RUGBY – La casse toujours en première ligne des bilans. Les dirigeants changent, le problème demeure en l’état au moins depuis… 1912 ! Comment changer de braquet ?

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[publié le 27 décembre 2016]

Cela fait donc plus d’un siècle que les ‘’gros pardessus’’ ne font rien d’efficace. Un grand coup de balai s’impose.

 En début d’année 2016, c’est Mourad Boudjellal – le patron du RC Toulon – qui déplore l’épidémie de pépins physiques concernant ses joueurs.

 Le nombre de blessures est démentiel

« Quand on voit le nombre de blessés c’est démentiel. La coupe du monde nous aura coûté très cher car on a  perdu quatre joueurs clés à cause de cette compétition (outre Paul O’Connell, Leigh Halfpenny, Matt Giteau et Frédéric Michalak). Je me demande même s’il ne va pas falloir lâcher une compétition (Top 14 ou coupe d’Europe). Si cela continue comme ça, on sera effectivement contraint de le faire. Aujourd’hui, avec l’effectif qu’il nous reste, on ne peut plus prendre le risque, sachant que l’on aura le plus de chance d’être au complet en mai seulement. »

Cette ‘’sortie’’ du président toulonnais a été publiée dans La Provence du 9 février dernier. Plus récemment, L’Equipe s’inquiète des commotions cérébrales en hausse et donne la parole à des experts en neurologie qui critiquent la fiabilité du protocole institué par World Rugby et les délais de repos insuffisants après un traumatisme crânien avec commotion cérébrale.

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                                                               L’Equipe, 26 décembre 2016

Rappelons que comme pour le dopage rien d’efficace ne sera fait tant que ce sont les instances sportives – ici celles du rugby – qui devront mettre en place les bonnes mesures et les faire appliquer.

Des conflits d’intérêt omniprésents

 C’est toujours pareil quand il y a conflit d’intérêt, on assiste au surplace des instances. Déjà en 1912, l’hebdomadaire La Vie au Grand Air s’insurgeait contre les dégâts traumatiques du rugby. C’était il y plus d’un siècle. On constate ainsi que le milieu du rugby est incapable de gérer les dérives inhérentes à la compétition.

Le nombre de blessures est en hausse sur tous les terrains. Refrain connu depuis… 1912 !

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  Indépendants du pouvoir fédéral

 Comme pour tout ce qui concerne le sport, quel que soit le niveau, c’est seulement la mise en place d’organismes totalement indépendants du pouvoir fédéral qui fera changer les comportements. On attend depuis des lustres que le dopage, la triche, la violence, le suivi médical, la casse, l’arbitrage soient sous la coupe de commissions affranchies des instances.

A chaque nouvelle élection à la tête du rugby, on nous annonce : « Vous allez voir comme cela va changer » et au final c’est toujours la même chose.

Infiltrations dans l’environnement immédiat d’une compétition sportive : ce n’est pas de la médecine, c’est du dopage !

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Des témoins à charge

 Y-a-t-il une différence entre prendre des amphétamines afin de stimuler le corps fatigué à aller plus loin et la méthode des infiltrations ? Aucune !

Dans les deux situations, on pousse l’organisme au-delà de ses aptitudes, qu’elles soient physiologiques ou mécaniques, on l’expose à des risques aggravés.

POST-IT – Injections dans l’environnement immédiat d’un match. En 1998, l’International Rugby Board – l’organisme international qui gère le rugby à XV et à VII – (désormais World Rugby depuis 2014), était contre.

IRB – Règlement 13 – Médical :

13.1.4 – Tout joueur incapable de prendre part à un match sans l’administration d’un produit ou des injections pour soulager la douleur ou une maladie sérieuse, doit être considéré inapte à jouer.

