Dans un article récent intitulé « Le dopage, il y a un siècle », publié à l’occasion de la présentation du Tour de France 2026, j’ai exploré les pratiques dopantes des années 1920.
Un lecteur attentif, Franck Biratelle — enseignant en histoire-géographie, cycliste de compétition et auteur d’une thèse sur le cyclisme en Pyrénées-Atlantiques et en Aquitaine entre 1945 et 1983 — m’a signalé une omission d’une pratique apparemment répandue dans le milieu de la petite reine : le Porto Flip (une boisson tonique composée de porto rouge, brandy, jaunes d’œufs).
Un mélange énigmatique et revigorant
Dans un premier temps, mes archives situant son apparition au début des années 1930, et avec des témoignages comme celui de Jean Stablinski, qui en parle comme d’une pratique courante à ses débuts en 1948, avant de l’abandonner pour son caractère indigeste. Il se souvient : ‘’J’y mettais deux jaunes d’œufs avec du porto’’, je n’indiquais pas le Porto Flip dans mon article sur le dopage en 1926
À la recherche des origines
Franck Biratelle, bien que ne disposant pas de sources précises pour 1926, évoquait pourtant des témoignages d’anciennes gloires locales recueillis lors de son DEA.
Découverte d’une référence historique
Suite à cet échange, j’ai effectué de nouvelles recherches dans mes archives et j’ai effectivement trouvé une mention intéressante. Le Porto Flip semble avoir été utilisé bien avant les années 1930, notamment dans le vestiaire de l’équipe de France de football, avant un match contre l’Italie à Milan, le 18 janvier 1920. Denis Chaumier, ancien rédacteur en chef de France Football, en parle dans son ouvrage Les Bleus, qui retrace l’histoire de l’équipe de France de 1904 à 2003. Voici l’extrait de Chaumier : « Emilien Devic, demi très apprécié, était un athlète remarquable. Il avait l’habitude de croquer du sucre en cours de match pour maintenir son énergie. Avant le match contre l’Italie, en janvier 1920, il a même été vu en train de se doper au Porto Flip (avec deux œufs). » (Les Bleus, Paris, éd. Larousse, 2004, pp 98-99)
Une pratique plus ancienne qu’il n’y paraît ?
Si les traces écrites manquent pour les années 1920, il semble bien que le Porto Flip pourrait avoir été utilisé plus tôt qu’on ne le pensait, aussi bien dans le cyclisme que dans d’autres sports.
Cette référence historique apporte un éclairage intéressant sur la pratique de cette potion énergisante.
L’organisateur, au mépris des limites physiologiques du corps, a fait sien le slogan olympique « Citius, Altius, Fortius » (plus vite, plus haut, plus fort), une injonction perverse qui, sous couvert d’excellence, légitime la course au podium à tout prix — et donc au dopage. Même si l’on sait d’expérience que c’est la lutte entre les acteurs qui potentialise la difficulté du parcours. Mais la compétition encadrée par les spectateurs pousse au dépassement…
Le parcours du Tour de France 2026, dévoilé le 23 octobre dernier, confirme une tendance forte : la multiplication des ascensions difficiles, parfois répétées sur une même étape ou sur deux étapes consécutives. Les coureurs devront ainsi affronter deux arrivées à l’Alpe d’Huez — même si seule la célèbre montée des 21 virages sera au programme, la seconde étant précédée par l’exigeant col de Sarenne (1 999 m). Autre défi : le Ballon d’Alsace, gravi à deux reprises, et une dernière étape avec trois passages par la Butte Montmartre.
Cette pratique, qui consiste à faire grimper les coureurs plusieurs fois le même col, n’est pas nouvelle. Dès 1913, lors de la 11e édition du Tour, le Ballon d’Alsace était déjà au menu deux fois de suite : d’abord en fin de 12e étape (Genève-Belfort), puis au début de la 13e (Belfort-Longwy). Une particularité peu connue – ignorée même par les historiens et sites dédiés au cyclisme mais aussi par les organisateurs actuels – alors que la double ascension de 1914, elle, est bien répertoriée dans les archives. Il faudra ensuite attendre 1964 pour voir réapparaître ce procédé, avec une ascension d’envergure le Port d’Envalira (2 407 m) lors des 13e et 14e étapes.
