Cyclisme (Giro 1946) – Contre-enquête – La fiole de Fausto Coppi, jetée dans un fossé du passo del Bracco, contenait-elle : des amphets, du bicarbonate de soude ou de l’eau sucrée mentholée ?

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[publié le 9 juin 2017]
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Le compte rendu du témoin n° 1, Bartali, infirme les versions différentes des journalistes, rédigées de leurs bureaux dix et quarante-quatre ans après les faits !

On est dans le Giro 1946, mais depuis l’année 1940 où Fausto Coppi, son jeune équipier à La Legnano, lui a damné le pion en remportant le Tour d’Italie, Gino Bartali a la conviction que Coppi utilise un ‘’produit pharmaceutique miracle’’ et – afin de le découvrir – l’espionne en permanence.

 

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Giro 1940 – L’équipier Coppi bat son leader Bartali

 

Bartali soupçonne Coppi de se charger

L’Homme de Fer de Toscane (surnom de Bartali), dans ses mémoires parues dans Le Miroir des Sports en 1960, raconte l’épisode où il cherche à savoir à quoi carburait son adversaire : « À Milan, la veille du départ, pendant le déjeuner, Coppi avait dit devant moi et devant trois autres coureurs, Adolfo Léoni, Vito Ortelli et Mario Ricci, qu’il serait le vainqueur sur les lacets du col du Bracco (615 m), pendant la troisième étape Gènes-Montecatini Terme (222 km), je ruminais des pensées amères en songeant combien sa victoire me ferait mal lorsque je le vis, quelques mètres devant, porter à sa bouche une fiole de verre qu’il lança dans le pré bordant la route, après l’avoir vidée. Je vis le flacon briller au soleil, tomber dans l’herbe, rebondir et disparaître au sein d’un buisson.

Que diable peut-il donc avoir ingurgité ? me demandai-je avec inquiétude.

Mon premier souci fut de situer avec précision le point de chute de la fiole ? Je remarquai un poteau électrique, légèrement incurvé vers le haut- C’était un point de repère et j’enregistrai le paysage. Ce jour-là, Fausto marcha très fort, ce qui renforça mon intention de rechercher la mystérieuse fiole.

 

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Gino Bartali et Fausto Coppi, les frères ennemis, attendent le départ du Tour de France 1949

 

« Chercher-fiole-Bracco-Fausto »

 À Montecatini, je notai sur mon calepin : « Chercher fiole Bracco Fausto. » À cette époque, je n’étais plus un jeunot. J’avais 32 ans, Fausto en avait 27, et je n’avais pas envie de lui laisser la place du meilleur coureur sans la défendre.

À la fin du « Giro » que je gagnais avec 47 secondes d’avance sur Fausto, Je fonçai à Gènes, en auto, et me dirigeai vers les pentes du Bracco. Arrivé à l’endroit où devait se trouver la fameuse fiole – une vingtaine de jours après – je constatai que si le poteau électrique incurvé était toujours en place, l’herbe avait poussé et quelque peu modifié la physionomie des lieux. Sans me soucier des regards intrigués des campeurs et des promeneurs, je me mis à fouiller dans l’herbe en quête de l’objet. Ce ne fut pas facile… Mais, tout à coup, j’aperçus un flacon de verre dans une touffe verte et je poussai un cri de joie. Pas de doute ! C’était bien la fiole de Fausto ! Avec le soin minutieux d’un détective ramassant une pièce à conviction marquée d’empreintes digitales, je pris le flacon, l’Introduisis dans une enveloppe blanche que je plaçai délicatement dans ma poche. La curiosité me dévorait pendant le trajet du retour vers Florence. Que pouvait donc avoir contenu le flacon ? Quel mystérieux breuvage ? Quel philtre de puissance ?

 

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Giro 1946 – Au terme de l’épreuve, Gino Bartali devance Fausto Coppi

 

Un reconstituant français en vente libre

« Le lendemain, je bondis chez mon médecin personnel et lui remis la fiole qu’il envoya aussitôt dans un laboratoire aux fins d’analyse. Le résultat fut une déception pour moi : ni drogue ni filtre magique. Tout simplement un reconstituant de marque française que l’on pouvait couramment acheter sans ordonnance médicale, dans n’importe quelle pharmacie de France.

– Si tu en as envie et si tu en éprouves le besoin, tu peux en prendre toi aussi, me dit mon médecin. J’en commandai une caisse entière. »  [propos recueillis par Glancarlo Peradotto – Le Miroir des Sports. 1960, n° 793, 11 avril, pp 12 et 22 (p 12)]

POST-IT

De 1939 à 1955, les amphétamines étaient en vente libre en France.