Pr François Bonnel (FRA), chirurgien orthopédique au CHU-Hôpital Lapeyronie à Montpellier (Hérault) : « Il a été prouvé expérimentalement que les corticoïdes modifiaient le métabolisme et la structure de la fibre de collagène, entraînant une fragilité accrue aux contraintes mécaniques (…) Il faut proscrire des infiltrations locales de corticoïdes qui accélèrent le processus dégénératif et peuvent entraîner des ruptures. » [Panorama du Médecin, 16.04.1985]

Clément Grenier (FRA), footballeur professionnel depuis 2008 : « En fait, la vraie problématique reste ce staphylocoque (bactérie contractée lors d’une infiltration effectuée il y a un an) qui me gêne encore. Un muscle, un os, on arrive à trouver des solutions pour le guérir : là, non. » [L’Equipe, 06.03.2015]

Laurent Guelezec (FRA), entraîneur national des gymnastes hommes : « Danny Rodriguez souffre d’une fissure du biceps depuis deux ans (il avait été opéré en janvier 2010), on savait que ça pouvait arriver, admet le coach. Soit on réparait l’épaule et il n’allait pas aux Jeux, soit on la soignait avec des infiltrations dont on sait que ce n’est pas bon pour les tendons. C’était un pari que le gymnaste et l’encadrement avaient accepté en conscience. » (épilogue : rupture du tendon du biceps et forfait pour les Jeux olympiques de Londres)  [L’Équipe, 28.06.2012]

 Cyrille Guimard (FRA), cycliste professionnel de 1968 à 1976, puis directeur sportif : « La grande erreur fut, pendant le Tour 1972, de me faire subir des infiltrations au lieu de m’obliger à abandonner car c’est dans les toutes dernières étapes que j’ai courues que se sont créées, au niveau des tendons, des lésions et des traumatismes irréversibles. »  [in « Un vélo dans la tête » (avec Bernard Pascuito). – Paris, éd. Solar, 1980. – 192 p (p 146)]

 

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Cyrille Guimard, cycliste professionnel de 1968 à 1976

 

Dr Jean-Pierre de Mondenard (FRA), médecin du sport depuis 1973 : « De nombreux exemples confirment que la pratique des infiltrations est régulièrement vouée à l’échec. Ainsi, ce hurdler français victime de problèmes aux adducteurs ayant subi ONZE infiltrations par le staff médical tricolore et qui doit stopper en demi-finale olympique en 1988. Il doit attendre plusieurs mois avant de fouler à nouveau les pistes. » [in « Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

Dr Don O’Donoghue (USA), médecin du sport : « Les tendons sont peu irrigués. L’injection de corticoïdes y interrompt la circulation sanguine, et les tissus meurent. Rien d’étonnant à ce que le tendon ne se déchire ensuite au premier effort. » [in « La médecine sportive. Prévention – entraînement – alimentation – soins » de Gabe Mirkin .- Montréal (CAN), les Éditions de l’Homme, 1981 .- 322 p (p 296)]

Pacho Rodriguez (COL), cycliste professionnel de 1984 à 1988 : Lors de la course par étapes le Dauphiné Libéré, le Colombien Pacho Rodriguez est en conflit avec ses genoux. Le journal L’Équipe témoigne : « Col de Rousset – Traversée de Grenoble, la radio de la course lance le message suivant : Le 101 réclame le médecin. Le 101 c’est Pacho Rodriguez, le maillot jaune. Il commence son calvaire. La veille, en descendant de vélo, il a dit à un confrère colombien : « J’ai mal aux genoux ». Dimanche matin, les articulations n’en peuvent plus. En vingt kilomètres, le toubib lui fera quatre infiltrations.  L’homme est à bout. Finalement, juste avant d’attaquer l’horrible côte de la Morte, Rodriguez mettra les pouces. » [L’Équipe, 04.06.1984]

Ronaldo (BRE), footballeur : Commentaire du Dr Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport français depuis 1973 : « Autre ratage célèbre : le 12 juillet 1998, en passant à travers sa finale contre la France, l’attaquant brésilien Ronaldo, apparaît comme une énième victime des infiltrations. Souffrant des genoux depuis le début du mondial, le corps médical de la Selesao, lui faisait régulièrement des infiltrations pour pouvoir jouer malgré son handicap. On a vu le résultat les deux années suivantes. Peu de matches joués et surtout rupture partielle du tendon rotulien droit, une première fois en novembre 1999, et rupture totale quelques mois plus tard en avril 2000, blessure exceptionnelle chez un footballeur. Dans le cas de Ronaldo, ses genoux refusaient de jouer mais son entourage le voulait sur le terrain. Alors, on injecte et peu importe l’avenir immédiat ou à long terme des articulations et des tendons rétifs. » [Dr Jean-Pierre de Mondenard. – Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

