Rétro cyclisme -« Je veux faire le Tour mais le Tour ne veut pas de moi et je ne verrai jamais les Alpes »

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 Un coureur du Tour de France qui n’a jamais pu vraiment explorer la géographie du Tour 

En reprenant mes archives et mes classements des Tours de France depuis la première édition en 1903, je trouve Robert Asse, un Breton médaille d’argent des abandons sur la Grande Boucle. Il est devancé de deux longueurs par l’Estonien Jaan Kirsipuu (douze abandons en autant de participations entre 1993 et 2005)

Entre 1919 et 1929, Asse a pris 10 fois le départ et n’a jamais terminé la formidable Epopée. Il est parti neuf fois de Paris et une fois d’Evian. A quatre reprises de 1920 à 1923, il a poussé jusqu’à la 6e étape mais là le menu étant vraiment indigeste – 326 km et 4 cols à travers les Pyrénées avec comme point culminant le Tourmalet – épuisé, il met les pouces. On comprend ainsi que lors de ses 10 pérégrinations, il n’a jamais vu les Alpes.

Sur la dizaine de Tours où il est monté dans le balai, à cinq reprises, il a mis la flèche dès la première étape. Visiblement, Asse était passionné par l’épreuve chère à Henri Desgrange mais le Tour n’avait aucune empathie pour le natif de Vannes dans le Morbihan. Compte tenu de ses performances et de son palmarès, on peut penser qu’il était… sous-entraîné.

Rendons-lui néanmoins hommage pour sa pugnacité à vouloir participer à une épreuve qui, manifestement, ne voulait pas de lui !

Né le 17.08.1894  (Vannes 56)

Décédé le 27.04.1932  (Vannes 56) = 37 ans

Professionnel : 1917-1929 (13 saisons)

Classement Tour de France :

1919 : ab 1re

1920 : ab 6e

1921 : ab 6e

1922 : ab 6e

1923 : ab 6e

1925 : ab 3e

1926 : ab 1re

1927 : ab 1re

1928 : ab 1re

1929 : ab 1re    (10 participations)

       Palmarès : Paris-Tours 1917 (13e), 1918 (13e);  Paris-Bruxelles 1924 (19e)

TOURMALET 1920

Etape Bayonne-Luchon du Tour de France 1920 – Un coureur en difficulté et on comprend pourquoi Asse n’a pas insisté

 

 

 

Cyclisme – Cédric Vasseur, un consultant récemment converti au recyclage de l’acide lactique

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Lors du Giro 2015 remporté par Alberto Contador, le consultant de Bein Sport, Cédric Vasseur – l’ancien porteur du maillot jaune sur le Tour 1997 – expliquait à chaque fois que l’on voyait le leader de la Tinkoff pédaler sur home-trainer dans les minutes qui suivaient son passage sur la ligne – que ce dernier exercice avait pour but de faire « baisser les pulses ».

CEDRIC VASSEUR 1

Cédric Vasseur, porteur – pendant cinq jours – du maillot jaune du Tour 1997 

Dans Cyclosport Magazine n° 109 (octobre 2015), j’avais écrit un texte pour éclairer la gent cycliste sur l’intérêt de ce travail musculaire post-effort destiné à recycler les lactates et non à baisser les pulses : « Dès la fin de l’étape, surtout si elle s’est terminée par une arrivée en altitude, l’acide lactique en excès est progressivement transformé en glycogène au sein même du muscle. Le retour des lactates à leur niveau de base s’accélère en facilitant la restauration des réserves énergétiques si durant la phase de récupération, le coureur continue à faire un effort de faible intensité c’est-à-dire qui ne détermine pas en principe de fabrication supplémentaire d’acide lactique. »

Epilogue : lors du Tour d’Italie 2016, j’ai eu la bonne surprise d’entendre Cédric Vasseur – devant les leaders de la course (Nibali, Chaves, Majka, etc.) s’activant sur home-trainer dès la fin des étapes à forts pourcentages – expliquer que cela avait pour but de « recycler l’acide lactique ». Comme quoi, Cyclosport Magazine sert à éduquer les consultants.

