitesse de jambes : « On n’avait jamais vu un coureur tourner aussi vite les jambes en montagne, sans accroc, sans discordance dans la pédalée » (voir POST-IT sur la fable de la vitesse de jambes)

2 – Le fait qu’l batte des supergrimpeurs en montagne, notamment Marco Pantani, sur l’emblématique ascension du Géant de Provence : « Et sur le Ventoux, où avait-il (Armstrong) PUISÉ LA FORCE DE BATTRE Marco Pantani, le dopé, qui voyait en lui – de manière prophétique – non pas un coureur cycliste mais un ‘’personnage fictif’, un ‘’héros de bande dessinée’’, une sorte de ‘’Spiderman’’. »

Une bévue inexpliquable…

Cette bévue est d’autant plus étonnante que ce journaliste, fleuron de la rubrique vélo à L’Equipe, spécialiste du cyclisme transalpin, a publié après la mort de Pantani un livre complet sur le lauréat du Tour 1998. Rappelons la passe d’arme entre Marco Pantani et Lance Armstrong dans le final de la 12e étape Carpentras-Le Mont Ventoux le 13 juillet 2000.

A la télévision, en plan serré comme en large, on voit bien que, le petit Italien a du mal à suivre mais l’Américain – bien que plus fort  – ne lui dispute pas le sprint à fond. Et Pantani gagne l’étape !!!

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Au passage de la ligne d’arrivée, 1er Pantani, 2e Armstrong

classementTour de France 2000 – Les vainqueurs d’étape – Marco Pantani gagne la 12e devant Lance Armstrong

Le lendemain, dans L’Equipe du 17 février 2017 qui suit la publication du papier de Brunel sur l’éventuel vélo à moteur utilisé par le Cauchemar de Greg LeMond, on ne trouvera aucun errata. Visiblement, dans le quotidien basé à Boulogne-Billancourt, tout le monde s’en fout des lecteurs. Ou alors ils fonctionnent comme François Fillon : « N’avoue jamais » … que tu t’es planté.

POST-IT

Armstrong : la fable de la vitesse de jambes abracadabrantesque

Dès 1955, Jean Leulliot, un journaliste féru de technique cycliste, avait décrit à propos de Charly Gaul – un grimpeur exceptionnel souvent stimulé aux amphétamines – des cadences de pédalage de 110 à 115 tours-minute qui, quarante-quatre ans plus tard, ne seront pas dépassées par l’Américain :

Charly Gaul :

Texte du journaliste Jean Leulliot : « Charly Gaul est le seul coureur à qui le qualificatif de phénomène puisse être accordé. Le Luxembourgeois, âgé seulement de 22 ans, a adopté les principes des cyclotouristes et cela lui a réussi à merveille. Il pousse de petits développements et, grâce à un entraînement intensif, il tourne les jambes à une grande vitesse. Il ne pousse pas… il tourne. Sa cadence tours-minutes est beaucoup plus élevée que celle des autres coureurs. Le nombre de tours-pédales est de 60 tours-minutes, ce qui correspond aux pulsations du cœur. Or, Charly Gaul, quand il attaque dans un col, tourne à 110 ou 115 et sur le plat il tourne à 70-75. L’emploi des petits développements lui donne une efficacité fantastique dans ses démarrages en montagne. Il n’est pas rare de le voir employer 47 x 25, soit 3,95 m en montagne, alors qu’en ce passage Louison Bobet employait 47 x 21, soit 4,70 m.Presque toujours, Gaul s’est servi de 50 centimètres de moins que le champion du monde. » [Route et Piste, 03.08.1955]

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Charly Gaul dans le col du Galibier, Tour de France 1955

Lance Armstrong :

Lance Armstrong évoque souvent l’augmentation de sa fréquence de pédalage pour expliquer sa force, notamment en montagne : « C’est comme si on disait à quelqu’un qui n’a jamais utilisé un ordinateur qu’il suffisait d’appuyer sur les touches pour savoir s’en servir. On a beaucoup dit qu’il effectuait 110 ou 115 coups de pédale par minute mais, pendant le contre-la-montre entre Fribourg et Mulhouse (Tour 2000), il tournait plutôt à 100 à 105 coups de pédales à la minute. » [Antoine Vayer. Le Monde, 22.07.2000]

Des bourdes à répétition

 Ce coup de moins bien de Brunel va être précédé d’une bourde de très haut niveau le 10 octobre dernier, signée par un autre rédacteur du fameux quotidien sportif et qui évoque la sortie involontaire et définitive de Ronaldo, le footballeur brésilien lors de la finale du Mondial 1998 au Stade de France.

