Tour de France ton histoire – Mémoires de 33 Lieux d’Exploits et de Drames (cols et côtes)

Par défaut

Des exploits accomplis lors des ascensions, des drames vécus au cours des descentes…


À travers ces témoignages commémoratifs gravés dans la pierre, se dessine la mémoire durable du Monument n°1 du cyclisme.

Affiche colorée sur le Tour de France mentionnant 33 sites-mémoires honorant les exploits et drames des champions.

J’ai recensé 33 lieux de mémoire — plaques, stèles, monuments, etc. — situés pour la plupart au sommet d’un col ou d’une côte emblématique du Tour de France, mais pas uniquement.
Chaque site évoque un moment fort : les exploits ou les drames, les champions concernés, les circonstances qui les ont rendus légendaires, et la nature de l’objet commémoratif qui perpétue leur souvenir.

Parmi les figures emblématiques honorées à travers ces 33 sites-mémoires, figurent de grands vainqueurs du Tour de France tels que Fausto Coppi et Louison Bobet à La Casse Déserte, René Pottier au sommet du col du Ballon d’Alsace, Marco Pantani à trois kilomètres du passage du Galibier (versant nord), ainsi que Raymond Poulidor et Jacques Anquetil au sommet du Puy de Dôme. Certains de ces lieux rappellent aussi les tragédies survenues au fil des éditions du Tour.

Ainsi, Luis Ocaña perdit le Tour 1971 dans la descente de Menté, Roger Rivière abandonna celui de 1960 après sa chute dans la pente de Perjuret, et Eugène Christophe vit s’envoler la victoire du Tour 1913 en brisant sa fourche dans la descente du Tourmalet — incident qui lui valut un arrêt forcé d’une heure et demie dans la forge de Sainte-Marie-de-Campan.

Sur les 112 éditions de la Grande Boucle, deux drames exceptionnels furent marqués par la mort, tapie au détour d’un virage. En 1967, Tom Simpson s’effondra à 1,5 km du sommet du Mont Ventoux, victime de la chaleur extrême et d’un recours inadapté à des substances de soutien. Quelques décennies plus tard, Fabio Casartelli, jeune coureur italien, trouva la mort dans la descente de Portet-d’Aspet après avoir heurté de plein fouet un plot en ciment. Il n’avait que 24 ans et 11 mois.

En fichier joint (PDF) : Mémoire des cols – 33 exploits et drames de champions

Tour de France 2025 – Une première : 5 jumeaux !

Par défaut

mais aussi 6 frères, un fils, 2 petits-fils participent à la 112e édition de la Grande Boucle

Deux petits-fils participent à la plus grande course du monde : Mathieu Van der Poel (grand-père : Raymond Poulidor) et Lenny Martinez (Grand-père : Mariano). Ils sont bien connus des spectateurs et des médias.

En revanche, le rookie suisse Fabian Lienhard l’est beaucoup moins alors que son père Erwin, professionnel de 1977 à 1986, a participé au Tour de France 1982 (95e).

De même, on relève en dehors des deux paires de jumeaux (Yates et Johannessen), les frères Paret-Peintre, Aurélien et Valentin.

Démographie Tour de France : 5 jumeaux, c’est exceptionnel mais non surprenant

Mais surtout, c’est la présence de 5 jumeaux qui est exceptionnelle. Les frères Yates fréquentent le Tour depuis le mitan des années 2010. A cinq reprises, ils étaient ensemble au départ des mêmes Boucles (2015, 2019, 2023, 2024, 2025). Les frères jumeaux Tobias et Anders Johannessen sont réunis pour la première fois sur le Tour en  2025. Le 5e jumeau, le Néerlandais Mick Van Dijke, est lui aussi présent sur ce Tour mais son binôme Tim, pro depuis 2020, n’a pas été sélectionné à ses côtés dans l’équipe Red Bull-Bora Hansgrohe.

A propos de ces cinq sosies, je propose un document exclusif sur les jumeaux cyclistes en signalant ceux qui ont fréquenté le Tour.

En dehors des Yates et des Johannessen, les seuls qui se trouvaient en même temps sur la route du Tour sont les frères jumeaux slovaques Martin et Peter Velits, présents lors du Tour 2012

Portrait des frères jumeaux Martin et Peter Velits, cyclistes professionnels, en tenue de course, lors d'un événement cycliste.
Une infographie présentant des statistiques récentes sur les jumeaux, indiquant un boom de leur natalité, un bébé sur 40 étant un jumeau, et mentionnant la présence de 5 jumeaux dans le peloton de la 112e édition du Tour de France.

Aptitude physiqueLes vrais jumeaux sont très proches à 90%

Afin d’apprécier l’influence de l’hérédité versus l’entraînement, autrement dit la part de l’inné par rapport à l’acquis dans la réalisation d’une performance physique, une équipe de scientifiques anglo-saxons a étudié trente paires de vrais jumeaux (homozygotes) âgés de 18 à 26 ans. Pour l’ensemble des paramètres physiologiques, les deux membres d’une même paire sont toujours plus proches chez les vrais (monozygotes) que chez les faux jumeaux (dizygotes). Pour les performances musculaires, la concordance est frappante chez les vrais, tant en ce qui concerne les mesures de puissance aérobie que de puissance anaérobie puisque le taux ‘’d’héréditabilité’’ (dû aux parents) est estimé à, au moins, 90%.

Document d'information sur le Tour de France, incluant des statistiques et des faits sur la 112e édition et la participation des jumeaux.