Le Port d’Envalira, déjà 2 ascensions en 1964
Depuis, tous les grands cols ont eu droit à leur « double dose » :
Tourmalet (1974, 2010)
Alpe d’Huez (1979, 2013, 2026)
Glandon (1983)
Aubisque (1985)
Envalira (1964, 1997)
Croix de Fer (2015)
Ventoux (2021)
Galibier (2011, 2022)
Ballon d’Alsace (1913, 1914, 2026)
Cette accumulation de difficultés, qui ne concerne pas que le Tour mais aussi le Giro et la Vuelta, interroge certains acteurs de la Grande Boucle. Pourtant, l’histoire montre que l’innovation — ou la répétition — font partie de l’ADN de la course.
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EN FICHIER JOINT – Tour de France : cols et côtes passés 2 fois lors d’étapes consécutives ou lors de la même étape)
Alpe d’Huez – Gap – Lors de la 19e étape, les coureurs affronteront la célèbre ascension le 24 juillet. Le lendemain, la 20e étape partira de Bourg-d’Oisans et se terminera de nouveau à l’Alpe, mais cette fois “par le haut”, après avoir gravi le col de Sarenne (1 999 m). Ce tracé rappelle celui du versant sud du Galibier, où, après avoir franchi le Géant des Alpes, le peloton en descente ‘’escalade’’ le col du Lautaret.
Lors de la 113e édition du Tour de France les coureurs s’affronteront sur un parcours musclé avec plusieurs géants montagneux au menu : Tourmalet, Galibier, Croix de Fer, Salève, Alpe d’Huez deux fois mais une seule ascension des 21 virages… Pour les 3 333 km des 21 étapes, cette édition 2026 avec un total de 54 450 mètres de dénivelé positif – soit au moins 2 000 m de plus qu’en 2025 – sera probablement indigeste pour les sprinteurs.
L’Alpe d’Huez culmine à 1 850 mètres, constituant une des ascensions les plus célèbres du Tour de France masculin. Un retour marquant pour un obstacle alpin qui a souvent pesé lourd dans le classement général de la plus grande course cycliste du monde.
33e montée au sommet
Depuis sa première apparition en 1952, l’Alpe d’Huez s’apprête à accueillir le peloton pour la 33e fois. D’abord classée en première catégorie jusqu’en 1978, elle a été surclassée hors catégorie en 1979, rejoignant le panthéon des géants de même niveau de difficulté tels que le Tourmalet, le Galibier, l’Izoard, l’Iseran, le Ventoux, ou encore le col de la Loze.
Un sommet, des légendes
Sur les 32 ascensions précédentes entre 1952 et 2022, seuls 26 coureurs ont levé les bras au sommet après avoir dompté les 21 virages emblématiques. Parmi eux, six récidivistes, même si l’un a vu ses deux victoires annulées pour dopage.
Le rendez-vous est donc pris : en 2026, l’Alpe d’Huez pourrait une nouvelle fois jouer un rôle décisif dans la quête du Maillot Jaune.
La montée de l’Alpe d’Huez. – A.S.O/Géoatlas
Retour sur la première ascension de l’Alpe en 1952
Pour cette 39e édition du Tour de France, l’organisateur renforce le parcours montagneux, en augmentant sensiblement le nombre d’obstacles, qui passe de vingt et un cols à franchir, contre dix-sept l’année précédente. Fait nouveau, trois étapes ont pour point terminal le sommet d’un col ou d’une montagne : l’Alpe d’Huez, Sestrières et le Puy de Dôme.
