Tour de France 1950 – Zaaf, entre amphétamines, chaleur accablante et fausse-cuite mémorable

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C’est en 1950, au pied d’un platane, à 29 km des Arènes de Nîmes, que naît la légende de la  »cuite » de Zaaf

En réalité, c’est un trio de paramètres qui déclenche l’insolation et la défaillance :

  • Chaleur saharienne entre Perpignan et Nîmes.
  • Effort énergétique intense : échappée à deux, à partir du 68e km et ce – pour Zaaf – pendant 90 km (15’ 40 d’avance au 162e km).
  • Absorption de nombreux comprimés d’amphétamines au départ de la 13e étape (témoignage d’un coéquipier et de Zaaf lui-même).

Ces trois facteurs se sont potentialisés pour provoquer une hyperthermie (insolation). Le tout provoquant chute et désorientation.

La présence du vin varie suivant les témoignages et la propre version de Zaaf. S’il a été pris en cours d’étape, il n’a pu que précipiter et intensifier la défaillance. Il faut rappeler que ce genre de coup de moins bien par forte chaleur et prise d’amphétamines, n’était pas rare à l’époque des années 1950-1970.

Par exemple, la veille, le lauréat de la 12e étape St-Gaudens-Perpignan, Maurice Blomme, selon la chronique de But et Club : « va terminer exténué. Il est tombé trois fois au cours des deux derniers kilomètres. La 3e fois à quatre mètres de la ligne d’arrivée où on l’a porté pour qu’il puisse être classé. » [But et Club, 1950, n° 249, 28 juillet, p 11]

Toujours lors de la 12e étape, le 26 juillet, le jeune Luxembourgeois Henri Kellen victime d’un coup de chaleur, abandonne. Un mois plus tard, il décédera à l’hôpital de Ruti des suites d’une insolation en course durant le critérium de Rapperswill (Suisse), il avait 23 ans 4 mois.

D’autres défaillances gravissimes, voire mortelles, vont suivre. En 1952, deux cyclistes amateurs décèdent en course (amphets + chaleur) ; en 1955 dans le Ventoux, Jean Malléjac s’en sort de justesse (toujours amphets + chaleur) ; en 1960, à Rome, un cycliste danois s’écroule victime du dopage et de la chaleur ; en 1967, c’est au tour de Tom Simpson de décéder sur les pentes du Ventoux, là aussi les amphets, la chaleur et l’alcool font partie du cocktail fatal.

POST-IT – Pour être complet sur la surchauffe corporelle boostée par l’association de l’effort sous forte chaleur, il faut rappeler qu’à 40 km/h à vélo, le déplacement d’air lié à la vitesse permet – grâce aux mécanismes de transpiration et de convection – d’empêcher la surchauffe du corps.

L’insolation se voit plus fréquemment chez le coureur à pied d’endurance en raison de son déplacement moins rapide. Sauf si le cycliste, lui, se charge aux amphets ! Ajoutons que pour un Géant de la Route en mauvaise condition physique, sur une ascension longue et pentue, sa vitesse devenant identique à celle d’un coureur à pied, il s’expose à une surchauffe du moteur avec une défaillance plus ou moins sévère à la clé.

Finalement il a fallu beaucoup de temps pour que le monde du vélo comprenne que les amphétamines par forte chaleur, ce n’était pas la bonne méthode pour performer et rester en bonne santé.

Après un premier très court essai sur le Tour de France 1948 (abandon à la première étape), deux ans plus tard, Abd-El-Kader Zaaf dispute la Grande Boucle avec la première équipe nord-africaine et acheva sa carrière en 1955. En 1950, il fut le principal acteur de ce qu’on appelle toujours « l’affaire Zaaf ».

Zaaf appartient désormais à l’histoire du cyclisme ou, du moins, à son côté folklorique. Cette année-là, l’Algérien originaire de Chebli dans l’Algérois, le 27 juillet 1950 lors de la 13e étape menant les coureurs de Perpignan à Nîmes, est victime d’une défaillance à une trentaine de kilomètres de l’arrivée de la capitale gardoise. Dans un premier temps, il zigzague, s’arrête, repart en sens inverse pour, finalement, s’écrouler comme une masse dans le fossé.

Les suiveurs de la course, accourus, constatent qu’il empeste l’alcool comme s’il avait pris une « biture » carabinée. De ce fait, va naître la romance de la fausse « cuite du père Zaaf ». Ahmed Kebaili [Miroir du Cyclisme, 1970, n° 125, mars-avril, p 26], son coéquipier de l’équipe nord-africaine, témoin privilégié, inamovible compagnon de chambre et futur président de la Fédération algérienne de cyclisme, raconte : « Zaaf avait toujours un tube de « comprimés» (stimulants à base d’amphétamines) sur lui pour les cas d’extrême urgence. Et son raisonnement était le suivant : plus t’en prends, plus tu marches…  Alors il en prit une vingtaine en pensant que, là, il allait réellement « casser la baraque ». Sur la route, un brave paysan lui tendit une bouteille de vin blanc pour le rafraîchir. Abd-El-Kader crut en voyant la couleur, que c’était tout bonnement de l’eau et s’en aspergea la tête. Quand on le releva dans le fossé à moitié mort, bien sûr il puait la vinasse mais ce n’était pas ce que les gens ont cru. Et il a préféré laisser courir la légende parce qu’il avait un sens assez poussé de la publicité. En Bretagne il avait été adopté et le matin quand les Bretons prenaient leur petit blanc à la campagne, eh bien ils ne disaient plus « donnez-moi un blanc » mais « donnez-moi un Zaaf ». Cela suffit largement pour établir une notoriété et asseoir une réputation ! Mais il ne faut pas oublier qu’il était resté quand même douze heures dans le coma et que si on en a rigolé par la suite il faillit quand même bien laisser sa peau dans cette histoire. »

La réalité du coma d’une demi-journée paraît difficile à croire, surtout lorsque la chronique de l’époque rapporte qu’à l’hôpital de Nîmes, dans la nuit, la fièvre [Ndla : due à l’insolation] tombait rapidement et le pouls redevenait normal. À six heures du matin, Zaaf, frais comme un gardon, sautait le mur et déambulait en tenue de coureur dans les rues de la ville, à la recherche du lieu de départ de l’étape :

Tu ne peux plus repartir puisque tu n’as pas terminé l’étape hier, lui fit-on observer, tu étais dans la voiture-ambulance pour les 29 derniers kilomètres.