Tour de France ton histoire – Rik Van Looy, l’Empereur d’Herentals, tire sa révérence à 91 ans

Par défaut

Hommage à ce champion hors norme qui figure, par le nombre de ses victoires professionnelles, en deuxième position derrière Eddy Merckx et devant Rik Van Steenbergen

  • Il a quasiment tout gagné, sauf Bordeaux-Paris, le Derby de la Route, une course à part derrière engin motorisé.
  • Ses exploits singuliers font de lui l’un des coureurs les plus ‘’voraces’’ de tous les temps; le coureur H, autre surnom qui lui est attribué en rasion de ses démarrages faisant éclater le peloton comme une bombe, a remporté les cinq classiques-Monuments : Milan-Sanremo (1 fois), Tour des Flandres (2), Paris-Roubaix (3), Liège-Bastogne-Liège (1), Tour de Lombardie (1). Il est le premier coureur à faire ce Grand Chelem
  • Gagné au moins une étape dans chacun des trois Tours Monuments. Au total, 37 étapes victorieuses
  • Porté le maillot de leader dans les trois Grands Tours.
  • Ainsi que le paletot arc-en-ciel à deux reprises.

TOUR de FRANCE – Idées reçues de l’impact du dopage sur la santé

Par défaut

La première justification de la loi française antistimulants du 1er juin 1965 concernait les conséquences au plan santé de la consommation de médocs de la performance. Ce motif de promulgation de loi afin de préserver la santé est contredite par les faits.

L’affirmation selon laquelle le dopage, forcément, écourte une carrière n’a jamais été prouvée.

Il suffit de corréler cette dérive de la médicalisation de la performance avec le tabagisme. Avant que cette dernière détruise un organisme, il faut beaucoup plus de temps que la durée d’une carrière sportive. De nombreux exemples démontrent sans ambigüité que l’on peut avoir une activité de routier professionnel prolongée tout en étant dopé.

Ainsi, le grand Américain George Hincapie (1,91 m sous la toise) – deuxième de ce classement du plus grand nombre de participations consécutives (17) et Tours terminés (16) – a fait son mea culpa devant les enquêteurs de l’Agence américaine antidopage en précisant que les « médicaments » consommés pendant sa carrière faisaient partie  du job de son activité de cycliste professionnel.

En troisième position figure le Néerlandais Joop Zoetemelk (16 Boucles complètes) qui a été contrôlé positif à trois reprises mais aussi a subi trois transfusions sanguines pendant le Tour 1976 qu’il a terminé à la 2e place. Sur la quatrième marche, on liste l’Australien Stuart O’Grady (17 participations mais seulement 15 jusqu’aux Champs Elysées) lui aussi ayant avoué son penchant pour les drogues de la performance.

Depuis 1947 jusqu’à 2024, ils sont 79 Géants de l’épreuve à  avoir terminé au moins 10 Grands Boucles, voire plus. Parmi eux, de nombreux dopés (témoignages, aveux, contrôles positifs). Et ces 79 géants ont accompli leurs performances après la reprise en 1947. De 1903 à 1939, aucun concurrent n’a atteint le cap des 10 Tours bouclés.

Sur la durée de vie, là aussi, rien ne prouve que le dopage soit délétère pour la santé

Selon des études scientifiques (*) publiées il y a 10 ans, le Tour de France augmente la durée de vie. Ce constat impose de stopper net la répression du dopage …

Deux études ont démontré que la durée de vie d’un cycliste français ayant participé à la Grande Boucle serait prolongée de six années par rapport à l’individu lambda.

Visiblement, les ministères impliqués aux plans, santé et sport ainsi que les instances concernées, n’ont cru à ces résultats surprenants qui devraient pourtant entraîner l’arrêt immédiat de la lutte antidopage puisque démontrant que les pilules d’énergie accroissent la longévité !

En 2013, ni le ministère de la Santé, ni celui des Sports, ni l’AMA, ni le CIO, ni l’UCI n’ont réagi à ce résultat infirmant l’impact du dopage sur la durée de vie. Pourquoi ?

Parce que la justification de contrôler le dopage pour préserver la santé ne tient plus et que les instances doivent diminuer la voilure de leurs subventions, entraînant au la mise au chômage d’un maximum de travailleurs fictifs.

En conclusion, on peut écrire que les bienfaits de l’activité cycliste professionnelle sur la santé poursuivie même de nombreuses années sont supérieurs aux effets collatéraux négatifs des produits dopants.

Par ailleurs, de justifier l’action antidopage au service des sportifs propres face à leurs concurrents dopés, c’est du vent ! En effet, bon an, mal an, le nombre de cas positifs détectés et sanctionnés est inférieur à 1% et ce depuis des décennies. Pour preuve, en 1998, lors du Tour de France de l’emblématique affaire Festina, l’ensemble du peloton carbure aux drogues de la performance (EPO, hGH, testostérone, transfusions sanguines…) alors que le bilan des tests antidopage à la fin de cette édition ne révèle aucun cas positif.

(*) Mortality of French participants in the Tour de France (1947-2012). European Hast Journal Advance Access published september 3, 2013

———————————————————————————————————–

Article et illustrations – copyright blog : dopagedemondenard.com

Suivre sur X (ex-twitter) mes commentaires au jour le jour de l’actualité médico-sportive : @DeMONDENARD

Tour de France 2024 – Les régionaux de la 111e édition : 11 rookies sur les traces de leurs prédécesseurs natifs eux aussi de la même commune français

Par défaut

De nombreuses communes ont abrité l’éclosion de futurs champions, elles en perpétuent très souvent le souvenir par une plaque, un nom de rue ou d’espace public. C’est souvent une fierté pour elles, surtout si le nouveau sélectionné s’est particulièrement distingué à l’avant de la course.

qui sont venus grossir le peloton de ceux qui depuis 1903 ont pris part à la Formidable Randonnée. Parmi ces onze grognards de la pédale, certains sont nés dans un lieu ou d’autres acteurs du Tour de France les ont précédés.