CEDRIC VASSEUR 2

Cédric Vasseur, désormais consultant cyclisme

Dopage et presse : pas toujours évident !

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René Kuhn

  • Né le 30 janvier 1946 à Strasbourg.
  • DEA de chimie en 1968. Chimiste à Bâle de 1970 à 1977
  • puis journaliste de sports par passion durant 32 ans aux Dernières Nouvelles d’Alsace à Strasbourg puis à Colmar.
  • Retraité depuis 2008. 
  • Responsable cyclisme et judo puis athlétisme en fin de carrière.
  • De par ma formation, très intéressé par les questions de dopage. Grâce au docteur de Mondenard, j’ai pu réaliser de nombreuses pages sur le sujet aux D NA.
  • Meilleur souvenir professionnel: le Mondial 2003 d’athlétisme au Stade de France dans une ambiance sportive extraordinaire mais avec, aussi, le problème du dopage à l’EPO de Fouad Chouki le demi-fondeur alsacien que j’ai traité encore longtemps après le Mondial.

KUHN

René Kuhn

Le traitement du dopage dans la presse écrite n’est pas toujours évident. Et cela même si, à première vue, l’aspect toujours un peu sensationnel des révélations pourrait convenir à des médias toujours avides de buzz.

Tenu au secret

Mais il ne faut pas oublier que les journalistes fréquentent souvent les sportifs et peuvent tisser des liens avec eux qui risqueraient de se déchirer en cas de révélation de cas positif. Ainsi lorsqu’un champion d’Europe vous révèle à la fin de la carrière sous le sceau du secret qu’il avait pris de l’EPO, difficile de divulguer la nouvelle dans la presse…

Ensuite, la compétence des journalistes n’est pas toujours suffisante pour parler du dopage qui nécessite des connaissances scientifiques pas toujours présentes dans leur formation. Les belles phrases et le besoin de sensationnel sont souvent plus importants que la recherche minutieuse des propriétés des médicaments.

Tout cela amène notamment très souvent à l’erreur ou plutôt l’omission la plus souvent commise: celle de ne jamais répliquer à un sportif qui dit avoir subi des centaines de contrôles négatifs : « Mais vous savez bien que cela ne prouve rien les produits ne se trouvant surtout pas lors des contrôles faits à l’issue des compétitions. »

Un volume suspect…

Là l’exemple le plus typique est évidemment celui de Lance Armstrong qui a sorti cet argument bidon des dizaines de fois sans se faire contredire alors que tout le monde savait qu’il se dopait. A ce propos, nous avions été le premier journaliste européen à interviewer Lance. C’était en aout 1989 à Emmendingen en Allemagne où il a gagné la première étape du Regio-Tour cycliste au sein de l’équipe junior des Etats-Unis qui préparait le Mondial. Je me souviens d’un jeune homme (il avait 18 ans), fin, racé, un vrai cycliste en devenir. Quatre ans plus tard quand il a gagné le Mondial pro à Oslo, je ne l’ai plus reconnu tellement il avait pris du volume sans doute à cause des anabolisants. Malheureusement je n’ai plus jamais eu l’occasion de l’interviewer …

Certes, dans quelques rédactions, il existe des journalistes compétents désirant traiter de tels sujets.  Mais ces derniers sont souvent refusés par leurs supérieurs hiérarchiques qui ne veulent par exemple pas d’une chronique régulière sur le dopage ou qui répondent « On n’est pas un journal scientifique » !

Dollé préservé

Récemment en Alsace, lors des affaires qui ont secoué la fédération internationale d’athlétisme où Lamine Diack, son président, et le docteur Gabriel Dollé, médecin responsable des contrôles,  ont été inculpés, les journaux alsaciens n’ont ainsi pas jugé nécessaire de faire un papier sur Dollé, un Strasbourgeois avec lequel nous avions traité au Mondial 2003 de Paris, « l’affaire Fouad Chouki », le coureur du 1500m strasbourgeois positif à l’EPO et suspendu deux ans par le Tribunal arbitral du sport.

Nous connaissons tous des exemples de journalistes, très au courant des affaires de dopage mais qui ont quitté leur employeur parce qu’on leur a fait comprendre qu’il fallait mettre la pédale douce sur cette dérive inhérente à la compétition.

