Tour de France 1950 – Zaaf, entre amphétamines, chaleur accablante et fausse-cuite mémorable

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C’est en 1950, au pied d’un platane, à 29 km des Arènes de Nîmes, que naît la légende de la  »cuite » de Zaaf

En réalité, c’est un trio de paramètres qui déclenche l’insolation et la défaillance :

  • Chaleur saharienne entre Perpignan et Nîmes.
  • Effort énergétique intense : échappée à deux, à partir du 68e km et ce – pour Zaaf – pendant 90 km (15’ 40 d’avance au 162e km).
  • Absorption de nombreux comprimés d’amphétamines au départ de la 13e étape (témoignage d’un coéquipier et de Zaaf lui-même).

Ces trois facteurs se sont potentialisés pour provoquer une hyperthermie (insolation). Le tout provoquant chute et désorientation.

La présence du vin varie suivant les témoignages et la propre version de Zaaf. S’il a été pris en cours d’étape, il n’a pu que précipiter et intensifier la défaillance. Il faut rappeler que ce genre de coup de moins bien par forte chaleur et prise d’amphétamines, n’était pas rare à l’époque des années 1950-1970.

Par exemple, la veille, le lauréat de la 12e étape St-Gaudens-Perpignan, Maurice Blomme, selon la chronique de But et Club : « va terminer exténué. Il est tombé trois fois au cours des deux derniers kilomètres. La 3e fois à quatre mètres de la ligne d’arrivée où on l’a porté pour qu’il puisse être classé. » [But et Club, 1950, n° 249, 28 juillet, p 11]

Toujours lors de la 12e étape, le 26 juillet, le jeune Luxembourgeois Henri Kellen victime d’un coup de chaleur, abandonne. Un mois plus tard, il décédera à l’hôpital de Ruti des suites d’une insolation en course durant le critérium de Rapperswill (Suisse), il avait 23 ans 4 mois.

D’autres défaillances gravissimes, voire mortelles, vont suivre. En 1952, deux cyclistes amateurs décèdent en course (amphets + chaleur) ; en 1955 dans le Ventoux, Jean Malléjac s’en sort de justesse (toujours amphets + chaleur) ; en 1960, à Rome, un cycliste danois s’écroule victime du dopage et de la chaleur ; en 1967, c’est au tour de Tom Simpson de décéder sur les pentes du Ventoux, là aussi les amphets, la chaleur et l’alcool font partie du cocktail fatal.

POST-IT – Pour être complet sur la surchauffe corporelle boostée par l’association de l’effort sous forte chaleur, il faut rappeler qu’à 40 km/h à vélo, le déplacement d’air lié à la vitesse permet – grâce aux mécanismes de transpiration et de convection – d’empêcher la surchauffe du corps.

L’insolation se voit plus fréquemment chez le coureur à pied d’endurance en raison de son déplacement moins rapide. Sauf si le cycliste, lui, se charge aux amphets ! Ajoutons que pour un Géant de la Route en mauvaise condition physique, sur une ascension longue et pentue, sa vitesse devenant identique à celle d’un coureur à pied, il s’expose à une surchauffe du moteur avec une défaillance plus ou moins sévère à la clé.

Finalement il a fallu beaucoup de temps pour que le monde du vélo comprenne que les amphétamines par forte chaleur, ce n’était pas la bonne méthode pour performer et rester en bonne santé.

Après un premier très court essai sur le Tour de France 1948 (abandon à la première étape), deux ans plus tard, Abd-El-Kader Zaaf dispute la Grande Boucle avec la première équipe nord-africaine et acheva sa carrière en 1955. En 1950, il fut le principal acteur de ce qu’on appelle toujours « l’affaire Zaaf ».

Zaaf appartient désormais à l’histoire du cyclisme ou, du moins, à son côté folklorique. Cette année-là, l’Algérien originaire de Chebli dans l’Algérois, le 27 juillet 1950 lors de la 13e étape menant les coureurs de Perpignan à Nîmes, est victime d’une défaillance à une trentaine de kilomètres de l’arrivée de la capitale gardoise. Dans un premier temps, il zigzague, s’arrête, repart en sens inverse pour, finalement, s’écrouler comme une masse dans le fossé.