Ce travail de recherche sur les communes de naissance des Géants du Tour de France contribue à mieux appréhender le phénomène sportif et sociétal de la plus grande course cycliste au monde. De même, les lieux où sont nés les Géants du Tour ainsi que les villes-étapes, de manière ludique, nous aide à mieux connaître la géographie, notamment de l’Hexagone et des pays voisins. Pour 2024, dans un but de mémoire ‘’nous ne les avons pas oubliés’’, nous avons signalé les prédécesseurs nés dans la même agglomération que les néophytes tricolores 2024.

Ces données sont uniques !

Tour de France – 100 personnalités à la fois historique et contemporaines partagent leur passion pour la Grande Boucle

Par défaut

(suite et fin – 4e volet : les observateurs)

Déjà publiés : 1er volet – Les emblématiques ; 2e volet – Les suiveurs ; 3e volet – Les sportifs

Ecrivains, acteurs, chanteurs, hommes politiques, sportifs en 144 citations déclinent leurs regards admiratifs sur le serpent multicolore de juillet. Un document à la mémoire de ce mouvement national au retentissement international créé par Henri Desgrange en 1903.

Slogan du service commercial : « Le Tour est une banderole publicitaire de quatre mille kilomètres » à la fois sur la plus grande course cycliste du monde ainsi que sur la mise en valeur des paysages et des bâtisses remarquables de l’Hexagone

Certains ont droit à plusieurs citations tels Henri Desgrange (16), le créateur de la Grande Boucle en 1903 ou Guy Roux (6), emblématique entraîneur de football de l’AJ Auxerre.

En dehors de ces derniers, parmi les contemporains, on trouve :

  • les cyclistes Mark Cavendish, Chris Jenner, Jacques Marinelli et Wout Van Aert,
  • les footballeurs Vikash Dhorasso, Bixente Lizarazu et Just Fontaine, récemment disparu

Au final, ce patchwork d’avis sur la plus grande course cycliste au monde ne peut que stimuler tout un chacun d’aller voir passer les coureurs au coin de la rue ou à des kilomètres, ou alors s’installer sur son canapé devant sa télé pour apprécier les efforts des champions de la petite reine, mais aussi mieux connaître la France, ce beau pays aux parcours étonnants de diversité.

Pour une meilleure lecture, nous avons regroupé et classé les auteurs par affinité professionnelle ou d’activité, en quatre séries.



Forçats de la route, Juges de Paix, Homme au marteau : des expressions nées sur la route du Tour

Par défaut

Le Tour de France (comme le vélo) a forgé sa légende grâce à ses routes très escarpées, ses cols mythiques, ses champions hors normes aux noms évoquant les pionniers de la conquête hexagonale à vélo : Octave Lapize – dit Le Frisé -, Gustave Garrigou – dit L’Elégant -, François Faber – dit le Géant de Colombes – Eugène Christophe – dit le Vieux Gaulois -, mais aussi en raison des célèbres métaphores nées dans la roue des Vagabonds de la chaussée : Forçats de la route, Juges de paix, l’Homme au marteau…

Forçats de la route – Dès 1906 la métaphore est déjà associée aux cyclistes du Tour

 A propos du spectaculaire et médiatique abandon des frères Pélissier lors du Tour de France 1924, Albert Londres, le célèbre journaliste présent sur cette édition pour le compte du Petit Parisien, n’a jamais écrit dans aucun de ses textes, l’expression « les forçats de la route ». En fait, l’inventeur de la célèbre métaphore est un journaliste, Maurice Genin, collaborateur de la Revue de l’Automobile Club du Rhône, qui l’avait utilisée en 1906, soit… dix-huit auparavant. Ce dernier, afin d’illustrer le labeur inhumain accompli par les semeurs d’énergie avait titré son article « les forçats de la route ».

Trois ans avant le reportage d’Albert Londres interviewant les Pélissier  sur leurs rudes conditions  d’As de la route, Roule-Lacaisse, reporteur du Miroir des Sports, caché derrière un pseudonyme, dans son commentaire de la troisième étape Cherbourg-Brest utilise la métaphore de forçats : « Nous passons dans un petit village de Bretagne. Toute la population est là égrenée en chapelet dans la Grande-Rue. Nos coureurs passent à 34 kilomètres à l’heure et Bretons et Bretonnes les regardent avec la stupeur mêlée de je ne sais quel respect effrayé de gens qui semblent regarder des forçats.

 LE PETIT PARISIEN

 Texte d’Albert Londres du 27 juin 1924 dans Le Petite Parisien : ni dans le titre ni dans l’article ne figure l’expression ‘’les Forçats de la route’’

 

Géants de la route – En 1908 dans l’Auto

 C’est Charles Ravaud, journaliste sportif et collaborateur à la rubrique cycliste de L’Auto, surnommé le Beau-Joli, qui, le premier, le 13 juillet 1908 dans ce quotidien et afin de magnifier les exploits des participants à la Randonnée de Juillet, les surnomme les géants de la route.