Traiter le dopage dans la presse n’est donc pas toujours facile. Dommage car les journalistes sont quand même des témoins privilégiés des mœurs sportives.

 

Cyclisme – Courses à étapes : la fable du home-trainer flingant les toxines…

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En fait, après l’effort, cela permet, en continuant à pédaler sur un home-trainer, de recycler les lactates et donc d’accélérer  la récupération. Au final, le home-trainer n’a rien à voir avec l’élimination des toxines sauf si on considère que l’acide lactique en est une.

Les ‘’Rois de la pédale’’ cogitent dur après les étapes du Critérium du Dauphiné 2016. Ces dernières années,  voir les cadors du peloton – notamment aux termes des étapes montagneuses – sur un home-trainer interpellent les consultants d’Eurosport.

Jacky Durand, David Moncoutié et Marion Rousse-Gallopin, tous les trois nous expliquent que le but de cet exercice est de chasser les toxines. Sauf que depuis qu’ils sont omniprésents aux commentaires des courses, aucun d’eux ne nous a expliqué ce qu’était une toxine de fatigue produite par l’effort.

En revanche, le mot ‘’toxiner’’ est constamment associé aux lactates. En fin d’année 2015, j’avais déjà abordé ce thème pour la revue Cyclosport Magazine.

Cet article doit faire office de piqûre de rappel.

CSMCyclosport Magazine, 2015,n° 110, décembre

 

Tour de France – Les fausses histoires de la Grande Boucle colportées par les pseudos spécialistes du quotidien L’Equipe

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GALIBIER 1930 Col du Galibier – Le chalet et le tunnel côté sud

Passionnés de vélo, en lisant le seul quotidien sportif français, vous avez plus de chance de lire des contes et légendes que la véritable histoire des Rois de la Pédale  sur la route du Tour.

Quelques exemples : Les Forçats de la Route attribués par erreur au journaliste Albert Londres (Tour 1924) ; la fourche d’Eugène Christophe cassée dans une collision avec une voiture en 1913 ; la première ascension des Pyrénées (Tourmalet) par des cyclistes lors du Tour 1910. Tout cela est faux et pourtant ces récits encombrent les livres sur l’histoire du Tour.

Ces derniers temps, L’Equipe nous a ressorti la fameuse phrase apocryphe d’Emile Georget franchissant le Galibier en 1911. Ainsi, dans l’Equipe Magazine du 18 juillet 2015 Vincent Hubé propose un quiz sur les Alpes. La première question concerne notre sujet :

Lorsque, le premier, il est passé en tête au sommet du Galibier en 1911, qu’a dit Emile Georget aux dirigeants du Tour ?

A : « Vous êtes des criminels, c’est trop dur ! »                                    

B : « Ça vous en bouche un coin ! »                                                       

C : « C’est quoi les écarts ? »                                                         

D : « Si ma grand-mère faisait du vélo… »

Le magazine a donné la réponse B.

Rebelote dans L’Equipe du 05 juin 2016. C’est Jean-Luc Gatelier qui s’y colle en nous la jouant historien : « Ça vous en bouche un coin, hein ? » pour reprendre la célèbre réplique du brave Emile Georget au sommet du Galibier où il fut le premier à s’élever lors du Tour 1911. »

GALIBIER - 2La route du Galibier en 1911

GALIBIER - 4Gustave Garrigou : « J’y étais, c’était le lundi 10 juillet. Je fus 3e là-haut »

En réalité, Henri Desgrange qui, dans L’Auto du 11 juillet 1913, rapporte cette phrase ‘’historique’’ d’Emile Georget n’était pas présent au passage du vainqueur au Galibier. En fait, il suivait François Faber, son chouchou, quelques lacets plus bas. Velocio dans Le Cycliste de décembre 1911, rapporte l’imposture des commentaires d’HD et qu’en réalité c’est LE MOT DE CAMBRONNE que Georget prononça ce jour-là. Tous les témoignages de ce haut fait du Tour 1911 sont rapportés dans « 36 Histoires du Tour de France » que nous reproduisons ici-même.