« Jusqu’à présent (1955) et depuis 1939 avec la mise sur le marché hexagonal de l’Ortédrine® (sulfate d’amphétamine), la vente des amphétamines était libre. Seules les ampoules injectables étaient réglementées. Mais un décret tout récent paru au Journal Officiel du 24 juin 1955, vient de décider que dorénavant les amphétamines ne seront plus délivrées que sur ordonnance. Cette décision a été prise devant l’ampleur des abus commis par les étudiants ; le Gouvernement espère ainsi freiner l’accroissement des troubles mentaux que signalent de nombreux rapports de psychiatrie. » [Science et Vie, 1955, n° 457, octobre, p 49]

NDLA : lecteurs cyclistes, ne croyaient pas naïvement que les adeptes du bourrage de crâne en accéléré au moment des examens étaient les seuls partisans des amphets.

 Roger Bastide, un journaliste spécialisé en cyclisme, contemporain de la fin de carrière du campionissimo, dans un ouvrage consacré au dopage, va rappeler ce fait sans tronquer la nature du liquide : « Dans le Tour d’Italie, par exemple, Gino Bartali s’arrangeait pour loger dans le même hôtel que Fausto, intriguait pour avoir une chambre le plus près possible de la sienne. Il attendait patiemment le lendemain matin que Fausto ait quitté l’hôtel pour s’introduire comme un voleur dans la chambre abandonnée et fouiller tiroirs et corbeilles à papier à la recherche d’indices. Sans résultat. Sur la route, il guettait tous les gestes de son rival portant la main à la poche ou au bidon. Au cours de l’étape Gênes-Montecatini, il vit enfin Fausto jeter un flacon de verre après en avoir vidé le contenu.

 

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Passo del Bracco, 615 m

 

Bartali en commande une caisse…

Il repéra l’endroit, un virage après le village de Bracco, un poteau télégraphique caractéristique, au sommet légèrement incurvé. Le Tour d’Italie terminé, Gino revint sur les lieux, quelques jours plus tard. Il parvint à retrouver le flacon… pour constater qu’il s’agissait d’un produit en vente libre, un produit fortifiant d’usage courant ! Sa déception ne l’empêcha pas d’en commander une caisse ! » [Bastide R. .- Doping. Les surhommes du vélo. – Paris, éd. Solar, 1970. – 255 p (pp 88-89)]

Compte tenu des pratiques stimulantes de l’époque, il est probable que le flacon jeté par Fausto Coppi contenait en réalité des traces d’amphétamines, substances dopantes alors généralisées dans le peloton. Rappelons que de 1946 à 1955, les amphétamines, considérées comme des reconstituants, sont vendues sans ordonnance et donc facilement accessibles. Curieusement et en contradiction formelle avec le témoignage de Bartali, certains journalistes français « détectaient » du bicarbonate de soude dans la fiole mystérieuse. Par exemple, Philippe Brunel, journaliste à L‘Équipe, à l’occasion du trentenaire du décès de Fausto Coppi résume les faits : « Au soir d’une nouvelle défaite dans le Tour d’Italie [NDLA : en réalité il l’avait terminé en vainqueur devant Coppi], Gino Bartali avait effectué un large détour de cinquante kilomètres [NDLA : en réalité, Milan-Bracco : 137 km] afin de récupérer dans un fossé l’un des bidons dont son rival s’était débarrassé en cours de route.

 La presse française en contradiction avec Bartali est convaincue que la fiole contient du bicarbonate de soude

 L’ayant trouvé, il l’avait fait analyser, mais à son grand désappointement le récipient ne contenait qu’une simple solution de bicarbonate de soude ! Bref, pas de quoi provoquer un esclandre. » [L’Équipe, 02.01.1990, p 10]

Visiblement, le journaliste Philippe Brunel a déniché son information « exclusive » en « copiant » sur son aîné Jacques Augendre et en y ajoutant des mastics de son cru. Contemporain du campionissimo, Augendre entré à L’Equipe en 1946, pour ne pas écorner la légende, nous a servi pour le 10e anniversaire du décès de Fausto Coppi, une potion édulcorée à base de bicarbonate de soude : « Son premier soin, la course terminée, fut de rentrer à Florence… en effectuant un long crochet par le Bracco. La fiole était toujours dans l’herbe. Deux heures plus tard, Bartali, fébrile, la confiait à un laboratoire. Le résultat de l’analyse fut décevant. Le bidon de Fausto ne contenait qu’une solution de bicarbonate de soude. » [Augendre J. .- Fausto Coppi où les temps modernes du cyclisme .- Miroir Sprint, 1970, n° 1228, 6 janvier, pp 13-22 (p 18)]

Ajoutons qu’à aucun moment, Giancarlo Peradotto, le journaliste italien qui a recueilli les propos de Gino Bartali, ne parle de bicarbonate de soude.

Pour Faustino le fils, c’est de l’eau sucrée mentholée

En 2017, Faustino Coppi, le fils du campionissimo, associé à Salvatore Lombardo, un journaliste, va contribuer à la désinformation en inventant une version minimaliste à ‘’l’eau de rose’’ : «Tel Gino qui s’acharne à chercher la « vraie’’ raison de votre réussite (il s’agit bien sûr de Coppi). Il parle de pacte mystérieux avec l’au-delà. Il évoque la superstition qui entoure ton personnage. Il soupçonne même des pratiques machiavéliques à base de boissons dopantes. Ainsi il n’hésite pas à revenir le lendemain d’une course sur l’endroit du parcours où tu as jeté un bidon vide. Et il ne trouve qu’un reste d’eau sucrée et mentholée ! » (p 56)

Précisons qu’il n’y a pas besoin d’aller dans une pharmacie pour se procurer une telle boisson !