Juges de paix – Expression inventée par Henri Desgrange (HD). Il désigne ainsi la haute montagne et ses passages hauts perchés

Dans son ouvrage « La Vie sportive » publié en 1913 mais commentant la Grande Boucle 1912, HD en voyant, lors de la cinquième étape Chamonix-Grenoble, les ténors de la route grimper les trente-trois kilomètres de sentes impossibles du Galibier, compare le géant des Alpes à un juge de paix. : « En voyant tous ces coureurs aborder le Galibier géant, je n’ai pu m’empêcher de les comparer à une théorie de plaideurs comparaissant volontairement devant un  juge de paix irrécusable, chargé de déterminer infailliblement leur valeur respective. C’est Eugène Christophe qui a gagné ce procès sportif. Mais il me faudrait citer l’ensemble des plaideurs si je voulais rendre justice à tous et si les minutes et la place ne m’étaient pas mesurées aujourd’hui. »

LE GALIBIER

Un Juge de paix sous les traits bourrus d’Henri Desgrange

JUGES DE PAIX

Les Juges de paix caricaturés par Pellos

                                         

L’Homme au marteau sévit à partir de 1923

Outil de fer, à manche de bois, propre à cogner. Est employé en ce sens dans l’expression l’Homme au marteau. Ce dernier est un mauvais génie invisible qui assène sur le crâne du coureur cycliste un coup d’assommoir moral. Il symbolise la défaillance soudaine et irrémédiable. Cette expression est surtout utilisée dans les défaillances en montagne.

Pour Maurice Pefferkorn,l’auteur de Géants et sédentaires[1], l’expression doit être attribuée à Maurice Ville qui, en 1924, à Deauville lors de la première étape Paris-Le Havre, en proie à une défaillance carabinée, aurait déclaré à un suiveur : « C’est l’homme au marteau qui m’a cueilli »

En revanche, le ‘’Speaker’’ du Miroir des Sports croit mordicus que l’expression est de Jean Alavoine, lequel disait en 1923 d’un concurrent en difficulté : « L’homme au marteau lui en a refilé un coup derrière la nuque ». [2]

[1] Paris, éd. Brelaz, 1925

[2]Le Miroir des Sports, 1926, n° 321, 30 juin, p 431

TDF – Des histoires  »bidon » romancées par des journalistes de pacotille

Par défaut

A l’approche du Tour, les éditions font feu de tout bois pour sortir des ouvrages sur le cyclisme mais plus précisément sur la Grande Boucle espérant attirer par des souvenirs d’enfance le lecteur potentiel qui a forcément croisé pendant cette première période d’insouciance la caravane des géants de la route.

En ce qui me concerne, ma légitimité s’appuie sur une bibliothèque cycliste de 1 800 ouvrages lus de A à Z pour la plupart, des milliers de périodiques mais aussi sur quatre décennies de collaboration à des revues cyclistes.

Devant la constance des erreurs colportées par des journalistes peu sérieux, j’ai publié différents ouvrages sur les fausses histoires du Tour : 36 Histoires du Tour de France ; Les histoires extraordinaires des géants de la route ; Les grandes premières du Tour de France.

Tout récemment, on m’a offert un livre sur la plus grande course du monde : « En boucle. Un autre regard sur le Tour ». Malheureusement, il y figure un paquet d’erreurs qui montre le manque de connaissances des signataires sur le sujet.

EN BOUCLE

La plus grande mascarade concerne le texte consacré au Roi René : « On a retrouvé l’orteil de Vietto » 

Pour vous faire une idée, je vous donne la version de Vietto lui-même, parue en 1954 dans Miroir-Sprint, puis, ensuite, le texte des éditions Tana sorti en 2016.

VIETTO A VELO

                René Vietto sur le Tour 1939

Tour de France 1947 (10e étape : Digne-Nice) : « Coupez-moi le doigt de pied ! »

« Quelque chose encore allait m’empêcher d’être heureux : j’ai toujours eu un orteil chevauchant, au pied gauche (du même côté que mon mauvais genou) ; sous l’effet de la chaleur, cet orteil, sur lequel frottait la chaussure et le cale-pied, s’était enflammé. Le soir, j’avais une plaie qui s’infectait.

À Nice, Fermo Camellini gagne et j’ai bien du mal à garder mon maillot. Mon pied me fait de plus en plus souffrir. Pour la journée de repos, j’ai un projet. Je fais venir un toubib et lui dis : « Faites-moi sauter ce doigt de pied. C’est une pourriture qui me gêne. 

VIETTO CHAUSSURE

Tour de France –      Sprint, 10.07.1947

Cette fois c’était moi qui exigeais qu’on m’ampute et le médecin qui refusait. Il me bourra de pénicilline jusqu’au départ. Je dois reconnaître que c’est lui qui avait raison. Handicapé pour le reste du Tour avec ma pénicilline, je ne serais même pas reparti l’orteil amputé. J’en fis l’expérience lorsque, le Tour fini, je pus enfin « faire sauter ça ». Pendant vingt et un jours je dus garder la jambe en l’air, souffris énormément et mis des mois avant de retrouver l’équilibre nécessaire à la marche. On ne croirait pas comme un simple doigt de pied peut vous manquer dès qu’il est enlevé ! »  [Vietto R. .- Ma vie : un handicap sur 8 Tours (propos recueillis par Roger Frankeur) .- Miroir-Sprint, 1954, n° 405, 15 mars, pp 16-17  et n° 406, 22 mars, pp 14-15 (p 14)]

VIETTO     VIETTO 2

François Thomazeau – En Boucle. Un autre regard sur le Tour. – Paris, éd. Tana, 2016. – 159 p (pp 68-69)

Autres bidonnages (en rouge le vrai) –

  • VO2 max est du genre masculin et non féminin (p 13)
  • Jacques Chirac est maire de Paris de 1977 à 1995. Donc, en 1974, au moment de la discussion pour faire arriver les géants de la route sur les Champs Elysées, ce n’est pas lui qui donne son accord à Yves Mourousi mais Valery Giscard d’Estaing, alors président de la République (p 20)
  • Le nom de la première lanterne rouge en 1903 Arsène Millochau ne prend pas de e après le h (p 33)
  • Henri Pélissier est décédé en 1935 et non en 1931 (p 79)
  • Pedro Delgado, lauréat du Tour 1988, est contrôlé positif au probénécide qui est du genre masculin, et non à la probénécide (p 86)
  • Associer le passeport biologique (2008) au contrôle positif au clenbutérol de Contador en 2010 montre l’étendue de l’ignorance du journaliste sur les questions de dopage. Le clenbutérol n’est as une hormone mais un bêta-stimulant. A ce titre, il n’est pas identifié par le passeport mais par un test urinaire (p 87)
  • Ottavio Bottecchia et non Ottavo (p 71)

Si j’avais le temps, je pourrais lister encore un paquet de vannes….