 

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Le Brésilien Ronaldo dit Il Fenomeno

 

Guy Roux (FRA), entraîneur de l’AJ Auxerre de 1961 à 2005 : « Ce dernier confirmait en 1990 que la pratique des infiltrations était un leurre : « Philippe Vercruysse, Abedi Pelé, Dragan Stojkovic, ont payé les piqûres qui leur ont été faites pour pouvoir jouer en Coupe d’Europe. Ça ne pardonne pas. » [in « Dopage : l’imposture des performances. – Paris, éd. Chiron, 2000. – 287 p (p 196)]

Jean Wadoux (FRA), spécialiste des 1 500 et 5 000 m (34 sélections internationales entre 1962 et 1971), fut l’un des premiers athlètes à évoquer ce danger lorsqu’il se rendit compte il y a quatre ans (1971) que le mal empirait par la faute de la cortisone : « La cortisone possède des vertus anti-inflammatoires qui ne sont pas ignorées dans le domaine de l’athlétisme où il est arrivé fréquemment que l’on soigne les tendinites par une injection au niveau du tendon malade. Or, un médecin américain, le Dr Robert Kerlan, estime que beaucoup d’accidents sérieux se sont produits par la faute de la cortisone. Celle-ci, en apaisant les douleurs, peut donner à l’athlète la sensation que son tendon est guéri. Plus de mal. Reprise d’activité. C’est là que l’accident très grave peut intervenir parfois. » [L’Equipe, 15.05.1975]

 

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Terminologie

Dans le langage sportif, le terme corticoïde ou « cortico » est synonyme de glucocorticoïdes, lequel regroupe l’ensemble des hormones sécrétées par la zone moyenne dite fasciculée de la corticosurrénale (cortisone, hydrocortisone ou cortisol…), de leurs dérivés et, par extension, de leurs dérivés dits synthétiques car fabriqués par les laboratoires pharmaceutiques (prednisone, bétaméthasone, triamcinolone…). La zone réticulée la plus interne de la corticosurrénale sécrète des stéroïdes sexuels (synonymes de stéroïdes anabolisants), essentiellement et ce, chez l’homme comme chez la femme, une petite quantité d’androgènes dont la nature est différente de celle de la testostérone testiculaire. Si la surrénale sécrète à la fois des glucocorticoïdes et des stéroïdes anabolisants, elle sécrète aussi d’autres hormones : aldostérone (à la périphérie la plus externe de la glande), adrénaline et noradrénaline (par la partie centrale dite médullaire).

UCI – Huit jours de mise à pied obligatoire

Les corticostéroïdes, anti-inflammatoires efficaces, sont prohibés en pratique sportive pour leurs effets euphorisants et stimulants. Ils sont prescrits en médecine sportive pour soigner des problèmes de l’appareil locomoteur (tendinites…) Mais ils sont constamment voués à l’échec si, par exemple, on se fait injecter des corticos pendant une course par étapes et que l’on continue à pédaler. Puisque le geste de plier les genoux à l’infini va entretenir le mal.

Depuis juin 2011, l’Union cycliste internationale (UCI), a déjà réglementé cette situation en imposant un repos de quarante-huit heures après toute injection de ce genre, obligeant dans une course par étapes le coureur ayant subi ce type de traitement à abandonner. Le 11 février 2013, l’instance fédérale a durci sa réglementation en allongeant à huit jours la durée de l’arrêt de course après une injection de corticoïdes à des fins thérapeutiques. Le repos du geste douloureux étant le meilleur anti-inflammatoire, il est contraire à l’éthique médicale de pratiquer de telles injections au décours d’une épreuve cycliste notamment par étapes ainsi que dans les jours précédents une compétition sportive, quelque soit la spécialité et ce même si l’athlète est demandeur.