Les suiveurs de la course, accourus, constatent qu’il empeste l’alcool comme s’il avait pris une « biture » carabinée. De ce fait, va naître la romance de la fausse « cuite du père Zaaf ». Ahmed Kebaili [Miroir du Cyclisme, 1970, n° 125, mars-avril, p 26], son coéquipier de l’équipe nord-africaine, témoin privilégié, inamovible compagnon de chambre et futur président de la Fédération algérienne de cyclisme, raconte : « Zaaf avait toujours un tube de « comprimés» (stimulants à base d’amphétamines) sur lui pour les cas d’extrême urgence. Et son raisonnement était le suivant : plus t’en prends, plus tu marches…  Alors il en prit une vingtaine en pensant que, là, il allait réellement « casser la baraque ». Sur la route, un brave paysan lui tendit une bouteille de vin blanc pour le rafraîchir. Abd-El-Kader crut en voyant la couleur, que c’était tout bonnement de l’eau et s’en aspergea la tête. Quand on le releva dans le fossé à moitié mort, bien sûr il puait la vinasse mais ce n’était pas ce que les gens ont cru. Et il a préféré laisser courir la légende parce qu’il avait un sens assez poussé de la publicité. En Bretagne il avait été adopté et le matin quand les Bretons prenaient leur petit blanc à la campagne, eh bien ils ne disaient plus « donnez-moi un blanc » mais « donnez-moi un Zaaf ». Cela suffit largement pour établir une notoriété et asseoir une réputation ! Mais il ne faut pas oublier qu’il était resté quand même douze heures dans le coma et que si on en a rigolé par la suite il faillit quand même bien laisser sa peau dans cette histoire. »

La réalité du coma d’une demi-journée paraît difficile à croire, surtout lorsque la chronique de l’époque rapporte qu’à l’hôpital de Nîmes, dans la nuit, la fièvre [Ndla : due à l’insolation] tombait rapidement et le pouls redevenait normal. À six heures du matin, Zaaf, frais comme un gardon, sautait le mur et déambulait en tenue de coureur dans les rues de la ville, à la recherche du lieu de départ de l’étape :

Tu ne peux plus repartir puisque tu n’as pas terminé l’étape hier, lui fit-on observer, tu étais dans la voiture-ambulance pour les 29 derniers kilomètres.

Qu’à cela ne tienne, répondit-il, ces 29 kilomètres, je vais les couvrir tout de suite, tout seul et je pourrai ensuite prendre le départ. On lui opposa que le règlement du Tour ne pouvait autoriser une telle dérogation. »

Marcel Thémar, manager général du Tour, autre témoin privilégié, confirme le souhait de Zaaf de reprendre la course même avec un handicap de 29 kilomètres (*) : « Oh ! Quelle histoire ! la veille, il avait fallu le conduire à l’hôpital en ambulance, après son abandon. Il était mourant. On lui faisait des piqûres d’huile camphrée et les infirmières se demandaient s’il allait passer la nuit. Entre Perpignan et Nîmes, Zaaf avait été foudroyé par le soleil et par le vin. Apollon et Bacchus… Le lendemain, bien entendu, c’est par lui que je commence mes visites. Qu’est-ce que je vois devant l’hôpital ? Mon Zaaf en maillot gris, l’œil frais, la bicyclette à la main. Il demandait partout le chemin des Arènes pour prendre le départ.

– Mais tu ne peux pas partir Zaaf ! Hier, tu as eu un coup de bambou. Tu es tombé d’un seul coup comme un arbre, à vingt-neuf kilomètres de l’arrivée.