Au crédit de l’ouvrage, la publication de la photo du panneau de contrôle antidopage sans trait d’union (p 87) que l’on doit à mon intervention auprès de l’organisateur pour supprimer le fameux trait d’union intempestif d’antidopage. Par ailleurs, là aussi grâce à mes recherches publiées dans « 36 histoires du Tour de France » l’expression Les Forçats de la route est signalée indûment attribuée à Albert Londres, ‘’le Prince des journalistes’’ d’enquête des années 1920-1930.

Je sais cependant qu’en en parlant, je fais de la publicité à cet ouvrage médiocre mais je crois fondamentalement à la perspicacité des lecteurs du blog.

 

 

 

 

Pourquoi tant de haine ?

Par défaut
Bassons, le coureur propre victime de la pandémie dopante des années Armstrong

Christophe Bassons, l’homme qui a eu le courage de dénoncer le dopage pendant le soi-disant Tour du Renouveau 1999, n’en finit pas de susciter la vindicte du milieu. Après la Fédération française de cyclisme qui lui a collé un constat de carence intempestif lors d’une épreuve de VTT, c’est Laurent Brochard – champion du monde 1997 – qui, dans sa biographie parue en juin 2013, continue de dénigrer son coéquipier chez Festina et Jean Delatour. Or, tout le monde sait depuis le moraliste Nicolas de Chamfort que « En France, on laisse au repos ceux qui mettent le feu, on persécute ceux qui sonnent le tocsin ». Babasse, tel est son surnom donné par ses équipiers, a commencé à indisposer le milieu de la pédale quand il a tenu pendant le Tour de France 1999 une chronique dans Le Parisien où il expliquait que le dopage était omniprésent chez les professionnels. Lance Armstrong, le boss du peloton, est alors intervenu directement auprès du trublion pour que cesse ses allusions ‘’nauséabondes’’ sur l’addiction pharmaceutique de la plupart des géants de la route.

« Fous le camp »

BASSONS

 Flash-back sur cet épisode faisant partie dorénavant de l’Histoire de la Grande Boucle. Le Mazamétain décrit la scène dans son ouvrage « Positif » (éd. Stock, 2000) : « Qu’est-ce que tu fais ? m’a demandé le boss en anglais.

– I make the race, I attack (je fais la course, j’attaque) ai-je grasseyé, avec mon accent du sud-ouest […]

– Tu sais, ce que tu dis aux journalistes, ce n’est pas bon pour le cyclisme.

– Je dis simplement ce que je pense. Je dis qu’il y a du dopage.

– Si tu es là pour faire ça, il vaut mieux que tu rentres chez toi et que tu trouves un autre travail.

– Alors, fous le camp! » .

Soyons précis, L.A. n’a pas dit « fous le camp » à Bassons, mais «fuck you », «Va te faire enculer». Le coureur français l’a raconté dans un entretien accordé à Aujourd’hui/ Le Parisien, postérieur à la publication de son livre.

Bref, ce dialogue retranscrit un échange musclé entre Christophe Bassons, l’ex-Monsieur Propre du peloton, et Lance Armstrong, le 14 juillet lors de la 10e étape Sestrières-l’Alpe-d’Huez du Tour de France 1999. Babasse est le seul coureur de l’équipe Festina, avec Lau­rent Lefèvre à avoir résisté à la tentation du dopage orga­nisé. À l’instar d’un Gilles Delion quelques années plus tôt, le Mazamétain récuse la pseudo-fatalité de la performance à tout prix. La postérité retiendra de Bassons qu’il a osé enfreindre les règles d’un jeu pipé par le cynisme et l’hypo­crisie. En affichant sans ambiguïté ses positions antidopage, il affronte de pleine face un milieu cycliste voué à la loi du silence. Une sortie de route inadmissible pour Armstrong, fraîchement intronisé parrain de la Grande Boucle.

 « C’est mieux qu’il reste chez lui »

