Dopage – Les suicides chez les cyclistes du Tour de France sont-ils plus fréquents depuis le séisme de l’affaire Festina ?

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La réponse est non. Ils sont même en nette diminution. Selon notre étude, les produits utilisés pour améliorer la performance ne favorisent pas le passage à l’acte suicidaire chez les coureurs de la Grande Boucle.

Dans un billet publié sur ce blog le 1er décembre 2018, je répondais déjà à un lecteur qui s’interrogeait sur une supposée plus grande « sensibilité » des Géants de la Route face au suicide.
Vingt-sept ans plus tôt, le 19 novembre 1998, nous avions présenté avec le journaliste Michel de Pracontal, dans Le Nouvel Observateur, une synthèse issue d’une enquête rétrospective portant sur la longévité des coureurs du Tour de France ayant participé à l’épreuve entre 1947 et 1998.
Cette analyse montrait que les Rois de la pédale n’étaient pas davantage exposés au suicide que le reste de la population.

Une baisse marquée depuis 1998 Afin de vérifier si cette tendance s’était modifiée au cours des vingt-sept dernières années, j’ai repris un travail minutieux à partir des données d’état civil relevées jour après jour (voir tableau).

Les résultats sont sans appel : la proportion de suicides, qui s’élevait à 6,7 % sur la période 1947-1998, a été divisée par plus de deux pour atteindre 2,3 % entre 1999 et 2025. Sur les dix-huit coureurs concernés par la période récente (1998-2025), dix ont été impliqués dans des contrôles positifs ou des affaires de dopage, souvent très médiatisées. Pourtant, l’analyse des chiffres montre clairement que les médicaments de la performance n’ont pas d’influence mesurable sur la fréquence des suicides.

À titre de comparaison, en 2023, on dénombrait 317 207 décès chez les hommes en France. Parmi eux, Santé publique France recensait 6 636 suicides, soit un taux de 2,09 %. Cette proportion est quasiment identique à celle observée chez les anciens coureurs du Tour de France pour la période 1999-2025 (2,1 %).
En clair, cela signifie que le dopage ne majore pas la fréquence des suicides chez les cyclistes masculins et pourtant certains consomment des médicaments associés au risque de suicide (stimulants, glucocorticoïdes…)

Des comparaisons à manier avec prudence

Toute comparaison entre les suicides des cyclistes du Tour de France et ceux de l’ensemble de la population française doit toutefois intégrer plusieurs facteurs susceptibles de biaiser l’analyse :

  1. Le peloton du Tour de France est exclusivement masculin, alors que près des trois quarts des suicides dans la population générale concernent des hommes.
  2. Les classes d’âge 15-24 ans et 25-34 ans sont absentes ou très faiblement représentées chez les coureurs du Tour, les plus jeunes participants ayant déjà dépassé la vingtaine. Or, le taux de suicide augmente avec l’âge : pour 100 000 habitants, il est de 6,4 chez les 15-24 ans et de 12,2 chez les 25-34 ans.
  3. Environ 28 % des suicides concernent des personnes âgées de plus de 65 ans. Parmi les anciens coureurs du Tour, sept cas relèvent de cette tranche d’âge, soit 24,1 %.
  4. Le doyen des anciens coureurs recensés est décédé à 93 ans. Dans la population générale, l’incidence du suicide atteint 29,6 pour 100 000 habitants chez les 75-84 ans et 40,3 chez les 85-94 ans.

Tour de France – Rayon lecture – Dans ce 3e volet, Michel Gros, ex-directeur sportif de l’équipe Festina, s’intéresse à Vincent Lavenu

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Vincent Lavenu, manageur de l’équipe Casino lors de cette 85e édition de juillet 1998, se retrouve dans l’œil du cyclone avec la garde à vue et la mise en examen de l’Italien Rodolfo Massi, son coureur.

Après Daniel Baal, président de la Fédération française de cyclisme (FFC) à l’époque de l’affaire Festina (1er volet du 28 janvier), Roger Lejeay, vice-président de la FFC (2e volet du 31 janvier), c’est au tour de Vincent Lavenu, manageur d’équipes de 1992 à 2024 et, notamment de l’équipe Casino au moment de l’affaire Festina , de l’un de ses coureurs, Pascal Chanteur, et du médecin italien Daniele Tarsi au service de Casino en 1997 et 1998.