L’Alpe d’Huez (1 780 m), 1re catégorie
On est le vendredi 4 juillet 1952 sur 266 km, la 10e étape conduit les géants de la route de Lausanne à l’Alpe d’Huez, avec une arrivée inédite en altitude. Selon l’histoire de cette ascension, Georges Rajon, un hôtelier de la station iséroise, serait l’homme qui a mis cet obstacle sur le parcours de la Grande Boucle. En réalité, l’idée de faire grimper le peloton à l’Alpe n’est pas de lui : « C’est un artisan-peintre de Bourg-d’Oisans, Jean Barbaglia, qui est venu nous voir, un jour de 1951, André Quintin (un autre hôtelier de l’Alpe) et moi et nous a dit « Pourquoi on ne ferait pas venir le Tour de France à l’ Alpe ? » Tout est parti de là. (1) Mais au final, Rajon a joué un grand rôle dans la réalisation de cette toute première arrivée en altitude. On lui doit aussi, en 1964, la numérotation à rebours des virages, du n° 21, en bas, au n° 1, peu avant le sommet. Au final, c’est l’Italien Fausto Coppi qui en sera le grand vainqueur, en devançant de 1 min 20 s le Tricolore Jean Robic.
Selon Patrick Chêne, l’ancien responsable du service des sports de France 2 de 1998 à 2000, avec cette victoire du Campionissimo, « la station de l’Oisans entrait dans la légende avec d’autant plus de force que, cette même année, la télé couvrait le Tour pour la première fois. Pourtant, il faudra attendre vingt-quatre ans, jusqu’en 1976, pour que les coureurs renouvellent .. l’exploit. Personne ne pensait alors que l’étape deviendrait le rendez-vous de l’été des gens venus du Nord et serait même baptisée la montagne des .. Hollandais. De 1976, en effet, avec Joop Zoetemelk à 1989, avec Gert-Jan Theunisse, les Hollandais accumulent les victoires.»(2)
Autre caractéristique remarquable de cette « côte» de 14,500 km avec une pente moyenne de 7,9%, ce qui la classe un peu en avant du mont Ventoux côté Bédoin (7,5 %), dans plus de 70 % des cas, elle livre le nom du vainqueur final du Tour. En effet, si on liste, dans le palmarès depuis 1952, l’homme revêtu du paletot doré au sommet de l ‘Alpe, on constate que 24 fois sur 32 (75%), il a remporté l’épreuve quelques jours plus tard (même en supprimant le double lauréat déclassé pour dopage, le pourcentage est toujours très proche : 73%)
Programme officiel du Tour 2004, HS n° 12, p 44
Télé7 Jours, 20.07.2001
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Même très exigeant dans mes recherches, je ne suis pas exempt moi non plus de faire des erreurs. C’est pourquoi, je demande aux lecteurs avertis – sur la base de documents d’époque – de me communiquer les éventuels manques. Merci d’avance.
(5e volet) – Il y a un siècle, une saga en cinq volets
De nos jours, même les cyclistes amateurs sont familiers des substances auxquelles ont recours les champions du XXIe siècle pour optimiser leurs performances : EPO, stéroïdes anabolisants, glucocorticoïdes, Aicar, caféine omniprésente, corps cétoniques, voire monoxyde de carbone. Mais qu’en était-il au cours des années 1920 ? Que contenaient les fioles soigneusement rangées dans les poches du maillot ? Quelle était la composition réelle des pilules fournies discrètement par les soigneurs ? Retour sur les premiers jalons d’un dopage encore balbutiant, mais déjà bien présent.
Les massifs montagneux au programme, un menu pour le moins corsé en raison de l’état des routes
Lors de la 20e édition du Tour de France, l’organisateur réunit sur le parcours la plupart des cols les plus emblématiques : l’Aubisque, le Tourmalet, l’Aspin, le Peyresourde, le Puymorens dans les Pyrénées, puis les cols d’Allos, du Galibier, de l’Izoard et de Vars dans les Alpes.
En 1926, aucun Grand Prix de la Montagne
En 1926, le Grand Prix de la Montagne n’existe pas encore — il ne sera instauré qu’en 1933. À l’époque, aucun point n’est attribué aux coureurs franchissant les cols en tête, mais un prix en argent leur est tout de même accordé. Dans cet exercice, c’est Lucien Buysse, futur vainqueur de l’épreuve, qui se distingue. Malgré son gabarit (1,68 m pour 68 kg), il s’impose comme le meilleur grimpeur de ce Tour exigeant, avec 12 sommets passés en tête, dont l’Aubisque, l’Aspin et le Peyresourde. À Luchon, le Belge s’empare du maillot jaune et relègue son dauphin à 36 minutes et 14 secondes.