Qu’à cela ne tienne, répondit-il, ces 29 kilomètres, je vais les couvrir tout de suite, tout seul et je pourrai ensuite prendre le départ. On lui opposa que le règlement du Tour ne pouvait autoriser une telle dérogation. »

Marcel Thémar, manager général du Tour, autre témoin privilégié, confirme le souhait de Zaaf de reprendre la course même avec un handicap de 29 kilomètres (*) : « Oh ! Quelle histoire ! la veille, il avait fallu le conduire à l’hôpital en ambulance, après son abandon. Il était mourant. On lui faisait des piqûres d’huile camphrée et les infirmières se demandaient s’il allait passer la nuit. Entre Perpignan et Nîmes, Zaaf avait été foudroyé par le soleil et par le vin. Apollon et Bacchus… Le lendemain, bien entendu, c’est par lui que je commence mes visites. Qu’est-ce que je vois devant l’hôpital ? Mon Zaaf en maillot gris, l’œil frais, la bicyclette à la main. Il demandait partout le chemin des Arènes pour prendre le départ.

– Mais tu ne peux pas partir Zaaf ! Hier, tu as eu un coup de bambou. Tu es tombé d’un seul coup comme un arbre, à vingt-neuf kilomètres de l’arrivée.

– Ça ne fait rien, monsieur Thémar. Aujourd’hui, ça va, je me sens mieux. Pour les vingt-neuf kilomètres, je suis prêt à les refaire ce matin, avant le départ…

Il a fallu s’expliquer, moitié en arabe, moitié en français. Je lui disais que le règlement, malheureusement, est impitoyable, qu’on ne peut pas s’arrêter comme ça en route et repartir le lendemain, mais que lui, Abd-El-Kader Zaaf, avait montré qu’il était un grand coureur, qu’il avait maintenant l’expérience du Tour, pour une autre fois, et qu’au fond c’était la sagesse, ce règlement qui le clouait à Nîmes.

– Oui ! Oui ! répétait Zaaf convaincu. Inch’Allah ! C’est la sagesse. »

(*) Pierre Macaigne. – Le Tour de France en prise directe. – Paris, éd. de Paris, 1951. – 192 p (p 141)]

Avant de solliciter la version de Zaaf lui-même, rappelons que les amphétamines (comprimés consommés par l’Algérien) rendent leur utilisateur amnésique et menteur ; il faut donc savoir en tenir compte lorsqu’un sportif doit apporter sa propre vision des faits.

En 1982, Zaaf était venu à Paris se faire soigner pour une maladie des yeux. A cette occasion, il avait accordé une interview au magazine Vélo (**), dans laquelle il avait une bonne fois pour toutes donné sa vérité (la vérité !) sur son fameux abandon dans l’étape Perpignan-Nîmes du Tour 1950. Écoutons ses explications, recueillies à l’époque par Georges Pagnoud : « Tu vas encore me parler de la fameuse étape Perpignan-Nîmes du Tour de France 1950. Ce qu’on a pu en dire des bêtises à ce propos ! Ça se passait le lendemain de l’abandon des Italiens dans les Pyrénées.

Ce jour-là, avec mon copain Marcel Molinès, nous avons attaqué dès le départ. Et pris jusqu’à 25 minutes d’avance (en réalité 16 minutes). A 20 km de l’arrivée (en réalité à 30 km), un type m’a donné à boire. J’ai accepté parce qu’il faisait aussi chaud que dans le désert. Je ne suis pas un chameau, moi. J’ai commencé à zigzaguer. Puis je suis tombé. Je me suis relevé. J’ai repris ma bicyclette. Encore fait un bout de chemin avant de retomber. La troisième fois, j’étais KO dans le fossé. Je suis quand même reparti, mais en sens contraire. Oh ! Pas longtemps, quelques mètres. Ça n’a pas empêché certains suiveurs de prétendre que j’étais saoul. Évidemment, je sentais un peu le pinard, mais c’était surtout parce qu’on m’avait aspergé le visage avec une bouteille. Oui, je te le demande, tu crois que j’aurais fait 200 km à 42 à l’heure (Ndla : en réalité Molinès a remporté l’étape à la moyenne de 33,6 km/h) si j’avais été saoul ?

Afin d’accréditer la thèse de la fausse cuite, certains chroniqueurs vont même jusqu’à affirmer qu’il n’avait jamais bu d’alcool de sa vie. C’est, par exemple, Abel Michéa – l’envoyé spécial de l’Humanité – qui le raconte à Nounouchette (personnage qu’il a créé en 1947), dans un ouvrage sur le Tour de France (***) : « Et aussi l’histoire officielle de cette fameuse biture. Eh bien moi, mon aimée, je te dis que le père Zaaf, il n’a jamais bu une goutte de vin… C’était en 1950, l’étape Perpignan-Nîmes (…) Si tu avais vu Zaaf tanguer sur la route, la balayer, éviter… un platane avant de s’écrouler dans un fossé, en bordure de vignoble. Et il allait peut-être bien tomber dans les pommes quand un vigneron lui passa sa gourde. Zaaf ne buvait pas de vin mais il s’aspergea le visage, la nuque. A tel point que, quand on s’empressa autour de lui, il puait le pinard. Et tout aussitôt naquit la légende de la biture sensationnelle. »

(**) Vélo, 1982, n° 164, mars, p 39

(***) Histoires drôles et drôles d’histoires du Tour de France. – Paris, éd. 2000, 1970. – 219 p (pp 59-62)