MICHEL GROS – La passion du cyclisme et quelques vérités…St-Martin-la-Plaine (42), éd Phénicie, 2024. – 509 pages

Vincent LAVENU

Michel Gros témoigne de la suspicion concernant les méthodes de Daniele Tarsi, le préparateur médical de l’équipe Casino dirigée par Vincent Lavenu :

L’équipe Festina est impressionnée par toute l’équipe Casino qui, en début de saison, leur ‘’marche sur la tête’’

Histoire méconnue du contrat d’embauche par Festina de Daniele Tarsi, le médecin de l’équipe Casino

Au début du Tour 1998, avec l’arrestation de Willy Voet – le soigneur – la présence policière est attendue sur la course. Michel Gros rapporte l’histoire inédite du contrat d’embauche de Daniele Tarsi par Festina

Lavenu, au début de l’affaire Festina, demande à l’équipe de Virenque de dégager alors que lui-même, éclaboussé par la mise en examen de Massi, reste dans la course à la tête de l’équipe Casino

Effectivement, quelques jours plus tard, le 29 juillet 1998 exactement, Lavenu et son équipe vont être rattrapés par les effets collatéraux de l’affaire Festina. Plusieurs équipes sont perquisitionnées dont Casino. Son leader, Rodolfo Massi, 1er du Grand Prix de la montagne, est mis en examen pour présence de produits dopants en sa possession sans justification thérapeutique. Le quotidien Le Parisien du 31 juillet l’annonce à ses lecteurs :

On constate que Lavenu et Casino ont un double discours. Ils demandent à Festina de ‘’faire fissa pour dégager’’ alors qu’eux-mêmes, pris aussi par la patrouille policière, continuent leur route sur le Tour de France. Pars ailleurs, le cas Massi interpelle. Sur la nature des soins de l’équipe Casino chère à Lavenu. Toujours dans Le Parisien du 31 juillet, le quotidien généraliste nous en apprend un peu plus sur Rodolfo Massi dit Le Pharmacien.

Rodolfo Massi est accusé par deux coureurs ayant porté la tunique Casino d’être un pourvoyeur, d’où son surnom de ‘’Pharmacien’’

Avec Frédéric Pontier, coureur Casino en 1997, qui avait déjà mis en cause pour incitation au dopage, le staff médical de l’équipe dirigée par Lavenu, les accusations de Gilles Bouvard enfoncent le clou d’une pratique répréhensible.

Pour construire l’opinion de nos lecteurs, nous proposons en fichier joint les discours fluctuants et contradictoires de Vincent Lavenu sur les affaires de dopage qui ont impacté son parcours de directeur sportif/manageur de 1992 à 2024.

Tour de France – Rayon lecture – Michel Gros, ex-directeur sportif de l’équipe Festina, livre ses vérités (2e volet)

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Sur quelques personnages ayant été éclaboussés par le tsunami Festina du Tour 1998

Après Daniel Baal, président de la Fédération française de cyclisme (FFC) à l’époque de l’affaire Festina, c’est au tour de Roger Legeay, le vice-président, de passer sur le gril…

Aujourd’hui, fondateur-président du Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC ) et ce depuis 2007.

 MICHEL GROS – La passion du cyclisme et quelques vérités… St-Martin-la-Plaine (42), éd Phénicie, 2024. – 509 pages

Après Daniel Baal (voir article du 28 janvier), Michel Gros tacle successivement Roger Legeay – ancien coureur devenu directeur sportif -, Vincent Lavenu, lui aussi ancien cyclard, puis patron d’une équipe, Pascal Chanteur, autre ancien coureur puis depuis 2008 président de l’UNCP, et Daniel Tarsi, un préparateur italien au service de l’équipe Casino avec des résultats stupéfiants.