Ainsi, selon ce journaliste sportif, le Fenomeno – l’attaquant vedette de la Seleçao – aurait quitté le terrain en plein match pour avoir fait une crise d’épilepsie provoquée par des infiltrations de corticoïdes quelques heures avant le début de la rencontre.

La bévue était tellement énorme que l’on pouvait penser qu’il l’avait fait exprès !

Visiblement, à L’Equipe, on a la mémoire qui flanche.

Méforme passagère ou mal plus profond ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TDF – Le chiffre remarquable : 140

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Dans un texte sur Lucien Aimar, lauréat du Tour 1966, publié L’Equipe le 22 juillet dernier, il est rappelé que dans la descente du Ventoux en 1967, Lulu s’est fait chronométrer à 140 km/h.

C’est plus facile de lâcher les freins sur une route avec zéro circulation. En effet dans la Grande Boucle, sécurisée a priori à 100%, il est impossible de se retrouver nez à nez avec un véhicule débouchant d’un virage en sens inverse.

De même, la position du descendeur  des années 1960 n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Alors que Chris Froome vainqueur le 9 juillet dernier de la 8e étape Pau-Bagnères-de-Luchon en descente (col de Peyresourde) ne dépassait pas, malgré sa position aérodynamique, les 90 km/h.

Peut-on croire à la réalité de cette pointe maximale de 140 km/h réalisée par le Hyérois ?

LUCIEN AIMAR

Lucien Aimar

 

 

Ventoux – Défaillance de Jean Malléjac et arrêt de carrière de Kubler. L’Equipe nous la raconte !

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Le 18 juillet 1955, le Ventoux est au menu des géants de la route. La montée s’effectue par Bédoin, le versant sud, le plus dur surtout lorsque le soleil tape. Dans L’Equipe du 14 juillet 2016, Eric Caritoux avec l’aide de l’ancien Tour de France Raphaël Géminiani – fantastique coureur mais baratineur invétéré – nous raconte le malaise de Jean Malléjac sur les pentes surchauffées du géant de Provence. La question est posée par le journaliste de L’Equipe Philippe Brunel : La réputation du Ventoux comme col meurtrier a longtemps été liée au décès de Simpson en 1967. C’est toujours vrai ?

Eric Caritoux : « Avant lui, Malléjac en plein malaise était reparti à l’envers (en 1955) et c’est là aussi que Kubler (vainqueur du Tour 1950) a fini sa carrière. Géminiani me l’a raconté ! Il était dans sa roue et l’avait averti : ‘’Ferdi fais gaffe, le Ventoux c’est pas un col comme les autres’’ et Kubler avait répondu : ‘’Ferdi aussi, pas comme les autres’’. Mais il s’est effondré. »

Nous préférons comme toujours les commentaires des témoins visuels, en l’occurrence le journaliste Georges Pagnoud correspondant du Télégramme de Brest : « Le 18 juillet, lors de la onzième étape Marseille-Avignon (198 kilomètres), le Français Jean Malléjac (1929-2000), l’équipier tricolore de Louison Bobet (futur vainqueur de cette édition) est victime d’une terrible défaillance sur les pentes surchauffées du mont Ventoux.  