– Ça ne fait rien, monsieur Thémar. Aujourd’hui, ça va, je me sens mieux. Pour les vingt-neuf kilomètres, je suis prêt à les refaire ce matin, avant le départ…

Il a fallu s’expliquer, moitié en arabe, moitié en français. Je lui disais que le règlement, malheureusement, est impitoyable, qu’on ne peut pas s’arrêter comme ça en route et repartir le lendemain, mais que lui, Abd-El-Kader Zaaf, avait montré qu’il était un grand coureur, qu’il avait maintenant l’expérience du Tour, pour une autre fois, et qu’au fond c’était la sagesse, ce règlement qui le clouait à Nîmes.

– Oui ! Oui ! répétait Zaaf convaincu. Inch’Allah ! C’est la sagesse. »

(*) Pierre Macaigne. – Le Tour de France en prise directe. – Paris, éd. de Paris, 1951. – 192 p (p 141)]

Avant de solliciter la version de Zaaf lui-même, rappelons que les amphétamines (comprimés consommés par l’Algérien) rendent leur utilisateur amnésique et menteur ; il faut donc savoir en tenir compte lorsqu’un sportif doit apporter sa propre vision des faits.

En 1982, Zaaf était venu à Paris se faire soigner pour une maladie des yeux. A cette occasion, il avait accordé une interview au magazine Vélo (**), dans laquelle il avait une bonne fois pour toutes donné sa vérité (la vérité !) sur son fameux abandon dans l’étape Perpignan-Nîmes du Tour 1950. Écoutons ses explications, recueillies à l’époque par Georges Pagnoud : « Tu vas encore me parler de la fameuse étape Perpignan-Nîmes du Tour de France 1950. Ce qu’on a pu en dire des bêtises à ce propos ! Ça se passait le lendemain de l’abandon des Italiens dans les Pyrénées.

Ce jour-là, avec mon copain Marcel Molinès, nous avons attaqué dès le départ. Et pris jusqu’à 25 minutes d’avance (en réalité 16 minutes). A 20 km de l’arrivée (en réalité à 30 km), un type m’a donné à boire. J’ai accepté parce qu’il faisait aussi chaud que dans le désert. Je ne suis pas un chameau, moi. J’ai commencé à zigzaguer. Puis je suis tombé. Je me suis relevé. J’ai repris ma bicyclette. Encore fait un bout de chemin avant de retomber. La troisième fois, j’étais KO dans le fossé. Je suis quand même reparti, mais en sens contraire. Oh ! Pas longtemps, quelques mètres. Ça n’a pas empêché certains suiveurs de prétendre que j’étais saoul. Évidemment, je sentais un peu le pinard, mais c’était surtout parce qu’on m’avait aspergé le visage avec une bouteille. Oui, je te le demande, tu crois que j’aurais fait 200 km à 42 à l’heure (Ndla : en réalité Molinès a remporté l’étape à la moyenne de 33,6 km/h) si j’avais été saoul ?

Afin d’accréditer la thèse de la fausse cuite, certains chroniqueurs vont même jusqu’à affirmer qu’il n’avait jamais bu d’alcool de sa vie. C’est, par exemple, Abel Michéa – l’envoyé spécial de l’Humanité – qui le raconte à Nounouchette (personnage qu’il a créé en 1947), dans un ouvrage sur le Tour de France (***) : « Et aussi l’histoire officielle de cette fameuse biture. Eh bien moi, mon aimée, je te dis que le père Zaaf, il n’a jamais bu une goutte de vin… C’était en 1950, l’étape Perpignan-Nîmes (…) Si tu avais vu Zaaf tanguer sur la route, la balayer, éviter… un platane avant de s’écrouler dans un fossé, en bordure de vignoble. Et il allait peut-être bien tomber dans les pommes quand un vigneron lui passa sa gourde. Zaaf ne buvait pas de vin mais il s’aspergea le visage, la nuque. A tel point que, quand on s’empressa autour de lui, il puait le pinard. Et tout aussitôt naquit la légende de la biture sensationnelle. »

(**) Vélo, 1982, n° 164, mars, p 39

(***) Histoires drôles et drôles d’histoires du Tour de France. – Paris, éd. 2000, 1970. – 219 p (pp 59-62)