Roger Legeay

Aujourd’hui, c’est l’emblématique directeur sportif des équipes Peugeot, Z, Gan et Crédit Agricole qui se retrouve sur le gril. Le tacle de Michel Gros figure page 311 de son bouquin : « A Lorient, la police n’est toujours pas là et Bruno Roussel est de plus en plus sous pression. En revanche, nous avons la visite de notre soigneur Jean Dalibot, évincé du Tour. Il est comme un fou et profère de graves menaces contre Bruno qui n’a pas besoin de ça. Mercredi 15 juillet, étape Plouay-Cholet, Bruno me demande prendre sa place dans la première file. Il souhaite essayer de dormir un peu à l’arrière de la voiture, dans la seconde file. Pendant l’étape, Roger Legeay vient à ma hauteur et me demande que l’équipe quitte le Tour. Je l’envoie promener. »

Page 312, le directeur sportif du Crédit Agricole, espérant écarter une équipe concurrente de premier plan, en remet une couche. C’est ce qu’écrit Michel Gros : « Pendant l’étape, Roger Legeay revient à la charge, me demandant pour la deuxième fois de nous retirer. Je l’éconduis poliment. »

Cyclisme – Rayon lecture – Michel Gros, l’ex-directeur sportif de Festina, livre ses vérités

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sur quelques personnages ayant été éclaboussés par l’affaire du Tour de France 1998

Sur Daniel BAAL –

  • Président de la Fédération française de cyclisme (FFC) de 1993 à 2001;
  • Vice-président de l’Union cycliste internationale (UCI) de 1997 à 2001,
  • Dans l’organisation du Tour de France en tant que directeur

Un président de la FFC aux connaissances sur le dopage très approximatives

MICHEL GROS – La passion du cyclisme et quelques vérités…St-Martin-la-Plaine (42), éd Phénicie, 2024. – 509 pages

Michel Gros, directeur sportif de Festina de 1995 à 1999, témoigne d’un rendez-vous pris avec Daniel Baal dans les suites du tsunami Festina du Tour de France 1998 :

« Richard Virenque me dit vouloir rencontrer Daniel Baal, le vice-président de l’UCI. Monsieur Verbruggen est, lui, en vacances aux Maldives, pendant cette crise sans précédent. Le 28 juillet, nous nous retrouvons à Lausanne avec Richard Virenque. Daniel Baal me reçoit en premier et je lui exprime mon inquiétude pour le cyclisme. Il est, pour moi urgent de faire une table ronde avec toutes les parties du cyclisme. Je lui dis carrément que sur 189 coureurs au départ du Tour, il y en a au moins 180 qui fonctionnent à l’EPO, que ce soit par un dopage organisé par leur équipe ou non. Il me répond, esquissant même un sourire, qu’il ne me croit pas du tout. Que le dopage, c’est seulement Festina et peut-être TVM. Si je n’étais pas assis, j’en tomberais sur le cul !

J’ai l’impression qu’il croit vraiment à ce qu’il me raconte. Et c’est bien là le pire, de la part du vice-président de l’UCI ! La discussion est close et je laisse la place à Richard. » [pp 317-319]





Personnellement, en 2000, dans les pages ‘’Débats et opinions’’ du Figaro, j’avais publié un article sur les trois boss du cyclisme exerçant au moment de l’affaire Festina : « Dopage – Les dirigeants du cyclisme sont-ils de faux naïfs ? les forçats de la langue de bois ». J’avais résumé les ‘’états de service’’ de Jean-Marie Leblanc, ancien cycliste pro, ancien journaliste et directeur du Tour de France depuis 1989 et du deuxième homme fort de l’époque, Hein Verbruggen, actif dans les instances internationales du cyclisme depuis 1984 et président de l’UCI de 1991 à 2005. Pour le troisième personnage, Daniel Baal, dans les instances fédérales françaises (comité directeur de la FFC depuis 1981), que Michel Gros vient d’épingler dans ses discours, montrait qu’il n’avait pas une connaissance pointue sur le dopage en général et le cyclisme professionnel en particulier.

Dans Le Figaro du 07 novembre, je stigmatisais son ignorance : « Quant à, Daniel Baal, le président de la FFC, en exercice depuis le 20 février 1993, présent au comité directeur depuis 1981 et ancien coureur cycliste de première catégorie, il ne nous paraît pas être l’homme vraiment providentiel pour éradiquer le fléau. De même, lui aussi n’a découvert que tardivement l’arrivée de l’EPO qu’il situe en 1993. Ces trois dernières années, à chaque fois qu’émergeait un problème ou une situation anormale (dopage organisé sur le Tour de France 1998, premier bilan alarmant du suivi médical longitudinal, charges d’entraînement des féminines), Daniel Baal faisait part de son étonnement : « Je n’imaginais pas … ». On a du mal à comprendre l’ampleur de cette ignorance, d’autant plus qu’il affirme dans son livre témoignage ‘’Droit dans le mur’’ publié en 1999 : « Je continuerai à faire bénéficier l’UCI de mes connaissances, de mon expérience du terrain que je fréquente assidûment depuis plus de vingt-cinq ans » !  [Dr JPDM, Le Figaro, 07.11.2000]

Daniel Baal, un juge pour le moins partial à la solde d’ASO

Page 357 de son ouvrage, Michel Gros raconte un autre évènement dans lequel intervient Baal.