Trois ans plus tard, en 1929, il franchira à nouveau l’Aubisque en tête, ce qui lui vaudra le surnom de « L’Homme de l’Aubisque ». À sa retraite, il ouvrira un bistrot à Petegem-aan-de-Leie en Flandre Orientale qu’il nommera naturellement « Café Aubisque »
Le café Aubisque de Lucien Buysse à Petegem-aan-de-Leie[commune rattachée depuis 1971 à la ville de Deinze]
Les coureurs deviennent des Forçats ou Martyrs de la Route
À cette époque, les routes de montagne ne sont ni goudronnées ni bitumées, mais simplement stabilisées. En cas de fortes pluies, elles se transforment en bourbiers, contraignant les coureurs à porter leurs vélos ou à les pousser à pied, comme en cyclo-cross. Entre l’avant et l’après-Première Guerre mondiale, ces chemins ressemblent davantage à des sentiers muletiers qu’à des routes, causant de nombreux dégâts : roues et fourches cassées, pneus crevés, blessures diverses (furoncles, chutes, poignets meurtris, etc.). C’est durant cette période que les participants du Tour seront surnommés les « Forçats » ou « Martyrs de la Route ».
Dans ce quatrième volet, nous examinons en détail les 36 cols et côtes figurant au programme du Tour de 1926 : le nom de chaque col, son versant emprunté, son altitude d’après les données cartographiques de l’époque, sa localisation (étape et département), ainsi que le nom du premier coureur à l’avoir franchi.
Un travail inédit, car la majorité des sources actuelles — comme le Dico du Tour, Wikipédia ou même le site officiel du Tour de France — ignorent largement les cols franchis avant 1947.
Il y a un siècle, ils étaient 126 au départ du Tour de France. Un peloton d’hommes durs à la tâche, confrontés non seulement à des routes dantesques… mais aussi au temps qui passe. À 25 ans d’écart, leur longévité est comparée à celle des coureurs de l’édition 1951, soit une génération. Et les chiffres parlent.
En s’appuyant sur des données d’état civil vérifiées entre 1926 et 1951, on observe une progression nette de la durée de vie. En 1926, seuls 6,1 % des coureurs ont franchi la barre des 90 ans. En 1951, ils sont 27,6 % à atteindre cet âge vénérable. Un bond spectaculaire, multiplié par quatre voire cinq.
L’étude va plus loin, en explorant d’autres critères : part de néophytes dans le peloton, internationalisation croissante, âge du benjamin, et celui du doyen ayant terminé la Grande Boucle.
Et une figure se détache : celle du Belge Émile Brichard. Engagé en 1926, il reste à ce jour le coureur le plus âgé jamais recensé parmi les 5 393 participants du Tour depuis 1903. Il s’est éteint à l’âge de 104 ans et 7 mois.
Une plongée passionnante dans les archives, à la croisée du sport et de la démographie.
Dans ce deuxième chapitre de notre série consacrée au Tour de France 1926, nous mettons volontairement de côté les récits de coureurs et de parcours pour braquer les projecteurs sur ceux qui, dans l’ombre, ont rendu possible la plus grande course cycliste du monde. Sans eux, ni l’épreuve ni sa légende ne tiendraient la distance.
Ce volet s’intéresse à l’envers du décor : à l’état-major du Tour de 1926, à la direction de course et à ses nombreux services – de la logistique au ravitaillement, en passant par les massages – ainsi qu’aux représentants de l’Union vélocipédique de France (UVF), garants du bon déroulement de l’épreuve.