Pour une fois, l’UCI se préoccupe de la santé de ses licenciés…

Stéroïdes à contresens

 Dans la pharmacopée, il existe deux types de stéroïdes : les corticoïdes ou glucocorticoïdes et les stéroïdes anabolisants. En France, implicitement, le terme stéroïde est synonyme d’anabolisant. Afin de ne pas s’exposer à un contresens, cet amalgame mérite d’être dénoncé. Régulièrement, dans la presse, on constate la confusion entre glucocorticoïdes (cortisol, cortisone, …) et stéroïdes anabolisants (testostérone, nandrolone, stanozolol,…) qui sont tous les deux des stéroïdes. Les premiers sont des anti-inflammatoires puissants qui bloquent un processus général réactionnel de tout ou partie de l’organisme à une agression, qu’elle soit chimique, physique (tendinite), bactérienne (angine) ou virale alors que les stéroïdes anabolisants agissent sur la croissance des tissus d’où le terme anabolisant (ils construisent le corps). Donc, leurs effets sont diamétralement opposés. Ainsi, lorsqu’on parle de stéroïdes sans autre précision, on définit des groupes d’hormones (génitales et corticosurrénales) dont la formule chimique dérive de la famille des stérols qui sont formés à partir du cholestérol.

Dans le dopage, on distingue les glucocorticoïdes qui sont interdits uniquement en compétition et qui peuvent bénéficier d’une justification thérapeutique, les sanctions sont variables. De leur côté, les stéroïdes anabolisants dont le chef de file est la testostérone (hormone mâle) sont prohibés pendant et hors compétition avec des sanctions non modulables. Au final, lorsqu’on écrit stéroïdes sans précision, surtout à propos du dopage, on n’est pas très explicité sur la nature du produit. D’où l’intérêt de singulariser le stéroïde impliqué dans tel ou tel cas de sportif contrôlé positif. C’est comme lors d’un commentaire radiophonique de match de foot opposant l’OM au PSG si le journaliste parle des joueurs sans préciser à quel club ils appartiennent – en dehors des initiés – les auditeurs seront rapidement largués.

L’Equipe et les blessures, c’est pas gagné !

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Les analphabètes du corps qui sévissent à L’Equipe sont omniprésents dans les sports co pour exprimer leurs carences sur les blessures.

L'EQUIPELe talonneur Jean-Charles Orioli,

ORIOLI

lors du match Toulon-Pau du 27 août, tente un shoot de footballeur, manque le ballon et se blesse. Le journaliste de L’Equipe en conclusion de son articulet nous informe : « Il va passer une IRM à Toulon pour savoir s’il s’agit d’une contracture ou d’une déchirure ».

 

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L’Equipe, 29 août 2016

 

Pourtant, il n’y a pas photo : dans un tel geste de tir dans le vide, le muscle est étiré au-delà de sa longueur et se déchire (voir résultats de l’IRM : 15 cm de déchirure).

 

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L’Equipe, 05 septembre 2016

 

En revanche, une contracture se voit surtout à la fatigue (fin de partie, répétitions de matchs, ambiances thermiques défavorables, chaussures neuves…) et se caractérise par une détérioration neuromusculaire (le muscle reste contracté) plutôt qu’une détérioration anatomique des fibres musculaires.

Visiblement, les journalistes de L’Équipe n’ont jamais été éduqués sur le fonctionnement du corps à l’effort ainsi que sur les pannes de moteur et autres blessures.

Ces carences répétées (j’en ai déjà signalé de nombreuses) doivent pousser la direction du journal à faire un effort sur l’éducation de ses collaborateurs. Si rien ne change c’est qu’à L’Equipe on se fiche royalement du lecteur !

RUGBY – L’éthique médicale bafouée, piétinée, plaquée depuis des lustres

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Dans la série « Le Grand Témoin », L’Equipe revisite chaque jeudi un évènement passé avec l’un des acteurs de l’époque. Le 12 mai, le quotidien sportif revient sur la finale du championnat de France 1990 remportée par le Racing contre Agen (22-12 AP), la dernière finale du club ciel et blanc avant celle contre les Saracens. Philippe Guillard, l’ailier du Racing, raconte comment il a pu jouer le 26 mai 1990 avec une luxation des péroniers (cheville) anesthésiée par injection.

