(5e volet) – Il y a un siècle, une saga en cinq volets
De nos jours, même les cyclistes amateurs sont familiers des substances auxquelles ont recours les champions du XXIe siècle pour optimiser leurs performances : EPO, stéroïdes anabolisants, glucocorticoïdes, Aicar, caféine omniprésente, corps cétoniques, voire monoxyde de carbone. Mais qu’en était-il au cours des années 1920 ? Que contenaient les fioles soigneusement rangées dans les poches du maillot ? Quelle était la composition réelle des pilules fournies discrètement par les soigneurs ? Retour sur les premiers jalons d’un dopage encore balbutiant, mais déjà bien présent.
Les massifs montagneux au programme, un menu pour le moins corsé en raison de l’état des routes
Lors de la 20e édition du Tour de France, l’organisateur réunit sur le parcours la plupart des cols les plus emblématiques : l’Aubisque, le Tourmalet, l’Aspin, le Peyresourde, le Puymorens dans les Pyrénées, puis les cols d’Allos, du Galibier, de l’Izoard et de Vars dans les Alpes.
En 1926, aucun Grand Prix de la Montagne
En 1926, le Grand Prix de la Montagne n’existe pas encore — il ne sera instauré qu’en 1933. À l’époque, aucun point n’est attribué aux coureurs franchissant les cols en tête, mais un prix en argent leur est tout de même accordé. Dans cet exercice, c’est Lucien Buysse, futur vainqueur de l’épreuve, qui se distingue. Malgré son gabarit (1,68 m pour 68 kg), il s’impose comme le meilleur grimpeur de ce Tour exigeant, avec 12 sommets passés en tête, dont l’Aubisque, l’Aspin et le Peyresourde. À Luchon, le Belge s’empare du maillot jaune et relègue son dauphin à 36 minutes et 14 secondes.
Trois ans plus tard, en 1929, il franchira à nouveau l’Aubisque en tête, ce qui lui vaudra le surnom de « L’Homme de l’Aubisque ». À sa retraite, il ouvrira un bistrot à Petegem-aan-de-Leie en Flandre Orientale qu’il nommera naturellement « Café Aubisque »
Le café Aubisque de Lucien Buysse à Petegem-aan-de-Leie[commune rattachée depuis 1971 à la ville de Deinze]
Les coureurs deviennent des Forçats ou Martyrs de la Route
À cette époque, les routes de montagne ne sont ni goudronnées ni bitumées, mais simplement stabilisées. En cas de fortes pluies, elles se transforment en bourbiers, contraignant les coureurs à porter leurs vélos ou à les pousser à pied, comme en cyclo-cross. Entre l’avant et l’après-Première Guerre mondiale, ces chemins ressemblent davantage à des sentiers muletiers qu’à des routes, causant de nombreux dégâts : roues et fourches cassées, pneus crevés, blessures diverses (furoncles, chutes, poignets meurtris, etc.). C’est durant cette période que les participants du Tour seront surnommés les « Forçats » ou « Martyrs de la Route ».
Dans ce quatrième volet, nous examinons en détail les 36 cols et côtes figurant au programme du Tour de 1926 : le nom de chaque col, son versant emprunté, son altitude d’après les données cartographiques de l’époque, sa localisation (étape et département), ainsi que le nom du premier coureur à l’avoir franchi.
Un travail inédit, car la majorité des sources actuelles — comme le Dico du Tour, Wikipédia ou même le site officiel du Tour de France — ignorent largement les cols franchis avant 1947.
Il y a un siècle, ils étaient 126 au départ du Tour de France. Un peloton d’hommes durs à la tâche, confrontés non seulement à des routes dantesques… mais aussi au temps qui passe. À 25 ans d’écart, leur longévité est comparée à celle des coureurs de l’édition 1951, soit une génération. Et les chiffres parlent.
En s’appuyant sur des données d’état civil vérifiées entre 1926 et 1951, on observe une progression nette de la durée de vie. En 1926, seuls 6,1 % des coureurs ont franchi la barre des 90 ans. En 1951, ils sont 27,6 % à atteindre cet âge vénérable. Un bond spectaculaire, multiplié par quatre voire cinq.
L’étude va plus loin, en explorant d’autres critères : part de néophytes dans le peloton, internationalisation croissante, âge du benjamin, et celui du doyen ayant terminé la Grande Boucle.
Et une figure se détache : celle du Belge Émile Brichard. Engagé en 1926, il reste à ce jour le coureur le plus âgé jamais recensé parmi les 5 393 participants du Tour depuis 1903. Il s’est éteint à l’âge de 104 ans et 7 mois.
