CIO et AMA – Les contre-performances chroniques des gendarmes antidopage ou « la course à la lenteur »

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[publié le 26 juin 2017]

Pour les principales substances dopantes utilisées, le temps de latence entre le début de l’emploi par les sportifs, l’interdiction officielle (en liste rouge) et la détection effective dans les liquides biologiques, se compte en années, voire en décennies. Ces délais illustrent l’incapacité des instances à lutter efficacement contre les professionnels de la triche pharmacologique.

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Dopage – Le CIO et l’AMA, trop souvent à la bourre pour la détection des substances dopantes, rattrapent enfin trente ans de retard sur l’Oral-Turinabol, le stéroïde qui a fait la gloire de la RDA

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[publié le 1er avril 2017]

Mais pendant ces trois décennies, combien de tricheurs ont été médaillés grâce au ‘’T.bol’’ ?

A posteriori, cinq ans après les Jeux de Londres (2012), quatre Russes sont contrôlés positifs au Turinabol® (un stéroïde anabolisant sorti des cornues des pharmaciens d’Allemagne de l’Est en 1965) et indétectable depuis son apparition sur la liste rouge en 1984, soit près de trois décennies.

L’Oral-Turinabol® resté silencieux de 1974 à 2012, refait surface en 2017

Bravo pour l’AMA (Agence mondiale antidopage) et son mentor, le CIO (Comité international olympique) !

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L’Equipe, 31 mars 2017

L’interdiction sportive des stéroïdes anabolisants date de 1974. Mais dès 1972, Roger Bannister, le premier homme à être descendu sous les 4 minutes au mile (3’59’’40 à Oxford le 6 mai 1954) devenu médecin neurologue mais aussi président du Conseil britannique des sports, révèlait que : « Les deux tiers des lutteurs et des haltérophiles ayant participé aux JO de Munich (1972), ainsi qu’un certain nombre de lanceurs, ont reconnu qu’ils avaient utilisé des stéroïdes anabolisants ».

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Roger Bannister, le 1er sous les 4 mn au mile, puis médecin neurologue et président du conseil britannique des sports

Les premiers tests sur les engrais musculaires auront lieu en 1976 aux JO de Montréal. Bilan des éprouvettes : 9 positifs aux stéroïdes anabolisants dont 8 haltérophiles. Si on arrêtait la cure de stéroïdes 15 jours avant les épreuves, ni vu ni connu, les dopés échappaient aux radars olympiques.

RDA – 519 médailles de 1968 à 1988 et aucun positif !

 En 1965, le laboratoire est-allemand Jenapharm Gmbh invente l’Oral-Turinabol®, un dérivé de synthèse de la testostérone l’hormone mâle. Cerise sur le gâteau : il est indétectable si l’on arrête le traitement cinq jours avant les épreuves. De 1968 à 1988, ce stéroïde va être consommé par 10 000 athlètes de RDA. Résultat : 519 MEDAILLES ET AUCUN POSITIF. Un ratio unique au monde.

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Plaquettes d’Oral-Turinabol® commercialisées par Jenapharm de 1965 à 1994

Sauf que l’Oral-Turinabol® va continuer ses prouesses au sein de la gent sportive des Pays de l’Est. Puisqu’encore aujourd’hui, il est toujours commercialisé par d’autres laboratoires signalés sur internet.

Il faut attendre 2013 pour que deux structures analytiques – Cologne et Moscou – mettent au point la technique pour épingler les tricheurs au Turinabol® et au stanozolol. D’où les contrôles positifs à rebours sur les Jeux de Pékin (2008) et de Londres (2012) [voir l’articulet de L’Equipe du 31 mars]

En 2012 : 80 cas positifs à l’Oral-Turinabol®

C’est l’Agence France-Presse (AFP) qui témoigne de cette avancée de la lutte officielle mais cette dernière est restée de longues années les bras croisés. En novembre 2013, l’AFP rapporte les découvertes des deux entités analytiques : « La mise au point d’une nouvelle méthode de détection des stéroïdes anabolisants a abouti en un an à plus de 260 cas positifs qui n’auraient pas pu être décelés sans cela auparavant, a expliqué  un chercheur du laboratoire antidopage de Cologne. ‘’Maintenant nous avons une méthode plus sensible et depuis que nous l’avons lancée en novembre l’an dernier (2012), nous avons trouvé environ 180 cas positifs au stanozolol et 80 cas positifs à l’Oral-Turinabol® que nous n’aurions jamais détectés avant’’ a expliqué Hans Geyer, un des scientifiques de ce laboratoire allemand lors d’une conférence au siège de la Fifa à Zurich.

