Athlétisme – Depuis les années 1960, les athlètes américains investissent les podiums olympiques et mondiaux grâce à la dope

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Il n’y a pas que les Russes qui carburent aux drogues

de la performance

Punchline Jean-Pierre de Mondenard : « Pour connaître les pays les plus pointus sur la médicalisation de la performance (euphémisme du dopage) il suffit de consulter le classement des médailles par nation aux Jeux olympiques et aux différents mondiaux (athlé, natation, cyclisme, etc.).Amoureux du sport, on aimerait vraiment croire que les médailles sont propres mais l’impéritie des instances sportives internationales et nationales (corruption, racket, truquage, etc.) nous conforte dans notre analyse. »

 Alors que tout le monde se focalise sur un dopage d’état en Russie faisant croire que le reste de la planète sportive est épargnée et, à la demande d’un lecteur du réseau Facebook, nous reproduisons un article écrit en décembre 2004 sur la course aux armements biologiques des athlètes américains dès le début des années 1960. 

Suite aux révélations de Victor Conte, le nutritionniste du sport exerçant en Californie, l’élite du sport américain s’enfonce dans le scandale. Mis à part les naïfs et les incompétents très présents dans toutes les instances sportives, notamment du côté de Lausanne (ville où se trouve le CIO), qui peut croire une seconde que ces pratiques sont nouvelles et que tous les podiums investis depuis près de quarante ans par les athlètes à la bannière étoilée, et ce malgré la prohibition du dopage, l’étaient par des champions carburant uniquement à l’eau de source ?

 

STUPEFIANTES

L’Equipe, 28 juin 1966 –  [en 1966, le Dianabol (un stéroïde anabolisant) ne figure pas encore sur la liste rouge mais il est consommé exclusivement pour booster les performances sportives

Des qualités naturelles et un entraînement novateur seraient les seules explications des exploits des athlètes américains !!!

 Qui peut encore avaler aujourd’hui que les Etats-Unis ont été jusqu’à l’affaire Balco épargnés par le fléau et que leur domination sur la piste ne serait que la résultante de leurs qualités naturelles associées à un entraînement particulièrement novateur ? Dans l’affirmative, cela voudrait dire qu’il existe des surhommes dont le gène est répandu exclusivement aux Etats-Unis. Cette éventualité n’est, bien sûr, pas crédible.

Sans remonter aux premières joutes athlétiques des Jeux de 1896 à Athènes, signalons que le coach américain Tom Eckner révélait au décours des années 1960 « que ces derniers temps, 70% de tous les athlètes US ont consommé plus ou moins régulièrement du Dianabol®, un stéroïde anabolisant préparé par le laboratoire suisse CIBA Il paraît que très rapidement après l’absorption, on constate une augmentation considérable du potentiel musculaire » L’épidémie de Dianabol® est confirmée par le perchiste Ron Morris : « Je ne connais aucun athlète américain de concours qui n’emploie pas le Dianabol®. Tous sont enthousiastes et je connais même des lutteurs et des boxeurs qui l’utilisent. » Des sprinters ayant émis l’avis que la vitesse initiale pouvait être diminuée, Bill Tooney (le futur champion olympique du décathlon 1968) a confirmé que les stéroïdes anabolisants bien au contraire amélioraient la vitesse : « Avec le Dianabol®, je me sens aussi plus rapide ». A l’époque déjà, certains émettaient des doutes sérieux sur l’innocuité de telles substances, notamment au niveau cardiaque et mental.

bill tooney

Bill Tooney (USA), champion olympique du décathlon en 1968 (8193 pts)

 

 « De jour en jour, je me sens de plus en plus fort »