Il fallait lui desserrer les mâchoires 

Le journaliste Georges Pagnoud témoin de la scène, raconte : « Il fallait lui desserrer les mâchoires pour essayer de le faire boire et ce n’est qu’un quart d’heure plus tard, après qu’il eut reçu une piqûre de Solucamphre et respiré un ballon d’oxygène, que Malléjac sortit de son évanouissement. Transporté dans l’ambulance, il n’avait pas cependant recouvré complètement ses esprits. Il se débattait, gesticulait, criait, demandait son vélo, voulait sortir, si bien qu’il fallut l’attacher. »

Évacué vers une clinique d’Avignon, Malléjac fut soupçonné d’avoir pioché dans la boîte à pharmacie, mais il protesta véhémentement contre cette accusation. Une enquête judiciaire a même été ouverte, sans résultat d’ailleurs sauf la mise à l’écart d’un lampiste, le soigneur du grimpeur luxembourgeois Charly Gaul mais aussi de Malléjac. En 1981, soit vingt-cinq ans plus tard, le Breton niait toujours s’être dopé. Devant les caméras de télévision d’Antenne 2 et le micro de Jean-Paul Ollivier, il contestait cette accusation : « Je ne vois absolument pas pour quelle raison je serais allé me doper pour une étape aussi dure que celle du Ventoux. » Donc,  si l’on comprend bien Malléjac « la charge » s’avère tout juste suffisante pour un simple échauffement ! Le Gars de Landerneau aurait dû trouver autre chose pour espérer nous convaincre.

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Difficile au vu de ces trois photos de croire que Malléjac est « reparti à l’envers » à vélo ! C’est plutôt en ambulance que le Français a rejoint un bâtiment médicalisé en Avignon.

Ce n’est que deux ans après le Ventoux que l’Aigle d’Adliswil a pris sa retraite

 En ce qui concerne Ferdi Kubler ce n’est bien sûr pas le Ventoux qui a mis un terme à sa carrière puisque le Suisse sera encore coureur professionnel en 1956 et 1957.

ferdi kublerD’ailleurs, un mois après le TDF 1955, il finira 14e au Championnat du monde et le 11 mars 1956 remportera Milan-Turin.

A mon point de vue, je me répète, mais je préfère les faits, c’est-à-dire la réalité qui est toujours plus intéressante que la légende.

Tour de France – Le vent joue les perturbateurs sur le Ventoux

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Ce n’est pas la première fois que le zéphire s’invite de façon tonitruante dans la Grande Boucle au point d’obliger les organisateurs à neutraliser, voire à modifier, une partie du parcours.

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Le mont Ventoux dit aussi mont chauve

C’est Jacques Goddet, l’ancien patron de la course entre 1947 et 1987, qui signale dans ses mémoires, à cause du vent, la neutralisation de la 11e étape Montpellier-Argelès-sur-Mer du Tour 1973 :

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Face au vent, dans les roues,  »on se la coule »

 

« Le meilleur règlement du monde est bien incapable de tout prévoir à l’intérieur d’un sport confronté à tant d’impondérables. Je me rap­pelle qu’en 1973, durant l’étape Montpellier-Argelès-sur-Mer, nous dûmes, Félix Lévitan et moi, prendre, avec l’accord du président du jury, une décision imprévisible, totalement anormale: accorder le droit, plus exactement ordonner, à tous les coureurs de rouler collés aux voi­tures suiveuses, disposées à cet effet en file serrée sur le côté de la route où soufflait le vent, formant ainsi un rempart. Une tramontane de cyclone s’était levée ! Il était devenu indispensable de s’abriter contre son souffle dévastateur, si violent qu’il clouait littéralement sur la route nos pourtant vaillants pédaleurs. La course fut ainsi neutralisée. Nous risquions en effet de ne pas pouvoir joindre notre ville-étape, ou tout au moins d’y parvenir à une heure où la fée TV se fût évaporée de la ligne d’arrivée. Le peloton entier se fût-il auto-éliminé ? Ce fut en tout cas le spectacle le plus insolite jamais vu dans mes cinquante-trois Tours! Les spectateurs, réfugiés derrière les platanes pour ne pas être balayés, sem­blèrent en comprendre le pourquoi. » [Jacques Goddet. – L’Équipée belle. – Paris, éd. Robert Laffont-Stock, 1991. – 526 p (p 188)]