 Le 16 juillet 1999, Babasse craque et rend son dossard. Un abandon accueilli avec soulagement par son bourreau, plus donneur de leçons que jamais. « Ses accusations ne sont pas bonnes pour le cyclisme, pour son équipe, pour moi, ni personne, assène Armstrong. S’il pense que le cyclisme fonctionne comme cela, il se trompe et c’est mieux qu’il reste chez lui !» (1) Pendant que le mouton noir rentre à la maison, le monde du vélo, solidaire dans le lynchage, sonne l’hallali. Ambiance réunion au sommet de la mafia, au moment où le padrone (parrain) fait signe d’exécuter le traître de service. Bassons est agoni de toutes parts. Y compris dans sa propre équipe, La Française des Jeux. On n’est jamais mieux achevé que par les siens. Le directeur sportif, Marc Madiot, reprend avec brio le rôle de Tartuffe: « Jusqu’à présent, je n’ai fait que te conseiller sur ta façon de gérer tes relations avec les journalistes. Mais, désormais, je vais être ferme : je ne veux plus que tu parles de dopage avec eux, intime le double vainqueur de Paris-Roubaix. S’ils te posent des questions, dis-leur que tu es ici pour faire du vélo et que tu n’acceptes de parler que de cela.» (2)  Berger attentionné, Madiot recommande la prudence à sa brebis égarée. Tels des loups affamés, les journalistes « n’attendent que ça, les affaires, les coups tordus. Ils profitent de toi » (3), prévient-il. Son coéquipier Stéphane Heulot flaire la poule mouillée derrière l’honorable masque de la vertu. « C’est lâche! [ … ] On est vingt-deux à La Française qui avions tous envie de faire ce Tour. Il a pris la place de quelqu’un et se retire sans véritable raison. Juste à cause de ses « nerfs » comme il dit ! » (4), assassine-t-il. Lorsque, le 16 juillet au matin, le Tarnais se retire de ce «Tour du Renouveau» où visiblement il est loin d’être le bienvenu, avant de quitter son équipe, il fait le tour de la table tendant la main à chacun : « Certaines personnes m’ont tendu de molles phalanges sans lever les yeux : Damien Nazon a refusé mon salut.» (5)

 Double langage

Sans discussion, la palme du double langage revient à Jean-René Bernaudeau.

BERNAUDEAU

Avant de rallier opportunément le camp des croisés de la lutte antidopage, l’actuel directeur sportif de Direct Energie, lui-même ex­-coureur professionnel- ayant déjà eu maille à partir avec le dopage en 1986, lors de l’affaire dite «des Six Jours de Bercy», où il avait reconnu l’achat de deux boîtes d’amphétamines injectables – prônait la tolérance zéro envers les dénonciateurs de la triche ! Le Tarnais raconte le harcèlement dans une chronique quotidienne : « Oui, il n’y a pas que les coureurs qui m’en veulent … Aux Quatre Jours de Dunkerque 2001, le manager de l’équipe Bonjour, Jean-René Bernaudeau, est venu me parler un soir. Il m’a fait la leçon, brutalement. Il m’a dit que Antoine Vayer, mon entraîneur, était un « gros connard », que c’était un mec qui ne valait rien, qu’il n’avait pas sa place dans le milieu [ …]. Ce soir-là, Bernaudeau m’a fait des commentaires incroyables devant tout un tas de personnes. Didier Rous (équipe Bonjour) était là, il a dit: « Laissez-le (Christophe Bassons), c’est un connard. » Ce qui m’a fait le plus mal ce soir-là, c’est que, « après m’avoir dit ça, des gens de l’encadrement de ma propre équipe se sont mis à rigoler … »

ROUS

Mention spéciale retournement de veste à Pascal Chanteur. Le président en exercice du syndicat des coureurs, l’Union nationale des cyclistes professionnels, manque rarement une occasion de pourfendre le dopage. À l’été de1999, il était le premier à se réjouir que Babasse se casse. Seuls Gilles Delion et les repentis du dopage soutiennent sans réserve le paria Bassons. « Ce qui m’a le plus révolté, c’est la réaction du peloton, de ses propres équipiers, s’indignait Delion. Mais qu’est-ce qui les gêne à ce que Bassons se soit inscrit en Monsieur Propre ? [ … ] Dommage que personne n’ait suivi

Les bras levés comme s’ils avaient gagné une course

Lors des Quatre Jours de Dunkerque, une course, à étapes disputée au printemps, le futur vainqueur de l’édition 2001, l’ancien Festina Didier Rous, mène le bal des insultes. Pendant une demi-heure, le peloton s’acharne contre le rebelle de Mazamet. « Chanteur me disait: « T’as fait ta piqûre ce matin ? » J’étais mal, je me suis laissé glisser en queue de peloton, confiait-il dans Libération. Prétendant être malade, j’ai enlevé mon dossard, regardé le commissaire de course, c’est alors que j’ai vu les Chanteur et compagnie remonter vers l’avant du groupe en levant les bras comme s’ils avaient gagné une course. Au circuit des Mines, ce sont mes propres coéquipiers qui sont venus me chercher, alors que j’étais devant. Il y en a même un qui, après avoir longtemps sucé ma roue, m’a fait un grand sourire lorsqu’il a attaqué. Lors du Grand Prix de Rennes, j’avais pris par erreur un gel-douche dans les vestiaires. Il y en a un qui a défoncé la porte de la douche pour récupérer son bien. Ces comportements sont quotidiens. Imaginez la veille d’une course lorsqu’un coureur arrive, alors que nous sommes tous à table, qu’il salue tout le monde sauf moi. C’est violent, j’ai trop de pression sur les épaules, dans mon équipe, dans le peloton.» (6)

Pour moi, Bassons entre dans la catégorie des personnages rares qui, ont une conscience individuelle bien affirmée, et décrite avec justesse par Albert Einstein, Prix Nobel de physique 1921: « Peu d’hommes sont capables d’exprimer une opinion qui diffère des préjugés de leur milieu ambiant. »