La connaissance d’un risque n’étant pas un argument suffisant pour freiner les chercheurs d’or olympique d’autant plus qu’il faut du temps pour en subir les contraintes négatives, les commentaires de Bill Tooney résumaient bien le comportement des athlètes face à ce type d’inquiétudes : « Je n’ai aucune crainte. Depuis dix-huit mois, j’utilise régulièrement ce produit. Tout ce que je constate c’est que de jour en jour, je me sens de plus en plus fort. » Avec de tels effets, nul doute que le produit attire d’autres compétiteurs. L’un des meilleurs lanceurs de poids français, Alain Drufin, témoigne : « Lorsque je suis parti pour les Etats-Unis en 1965, j’ignorais tout des anabolisants. C’est en arrivant à l’université de Californie du Sud à Los Angeles que j’en ai découvert l’existence. Tous les lanceurs en prenaient, certains à hautes doses. »

A la même époque, la chronique des vestiaires faisait état de la présence de saladiers remplis de pilules multicolores dans lesquels, à l’occasion des entraînements, les athlètes piochaient à pleines mains.

Autre révélation qui démontre qu’outre-Atlantique la culture du dopage est très fortement implantée dans les enceintes sportives, notamment dans la Ligue Nationale de Football (LNF). L’ancien joueur des Cardinals de Saint Louis, Dave Meggyesy, s’est lancé dans un violent réquisitoire afin de démontrer que le football professionnel est une industrie déshumanisante. Dans son ouvrage « Out of Their League » paru en 1971, Meggyesy fera état de fraudes, manipulations de combats, de tactiques d’intimidation, de racisme, de violence extrême et d’utilisation massive de dopants : « Dans la LNF, j’ai vu des joueurs se gaver de stéroïdes anabolisants, d’amphétamines et de barbituriques, à un rythme effarant. La plupart des entraîneurs sont d’ailleurs au courant de cette question et, pour autant que le rendement de jeu augmente, ils encouragent cette pratique. »

Autre dérive : l’implication des dirigeants sportifs. Un an avant les Jeux de 1984 à Los Angeles, le Comité olympique américain (USOC) décida d’éduquer les sportifs à la bannière étoilée à déjouer les contrôles antidopage.

 Un programme éducatif pour contourner les tests de dopage

C’est le journaliste d’investigation, de nationalité anglaise, Andrew Jennings qui dans son livre « Main basse sur les JO », paru en 1992 aux éditions Flammarion, révèle la manœuvre : « L’USOC lança ce que, par euphémisme, on appela un « programme éducatif et non répressif sur les tests de dopage » au laboratoire agréé du CIO installé en Californie pour la préparation des JO. Officiellement, ce dispositif était destiné à familiariser les athlètes avec les procédures de contrôles avant les Jeux. La farce était transparente ; pas besoin de cours pour apprendre à uriner dans un flacon. C’était un don du ciel pour les dopés. Ils se pressèrent pour utiliser le laboratoire et découvrir plus précisément à quelle vitesse leur organisme se débarrassait des traces suspectes de stéroïdes. » Parallèlement, à chaque fois qu’un athlète américain était pris dans la nasse du contrôle antidopage, il était immédiatement blanchi pour vice de forme par sa fédération nationale ou une commission d’enquête made in USA.

 

main basse

Andrew Jennings : « Main basse sur les JO », éditions Flammarion, 1992

 

Des athlètes protégés par la Fédération

Voici la liste non exhaustive des athlètes ayant été soutenus et protégés : Mary Slaney, ex-Decker, championne du monde des 1500 et 3000 m en 1983, Sandra Farmer-Patrick, vice-championne olympique du 400 m haies, Stephen Flenoy, spécialiste du 400 m haies, tous les trois contrôlés positifs à la testostérone (hormone mâle) en juin 1996 lors des sélections pour Atlanta. Randy Barnes, le recordman du monde du lancer de poids,  Harry Butch Reynolds recordman du monde du 400 m, contrôlé positif à la nandrolone en août 1992, le sprinter Denis Mitchell contrôlé positif à la testostérone le 1er avril 1998 et qui avait invoqué, pour expliquer ce test hors norme, avoir fait quatre fois l’amour avec sa femme la nuit précédant le contrôle…

 

denis mitchell

Denis Mitchell (USA), 3e au 100 m des JO d’Atlanta en 1996

 

Pendant les Jeux de Sydney en 2000, un responsable de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a révélé que les États-Unis ont passé sous silence des cas de dopage concernant 10 à 12 athlètes au cours des deux dernières années.