En contradiction avec Michéa, un autre équipier de Zaaf, Marcel Zelasco, présent lui aussi sur le Tour 1950, apporte son témoignage (****) qui tord le cou à la prétendue sobriété du casseur de baraques : « Zaaf, ce sacré flingueur, mais il ne fallait pas oublier qu’il roulait sec l’Abdelkader ! Ce n’est pas par hasard qu’il fit 3e d’un Manche-Océan et obtint une très bonne place aux Nations. C’est vrai que parfois il ne marchait pas très droit et je me souviens, quand j’étais derrière lui et qu’il buvait un coup à son bidon, je recevais des éclaboussures de « Pinard ». Zaaf mettait du « Sidi Brahim » dans ses deux bidons et bourré de sucre en plus ! Il carburait le père Zaaf ! »

Au final, deux thèses s’affrontent. Première version : un spectateur lui a passé une bouteille contenant du vin (blanc) et pour faire bonne mesure, il a été aspergé par du gros rouge pour le ranimer de sa défaillance. Ou alors, l’hypothèse la plus probable, les bidons de Zaaf contenaient déjà du vin comme cela se pratiquait couramment dans le peloton de l’époque et, ainsi, l’effort associé aux amphétamines et à la chaleur, le coup de bambou était inévitable. Un scénario voisin de celui de l’Anglais Tom Simpson en 1967 sur les pentes du Mont Chauve. Mais là, le coup de massue a été fatal au champion du monde 1965.

(****) Coups de Pédales, 1989, n° 15, septembre-octobre, p 9

En fichier joint (PDF) – Morceaux choisis sur la vraie-fausse cuite et le demi-tour du Casseur de Baraque

Tour de France : l’impact positif du vélo sur la longévité et comme antidote efficace des effets collatéraux du dopage

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Suite à l’article paru sur ce blog le 21 janvier : Tour de France – Durée de vie et statistiques : le doute peut se comprendre, pas l’interprétation erronée et malveillante

Afin d’éviter toute confusion liée à des biais de comparaison, il est indispensable de bien distinguer durée de vie et espérance de vie.

  • L’espérance de vie correspond à l’espérance de vie à la naissance. En France, pour un homme né en 2024, elle est estimée à 80 ans selon les données démographiques les plus récentes de l’INSEE.
  • La durée de vie, en revanche, renvoie à l’âge moyen au décès. En 2024, la Base nationale de suivi de la population (BNSP) de l’INSEE indique une durée de vie moyenne de 75 ans et 8 mois pour les hommes.

Les durées de vie publiées dans le blog concernent précisément cet âge moyen au décès. En comparant, sur une dizaine d’années, la durée de vie de la population masculine française à celle des cyclistes ayant participé au Tour de France, on observe un allongement moyen d’environ 7 ans en faveur de ces derniers.

Les risques sanitaires du dopage : un dogme sans fondement scientifique solide

Les risques du dopage pour la santé constituent un dogme apparu au début de la lutte antidopage et encore largement véhiculé aujourd’hui, souvent sans preuves scientifiques robustes. Ce discours est principalement porté par des représentants d’institutions antidopage qui, pour beaucoup, ne possèdent aucune qualification médicale.

Dès les années 1960, l’objectif principal de la lutte antidopage — notamment dans le cyclisme — était de dissuader par la peur, en affirmant que :

  • les produits améliorant la performance étaient inefficaces ;
  • leurs effets secondaires réduisaient la durée de vie.

Or, empiriquement, les sportifs ont rapidement constaté l’inverse :

  • ces substances amélioraient effectivement les performances ;
  • ils côtoyaient d’anciens coureurs tout à fait dispos.

Faute d’études scientifiques validées par la communauté internationale, ces affirmations ont rapidement discrédité la lutte antidopage auprès du milieu sportif.


Longévité des coureurs du Tour de France : un constat historique

Après un travail de compilation minutieux auprès des services d’état civil des communes — un véritable travail de bénédictin — portant sur l’ensemble des coureurs du Tour de France depuis 1903, il apparaît que :

  • pour la période 1903–1939 (tous les coureurs étant aujourd’hui décédés), la durée de vie moyenne des coureurs est nettement supérieure à celle de la population masculine française ;
  • cet avantage persiste pour les générations suivantes, notamment depuis 1947, avec les décès observés chez les coureurs actifs dans les années 1950–1960.

Il est important de rappeler que le peloton était majoritairement français :

  • à 75 % entre 1903 et 1914 ;
  • encore 48 % entre 1919 et 1939.

Le dopage a toujours existé dès lors qu’il y a compétition : dès le premier Tour de France en 1903, des stimulants tels que la caféine, l’alcool, la cocaïne ou la strychnine étaient utilisés. La « course aux armements » pharmacologiques s’est maintenue sans temps mort. Pourtant, l’hécatombe sanitaire annoncée par les Cassandres de la lutte antidopage ne s’est jamais matérialisée.

Il est donc possible d’affirmer, sans déformer la réalité, que la pratique du cyclisme professionnel au plus haut niveau a, sur le plan sanitaire, un effet globalement favorable, compensant largement les effets négatifs supposés des produits dopants.


Limites des exemples individuels et biais statistiques

Le décès prématuré de certains sportifs (par exemple Jacques Anquetil à 53 ans ou Laurent Fignon à 50 ans) ne permet en aucun cas de tirer des conclusions générales. En statistique, il s’agit de cas anecdotiques, dénués de valeur démonstrative.

Entre le début des années 1950 et l’instauration officielle de la lutte antidopage (1965 en France, 1968 pour les Jeux olympiques), le recours aux amphétamines — réputées dangereuses — était généralisé dans de nombreux sports (cyclisme, alpinisme, voile, rugby, football, etc.). Pourtant, le peloton cycliste des Tours des France des années 1950–1960 présente une longévité exceptionnelle, avec un nombre de nonagénaires quatre fois supérieur à celui observé dans la population générale.


L’utopie d’une étude prospective « dopés vs non-dopés »

Comparer des cyclistes professionnels dopés à des cyclistes professionnels non dopés relève de l’utopie méthodologique. Comment constituer ces groupes ? Sur la base de déclarations individuelles ? Par ailleurs, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) émettrait un avis défavorable, et le Comité de protection des personnes (CPP) interdirait une telle expérimentation sur la durée.