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Les 4 jours précédant la finale, je marche avec des béquilles 

Revenons aux faits. Le mardi précédant la finale lors de l’entraînement, La Guille (son surnom) rappelle : « Je m’étais écroulé d’un coup, lors de l’échauffement, sans que personne ne me touche. ‘’Oh non ! Pas ça’’ La gaine du long péronier, le tendon qui passe sous la malléole et qui te permet de faire les appuis, les extensions, avait lâché. En clair, je ne pouvais plus marcher. Le tendon se baladait au-dessous du pied. Dans les vestiaires, je me mets à chialer (…) A partir du mercredi où on est partis préparer le match à la Voisine, le centre d’entraînement du Quinze de France, j’ai passé trois jours de calvaire au bord du terrain, avec mes béquilles. On me faisait des séances d’acupuncture, des massages pour enlever l’inflammation. Le soir, je ne dormais pas. Je cauchemardais toute la nuit : je vais rater la finale… »

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Philippe Guillard

Me faire piquer au dernier moment 

Le feu vert pour être sur le terrain en tenue de joueur sera effectué le samedi matin de la finale. Pizzaïolo, son autre surnom, raconte la scène : « On m’avait fait une piqûre d’antidouleur pour tenir une demi-heure. Je ne sentais plus ma jambe. J’ai dû me tester sous les chandelles, sur les contre-pieds, les appuis. Le président du club, Jean-Pierre Labro, était là avec Robert Paparemborde et Christian Lanta, notre entraîneur. Au bout d’un moment, Robert me dit : ‘’C’est bon La Guille, tu joues ce soir’’. Mais Lanta lui en voulait plus : ‘’Je te mets deux plots et tu fais quinze allers-retours en prenant appui sur le pied où tu as mal. Si tu sors de là, tu joues’’. Je pensais que ça n’allait pas tenir, mais je l’ai fait à fond, j’étais comme sous anesthésie. » Ensuite, c’est le transfert au Parc des Princes. Guillard se souvient parfaitement de ces instants : « Je suis descendu du bus avec mes béquilles. Un journaliste de Sud-Ouest me lance : ‘’Tu ne joues pas finalement ?’’ Je lui réponds : ‘’Qu’est ce qui te fais dire ça ?’’ Mon but, c’était de me faire piquer au dernier moment et je suis resté dans les vestiaires jusqu’au bout. Pas d’échauffement, pas de traditionnelle photo d’avant-match, d’ailleurs, je ne suis pas dessus. »

Dominique Issartel, la journaliste intervieweuse, pose une dernière question à Guillard dont la réponse est à la hauteur de l’ignorance abyssale du corps des sportifs de compétition.  Que vous reste-t-il de cette expérience vingt-six après ? « Un seul joueur aurait dit : on ne peut pas prendre La Guille, on a envie d’être champions et il nous met en danger, je n’aurais pas disputé cette finale. Mais ce mec, il n’existait pas dans ce groupe, il n’existait pas dans le rugby de cette époque où on jouait des années ensemble. Pourtant, que les mecs m’aient laissé jouer avec cette blessure – ce n’était pas une côte cassée ou un coup à l’épaule – alors que je n’étais pas un joueur utile, je n’en reviens toujours pas. Il y aurait eu un autre mec à ma place, ils étaient champions pareil. Alors, d’avoir pris le risque, je leur dis merci. »

Contraire à l’éthique médicale

 De tout temps et aujourd’hui plus que jamais, le mépris du corps fait partie intégrante du comportement des sportifs face à la douleur. Tout le monde comprend que consommer des amphétamines quand on a un coup de mou, c’est du dopage alors qu’à l’inverse se piqouzer pour jouer un match malgré une blessure, ça n’a rien à voir avec un coup de pouce artificiel, ce n’est que de la médecine ! Belle subtilité de langage !

En réalité, de jouer blessé grâce à une piqûre anesthésiante est aux antipodes de l’éthique médicale. On peut remonter dans le temps, on trouvera des cas similaires en pagaille. Depuis la finale Racing-Agen en 1990, l’état d’esprit des combattants des pelouses n’a pas changé. En milieu hippique, il y a des vétérinaires indépendants qui examinent les chevaux avant les courses. Tout quadrupède blessé ou malade est interdit de départ. Pourquoi dans un but de préserver leur santé, on règlemente leur présence sur les champs de course alors que dans les enceintes sportives humaines les instances, les dirigeants, les staffs médico-sportifs ferment les yeux ? Au final, pour assister aux prémices d’un véritable changement de comportement, il est clair qu’il n’y a pas grand-chose à attendre du milieu du rugby puisque cela perdure depuis plus d’un siècle.