Nous explorons notamment :
La présence des médias,
avec un zoom sur les envoyés spéciaux de l’époque et le rôle central de la presse dans la médiatisation et le suivi de la course ;
Les innovations de cette 20e édition,
souvent ignorées, mais qui ont discrètement façonné l’avenir du Tour ;
Les coulisses insolites,
comme l’usage du pyjama par les coureurs – tenue vestimentaire privilégiée le jour de repos entre deux étapes – une pratique attestée par des photographies d’époque ;
La présence étonnante de femmes cyclistes,
accompagnant brièvement les « géants de la route » sur quelques kilomètres, offrant à ces derniers un moment d’évasion au cœur de leur labeur harassant. Des images d’archives témoignent de ces scènes inattendues ;
Un lexique du jargon d’époque,
révélant les expressions pittoresques utilisées pour désigner coureurs, officiels ou encore les « suiveurs indésirables », ces intrus qui s’invitaient dans le peloton, notamment à l’approche des arrivées.
À travers ces éléments oubliés ou méconnus, se dessine une autre histoire du Tour 1926 – celle des invisibles, des indispensables, et des anecdotes qui révèlent toute la richesse humaine et culturelle de cette épreuve créée pendant la Belle Epoque devenant phare au décours des années folles (1919-1929).
En cinq étapes – Retour sur le Tour de France 1926 : découvrez sur la 20e édition, le vainqueur, les protagonistes, les organisateurs, la presse…
Evènement médiatiquement favorable pour se plonger 100 ans en arrière sur le Tour 1926, une édition hors norme. Un document exclusif en cinq étapes révèle les coulisses d’une Grande Boucle mythique, mêlant aventure héroïque et compétition cycliste. (1er volet)
Par exemple, la 10e étape Bayonne-Luchon sur un parcours de 326 km avec au menu les difficultés des 4 Géants pyrénéens : Aubisque, Tourmalet, Aspin, Peyresourde, ainsi que des conditions climatiques apocalyptiques (boue, froid intense, pluie, grêle) restera depuis 1903 comme l’étape la plus dure des 112 éditions. Au départ de la capitale du Pays-Basque, on comptabilisait 76 Géants de la Route, à l’arrivée à Luchon, 22 avaient mis la flèche en cours de route. Certains des 54 finishers étaient – sur la fin de l’étape – montés dans un véhicule à moteur. Mais Henri Desgrange, le patron du Tour, magnanime, les avaient repêchés !
Depuis 2020, je propose chaque année un retour centenaire sur une édition du Tour. Cette fois, en cinq articles, j’invite à découvrir l’épopée du Tour 1926 à travers une analyse riche et documentée.
Au programme de cette série en 5 étapes :
1re – Portrait de Lucien Buysse
15e vainqueur du Tour : son état civil, ses origines familiales, ses caractéristiques morpho-physiologiques, sa carrière sportive et professionnelle, le palmarès des quatre frères Buysse et une bibliographie complète.
2e – Décryptage complet de la 20e édition de 1926
podium, parcours et statistiques clés (nombre de partants, abandons, débutants, nationalités, etc.), réglementation rigoureuse, innovations techniques et logistiques, portraits de l’état-major organisateur, rôle de la presse et des envoyés spéciaux, anecdotes et moments forts.
3e – Présentation nominative des coureurs
avec les 41 classés et les 85 abandons : classement général, années de naissance et de décès, longévité comparée à celle de leurs contemporains ainsi qu’à celle de leurs successeurs des années 1950.
4e – Analyse des cols au programme
nom et versant emprunté, altitude selon les données de 1926, localisation géographique (étape et département), nom du premier coureur à franchir chaque sommet.
5e – Dossier sur la consommation de produits dopants
une plongée dans les témoignages de l’époque : coureurs, journalistes, médecins… pour comprendre l’usage (souvent tabou) des ‘’amplificateurs de performances’’.
Une documentation rare, précieuse pour tous les passionnés.
Ce 11 octobre se dispute la 119e édition du Tour de Lombardie, un Monument qui semble taillé sur mesure pour le Slovène Tadej Pogacar, véritable cannibale des temps modernes. Déjà vainqueur des quatre dernières éditions (2021 à 2024), il pourrait aujourd’hui réaliser un exploit historique.