Le dopage est efficace et, aujourd’hui, l’ensemble des cyclistes professionnels est médicalisé dans un objectif de performance. Il est donc impossible d’imaginer une étude prospective comparant un groupe « soigné » à un groupe « non soigné » sur une carrière entière, puis durant la retraite, soit sur plus de 60 ans.


Comparaison avec d’autres sports

Dans d’autres disciplines de haut niveau, on observe en revanche des durées de vie nettement réduites, en raison :

  • des traumatismes répétés (football américain, rugby, boxe, hockey sur glace) ;
  • de la suralimentation (sumo) ;
  • ou de formes extrêmes de dopage (culturisme, avec polydopage et cures prolongées d’anabolisants).

Durée de vie de référence (population masculine française 2024) : 75 ans et 8 mois

  • Cyclisme (Tour de France) : 82 ans et 10 mois (+7 ans et 2 mois) – Étude Dr JPDM, 2025
  • Course à pied : +3 à +7 ans – Journal of Sports Sciences, 2012
  • Football américain : –10 à –15 ans
  • Bodybuilding : –5 à –15 ans
  • Sumo : –8 à –12 ans
  • Boxe : –5 à –10 ans
  • Rugby : –3 à –7 ans

Une carence majeure des institutions sportives

Ce qui demeure le plus inadmissible est l’absence quasi totale d’études rétrospectives sur la longévité des sportifs de haut niveau menées par les fédérations internationales. On ne dispose d’aucune donnée solide sur la durée de vie des tennismen du top 100, des nageurs, des footballeurs, des haltérophiles ou des lanceurs de poids. Les ministères des Sports sont également absents sur ce terrain de recherche. Depuis cinquante ans, mon objectif est de contribuer à la diffusion des connaissances auprès de mes lecteurs, tout en approfondissant moi-même ces questions.


  • Au début des années 2000, la réglementation antidopage introduit le système des AUT (autorisations d’usage à des fins thérapeutiques). Celui-ci reconnaît que certains athlètes peuvent avoir besoin, pour raisons médicales, de substances pourtant inscrites sur la liste des produits interdits.
  • Par un paradoxe frappant, ces substances perdraient soudainement leurs effets délétères dès lors qu’elles sont utilisées dans le cadre d’une AUT. Cette dérive a notamment permis à Serena Williams de bénéficier de neuf AUT au cours de sa carrière.
  • Ainsi, des produits considérés comme dangereux pour la santé deviennent, par décision réglementaire, inoffensifs dès lors qu’ils sont médicalement autorisés. Un paradoxe majeur pour une lutte antidopage qui se revendique garante de la santé des sportifs.

Football – CAN 2025 – Doping to lose : trois joueurs sénégalais ont eu des malaises sérieux juste avant ou pendant la finale

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Ce genre de défaillance inexpliquée, dans le jargon de la compétition, est connu sous la métaphore : doping to lose (doping pour perdre)

Qu’un joueur se sente mal avant un match pour le titre, cela peut se concevoir. En revanche, trois d’un coup, c’est pour le moins étrange, sauf si on compulse des histoires similaires de footballeurs sélectionnés et engagés dans un tournoi de haut niveau, donc en pleine forme physique jusque-là… et qui sont victimes de problèmes de santé inattendus les laissant inaptes à jouer.

Faits avérés

  • Plusieurs joueurs sénégalais sont tombés malades avant  /pendant la finale.
  • Les examens médicaux n’ont trouvé aucune cause claire.
  • Il y a eu des tensions logistiques et de sécurité autour du voyage et de l’accueil de l’équipe sénégalaise.

Éléments incertains

  • L’origine exacte des symptômes des joueurs n’est pas expliquée
  • Il n’existe aucune enquête publique indépendante révélant une intoxication volontaire.

Rumeurs malveillantes

  • L’idée que les joueurs sénégalais auraient été empoisonnés délibérément par des Marocains n’est pas étayée par des preuves fiables.

Conclusion

  • Il y a eu des malaises inexplicables chez plusieurs joueurs sénégalais lors de la finale de la CAN 2025
  • Aucune preuve officielle ne confirme un empoisonnement volontaire,
  • La suspicion d’un acte type doping to lose est légitime dans la mesure où trois joueurs d’une équipe ont été out le même jour en raison de mystérieux malaises.

Par le passé, régulièrement, des affaires de doping to lose ont émaillé des rencontres de haut niveau, notamment dans les sports d’équipe et plus spécialement dans le football.

Dans mon Dictionnaire du dopage, le dossier consacré au thème Doping to lose est particulièrement fourni avec des affaires remontant déjà à la fin du 19e siècle, au tout début des compétitions en boxe, cyclisme ou hippisme !

En fichier PDF – Quelques exemples en football de ces pratiques destinées à amoindrir l’adversaire

Tour de France – Durée de vie et statistiques : le doute peut se comprendre, pas l’interprétation erronée et malveillante

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Réponse à un ultracrépidarien

Le doute est légitime. En revanche, le commentaire fielleux sur mes travaux actuels l’est beaucoup moins, d’autant plus lorsqu’il s’exprime sous pseudonyme – un procédé qui n’est pas sans rappeler les corbeaux des affaires judiciaires.

En novembre 1998, dans le contexte de l’affaire Festina, Le Nouvel Observateur publiait une enquête portant sur l’ensemble des cyclistes français ayant participé au Tour de France depuis 1947, soit 677 coureurs sur 52 éditions.

Ma contribution s’est strictement limitée à la fourniture de mes archives d’état civil des coureurs, ainsi que, lorsque je les connaissais, des causes de décès. Je n’ai jamais été sollicité pour commenter les résultats ni pour leur donner une interprétation. L’analyse statistique avait été réalisée par deux biostatisticiens reconnus.

Malgré la forte médiatisation de cette enquête — qui fit la couverture de l’hebdomadaire — et la multiplication des interventions médiatiques du journaliste, je n’ai, pour ma part, jamais été invité à m’exprimer. Le dossier intitulé « Quand le sport tue » était en outre associé à une émission de France 2, « Faut-il sacrifier la santé à la performance ? », à laquelle je n’ai pas davantage été convié, alors même que j’intervenais régulièrement sur les questions de dopage. En réalité, je n’étais qu’un maillon périphérique de cette enquête.