 

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Gino Bartali, vainqueur du Giro 1946

 

Cyclisme – Rayon lecture : « Coppi par Coppi » de Faustino Coppi et Salvatore Lombardo. Pourquoi l’un des auteurs, se disant « historien et auteur de plusieurs livres sur le cyclisme », se permet-il de manipuler les propos du campionissimo de Castellania ?

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[publié le 5 juin 2017]

Avec les éditions Mareuil qui publient cet ouvrage, on est déjà habitué aux bouquins sur le vélo dont la réalité des faits rapportés laisse à désirer.

 

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Coppi par Coppi, éd. Mareuil 2017

 

Vient de sortir en librairie un livre à  la gloire de Fausto Coppi, le géant des géants de la pédale, signé par son fils Faustino – qui avait cinq ans au moment de la disparition de son père – et du journaliste, professeur de l’histoire de l’art, Salvatore Lombardo « auteur de plusieurs livres sur le cyclisme« . En réalité, celui sur Fausto n’est que le deuxième. Ce qui m’intéresse quand je lis un livre sur un champion, c’est d’avoir des infos sur l’entraînement, la nutrition, les soins ; c’est-à-dire la vraie vie de ce champion et non des histoires romancées. Quelques exemples de faits  »tordus » par les auteurs.

 

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Fausto Coppi, Tour de France 1952 – Un morphotype fait pour pédaler : petit buste et grands segments

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L’Equipe – Le cyclisme mis à la portion congrue sur les couvertures du quotidien sportif : 80% pour le foot versus 0,7% pour le vélo. Visiblement, ce dernier n’a plus la cote

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[publié le 1er juin 2017]

Depuis le 1er janvier 2017, afin de déterminer qu’elle était la place du vélo de compétition dans le journal de la maison Amaury, j’ai consulté les 150 ‘’UNES’’.

Le foot écrase tout

Le foot, comme on pouvait le prévoir, atteint 120 couvertures, soit 80%. Arrive ensuite en 2e position le rugby, loin derrière, avec 11 premières pages, soit 7,3%.

Les autres spécialités sportives se suivent avec des scores faméliques :

Depuis le début de la saison, se sont courues les classiques-monuments centenaires : Milan-Sanremo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix mais aussi la Flèche Wallonne et l’Amstel Gold Race. L’Equipe n’a jamais fait sa ‘’UNE’’ sur ces classiques et particulièrement sur Paris-Roubaix, surnommée à la fois l’Enfer du Nord et la Reine des classiques.

 

Jacques Goddet, l’emblématique patron de L’Equipe, là où il se trouve, doit pour le moins se sentir trahi. Les courses par étapes d’une semaine n’ont pas eu droit, elles non plus, d’être avec leur vainqueur mis en première page. Même Paris-Nice a été écarté de la ‘’UNE’’.

Une seule ‘’UNE’’ cycliste en 150 numéros

 La seule couverture cycliste est parue le 5 mai, la veille du départ du 100e Giro. Le patron du quotidien sportif a concédé une faveur marketing en habillant de rose (couleur du maillot du leader) les 48 pages du journal.

L’Equipe du 05 mai 2017. Seule couverture consacrée au vélo depuis le 1er janvier 2017

C’est bien mais c’est très maigre, à l’image du pourcentage de graisse des géants de la route actuels…

Pendant trois semaines, on a assisté à un Tour d’Italie très disputé retransmis sur la chaîne L’Equipe, avec au final un beau vainqueur le Néerlandais Tom Dumoulin.

Un an plus tôt, à la Vuelta 2015, il avait laissé entrevoir des aptitudes de rouleur-grimpeur candidat à la victoire finale dans un grand Tour. Malgré cette belle prestation au Giro 2017 devant des adversaires de qualité tels que Nairo Quintana, Vincenzo Nibali et Thibaut Pinot, Dumoulin n’a pas eu droit à la couverture mais seulement à la page 30, alors que Pinot, 4e au général, au pied du podium, lui, avait deux pages.

Avoir deux poids deux mesures

 Un tel traitement journalistique illustre parfaitement l’expression « avoir deux poids deux mesures ».

Quoi qu’il en soit, les cyclistes pratiquants passionnés par la compétition des professionnels doivent se révolter devant les carences du quotidien sportif ne laissant présager rien de bon pour le futur.

D’autant qu’aujourd’hui – 1er juin – dans L’Equipe, en 36 pages, zéro article ni articulet sur le vélo n’est publié alors que le Critérium du Dauphiné démarre dans trois jours et le Tour de France dans un mois.

On a l’impression que la direction de Boulogne-Billancourt veut dégager le vélo de ses colonnes.