S’il franchit la ligne d’arrivée à Bergame en vainqueur après les 241,5 km de course, Pogacar ne se contentera pas d’égaler Fausto Coppi — quintuple lauréat de la classique des feuilles mortes — mais il le surpassera : cinq victoires en cinq participations consécutives, là où Coppi avait dû attendre cinq ans (entre 1949 et 1954) pour décrocher son cinquième succès.
La comparaison avec le Campionissimo
Au-delà du nombre de victoires, un autre facteur illustre l’écart entre les deux hommes : l’âge. Coppi avait 35 ans lors de son dernier triomphe en Lombardie ; Pogacar n’en a que 27.
Les deux champions partagent toutefois une même signature : l’art de s’isoler en tête pour l’emporter en solitaire, souvent après une échappée implacable. À ce sujet, le journaliste Pierre Chany écrivait à propos de Fausto Coppi :
« Lorsque Fausto Coppi quittait le peloton, cela signifiait que la course était terminée; terminée pour lui et pour les autres. Avec une ponctualité de fonctionnaire et selon un processus établi une fois pour toutes, il sortait du groupe et s’en allait par-delà les monts et les vallées cueillir la victoire, fut-elle éloignée de deux cents kilomètres. La formalité était devenue dérisoire d’apparence et cette immense dérision dura neuf années. Car il est rigoureusement vrai que Fausto Coppi, une fois évadé de la meute, ne fut jamais rejoint par ses poursuivants dans la période comprise entre 1946 et 1954, aussi vrai que le mètre-étalon déposé au Pavillon de Breteuil mesure cent centimètres. » [in « Arriva Coppi ou les rendez-vous du cyclisme ». – Paris, éd. La Table Ronde, 1960. – 259 p (p 151)]
D’après l’ouvrage Arriva Coppi, Coppi a remporté 53 courses en solitaire sans être revu par ses poursuivants. Certains écarts étaient démesurés : 14 minutes lors de Milan-Sanremo 1946, plus de 5 minutes en 1948, et 6’16 lors du Championnat du monde 1953 à Lugano. À l’inverse, Pogacar gère ses offensives avec une approche plus économe : ses écarts à l’arrivée varient entre 30 secondes et 2 minutes 30. Les spécialistes estiment que Coppi a parcouru environ 3 000 km seul en tête entre 1949 et 1954. Pogacar, lui, en est déjà à 50 victoires acquises loin devant ses adversaires — un total qui pourrait bientôt dépasser les 53 échappées gagnantes du « Héron », surnom donné à Coppi pour sa silhouette longiligne.
Vers un palmarès monumental ?
En cas de victoire ce samedi, Pogacar signerait son 5e Monument en Lombardie et porterait son total à 10 classiques majeures remportées, contre 9 pour Coppi. Et cela, en une carrière bien plus courte et toujours en cours. L’étape suivante ? Rejoindre, voire dépasser Eddy Merckx, le Cannibale belge. Pogi semble avancer avec calme et détermination vers cette ambition.
Les longues échappées : l’erreur de Fausto Coppi
Dès 1952, Fausto Coppi reconnaissait que sa stratégie de longues échappées, bien que spectaculaire, était un excès. Cinq ans plus tard, il ira même jusqu’à dire que c’était la plus grande erreur de sa carrière.
Voici deux extraits d’interviews parus dans Le Miroir des Sports :
1952 – Un premier regret
Avez-vous des regrets concernant votre carrière ? « Oui. Je me plains d’avoir toujours été obligé de donner l’impulsion à la course. Si j’avais couru comme beaucoup d’autres, en restant dans les roues, j’aurais préservé mes muscles. Gagner avec huit ou dix minutes d’avance, ce n’est pas raisonnable… Deux ou trois minutes auraient suffi. » [Le Miroir des Sports, 1952, n° 335, 04 février, p 2]
1957 – Un aveu plus franc encore
Si vous deviez recommencer votre carrière, quelles erreurs éviteriez-vous ? « Une seule : je ne referais plus ces interminables échappées du début de ma carrière. Gagner avec plusieurs minutes d’avance, c’est un effort insensé. L’essentiel, c’est de figurer au palmarès. » [Le Miroir des Sports, 1957, n° 648, 26 août, p 17]
Point de vue : Pogacar, l’intelligence de la mesure?