Lorsque, quelques années plus tard, plusieurs études — dont une de l’INSERM — sont venues contredire les conclusions du Nouvel Observateur en montrant une longévité supérieure des coureurs du Tour, je n’ai jamais contesté ces résultats favorables.

Parallèlement, je n’ai cessé d’enrichir la base de données d’état civil des coureurs ayant participé au Tour depuis 1903. À partir de 2019, alors qu’il ne restait plus que deux survivants du Tour 1947, j’ai entrepris une étude exhaustive portant non plus sur une espérance de vie extrapolée, mais sur la durée de vie réelle de l’ensemble du peloton.

Il ne s’agissait donc plus de projections de pathologies cardiovasculaires à partir de quelques cas isolés, mais d’une analyse complète fondée sur des données définitives. Contrairement à ce qu’affirme ce compte anonyme, la méthode employée n’a donc rien de commun avec celle de 1998.

Depuis la première publication en 2019 sur la durée de vie des coureurs du Tour 1947, onze autres études ont suivi, toutes basées sur les actes d’état civil officiels. Ces dates et lieux sont systématiquement publiés dans ce blog, permettant à chacun de vérifier l’exactitude des calculs et des pourcentages.

Les résultats les plus récents, portant sur la période 2022-2025, montrent que :

  • la durée de vie moyenne des coureurs du Tour est supérieure de 7 ans et 2 mois à celle de la population masculine générale ;
  • le nombre de nonagénaires y est quatre fois plus élevé.

Pendant sept années, aucun élément critiquable n’a été soulevé à propos de ces travaux. Aujourd’hui, alors que toutes les données sont accessibles et vérifiables, ce compte anonyme choisit l’attaque gratuite. Qu’un twitto anonyme refuse de croire à mes statistiques peu me chaut ! Les chiffres, eux, sont réels, publics et contrôlables.

Je revendique le droit à la remise en question et j’actualise régulièrement mon travail lorsque des informations deviennent obsolètes. Je pratique moi-même la critique — de livres, de personnes ou d’institutions — mais toujours sur la base d’arguments étayés, jamais sur des impressions subjectives répétées à l’envi.

À mon niveau, je mène un travail d’enquête que des institutions comme le Tour de France ou l’Union cycliste internationale (UCI) auraient dû initier depuis longtemps. Les études médicales sérieuses sur ces sportifs de très haut niveau sont inexistantes, alors qu’ils constituent un terrain d’observation exceptionnel : hommes jeunes, activité physique extrême, alimentation spécifique, suivi médical particulier.

Des études scientifiques validées, anonymisées, pourraient apporter une contribution majeure à la connaissance de la physiologie du sportif. Qui s’en préoccupe réellement ?

Depuis que je publie ces données sur la durée de vie des coureurs du Tour de France, personne n’en a sérieusement contesté les résultats, sauf… un pseudo !

Dopage – Projet de loi : les valises sur la sellette

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Quand les valoches passent au contrôle

1952 : tests salivaires ainsi que contrôle des bidons et musettes (Fédération française de cyclisme)

1965 : introduction des tests urinaires

1997 : contrôle sanguin de l’hématocrite

Début des années 2000 : mise en place des AUT (Autorisations d’usage à des fins thérapeutiques), inscrites dans le Code mondial antidopage depuis 2004, après la « justification thérapeutique » (JT) instaurée par la France en 1991
→ Si les règles reconnaissent que certains athlètes peuvent avoir besoin de médicaments interdits pour raisons médicales, cette possibilité est largement détournée à des fins dopantes (exemple emblématique : Serena Williams a bénéficié de neuf AUT au cours de sa carrière).

2005 : système de localisation « No-Shows » (ADAMS), d’abord réservé au cyclisme et à l’athlétisme, puis étendu en 2009 aux sports collectifs et au tennis. Les sportifs doivent indiquer quotidiennement, pour les trois mois à venir, un lieu et un créneau horaire (entre 5 h et 23 h) durant lequel ils peuvent être contrôlés.

2008 : passeport biologique, fondé sur la surveillance régulière des constantes sanguines.

La fouille et l’inspection des valises devraient ainsi être autorisées dans les prochains mois.

Dès juillet 1998, au moment de l’affaire Festina, j’expliquais dans Ouest-France qu’il fallait changer de braquet pour coincer les tricheurs :

« Il faut remplacer les contrôles des urines par celui des valises » (Ouest-France, 17 juillet 1998). Dans le même esprit, j’insistais quelques semaines plus tard dans l’hebdomadaire suisse Info Dimanche : « Au Tour de France 1998, les contrôles antidopage ont donné 0 % de cas positifs. Le contrôle des valises par la police : 100 % ! » (Info Dimanche, 27 septembre 1998). Quatre ans plus tard, je réitérais dans Le Figaro : « Il faut fouiller les valises, pas les urines » (Le Figaro, 26 août 2002).

Entre 2013 et 2020, les cas positifs ont oscillé entre 0,67 % et 1,32 %, tandis que les sanctions effectives variaient entre 0,45 % et 0,81 %. Un bilan tout simplement pathétique.

Tous les experts indépendants savent qu’en 2026, 100 % des athlètes de haut niveau sont médicalisés à coups de poudres, de cachets et d’injections.
Cela ne signifie pas que 100 % des sportifs consomment des substances illicites, mais face aux failles béantes du système antidopage — et au nombre considérable de produits dopants non recherchés, à l’entraînement comme en compétition — on comprend pourquoi une lutte affichant à peine 1 % de cas positifs est totalement inopérante pour garantir l’équité sportive.

Les enquêtes policières passées ont en effet montré que les dopages de grande ampleur, comme celui orchestré par Lance Armstrong, reposaient sur des logistiques sophistiquées : flacons d’EPO transportés par un motard complice empruntant des itinéraires parallèles, ou pour d’autres les produits étaient convoyés par des membres de l’entourage personnel non déclarés officiellement dans l’équipe.