Sur ces cas, Arne Ljungqvist, patron de la Commission médicale de l’IAAF, avait affirmé à la télévision britannique Channel 4 que la Fédération américaine d’athlétisme (USATF) n’avait jamais communiquée à l’IAAF des rapports de cas positifs transmis par le laboratoire d‘Indianapolis. La controverse concernant l’aptitude de l’USATF à camoufler ses problèmes de dopage s’est trouvée confortée lorsque la presse australienne avait découvert que le lanceur de poids américain C.J Hunter, mari de Marion Jones, la double championne olympique du 100 et 200 m, avait subi plusieurs contrôles positifs à la nandrolone, un anabolisant très répandu dans les urines de la gent athlétique.

 Préserver l’anonymat le plus longtemps possible

La fédération américaine n’avait évoqué le nom de Hunter qu’après les révélations de l’IAAF et du Comité international olympique (CIO). Pour sa défense, l’USATF estime que l’anonymat doit être préservé tant que l’enquête sur une affaire n’est pas terminée. Ce à quoi lui répond le vice-président du CIO, le Canadien Dick Pound : « Rien ne permet de s’exonérer de l’obligation de nommer les personnes impliquées. Si vous êtes accusés de meurtre, c’est rendu public. On n’attend pas le verdict pour l’annoncer. » De son côté, l’un des responsables du comité olympique américain, Norm Black, se rebiffe en dénonçant la chasse aux sorcières contre les athlètes de l’Oncle Sam.

 

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Dick Pound, vice-président du CIO de 1987 à 1991 et de 1996 à 2000; président de l’AMA de 1999 à 2007

 

Plus récemment, en avril 2003, le docteur Wade Exum, responsable de la lutte antidopage de l’USOC entre 1991 et 2000, a fourni plus de 30 000 pages de documents aux magazines Sports Illustrated et Orange County Register. Selon lui, ils contiennent des preuves que des athlètes comme Carl Lewis ou la joueuse de tennis Mary Joe Fernandez ont été contrôlés positifs mais autorisés à concourir par l’USOC.

 Carl Lewis contrôlé positif à trois reprises

Exum affirme que Lewis avait été contrôlé à trois reprises à des stimulants interdits par le Comité international olympique (CIO) lors des sélections américaines de 1988. Le Comité olympique américain avait d’abord disqualifié Lewis avant d’accepter son appel sur la base d’un usage par inadvertance. Aux JO de Séoul, Lewis avait ensuite obtenu la médaille d’or du saut en longueur et du 100 mètres après la disqualification de Ben Johnson, vainqueur sur la piste et auteur d’un nouveau record de monde, pour usages de stéroïdes anabolisants.

 

carl lewis

Carl Lewis (USA), 9 médailles d’or aux Jeux olympiques (4 en 1984, 2 en 1988, 2 en 1992, 1 en 1996) 

 

 

L’USOC a affirmé que les accusations d’Exum étaient non fondées. Pour sa défense, cette dernière affirme que depuis le mois d’octobre 2000, les contrôles antidopage sont de la responsabilité de l’Agence américaine antidopage, une nouvelle organisation indépendante.

Ce comportement laxiste, qui n’est pas propre à la fédération américaine d’athlétisme, montre bien que les contrôles et les sanctions pour croître en efficacité se doivent impérativement de ne plus être sous la responsabilité d’un pouvoir sportif. Le changement ne peut venir que d’un organisme réellement indépendant au milieu sportif.

Qui connaît dans nos démocraties occidentales un tribunal où c’est sa propre famille qui juge un prévenu ?

 Dr Jean-Pierre de Mondenard (publié le 17.12.2004)

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