La responsabilité des patrons du cyclisme

Pour tenir pendant deux ans, malgré les pressions et les intimidations, il fallait que Bassons soit mentalement très fort. Si Lance Armstrong a donné le coup d’envoi de l’opération «fous le camp », le milieu cycliste tout entier porte une lourde responsabilité dans cette affaire. Les patrons du cyclisme, notamment le président de l’Union cycliste internationale de l’époque, Hein Verbruggen, et Jean­-Marie Leblanc, directeur du Tour de France des années de dérive biologique maximale, ont laissé passer une occasion historique d’adresser un message de fermeté aux coureurs tentés de continuer leurs petits arrangements avec l’éthique. Comme si l’affaire Festina n’avait jamais existé. À quoi bon décréter le Tour du Renouveau si les fraudeurs se sentent protégés par un sentiment d’impunité ? Quand Bassons est descendu de vélo, lors du Tour de France 1999, une partie du peloton a applaudi ! Preuve qu’eux se sentaient soutenus par les plus hautes instances, à l’inverse de Babasse, lâchement abandonné à son triste sort. Voilà comment s’est terminé le Tour du Renouveau. Le 28 juillet, alors que le Tour s’achève, Jean-­Marie Leblanc se fend d’un courrier à Bassons. Usant d’un ton paternaliste, il dépeint un garçon un peu naïf, sous l’emprise de médias manipulateurs. « À mon avis, vous aviez été victime du rôle qu’on avait voulu vous faire jouer de porte-parole quotidien; l’accroche du Parisien était réductrice et paraissait vous en accorder l’exclusivité et je comprends qu’elle ait indisposé d’autres coureurs, sermonne le patron du Tour. En réalité, mes amis du Parisien, involontairement je pense, s’assurent une sorte de scoop, y compris le jour où vous avez quitté le Tour. Je suis un vieux briscard du journalisme et, dès la veille, j’avais deviné leur titre: « Bassons : pourquoi je quitte le Tour ».» Le catholique bon teint ajoute une note empreinte de miséricorde: « Hier dans L’Équipe, où il existe encore des journalistes scrupuleux, j’ai pu redire que vous parlez juste, que vous parlez vrai, mais simplement qu’on vous avait amené à trop parler, ce qui vous a desservi.» (7)

Portrait-robot de la duplicité

Cette réponse de Leblanc correspond au portrait-robot de la duplicité des autorités du cyclisme. Pas de polémique ; attention à ne pas salir l’image du Tour ; le problème n’est pas tant le dopage que celui qui le dénonce. Ce n’est pas nouveau … Il faut croire que Leblanc ne devait pas avoir la conscience tranquille. À juste titre. En tant que directeur de l’épreuve, il est le garant de la régularité de la course. Exercer des pressions psychologiques pour virer Bassons constitue une infraction à la lettre et à l’esprit des règlements sportifs. Armstrong aurait dû être sanctionné. À défaut, Leblanc aurait au moins pu mettre en demeure le pouvoir sportif, l’UCI, d’intervenir, afin de restaurer l’équité sportive. Ils n’en ont rien fait car les autorités sportives ont toujours été du côté du manche, du plus fort, du plus puissant. Armstrong peut compter sur la mansuétude de son ami Hein Verbruggen, qui lui a toujours laissé les mains libres. Qu’importe si les plus faibles sont écrasés par des moyens extra-sportifs. Tant que le spectacle continue. Christophe Bassons n’était pas totalement isolé, il a tout de même reçu le soutien de la ministre des Sports, Marie-George Buffet. « J’ai tenu à lui écrire pour lui témoigner ma sympathie, car je crois qu’il est grand temps que les sportifs rompent le silence !» (8), expliquait la dirigeante communiste. Babasse y a d’ailleurs été sensible. En réalité, l’action de Marie-George Buffet a été pour le moins timorée par rapport au pouvoir et à l’autorité qu’elle représentait. Ça ne mange pas de pain d’envoyer une lettre de consolation. Pourquoi n’est-elle pas intervenue pendant le Tour ? Pourquoi n’a-t-elle pas pris de sanctions contre les fauteurs de troubles et leurs complices au plus haut niveau ? Elle aurait mieux fait d’envoyer un blâme à l’Union cycliste internationale et aux organisateurs, qui ont laissé croupir Bassons.

Dénoncer les abus de pouvoir

Le soutien des médias à Bassons s’inscrit aussi dans ce que j’appelle le portrait-robot de la famille du dopage. Ou comment les différents acteurs, coureurs, autorités sportives, organisateurs, journalistes, se cantonnent dans un rôle qui favorise la pérennisation des pratiques dopantes. Les médias ont laissé s’exprimer Bassons, très bien, mais ils sont restés à l’écume du phénomène. Les journaux auraient dû mettre en demeure les pouvoirs publics à la manière d’Émile Zola avec son célèbre « J’accuse». La presse a le devoir de dénoncer les abus de pouvoir. Surtout quand ils s’exercent à l’encontre d’un sportif qui a eu le courage de dénoncer les tares du système au péril de sa carrière. Au crédit des médias, on peut leur concéder d’avoir interpellé Jean-Marie Leblanc, Hein Verbruggen et Marie-George Buffet sur le cas Bassons. A mon point de vue, ils devaient aller beaucoup plus loin par exemple : lancer un ultimatum au pouvoir sportif, afin qu’il préserve la régularité de la course. Je le répète, le pouvoir cycliste n’a pas levé le petit doigt pour aider Bassons alors qu’il a constamment le mot « éthique » à la bouche. C’est toujours la même histoire, quel que soit le sport. Quand Johnny Hallyday raconte que le footballeur Zinedine Zidane se fait transfuser deux fois par an dans une clinique du Tyrol italien, pas une oreille ne bouge. La Fédération française de football n’interroge pas Zidane. Et le ministère des Sports, chantre autoproclamé de l’antidopage, se garde bien de demander des comptes à notre Zizou national. Idem pour Bassons et Armstrong.