La bataille des valises ne fait donc que commencer.

Afin de compléter l’information sur le thème des valises au service du dopage, nous proposons un texte :

  • Valises et bagages : libre-échanges.

Tennis / Dopage – Alfredo Casso (Usa) positif au clomifène

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Un médicament destiné exclsuivement au traitement de la stérilité féminine

Alfredo Casso a été contrôlé positif au clomifène. L’Agence internationale pour l’intégrité du tennis (ITIA) a estimé que l’infraction n’était pas intentionnelle, au motif que ce produit lui avait été prescrit médicalement pour une courte durée afin de traiter un problème de santé — dont la nature n’a d’ailleurs jamais été précisée par l’ITIA, sauf que l’Agence du médicament n’a validé aucune indication thérapeutique du clomifène chez l’homme.

Problème : le clomifène est indiqué pour traiter des troubles d’hypofertilité chez la femme. L’homme ne figure pas dans ses indications thérapeutiques. En réalité, lorsqu’il est consommé par un homme, le clomifène a pour effet d’augmenter la production testiculaire de testostérone. Il est donc utilisé comme un véritable produit dopant. Les contrôles positifs les plus récents à cette substance concernent d’ailleurs exclusivement des hommes.

Ce dossier illustre une nouvelle fois la manière dont l’ITIA enfume les médias en traitant les affaires de dopage avec indulgence : sanctions atténuées pour J. Sinner, Swiatek, Teso, Martin, Purcell, entre autres.

Le clomifène est un antiestrogène : il inhibe le rétrocontrôle des estrogènes au niveau de l’hypothalamus, centre de commande hormonale du cerveau. Cette inhibition entraîne une augmentation de la sécrétion des gonadotrophines hypophysaires, notamment la LH, dont le rôle est de stimuler la production hormonale des glandes génitales (ovaires et testicules), en particulier la testostérone, dans les deux sexes.

  • Dès 1989, le Comité international olympique (CIO) interdit le clomifène par assimilation aux gonadotrophines. En 2000, il apparaît explicitement pour la première fois sur la liste française des substances interdites du ministère des Sports. Lorsque l’Agence mondiale antidopage (AMA) reprend la gestion de la liste à l’échelle mondiale, le clomifène est d’abord interdit uniquement chez les hommes.
  • À partir de 2005, il devient prohibé chez les deux sexes, la LH stimulant également la production ovarienne de testostérone endogène. Son interdiction est permanente, aussi bien à l’entraînement qu’en compétition.
  • Sur le plan de la détection, le clomifène ne modifie pas le rapport testostérone/épitestostérone. La seule manière de confondre les tricheurs consiste donc à identifier directement la présence du produit dans les urines, ce qui est relativement aisé puisqu’il y persiste longtemps.

Bien que le clomifène soit interdit chez les femmes depuis 2005, ce sont majoritairement des hommes qui sont contrôlés positifs. Depuis les témoignages des années 1980 et les cas avérés après 2000, les disciplines concernées sont nombreuses : athlétisme, aviron, boxe, culturisme (+++), haltérophilie, MMA, et plus généralement tous les sports recherchant les effets ergogéniques d’un surplus de testostérone.

Football – Hommage au coach Rolland Courbis, disparu le 12 janvier

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À titre personnel, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Rolland Courbis à deux reprises.

Affaire Anziani : 1er footballeur français sanctionné pour dopage en 1989

La première remonte à l’affaire du contrôle antidopage positif au Di-Antalvic® (antidouleur) concernant l’un de ses joueurs au FC Toulon, l’attaquant Philippe Anziani.
International français à cinq reprises, Anziani avait été contrôlé positif le 30 septembre 1989, à l’issue du match de Division 1 opposant le FC Metz au FC Toulon. Dans Le Figaro du 27 novembre 1989, j’avais signé un long article consacré à ce dossier, premier cas positif jamais enregistré dans le football français. Le titre et le sous-titre choisis par la rédaction étaient explicites :
« Affaire Anziani : les faux arguments de la défense. Son entraîneur condamne la composition de la liste des produits interdits ».

Quelques jours plus tard, Rolland Courbis m’avait contacté par l’intermédiaire de la radio RMC afin de s’expliquer. Une discussion détendue et constructive s’était engagée, durant une dizaine de minutes. Je lui avais alors exposé mon point de vue : prendre un antalgique pour pouvoir disputer un match, lorsque le corps du joueur est incapable de jouer sans cette béquille pharmaceutique, correspond à la définition du dopage, ou à tout le moins à une conduite dopante.

L’Arène de France, émission animée par Stéphane Bern

La seconde rencontre eut lieu le 11 octobre 2006, lors de l’émission L’Arène de France, talk-show diffusé en deuxième partie de soirée et animé par Stéphane Bern, consacré au thème : « Les sportifs font-ils rêver ? »
À ma gauche se trouvait Rolland Courbis, et à ma droite Bernard Maris, économiste et chroniqueur à France Inter, Marianne et Le Figaro Magazine. Bernard Maris sera tragiquement assassiné le 7 janvier 2015, lors de l’attentat terroriste perpétré contre le journal Charlie Hebdo, figurant parmi les douze victimes.

De cette émission, je conserve un souvenir mitigé, principalement en raison de la faible maîtrise du sujet sportif par l’animateur. Le journaliste de L’Équipe avait d’ailleurs bien résumé le déroulé de la soirée en titrant : « Débat en berne ».

Quant à Rolland Courbis, souvent présenté par les médias comme un « bon client » pour son franc-parler et son sens de la formule, il fut fidèle à sa réputation.

Merci à Rolland Courbis pour ces deux moments d’échange.

Tour de France – Hommage aux 96 cyclistes ayant participé à la Grande Boucle et morts en compétition, à l’entraînement ou lors de sorties cyclistes

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Etude couvrant la période 1903-2025

Depuis près de cinquante ans, je recueille et consolide des données d’état civil concernant les coureurs du Tour de France, en collaboration avec d’autres passionnés, dont Philippe Fetter, archiviste reconnu pour la rigueur de ses travaux dans ce domaine.