En contradiction avec Michéa, un autre équipier de Zaaf, Marcel Zelasco, présent lui aussi sur le Tour 1950, apporte son témoignage (****) qui tord le cou à la prétendue sobriété du casseur de baraques : « Zaaf, ce sacré flingueur, mais il ne fallait pas oublier qu’il roulait sec l’Abdelkader ! Ce n’est pas par hasard qu’il fit 3e d’un Manche-Océan et obtint une très bonne place aux Nations. C’est vrai que parfois il ne marchait pas très droit et je me souviens, quand j’étais derrière lui et qu’il buvait un coup à son bidon, je recevais des éclaboussures de « Pinard ». Zaaf mettait du « Sidi Brahim » dans ses deux bidons et bourré de sucre en plus ! Il carburait le père Zaaf ! »

Au final, deux thèses s’affrontent. Première version : un spectateur lui a passé une bouteille contenant du vin (blanc) et pour faire bonne mesure, il a été aspergé par du gros rouge pour le ranimer de sa défaillance. Ou alors, l’hypothèse la plus probable, les bidons de Zaaf contenaient déjà du vin comme cela se pratiquait couramment dans le peloton de l’époque et, ainsi, l’effort associé aux amphétamines et à la chaleur, le coup de bambou était inévitable. Un scénario voisin de celui de l’Anglais Tom Simpson en 1967 sur les pentes du Mont Chauve. Mais là, le coup de massue a été fatal au champion du monde 1965.

(****) Coups de Pédales, 1989, n° 15, septembre-octobre, p 9

En fichier joint (PDF) – Morceaux choisis sur la vraie-fausse cuite et le demi-tour du Casseur de Baraque

Tennis – Défaillances sur les courts de la Porte d’Auteuil :

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Les spectateurs plus exposés que les joueurs…

Explications du Dr Jean-Pierre de Mondenard

De temps en temps, au cours des rencontres de tennis de la quinzaine de Roland-Garros, les caméras de la TV s’immobilisent dans les gradins pour nous montrer des gens qui s’agitent autour d’une personne affaissée sur son siège ou allongée à même le sol. L’arbitre, agacé par ce brouhaha dont il ignore la plupart du temps l’origine et en raison de ses répercussions inévitables sur la concentration des joueurs, demande énergiquement le silence. Quelques instants plus tard, des infirmiers évacuent au pas de charge sur un brancard la personne défaillante, victime d’un évanouissement. Les rediffusions de cette séquence-type augmentent généralement avec le nombre de spectateurs, l’ardeur du soleil, la durée des matches, l’intensité de la lutte et l’importance de l’enjeu ! De nombreuses personnes passionnées par les joutes des internationaux de France s’interrogent : « Docteur, pourquoi cette perte de connaissance ? Quelles en sont les causes. Comment l’éviter ? »

Où est la panne ?

La conscience qui caractérise l’état de veille normal et les facultés qu’elle commande (penser, se tenir debout, agir etc.) dépendant du bon fonctionnement du système nerveux et, par conséquent, d’une circulation cérébrale efficace. Si, pour une raison quelconque, celle-ci diminue au-delà d’une certaine limite (laquelle est assez restreinte), le cerveau réagit en réduisant d’abord son activité, puis en arrêtant toutes les fonctions vitales. On observe la réalisation la plus évidente de ce processus dans la syncope. Cette dernière, marquée par un évanouissement, consiste en une perte de conscience temporaire, qui survient brusquement ; elle est provoquée par une insuffisance en oxygène qui correspond le plus souvent à une diminution de la circulation sanguine dans le cerveau. La lipothymie (du grec Leipo, je perds et thumos conscience), obéit au même mécanisme mais se caractérise par un simple obscurcissement de la conscience : c’est le premier degré de la syncope qui porte également le nom d’évanouissement.