DOCUMENT –  Joueurs blessés : le mépris du corps (quelques cas exemplaires)

1965 – Jean-Baptiste  Amestoy (FRA) : quatre piqûres anesthésiantes avant et pendant le match 

Rugbyman international en 1964 au poste de pilier, le Basque originaire d’Ustaritz se plie aux exigences du sportif de compétition qui doit jouer coûte que coûte. Un écho paru dans Le Miroir des Sports confirme cette pratique contraire à l’éthique médicale : « Bel acte de courage à l’actif de Jean-Baptiste Amestoy, le pilier du stade Montois : il a joué dimanche 1er novembre contre Lourdes avec une tendinite très prononcée. Il dut subir quatre piqûres anesthésiantes qui lui furent faites, avant et pendant le match. » [Le Miroir des Sports, 1965, n° 1104, 4 novembre, p 39]

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Jean-Baptiste Amestoy

 1978 – Pascal Ondarts (FRA) : « Orbite fracturée, mais je n’avais pas quitté le terrain »

« Mon premier derby entre le BO et l’AB c’était en 1978, j’avais perdu à Biarritz contre Bayonne. C’était chaud. J’avais eu l’orbite fracturée au bout de cinq minutes de jeu. Francis Haget (deuxième ligne du BO, 40 sélections de 1974 à 1987) poussait derrière moi. Il avait loupé le pilier en face et j’avais chargé. Orbite fracturée mais je n’avais quitté le terrain ! Ça c’était le derby. Ce n’est pas parce qu’on avait l’épaule pétée ou l’arcade arrachée qu’on sortait, on était là pour défier le mec en face. Et puis, un derby, si tu ne le finissais pas avec un marron, le match d’après, il n’y avait personne au stade ! C’était la moindre des choses, il fallait bien prouver qu’on avait envie de jouer (il rigole). »

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Pascal Ondarts, international (42 sélection) [L’Equipe, 25.05.2015]

 2005 – Raphaël Poulain (FRA) – Jouer malgré une blessure

« L’échauffement d’avant match est bientôt terminé. Je­ pique une dernière accélération le long de la ligne d’en-­but : « Clac ». Le bruit me résonne du mollet jusqu’aux tempes. La déchirure est brutale. Le muscle est fissuré, ce n’est pas une simple contracture. Tout craque. Je rejoins les copains dans le vestiaire, sans rien laisser paraître. J’avale un cri de douleur au moment de serrer les lacets de mes crampons. Je prends ma place, à l’aile, face a une meute de Corréziens bien  décidés à défendre leur terre contre les parigots. La déchirure s’accentue à chaque course. A la vingtième minute, idéalement place, en surnombre, je reçois une passe parfaite de Jérôme Fillol. Je n’ai que cinq mètres à courir vers le poteau de coin pour marquer l’essai. Mais je ne peux courir que tout droit. Je fonce dans un défenseur briviste, perd le ballon et gâche l’action. Sur le banc de touche, l’entraîneur a de la foudre dans les yeux et un masque grimaçant. » Raphaël Poulain (FRA) [in « Quand j’étais superman ». – Paris, éd. Robert Laffont, 2011. – 248 p  (p 106)

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Raphaël Poulain

2015 – Jacques Burger (Namibie) – « Chaque partie de mon corps me fait mal »

Témoignage du capitaine de l’équipe de Namibie lors de la Coupe du monde 2015 : « Souvent, après un match, je me réveille en plein milieu de la nuit et je crie : aie ! Je ne peux plus sortir de mon lit. Chaque partie de mon corps me fait mal comme si je venais d’avoir un accident de voiture. Le rugby est un sport de brutes mais je n’en changerais pour rien au monde. » [L’Equipe, 25.09.2015]

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Rugby – Davide Vasta : dix anabos plus une substance pour « redimensionner » les glandes mammaires

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L’Equipe du 28 mars nous rapporte une information parue dans la Gazzetta dello Sport signalant le contrôle antidopage record (11 molécules détectées chez le même homme) d’un joueur de rugby évoluant à l’Amatori Catania.