Dès 2018, j’avais publié sur ce blog le fruit de mes recherches consacrées aux cyclistes du Tour de France morts pour la France ou leur patrie lors de la Première Guerre mondiale (MPLF / MPLP). Entre 1903 et 1914, lors des douze premières éditions de la Grande Boucle, 673 « forçats de la route » prirent le départ. Parmi eux, 62 périrent durant le conflit de 1914-1918, soit 9,2 %.

Dans la présente étude, je m’intéresse plus précisément aux 96 coureurs du Tour de France décédés en course, à l’entraînement ou, plus tard, lors de sorties cyclistes destinées à entretenir leur condition physique après la fin de leur carrière professionnelle.

À 34 reprises, le décès est consécutif à un malaise, le plus souvent d’origine cardiaque, plus rarement à un accident vasculaire cérébral. Dans deux cas, de fortes chaleurs ont clairement contribué à la défaillance fatale.

Un autre contingent important concerne 31 Géants de la Route victimes d’une collision avec un véhicule à moteur. Pratiquant moi-même le cyclisme au long cours — avec plus de 320 000 kilomètres parcourus — j’analyse plus loin le conflit persistant entre vélos et engins motorisés partageant les mêmes infrastructures routières.

Les 31 autres décès sont dus à des chutes provoquées par des obstacles routiers (ralentisseurs, mobilier urbain), des incidents mécaniques (saut de chaîne), ou encore des causes imprévisibles telles que la présence d’animaux (chiens).

Depuis 1903, 5 393 coureurs différents ont pris au moins une fois le départ du Tour de France. Parmi eux, 31 sont morts après avoir été heurtés par un véhicule à moteur.
Si ce chiffre ne représente « que » 0,6 % (31 / 5 393), il demeure bien trop élevé. D’autant que nombre de ces accidents mortels sont directement liés à des comportements irresponsables de certains automobilistes.

Avec l’expérience, j’ai compris qu’au franchissement d’un giratoire, le cycliste ne bénéficie jamais réellement de la priorité, qu’un véhicule arrive de droite ou de gauche. L’automobiliste aperçoit de loin le cycliste engagé dans le rond-point. Pourtant, malgré la signalisation invitant à ralentir, le chauffard — ils sont nombreux — accélère souvent pour passer devant le deux-roues.

En définitive, c’est au cycliste d’anticiper, de gérer le trafic et de céder le passage, même lorsqu’il s’est engagé le premier dans le giratoire.

Ce comportement potentiellement homicide est facilité lorsque le terre-plein central, dépourvu de végétation, offre une visibilité totale au conducteur, mais aussi lorsque la courbure de la chaussée est peu marquée, favorisant une vitesse excessive des véhicules motorisés.

En pièces jointes, je propose un document exclusif : le martyrologe des cyclistes ayant pris le départ au moins d’un Tour de France et victimes à l’entraînement ou en compétition :

  1. d’une défaillance cardiaque (34)
  2. d’une collision avec un véhicule à moteur (auto, camionnette, camion, bus) (31)
  3. d’une chute (31)

Liste par ordre chronologique 1920 – 2025

Liste par odre alphabétique 1920 – 2025

Dopage – Les suicides chez les cyclistes du Tour de France sont-ils plus fréquents depuis le séisme de l’affaire Festina ?

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La réponse est non. Ils sont même en nette diminution. Selon notre étude, les produits utilisés pour améliorer la performance ne favorisent pas le passage à l’acte suicidaire chez les coureurs de la Grande Boucle.

Dans un billet publié sur ce blog le 1er décembre 2018, je répondais déjà à un lecteur qui s’interrogeait sur une supposée plus grande « sensibilité » des Géants de la Route face au suicide.
Vingt-sept ans plus tôt, le 19 novembre 1998, nous avions présenté avec le journaliste Michel de Pracontal, dans Le Nouvel Observateur, une synthèse issue d’une enquête rétrospective portant sur la longévité des coureurs du Tour de France ayant participé à l’épreuve entre 1947 et 1998.
Cette analyse montrait que les Rois de la pédale n’étaient pas davantage exposés au suicide que le reste de la population.

Une baisse marquée depuis 1998 Afin de vérifier si cette tendance s’était modifiée au cours des vingt-sept dernières années, j’ai repris un travail minutieux à partir des données d’état civil relevées jour après jour (voir tableau).

Les résultats sont sans appel : la proportion de suicides, qui s’élevait à 6,7 % sur la période 1947-1998, a été divisée par plus de deux pour atteindre 2,3 % entre 1999 et 2025. Sur les dix-huit coureurs concernés par la période récente (1998-2025), dix ont été impliqués dans des contrôles positifs ou des affaires de dopage, souvent très médiatisées. Pourtant, l’analyse des chiffres montre clairement que les médicaments de la performance n’ont pas d’influence mesurable sur la fréquence des suicides.

À titre de comparaison, en 2023, on dénombrait 317 207 décès chez les hommes en France. Parmi eux, Santé publique France recensait 6 636 suicides, soit un taux de 2,09 %. Cette proportion est quasiment identique à celle observée chez les anciens coureurs du Tour de France pour la période 1999-2025 (2,1 %).
En clair, cela signifie que le dopage ne majore pas la fréquence des suicides chez les cyclistes masculins et pourtant certains consomment des médicaments associés au risque de suicide (stimulants, glucocorticoïdes…)

Des comparaisons à manier avec prudence

Toute comparaison entre les suicides des cyclistes du Tour de France et ceux de l’ensemble de la population française doit toutefois intégrer plusieurs facteurs susceptibles de biaiser l’analyse :

  1. Le peloton du Tour de France est exclusivement masculin, alors que près des trois quarts des suicides dans la population générale concernent des hommes.
  2. Les classes d’âge 15-24 ans et 25-34 ans sont absentes ou très faiblement représentées chez les coureurs du Tour, les plus jeunes participants ayant déjà dépassé la vingtaine. Or, le taux de suicide augmente avec l’âge : pour 100 000 habitants, il est de 6,4 chez les 15-24 ans et de 12,2 chez les 25-34 ans.
  3. Environ 28 % des suicides concernent des personnes âgées de plus de 65 ans. Parmi les anciens coureurs du Tour, sept cas relèvent de cette tranche d’âge, soit 24,1 %.
  4. Le doyen des anciens coureurs recensés est décédé à 93 ans. Dans la population générale, l’incidence du suicide atteint 29,6 pour 100 000 habitants chez les 75-84 ans et 40,3 chez les 85-94 ans.