36 HISTOIRES DU TDF                               Editions Hugo, 2010. – 307 p (Galibier 1911, pp 73-78)

  • Amis lecteurs, à vous de juger
  • Conseils aux journalistes : vérifiez vos sources. C’est le B.A.-BA de votre corporation !

TDF – LES FAUSSES HISTOIRES (Georget).doc

 

 

 

L’Equipe côté blessures : c’est pas encore gagné mais ça progresse…

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Tsonga, c’est une élongation dans L’Equipe du 03 juin

 Dans le corps de l’article, on lit « Pas de déchirure décelée à l’imagerie pour le Manceau, mais une élongation du long adducteur gauche » [NB : appelé également muscle moyen adducteur)

Sauf que le mot élongation définit le premier stade des lésions musculaires. C’est donc bien une déchirure a minima. Même si préciser que c’est le long adducteur gauche qui est touché montre une amélioration de l’information du lecteur, il faut faire encore un effort sur la connaissance des lésions musculaires.

ADDUCTEURS

Athlétisme chinois : une lettre d’aveux de dopage  »postée » il y a 21 ans et révélée seulement en février 2016

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En 1993, les Chinoises dominaient les pistes d’athlé, particulièrement dans les épreuves de demi-fond. Lors des Mondiaux de Stuttgart, l’armée de Ma (nom de leur entraîneur) avait raflé 6 médailles sur 9 possibles. Des ‘’experts’’, notamment français, avaient cru bon de les défendre en expliquant que leurs performances n’étaient pas surhumaines. Dans un courrier écrit en 1995, mais révélé seulement en février 2016, Wang Junxia – la recordwoman du monde du 10 000 m en 29’31’’78 (temps qui tient toujours aujourd’hui) – et ses copines admettent que les drogues de la performance ont joué un rôle déterminant dans leurs temps canons. Pour montrer que nous n’étions pas dupes à l’époque, nous vous proposons  sur cet épisode qui avait agité le monde de l’athlétisme un texte écrit par nos soins : ‘’Chinoises, la rumeur sur le podium’’, publié dans le bimestriel Sport et Vie n° 21 des mois de novembre-décembre 1993.

MA JUNREN L’entraîneur Ma Junren

« Nous sommes des êtres humains, pas des animaux »

Dans la fameuse lettre signée en 1995 par neuf athlètes, dont Wang Junxia, les sportives faisaient part de leur souffrance et de certaines pratiques. Ce courrier avait été adressé au journaliste Zhao Yu, auteur en 1997 d’un livre intitulé « Enquête sur l’Armée de Ma ».

WANG JUNXIA Wang Junxia

 Cette lettre n’était pas présente dans la première version de l’ouvrage, mais dans la réédition du livre l’an passé, selon CCTV. La lettre a été publiée cette semaine en mandarin par Tencent Sport, puis reprise en anglais par le South China Morning Post. « Nous sommes des êtres humains, pas des animaux », écrivent notamment les signataires. « Pendant de nombreuses années, Ma Junren nous a forcées à prendre de grandes quantités de produits interdits. C’est vrai. Nous sommes également inquiètes d’entacher la gloire de notre pays et de minimiser la valeur de nos médailles d’or, qu’il nous a été si difficile de gagner. »

Quelques semaines après avoir été sacrée championne du monde du 10 000 m à Stuttgart (Allemagne) en 1993, Wang Junxia avait établi les records du monde du 3 000 m et du 10 000 m lors eds championnats nationaux, en septembre. Elle avait alors amélioré la précédente marque mondiale de plus de quarante-deux secondes sur 10 000 m, pour la porter à 29 min 31 s 78 et devenir la première femme sous les trente minutes. En 1995, Wang Junxia s’était ensuite éloignée de Ma Junren, menant une sorte de fronde avec d’autres athlètes. Ce qui ne l’avait pas empêchée de devenir championne olympique du 5 000 m un an plus tard, en 1996, aux JO d’Atlanta et d’y décrocher l’argent olympique sur le 10 000 m.

Agence France-Presse, 05.02.2016

ARTICLE ARMEE DE MA

L’Equipe du 06 février 2016 témoigne de ce courrier de 1995 resté en rade pendant 21 ans Lire la suite