oral-t-bol-drachensang-100caps-15mgOral-Turinabol® vendu sur internet en 2017

Cette méthode, qui se base sur la recherche d’un métabolite de longue durée dans l’urine, a été mise au point par le laboratoire antidopage allemand pour le volet concernant le stanozolol, le stéroïde trouvé dans les urines de Ben Johnson au terme du 100 m des JO de Séoul en 1988, et par le laboratoire de Moscou pour l’Oral-Turinabol® (déhydrochlorométhyl-testostérone), Le produit dopant de l’ancienne Allemagne de l’Est. Ces résultats ont surpris les chercheurs : ‘’Avant, nous n’avions pas un cas positif à l’Oral-Turinabol® par an, soudain nous mettons au point une nouvelle méthode qui est plus sensible et nous avons maintenant une immense augmentation. Cela veut dire que probablement les athlètes savaient quand il fallait arrêter de prendre ces substances pour ne pas être contrôlés positifs’’ a fait valoir Hans Geyer. »

Le constat est aveuglant. Tout cela montre bien que de 1974 à 2012, des centaines de médailles ont été obtenues grâce à l’Oral-Turinabol® mais aussi au stanozolol. Visiblement, Ben Johnson contrôlé positif au stanozolo en 1988 lors de la finale du 100 m qu’il avait dominé n’était pas un top expert en protocole de dopage.

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Ben Johnson, champion olympique du 100 m en 1988 ; déclassé pour contrôle positif au stanozolol

Pour nous, il y a longtemps que le constat est fait : l’AMA n’est pas la bonne structure pour lutter efficacement contre la triche.

 

 

 

Corticoïdes (suite) – Historique de la détection des corticoïdes dans le cadre d’un contrôle antidopage

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1999

Tour de France : détections à titre préventif

2000

Tour de France : le Français Emmanuel Magnien est le premier positif sanctionné par l’UCI

 

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Cycliste professionnel de 1993 à 2003

 

 Depuis le 7 août, la Fédération française de cyclisme (FFC) alertée par l’Union cycliste internationale (UCI), a ouvert une procédure disciplinaire à l’encontre du coureur de la FDJ, Emmanuel Magnien, contrôlé lors du Tour de France le 18 juillet à Morzine à l’issue de la 16e étape. L’analyse a révélé qu’une injection intramusculaire de cortisone (Kenacort® 80 : triamcinolone acétonide) lui avait été faite avant le départ du Tour pour traiter une allergie au pollen.

kenacort Afin de stimuler la consommation, les publicités des médicaments font souvent appel au vélo ou à la bicyclette

Or, ce genre d’injection de corticoïdes est formellement interdit par la loi française et l’UCI, même accompagnée – ce qui était le cas pour Magnien – d’une justification thérapeutique. Gérard Guillaume, le médecin de la Française des Jeux, rapporte les faits dans Le Figaro du 18 août 2000 : « Trois jours avant le début du Tour, il a eu besoin d’un soin tout à fait classique, une injection intramusculaire de corticoïde, dans ce genre de pathologie (a priori une allergie au pollen). Je l’ai averti, il a pris ses responsabilités et a dit  ‘’ Je n’ai pas le choix, je veux faire le Tour’’. Je ne pouvais pas l’empêcher de partir. »

Dans un premier temps, la FFC condamne le coureur à six mois avec sursis. L’UCI, face à cette sanction trop légère, fait appel devant le Tribunal arbitral du sport qui, le 18 septembre 2000, inflige à Magnien une suspension de six mois (dont trois mois ferme) et interdiction de participer aux Jeux de Sydney.

Parallèlement, le médecin de la FDJ, le 17 septembre 2001 est suspendu trois mois pour avoir pratiqué une injection de corticoïdes par voie intramusculaire sur le coureur Emmanuel Magnien.