À la lumière de ces aveux, la méthode Pogacar paraît bien plus mesurée : une attaque tranchante, un écart raisonnable, puis une gestion intelligente dans les portions roulantes. Un modèle moins énergivore et peut-être plus durable.
Là où Coppi a brillé par la démesure, Pogacar incarne une forme de lucidité stratégique. Et c’est peut-être cela qui lui permettra non seulement de marquer son époque, mais aussi de la dominer encore longtemps.
Article et illustrations – copyright blog : dopagedemondenard.com
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Il est toujours surprenant – voire consternant – de constater à quel point le sujet des stéroïdes anabolisants est mal compris, même au sein de publications médicales ou lors d’interviews sur le dopage. Pourtant, leur usage concerne toutes les disciplines sportives, de l’endurance à la force, en passant par les sports de précision ou de dextérité. Autrement dit, du marathonien à l’haltérophile, du joueur de billard au tireur sportif en passant par le curleur, tous peuvent y avoir recours et y trouver un avantage.
Usage généralisé : Les stéroïdes anabolisants sont utilisés dans tous les sports pour améliorer force, endurance et précision.
Dopage majoritaire : Ils représentent 45 % des cas positifs détectés en compétition.
Efficacité multiple : Ils augmentent masse musculaire, oxygénation du sang et agressivité mentale.
Effet »Obélix » : des avantages qui perdurent malgré un arrêt prolongé
Conséquences délétères au plan santé : troubles hormonaux, sexuels et mentaux ( »rage des stéroïdes’‘) chez les hommes et les femmes.
Confusion fréquente : À ne pas confondre avec les corticostéroïdes.
POST-IT – Au début de la lutte contre le dopage, vers le milieu des années 1960, les stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) étaient encore perçus par la communauté scientifique comme de simples vitamines. Ce n’est qu’au bout d’environ dix ans qu’ils seront officiellement inscrits sur les listes des substances interdites par le Comité international olympique (CIO) et la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF, aujourd’hui World Athletics). Ensuite, les autres instances suivront.
Les stéroïdes anabolisants figurent en tête des substances détectées.
D’après les statistiques de l’Agence mondiale antidopage (AMA), les stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) dominent largement les substances interdites retrouvées lors des contrôles antidopage. En 2023, ils représentaient 45 % des cas positifs. La testostérone – hormone phare – ses dérivés les SAA – ainsi que des substances plus récentes comme les SARMs (Modulateurs Sélectifs des Récepteurs aux Androgènes, tels que l’ostarine, le ligandrol ou l’andarine) sont très prisés des compétiteurs, quelle que soit leur spécialité.
Des effets visibles dans toutes les disciplines
En athlétisme, les SAA ont des effets notables sur la puissance, la masse musculaire, mais aussi sur l’endurance. Deux cas emblématiques illustrent cette réalité :
Ben Johnson, sprinteur canadien, remporte le 100 m des JO de Séoul en 1988 avec un temps record de 9’’79. Trois jours plus tard, son contrôle antidopage révèle la présence de stanozolol, un stéroïde alors réputé indétectable si interrompu deux semaines avant la compétition. Avec son physique de culturiste (1,80 m / 76 kg), le surnom de « Bénoïde » ne laissait que peu de place au doute.
À l’opposé morphologique, Martti Vainio, coureur de fond finlandais (1,92 m / 72 kg), est disqualifié aux JO de Los Angeles en 1984 pour usage de méténolone, un autre SAA. Il avait terminé 2e du 10 000 m, derrière l’Italien Alberto Cova, adepte de la transfusion sanguine.
Conclusion : un sprinteur musclé et un coureur longiligne peuvent utiliser les mêmes substances dopantes. Ce qui différencie leur apparence, c’est, associé à l’entraînement spécifique de leur spécialité, essentiellement leur régime alimentaire : hyperprotéiné pour les sports de force, riche en glucides lents pour les sports d’endurance.