A des années lumière d’un Tour du Renouveau 

PARIA

Pour résumer cet épisode consacré à la chronique du harcèlement moral de la part du boss du peloton et de ses affidés à l’encontre de Bassons, les observateurs indépendants avaient du grain à moudre pour affirmer que pendant le septennat d’Armstrong on était encore à des années-lumière d’un Tour du Renouveau, voire de transition, de la reconstruction, de la rédemption selon les expressions du directeur du Tour de France. Cette logorrhée de formules creuses sans aucun fondement objectif ne pouvait que convaincre les gogos en mal de légende bidon. Lance Armstrong ayant pris sa retraite définitive en 2010, son départ n’a pas éteint instantanément le courroux du milieu à l’encontre du « mouton noir » dénonciateur des performances factices. C’est sa propre fédération qui va s’en charger en prenant un prétexte mal ficelé pour le suspendre. Le 1er septembre 2012, Bassons participe au Championnat de France de VTT marathon à Langon en Bretagne. Victime d’une hypoglycémie, il abandonne au km 73, en prévenant une officielle de son retrait. Désigné tardivement par téléphone pour se présenter au contrôle antidopage, il se trouvait dans l’impossibilité de satisfaire au prélèvement car depuis son arrêt en course, il avait pris sa voiture pour rentrer chez lui dans le Bordelais.En première instance, pour cette carence au contrôle, la commission disciplinaire de la Fédération (FFC) le suspend… un an ! En appel, la sanction tombe à un mois. Me Lapouble, son avocat, stigmatise le comportement de l’instance fédérale : « On a l’impression que tout a été fait pour l’attraper. Christophe Bassons n’est pas parti comme un voleur. Il n’y a rien dans ce dossier et sa suspension en première instance avait tout d’un procès stalinien. »

Blanchi par l’AFLD

Finalement, le Tarnais a été blanchi par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) qui s’était autosaisie du dossier.Le dernier en date à chercher des poux à Bassons afin de décrédibiliser son action antidopage, c’est son ancien coéquipier chez Festina, Laurent Brochard. Le champion du monde 1997 a publié en juin 2013 une autobiographie dans laquelle il aborde sa cohabitation avec Babasse en 2000-2001 au sein de l’équipe Jean Delatour : « Dans cette formation façonnée à mon image, où j’impose ma griffe, je retrouve une vieille connaissance : Christophe Bassons, l’ancien de Festina, est en effet des nôtres. Un recrutement qui n’est pas de mon fait. Depuis « l’affaire », Christophe, Monsieur Propre autopro­clamé, a entamé une croisade antidopage tapageuse qui a le don de m’agacer. Dans son autobiographie, Bassons n’est pas tendre avec moi, me reprochant notamment une hostilité affichée à son égard, et le refus répété d’accepter les bidons qu’il me tendait en course. Ce qu’il écrit est exact.

 BROCHARD 2

Au début de la saison 2000, j’étais résolu à ne pas recevoir ce genre de bidon et à l’ignorer superbement. Je l’en avais d’ailleurs averti. Je ne sais plus si je me suis comporté de la sorte durant toute l’année, mais oui, je l’ai fait. Nous commettons tous des erreurs, et j’ai certainement mal réagi. Mais lui ne m’a guère ménagé davantage en disant beaucoup de choses et en profitant du système. Car j’estime que Christophe Bassons a profité du système. Ce genre de personnage a en effet indirectement tiré parti du dopage, en gagnant de l’argent sur notre dos. Je m’explique : chez Festina, comme d’ailleurs dans toutes les équipes, les gains récoltés durant toute la saison étaient équitablement répartis en fin d’année entre tous les coureurs. Or cet argent, selon lui mal acquis car gagné grâce aux produits dopants, Christophe Bassons n’a jamais craché dessus.

Arrêtons d’ostraciser ceux qui dénoncent le dopage

Bien au contraire, il ne rechignait pas au moment du partage, estimant avoir droit à sa part du butin. S’il avait été fidèle à sa ligne de conduite, Christophe aurait dû refuser de percevoir un pourcentage sur des primes à ses yeux illégalement glanées. Il n’en a rien été. J’appelle cela cracher dans la soupe. Trouvant son attitude illogique au regard de ses convic­tions, je ne lui témoignerai pas ma sympathie durant son passage chez Delatour. Christophe Bassons quittera finalement l’équipe durant la saison 2001, mettant un terme à sa carrière. Bassons mis à part, le courant passe avec tout le monde. » On voit que la tirade de La Broche n’a qu’un but : ostraciser le défenseur d’un cyclisme sans artifice biologique. Que lui reproche-t-il ? De revendiquer sa part des primes. Mais pendant la compétition, Bassons fait son boulot pour l’équipe et, cerise sur le gâteau, il doit – n’étant pas dopé – se dépouiller beaucoup plus que les autres ! Si cette collaboration aux succès des leaders ne lui rapporte que des nèfles, autant le licencier pour faute grave : refus de se doper. Il y a en a qui ferait mieux de tourner sept fois la langue dans la bouche avant de s’exprimer.

J’ajoute un message à l’attention du milieu cycliste : arrêtez d’attaquer ceux qui dénoncent le dopage. Concentrez vos actions sur les tricheurs de tous poils, sur ceux qui se dopent et ceux qui assurent leur logistique. L’adversaire n° 1, ce n’est pas le Tour, ni le cyclisme mais évidemment le dopage !

En clair, comme le fait le milieu cycliste depuis des lustres, faire la guerre aux pompiers plutôt qu’aux pyromanes, c’est consternant d’inefficacité.

Références

(1) L’Equipe, 17 juillet 1999; (2) Positif; (3) Ibid; (4) L’Equipe, 17 juillet 1999; (5) Positif; (6) Libération, 26 juin 2001; (7) Positif; (8) Libération, 26 juin 2001