Une plongée passionnante dans les archives, à la croisée du sport et de la démographie.
Dans ce deuxième chapitre de notre série consacrée au Tour de France 1926, nous mettons volontairement de côté les récits de coureurs et de parcours pour braquer les projecteurs sur ceux qui, dans l’ombre, ont rendu possible la plus grande course cycliste du monde. Sans eux, ni l’épreuve ni sa légende ne tiendraient la distance.
Ce volet s’intéresse à l’envers du décor : à l’état-major du Tour de 1926, à la direction de course et à ses nombreux services – de la logistique au ravitaillement, en passant par les massages – ainsi qu’aux représentants de l’Union vélocipédique de France (UVF), garants du bon déroulement de l’épreuve.
Nous explorons notamment :
La présence des médias,
avec un zoom sur les envoyés spéciaux de l’époque et le rôle central de la presse dans la médiatisation et le suivi de la course ;
Les innovations de cette 20e édition,
souvent ignorées, mais qui ont discrètement façonné l’avenir du Tour ;
Les coulisses insolites,
comme l’usage du pyjama par les coureurs – tenue vestimentaire privilégiée le jour de repos entre deux étapes – une pratique attestée par des photographies d’époque ;
La présence étonnante de femmes cyclistes,
accompagnant brièvement les « géants de la route » sur quelques kilomètres, offrant à ces derniers un moment d’évasion au cœur de leur labeur harassant. Des images d’archives témoignent de ces scènes inattendues ;
Un lexique du jargon d’époque,
révélant les expressions pittoresques utilisées pour désigner coureurs, officiels ou encore les « suiveurs indésirables », ces intrus qui s’invitaient dans le peloton, notamment à l’approche des arrivées.
À travers ces éléments oubliés ou méconnus, se dessine une autre histoire du Tour 1926 – celle des invisibles, des indispensables, et des anecdotes qui révèlent toute la richesse humaine et culturelle de cette épreuve créée pendant la Belle Epoque devenant phare au décours des années folles (1919-1929).
En cinq étapes – Retour sur le Tour de France 1926 : découvrez sur la 20e édition, le vainqueur, les protagonistes, les organisateurs, la presse…
Evènement médiatiquement favorable pour se plonger 100 ans en arrière sur le Tour 1926, une édition hors norme. Un document exclusif en cinq étapes révèle les coulisses d’une Grande Boucle mythique, mêlant aventure héroïque et compétition cycliste. (1er volet)
Par exemple, la 10e étape Bayonne-Luchon sur un parcours de 326 km avec au menu les difficultés des 4 Géants pyrénéens : Aubisque, Tourmalet, Aspin, Peyresourde, ainsi que des conditions climatiques apocalyptiques (boue, froid intense, pluie, grêle) restera depuis 1903 comme l’étape la plus dure des 112 éditions. Au départ de la capitale du Pays-Basque, on comptabilisait 76 Géants de la Route, à l’arrivée à Luchon, 22 avaient mis la flèche en cours de route. Certains des 54 finishers étaient – sur la fin de l’étape – montés dans un véhicule à moteur. Mais Henri Desgrange, le patron du Tour, magnanime, les avaient repêchés !
Depuis 2020, je propose chaque année un retour centenaire sur une édition du Tour. Cette fois, en cinq articles, j’invite à découvrir l’épopée du Tour 1926 à travers une analyse riche et documentée.
Au programme de cette série en 5 étapes :
1re – Portrait de Lucien Buysse
15e vainqueur du Tour : son état civil, ses origines familiales, ses caractéristiques morpho-physiologiques, sa carrière sportive et professionnelle, le palmarès des quatre frères Buysse et une bibliographie complète.
2e – Décryptage complet de la 20e édition de 1926
podium, parcours et statistiques clés (nombre de partants, abandons, débutants, nationalités, etc.), réglementation rigoureuse, innovations techniques et logistiques, portraits de l’état-major organisateur, rôle de la presse et des envoyés spéciaux, anecdotes et moments forts.
3e – Présentation nominative des coureurs
avec les 41 classés et les 85 abandons : classement général, années de naissance et de décès, longévité comparée à celle de leurs contemporains ainsi qu’à celle de leurs successeurs des années 1950.
4e – Analyse des cols au programme
nom et versant emprunté, altitude selon les données de 1926, localisation géographique (étape et département), nom du premier coureur à franchir chaque sommet.
5e – Dossier sur la consommation de produits dopants
une plongée dans les témoignages de l’époque : coureurs, journalistes, médecins… pour comprendre l’usage (souvent tabou) des ‘’amplificateurs de performances’’.
Une documentation rare, précieuse pour tous les passionnés.