Symptômes

Il peut être utile de connaître les symptômes annonçant un évanouissement car il suffit parfois seulement d’écarter les genoux et placer sa tête entre eux de façon que le sang afflue librement au cerveau pour éviter de s’affaisser sur le sol avec les risques de traumatisme que cela comporte. Le sujet éprouve d’abord un malaise diffus et indéfinissable qui l’empêche de prendre conscience de ce qui se passe autour de lui ; il commence à avoir des ‘’sueurs froides’’ et parfois une sensation de nausée mais qui va rarement jusqu’aux vomissements. Simultanément, il ressent une fatigue intense, tandis que son visage pâlit de plus en plus et que ses pupilles se dilatent. La tête commence à tourner ; il a des bourdonnements d’oreille et sa vue se trouble. A ce point, la situation se précipite, il voit « noir » et perd contact avec le milieu qui l’entoure ; les bruits lui semblent lointains et irréels ; finalement, tout disparaît et il tombe à terre. Ce phénomène, en dehors d’une cause organique (infarctus du myocarde[1], embolie cérébrale, épilepsie) est le plus souvent due à un déséquilibre circulatoire privilégiant le stockage du sang à la périphérie, c’est-à-dire dans les jambes ou sous la peau au détriment du cerveau [2]. Certains facteurs favorisent sa survenue :

La digestion : pour assimiler un repas, l’estomac et surtout l’intestin ont besoin d’une quantité supplémentaire de sang. C’est un mécanisme physiologique naturel et cette digestion dure 2 h 30 à 3 heures pour un repas moyen. Si pendant cette période on s’expose au soleil, le sang se trouve en partie dirigé vers la peau afin d’évacuer le surplus de chaleur. Or, la quantité de sang de notre organisme n’est pas variable (entre 5 et 7 litres suivant le poids et la taille du sujet). Dans cette situation particulière de digestion au soleil, le cerveau se trouve alors en manque de sang et manifeste son désaccord par une perte de conscience.

La chaleur surtout humide et son corollaire, la déshydratation : lorsque le mercure grimpe, le sang se déplace sous la peau et la sueur s’écoule en abondance. En position assise, selon les sujets, leur état d’acclimatation plus ou moins grand vis-à-vis de la chaleur et l’humidité de l’air, la quantité maximale produite varie en moyenne de 600 à 800 millilitres par heure. Cette fuite d’eau fait baisser le volume de liquide disponible pour le cerveau.

L’alcool : l’absorption de boissons alcoolisées (bière, vin etc.) favorisant la dilatation des vaisseaux sous-cutanés, réalise, comme la digestion et la chaleur, un « vol » sanguin au détriment e la commande cérébrale. 

Varices : lors d’une exposition immobile aux rayons du Dieu Râ, la dilatation veineuse des jambes augmente, a fortiori si on a des varices, et détermine une accumulation importante de sang vers les membres inférieurs. Cela entraîne par voie de conséquence une réduction de l’apport veineux au cœur, une diminution du débit cardiaque avec chute de la pression artérielle et un ralentissement de l’afflux sanguin dans le cerveau.

Un choc émotionnel : l’écrasement ou à l’inverse la victoire de son favori – Cette situation déclenche un brutal ralentissement cardiaque par une excitation excessive du système nerveux dit parasympathique dont le rôle est de faire baisser le rythme cardiaque.

Des vêtements trop serrés : (corset, guêpière, ceinture). Cette dernière cause est celle qui expliquait à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, lors des premiers tournois de Wimbledon et de Forest Hills, la grande fréquence des évanouissements féminins, favorisés par le port de guêpières et de corsets étroitement lacés. C’est d’ailleurs pourquoi les femmes du peuple, qui ne portaient pas de tels sous-vêtements, étaient rarement exposées à ce type d’évanouissement.

Certains médicaments sont susceptibles de perturber la régulation de la tension artérielle. Par exemple, un étourdissement peut se manifester lorsque, pour applaudir un point exceptionnel, on passe brutalement de la position assise à la position debout. En effet, certains médicaments (antidépresseurs, diurétiques etc.) peuvent entraver (dans le changement soudain de position pris comme exemple), les mécanismes de régulation de la tension artérielle, qui en temps normal provoquent instantanément une constriction des veines afin de faciliter le retour du sang vers le cœur et le cerveau.