Les faits : l’équipe cycliste Jean Delatour créée au début de l’année 2000 avec, à sa tête, Jean-Pierre Frety, le patron, et Michel Gros le directeur sportif, postule pour une place dans la sélection pour le Tour de France. Delatour est recalée au prétexte que ses résultats sont moins bons que ceux de l’équipe Bonjour, elle aussi nouvelle dans le peloton. Michel Gros s’interroge sur la légitimité de Baal comme ‘’juge’’ de cette décision :

Dans ce même ouvrage, M. Gros taille aussi un costard à Roger Legeay (directeur sportif de l’équipe Crédit Agricole), à Vincent Lavenu (directeur sportif de l’équipe Casino-AG2R Prévoyance), au Dr Claire Condemine-Piron (médecin de l’équipe Festina une seule saison, en 1999).

Sur ces trois acteurs du cyclisme, tous proches de l’affaire Festina, nous publierons dans un prochain article, les commentaires de Michel Gros croisés avec les miens.

POST-IT – On a du mal à comprendre comment un homme aux importantes responsabilités dans une fédération sportive mais ignorant – dit-il – autant le phénomène dopage dans le cyclisme,  peut être performant à la tête d’une autre structure majeure, une banque neuvième groupe bancaire de la zone euro ! Surtout quand on lit son hagiographie rédigée par le service de communication du Crédit Mutuel Alliance Fédérale

POST-IT – On a du mal à comprendre comment un homme aux importantes responsabilités dans une fédération sportive mais ignorant – dit-il – autant le phénomène dopage dans le cyclisme,  peut être performant à la tête d’une autre structure majeure, une banque neuvième groupe bancaire de la zone euro ! Surtout quand on lit son hagiographie rédigée par le service de communication du Crédit Mutuel Alliance Fédérale

SERVICE PRESS du Crédit Mutuel Alliance Fédérale : Daniel Baal : Président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale

« Président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale, Daniel Baal a un parcours professionnel singulier. Dirigeant du neuvième groupe bancaire de la zone euro, Daniel Baal est un homme de terrain qui a fait de sa culture sportive un moteur de performance pour son entreprise où l’exigence et la bienveillance guident ses prises de décision. Reconnu pour son leadership et sa vision stratégique, Daniel Baal a ainsi gravi les échelons au sein du groupe et a contribué à faire de Crédit Mutuel Alliance Fédérale l’une des banques les plus performantes en France (…) En parallèle de ses fonctions au sein du groupe mutualiste, Daniel Baal, passionné de sport et notamment de cyclisme, devient à 36 ans le plus jeune président bénévole de la Fédération Française de Cyclisme (FFC) et le premier dirigeant alsacien élu à la tête d’une discipline olympique française. Durant ses deux mandats (1993-2001), le cyclisme français connaît un grand développement, dépassant les 100 000 licenciés ; il s’est particulièrement engagé dans la lutte contre le dopage et les dérives par rapport à l’éthique. Fin 2001, Daniel Baal met entre parenthèse sa carrière bancaire pour se consacrer pleinement au monde du sport. Ainsi, il occupe les postes de numéro 2 du Tour de France et directeur du cyclisme chez Amaury Sports Organisation. »

Commentaires JPDM – Baal occupera le poste de directeur du cyclisme pendant deux années (2002-2003). N’ayant pas convaincu le patron d’ASO, il sera remercié.

Dopage – Ski alpin – Jean-Claude Killy a-t-il une éthique sportive voire olympique vis-à-vis du dopage ?

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A plusieurs reprises ces dernières années, Jean-Claude Killy (JCK) a eu droit à des pages entières d’analyses sur son parcours hors norme au sein du mouvement olympique, notamment par L’Equipe magazine et Le magazine du Monde. A chaque fois, il a le bénéfice de sa photo pleine page en couverture.