Tour de France ton histoire – Dès la première édition en 1903, les coureurs ont une durée de vie hors norme

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Et ce malgré le dopage !

Dès l’édition inaugurale de 1903, les Géants de la Route présentent une durée de vie moyenne nettement supérieure à celle de la population française de leur époque. En dépit de l’usage alors courant d’amplificateurs artificiels de performance, autrement dit de produits dopants.

Dès les premiers Tours, la pharmacie des coureurs est bien fournie : alcool (vin Mariani, Désiles, Bénédictine…), caféine (Kola-food), strychnine, éther, quinquina, cocaïne, opium ou encore nitroglycérine.

Les données qui suivent concernent les coureurs ayant participé aux premiers Tours de France depuis 1903. À ce jour, aucun travail n’a analysé de manière systématique la longévité de ces pionniers de la Grande Boucle.

Sur les 60 coureurs au départ de la première édition, 53 ont pu être identifiés grâce aux documents d’état civil. Leur durée de vie moyenne est la suivante :

  • Finishers : 74 ans et 6 mois
  • Non classés : 64 ans et 9 mois
  • Ensemble des coureurs : 68 ans et 5 mois

À titre de comparaison, l’espérance de vie en France autour de 1903 est estimée à environ 48 ans. Autrement dit, la population générale vivait nettement moins longtemps que les coureurs du Tour : environ 45 à 48 ans contre 68 ans et 5 mois pour les Géants de la Route.
En tenant compte de la forte mortalité infantile de l’époque, l’écart réel est probablement inférieur à 20 ans, mais demeure néanmoins très significatif.

Un autre indicateur met en évidence, dès le premier quart du XXᵉ siècle, les bénéfices du cyclisme de haut niveau sur la santé : le pourcentage exceptionnellement élevé de coureurs dépassant l’âge de 60 ans.

Dans Science et Vie, il est précisé qu’en 1936 — année correspondant aux 60 ans des participants du premier Tour de France — la population française ne compte que 14,7 % de personnes âgées de plus de 60 ans.
Or, l’étude des états civils des pionniers du Tour de France 1903 montre que 81 % d’entre eux ont dépassé cet âge dans les années 1930.

De même, alors que la durée de vie moyenne en France atteint 63 ans en 1950, les coureurs des Tours de France 1926 atteignent en moyenne 72 ans et 7 mois.

Toujours selon Science et Vie, en 1955, les personnes de plus de 60 ans représentent 16,2 % de la population française. Comparons ce chiffre avec nos recherches personnelles concernant les coureurs ayant participé aux Tours de 1920 à 1926 :

  • TDF 1920 : 80 %
  • TDF 1921 : 84,3 %
  • TDF 1922 : 84,9 %
  • TDF 1923 : 80,9 %
  • TDF 1926 : 82,6 %

Tous ces chiffres constituent une preuve indiscutable : les coureurs du Tour de France bénéficient d’une longévité exceptionnelle, et ce malgré un dopage omniprésent depuis la première édition en 1903.

Pourquoi, dès lors, le cyclisme est-il perçu depuis des décennies par certains ultracrépidariens comme un sport de dopés mettant en péril la santé de ses pratiquants ?

L’amalgame entre dopage et effets secondaires délétères remonte aux premières lois antidopage et antistimulants du milieu des années 1960. À l’époque, le principal argument avancé par les responsables politiques est le danger supposé pour la santé.

Il est vrai qu’au début des années 1960, plusieurs décès de cyclistes — mais aussi de footballeurs — survenus en pleine épreuve ont choqué l’opinion publique.

Toutefois, l’ensemble de ces décès était lié à une combinaison bien précise : effort physique intense sous amphétamines, associé à un facteur aggravant commun, la forte chaleur.

La conjonction de ces trois éléments – effort prolongé, température élevée et amphétamines – entraînait une hyperthermie conduisant à des défaillances cardiovasculaires. Très rapidement, le peloton a compris que la prise d’amphétamines par forte chaleur était dangereuse.

À ce sujet, au début des années 1970, j’ai vu un cycliste professionnel ouvrir sa valise après une étape. Elle contenait plusieurs médicaments et fioles, chacune accompagnée d’une étiquette indiquant la posologie selon le type de course. Face à la boîte d’amphétamines, une mention figurait en rouge :
« Ne pas prendre lorsqu’il fait chaud ».

Depuis lors, les décès en course liés aux amphétamines ont disparu.

Aujourd’hui, la longévité des 5 393 concurrents ayant pris le départ d’au moins une édition du Tour de France depuis 1903 démontre clairement que les effets positifs du cyclisme de compétition sur la santé sont largement supérieurs aux effets négatifs des produits de la performance.

Le paradoxe persiste pourtant : en 2026, certains continueront de mettre en avant les effets prétendument néfastes des dopants sur la santé des cyclistes, alors que ces derniers présentent, depuis plus d’un siècle, une longévité largement supérieure à celle de la population générale, mais aussi à celle des pratiquants de nombreux sports majeurs comme le football ou le rugby.

Il est temps de changer de paradigme et de passer de l’antienne « le cyclisme est un sport de dopés » à une réalité étayée par les faits : « le vélo, même intense et médicalisé, est bénéfique pour la santé ».

En pièces jointes (PDF), les données chiffrées sur la durée de vie des coureurs du Tour de France 1903 mais aussi 1926 (génération suivante) ainsi que les années 1947 à 1952 (2e génération).

Tous ces résultats démontrent l’effet positif du vélo sur la santé des concurrents du Tour de France depuis sa première édition en 1903.