Conseils pratiques

Comment l’éviter

  • Porter des vêtements et un couvre-chef blanc qui réfléchissent les rayons solaires,
  • Avoir son litre d’eau à portée de la bouche. En consommer régulièrement par petites gorgées,
  • Protéger ses jambes si l’on a des varices
  • Manger léger et limiter l’alcool avant d’aller vous asseoir dans les gradins du stade de la porte d’Auteuil
  • Si la partie doit se prolonger, profiter des changements de côté pour contracter les muscles des pieds, des jambes et des fesses en faisant, debout, quelques élévations sur la pointe des pieds.

Que faire quand on se sent défaillir ?

  • Desserrer les vêtements au niveau du cou et de la taille
  • Rester assis, écarter les genoux et placer la tête entre eux de façon que le sang afflue librement au cerveau
  • Maintenir cette position tant que ça tourne
  • Essayer de se lever dès que l’on se sent mieux, mais reprendre immédiatement la station assise si l’impression de malaise persiste.

Comment, en attendant le médecin, se rendre utile à une personne évanouie?

  • L’allonger à l’horizontale, la tête tournée sur le côté, les jambes légèrement surélevées,
  • Dénouer les liens, ceinture, boutons etc., tout ce qui peut empêcher la libre circulation du sang,
  • Ecarter les gens agglutinés autour, afin de ménager un espace libre suffisant, plus propice à une action efficace
  • Placer un linge imbibé d’eau froide sur son front,
  • Ne lui donner aucune boisson tant qu’elle n’a pas repris connaissance ; le faire en revanche dès qu’elle est capable de boire toute seule
  • Le sujet reprend généralement assez vite connaissance mais il vaut toujours mieux s’assurer que le service médical a été alerté.

[1] Une étude suédoise a recensé 50 décès de sujets plus ou moins cardiaques qui suivaient à la télévision la finale de Wimbledon. Il ressort de cette enquête que si l’on est tout à la fois cardiaque et passionné de tennis, il faut à contrecœur regarder les matchs en différé.

[2] Autres causes : hypoglycémie, insolation, coup de chaleur

Article et illustrations – copyright blog : dopagedemondenard.com

Suivre sur X (ex-twitter) mes commentaires au jour le jour de l’actualité médico-sportive : @DeMONDENARD

                Dr J.P. de Mondenard - Tennis médecine sportive - éd. Amphora, 1987

Hyperthermie et médicaments

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Faisant suite au texte sur chaleur + effort physique + amphétamine ou la ‘’trilogie infernale’’, à l’attention des pratiquants de compétition ou de loisir, nous le complétons avec la liste des drogues les plus à risque en cas de surchauffe thermique (température de l’air et degré hygrométrique élevés). Si, pour une raison quelconque, vous prenez des médicaments prescrits ou non par un praticien, informez votre médecin référent que vous pratiquez un sport de plein air ou non à haute dépense énergétique.

Liste des drogues les plus à risque en cas de surchauffe thermique

La température corporelle est déterminée par un thermostat siégeant au niveau du noyau préoptique de l’hypothalamus antérieur. Elle résulte d’un équilibre entre les processus de thermogenèse ou production de chaleur (métabolisme, activité musculaire) et de thermolyse ou évacuation de la chaleur (perspiration cutanée, sudation, expiration). La fièvre désigne une hyperthermie en réponse à un dérèglement du thermostat, sous l’effet de cytokines leucocytaires (IL-1, TNF, IL-6, interférons) appelées « pyrogènes endogènes » qui stimulent la synthèse de prostaglandine E2 au niveau de l’hypothalamus. Il en résulte diverses manifestations métaboliques, neurovégétatives et somatiques à l’origine d’un syndrome fébrile où l’élévation de la température ne représente qu’un symptôme. Le syndrome fébrile doit être différencié du syndrome hyperthermique qui témoigne d’une faillite des mécanismes de thermorégulation par excès de production et/ou défaut de dissipation de chaleur. Compte tenu de ces données physiopathologiques certains médicaments, par le biais de leurs propriétés pharmacologiques ou par celui des effets secondaires qu’ils entraînent, peuvent être responsables de la survenue de troubles liés aux températures extrêmes. L’hyperthermie provoquée par un médicament peut survenir par deux mécanismes : un effet sur les mécanismes physiologiques de thermorégulation (refroidissement) et/ou une augmentation de la production de chaleur (thermogenèse).