Les effets méconnus des SAA
1. Amélioration du transport de l’oxygène
Les SAA stimulent la production de globules rouges, augmentent l’hématocrite (densité des cellules rouges dans le sang), la concentration en hémoglobine (protéine fixant l’oxygène), améliorant ainsi le transport de ce même oxygène. Un effet similaire à celui de l’EPO, bien que généralement moins puissant.
2. Effets psychiques et comportementaux
Dès les années 1960, les publicités médicales soulignaient le potentiel « psychotonique » des SAA. Aujourd’hui encore, leur effet stimulant sur le mental, la confiance en soi, mais aussi l’agressivité, est reconnu. Ce phénomène, connu sous le nom de rage des stéroïdes, peut mener à des comportements violents, parfois extrêmes, voire à des homicides.
3. Efficacité accrue chez les femmes
Les SAA ont un effet plus marqué sur les femmes que sur les hommes. Il est en effet plus aisé de viriliser une femme que de « surviriliser » un homme. Entre 1976 et 1988, les sportives est-allemandes dominaient largement la natation et l’athlétisme mondial, alors que leurs homologues masculins, bien que soumis aux mêmes protocoles dopants, ne surpassaient pas autant leurs concurrents.
4. Effet Obélix : les avantages acquis avec les SAA perdurent un temps prolongé malgré l’arrêt du dopage
Un sportif dopé, notamment aux stéroïdes anabolisants androgènes (SAA), qui arrête un temps prolongé ses cures d’engrais musculaires, conserve le gain des avantages acquis (musculaire, mental, transport d’O2) sur une durée variable pouvant atteindre des mois, voire des années. Certaines études tendraient à démontrer que les muscles et les gènes ayant bénéficié du dopage un certain temps, continuent à fonctionner au même niveau pendant plusieurs mois, voire plusieurs années après l’arrêt des substances illicite. Ce sont des travaux en épigénétique qui ont intrigué les chercheurs. Cette science – l’épigénétique – s’intéresse aux modifications provoquées par les médicaments, les substances dopantes… pouvant interagir avec le génome permettant l’expression de certains gènes plutôt que d’autres.
‘’L’effet Obélix’’ : même après avoir arrêté la dope, ça marche toujours autant…
Aujourd’hui des scientifiques scandinaves estiment que des années de dopage induisent des mutations durables persistant bien après l’arrêt des produits miracles. Cette transformation durable, baptisée ‘’effet Obélix’’ au prétexte que le livreur de menhirs était tombé tout petit dans la marmite contenant la potion magique et que, même sans la boire, il avait acquis une force légendaire à vie.
5. Risques sur la sexualité : loin d’être anecdotiques
– Chez les hommes : gynécomastie (développement des seins), troubles de la sexualité.
– Chez les femmes : masculinisation (voix grave, réduction mammaire, hypertrophie du clitoris et de la pomme d’Adam).
– Dans les deux sexes : phase d’hypersexualité au début, suivie souvent d’un effondrement de la libido.
6. Confusion fréquente : stéroïdes anabolisants versus corticostéroïdes
Dans les médias anglophones, le terme « stéroïdes » est souvent utilisé de manière ambiguë. Il faut bien distinguer :
Les stéroïdes anabolisants, qui favorisent la construction musculaire (anabolisme),
Des corticostéroïdes, qui ont des effets opposés : décalcifiants, immunosuppresseurs, et utilisés à visée thérapeutique.
EN CONCLUSION
Les stéroïdes anabolisants restent aujourd’hui la substance dopante la plus fréquemment utilisée et détectée en compétition. Leur efficacité ne fait aucun doute : ils agissent sur la masse musculaire, l’endurance, le mental, et même le métabolisme de l’oxygène. Pourtant, leur usage n’est pas sans conséquences, tant sur le plan physiologique que psychologique. Une connaissance précise et sans tabou de leurs effets s’impose, tant pour le public que pour les professionnels du sport et de la santé.
MISE EN GARDE – Aujourd’hui, la plupart des SAA sont facilement détectables notamment par les métabolites longue durée
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