 

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Docteur Gérard Guillaume, médecin de la FDJ

 

 2002

France  – Tous les sports sont concernés par la détection des ‘’corticos’’

Alors qu’ils n’étaient recherchés que sur les cyclistes, les corticostéroïdes sont dorénavant dépistés dans tous les sports depuis le 1er janvier 2002

Corticoïdes (suite) – Ces derniers temps, malgré l’hypermédiatisation des trois joueurs de rugby du Racing 92 testés positifs aux corticoïdes, la presse dite spécialisée est restée muette par ignorance sur les débuts du dépistage urinaire de ces substances dans le cadre d’un contrôle antidopage

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En septembre 1999, le laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD) publiait un communiqué relatif à la nouvelle détection des corticoïdes de synthèse. Ce texte nous apprend qu’en réalité pour les années 1999 et 2000, la recherche n’était effectuée que dans un cadre préventif…

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 Informations émanant du LNDD relatives à l’identification de certaines substances illicites

 Corticoïdes de synthèse (bétaméthasone, cortivazol, prednisolone, triamcinolone)

La détection et l’identification en routine des différents représentants de cette classe thérapeutique ne peut être acquise par les techniques de chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse utilisées classiquement par les Laboratoires antidopage. La seule méthode pour identifier ce type de composés est la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse.

Des instruments de ce type présentant une fiabilité suffisante et adaptés à un fonctionnement de routine n’ont été commercialisés que depuis 3 ans. Ce n’est donc que récemment que le LNDD a pu opérer une diversification analytique pour aborder la problématique des corticoïdes de synthèse et développer des méthodes de détection et d’identification de ces substances dans l’urine. Cette technique a été appliquée, dans un cadre préventif, pour le Tour de France 1999 avec l’accord de l’UCI et la déclaration des cas «positifs» figurait en annexe des rapports d’analyses antidopage classiques.

Les possibilités actuelles du Laboratoire se limitent à l’analyse de 2000 à 3000 échantillons par an. Il est donc impossible de généraliser dans l’immédiat la détection des corticoïdes de synthèse dans un cadre répressif sur 9000 échantillons, nombre correspondant au total des analyses effectuées chaque année. Le LNDD peut donc cibler dans l’immédiat son action dans un cadre préventif et sur une population à risque (à hauteur de 2000 à 3000 échantillons par an). Dans un délai d’un an, la totalité des analyses concernant ces substances pourra être effectuée dans le cadre répressif des contrôles antidopage.

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 Corticoïdes naturels (cortisol, cortisone)

 A l’instar de ce qui a été mis en œuvre récemment pour la testostérone, l’usage illicite des corticoïdes naturels pourrait être révélé par l’analyse isotopique du carbone. La faisabilité de cette approche isotopique a été confirmée en 1998/1999 dans le cadre de travaux entrepris par le LNDD en collaboration avec le Service central d’analyse du CNRS de Vernaison. La technique a été implantée au LNDD et la validation sera entreprise au LNDD entre le 1er novembre 1999 et le 1er mai 2000. Il est donc prévu d’appliquer cette technique à cette date tout d’abord dans un cadre préventif comme pour les corticoïdes de synthèse et en 2001 de la généraliser dans le cadre répressif.

  ANNÉE 2000 ANNÉE 2001
Corticoïdes de synthèse A partir de janvier à titre préventif

2000 à 3000 échantillons urinaires

9000 à titre répressif
Corticoïdes naturels A partir de mai à titre préventif

2000 à 3000 échantillons urinaires

9000 à titre répressif

 

Le laboratoire d’analyse du dopage (LAD) de Lausanne change de directeur

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Depuis le 1er juin 2016, Martial Saugy est remplacé par Tiia Kuuranne, une Finlandaise ayant fait des études de chimie et de pharmacie, jusqu’alors directrice du labo d’analyse du dopage d’Helsinki.

 

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Tiia Kuuranne, directrice du LAD depuis le 1er janvier 2016

 

Bon courage à Mme Kuuranne et bon vent à Martial Saugy dans ses nouvelles attributions d’inventeur de nouvelles techniques de détection des substances dopante encore indécelables.

Tous les deux ont du pain sur la planche !

 

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Matial Saugy, désormais concentré sur la détection des nouvelles substances