THERMOREGULATION CHALEUR

Médicaments ayant un effet sur la thermorégulation

Les neuroleptiques tendent à perturber l’initiation de la thermorégulation.

Au niveau périphérique, un certain nombre de médicaments s’opposent aux mécanismes physiologiques de déperdition de chaleur, à savoir la vasodilatation capillaire et la sudation :  les catécholamines,  les sympathomimétiques

Parallèlement la sudation (transpiration) est limitée par l’effet des substances anticholinergiques comme :

. l’atropine,

. les antidépresseurs tricycliques,

. les antihistaminiques,

. les antiparkinsoniens anticholinergiques,

. les anticholinergiques antispasmodiques,

. les neuroleptiques : l’effet a été démontré pour les phétothiazines.

Principales causes du « syndrome hyperthermique »

Production excessive de chaleur

¨        Hyperthermie d’effort

¨        Etat de mal convulsif

¨        Delirium tremens

¨        Syndrome malin des neuroleptiques

¨        Hyperthermie maligne des anesthésiques

¨        Intoxications : salicylés, amphétamines (ecstasy), cocaïne, éphédrine,

¨        Thyrotoxicose (surdose d’hormones thyroïdiennes : bodybuilding)

Dissipation insuffisante de chaleur

 ¨        Déshydratation ++

¨        Sujets trop couverts (style K-Way)

¨        Anticholinergiques

¨        Syndrome malin des neuroleptiques

¨        Alcool (inhibe l’hormone antidiurétique et par ricochet augmente la diurèse)

Enfin, certaines substances empêchent l’adaptation cardiaque en réaction à la vasodilatation, à savoir augmentation du rythme cardiaque et du début systolique. Ce sont : les bêtabloquants, les diurétiques

 Médicaments augmentant le risque de survenue d’une pathologie

liée à la surchauffe

CORYDRANECorydrane® : association d’amphétamine et d’aspirine

Médicaments altérant la fonction hypothalamique (avec production excessive de chaleur) Médicaments provoquant une hypovolémie Médicaments altérant la perception de chaleur Médicaments altérant la réponse cardiovas-culaire
amphétamines ⊕ (1)

anesthésiques- anticholinergiques antidépresseurs   tricycliques sédatifs antihistaminiques antiparkinsoniens cocaïne ⊕ éphédrine ⊕ (2) IMAO  (type B) ⊕ lithium neuroleptiques salicylés (aspirine) sérotoninergique :  fluoxétine (Prozacâ)

– alcool ⊕

– ARA2   (hypotenseurs)

– dérivés nitrés  (trinitrine)

– diurétiques ⊕

– IEC (hypotenseurs)

 

Association médicamenteuse contenant notamment des diurétiques hypokaliémiant

 

alcool ⊕

hypnotiques

opiacés (morphine,

héroïne) ⊕

sédatifs

alphabloquants

antiarythmiques

bêtabloquants ⊕

calcium bloqueurs

 

      ⊕  Substances figurant sur la liste du Code mondial antidopage

(1)   exemples : le Danois Knud Enemark (JO 1960, décédé lors de l’épreuve du 100 km clm/équipes), le Français Jean Malléjac (malaise et hospitalisation faisant suite à une insolation dans la montée du Ventoux lors du Tour 1955), le Luxembourgeois Charly Gaul (abandon Tour de France 1957), le Britannique Tom Simpson (décédé dans le Ventoux le 13 juillet 1967)

(2)   exemple : le joueur de baseball Steve Bechler (USA)