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Certains anabolisants hormonaux (testostérone, stéroïdes anabolisants) peuvent provoquer lors de cures au long cours l’apparition de seins chez l’athlète masculin adulte. Cet effet inattendu porte le nom de gynécomastie qui se définit par une hyperplasie ou prolifération anormale, avec augmentation de volume du tissu mammaire, non tumorale, chez l’homme, pouvant aboutir à une féminisation complète de la glande. Les culturistes gros consommateurs d’hormones en tout genre sont particulièrement exposés à cet effet collatéral indésirable. Mais comme on le voit ici, le rugby, en raison de son évolution vers un sport de rentre-dedans et non plus d’évitement – n’est pas épargné par cette surconsommation d’engrais musculaires.

Pourquoi la phobie des seins ? La testostérone et certains stéroïdes anabolisants (métandiénone, nandrolone, stanozolol) pris par cures itératives, sous l’effet de l’aromatase – une enzyme présente dans le tissu adipeux et dans le foie – sont transformés en estrogènes dont l’action est prépondérante dans la croissance du sein féminin. D’autres médicaments ou drogues tels que amphétamines, gonadotrophines chorioniques (boosteur de testostérone), marijuana et spironolactone (diurétique), appartenant également à la pharmacopée sportive, peuvent, eux aussi, induire une gynécomastie. A titre préventif, les sportifs consommateurs de substances dopantes associent aux androgènes des antiestrogènes mais cette parade en amont n’est pas sûre à cent pour cent.

On peut penser que le dénommé Davide Vasta, pour prévenir la gynécomastie, a ajouté dans son cocktail un antiestrogène mais manque de chance pour lui : prohibé et détectable. Quoi qu’il en soit, de dire que le produit en question était utilisé pour ‘’redimensionner les glandes mammaires’’ n’est pas la bonne explication. En réalité, c’est plutôt pour empêcher les seins de se dimensionner (développer).

 

Le rugby : est-il un sport avec des  »valeurs » ou un combat de rue encensé par la presse sportive ?

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L’Equipe du 11 février revient sur le match France-Irlande 1982 remporté 22-9 par le XV de France sur la pelouse du Parc des Princes. Victoire qui lui évitera la cuillère de bois mais pas les critiques sur sa façon de concevoir le sport. Alors qu’actuellement des pages entières sont consacrées aux commotions cérébrales et à leurs conséquences sur l’avenir mental des joueurs, le quotidien sportif hexagonal glorifie les joueurs dont le seul objectif est de balancer des coups plus ou moins sournois à l’adversaire !

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Question de marrons…

 C’est la mémoire de Jean-François Imbernon, l’un des acteurs de ce France-Irlande, qui est sollicitée pour faire revivre ce combat où il est souvent question de « marrons ». Déjà, le titre « Sur ses côtes à pieds joints » montre l’étendue du peu de respect de l’adversaire et des lois du jeu. Une grande partie de l’interview concerne les coups tordus, défendus, pour faire mal. Rappelons qu’à l’époque, le médecin de l’équipe de France distribuait à ses ouailles du Captagon®, une amphétamine qui facilitait l’agressivité et la violence.

On est en 2016 et on glorifie toujours de tels comportements.

Si les joueurs veulent taper sur leurs adversaires, qu’ils prennent donc une licence à la Fédération de boxe, de catch, de sumo ou de MMA…

La première notion que l’on devrait apprendre aux compétiteurs et aux journalistes sportifs c’est le respect du corps. On constate dans l’entretien qu’Imbernon joue la rencontre avec une cheville en vrac,  donc déjà lui-même ne respecte en rien son corps qui est pourtant son partenaire n° 1 pour toute une vie alors comment peut-il respecter celui de l’adversaire ? Au final, le plus désolant – le mot est faible – c’est que le journaliste – lui-même à l’abri des coups – glorifie sans vergogne la castagne.

Le rugby joué avec de tels instincts et une telle mentalité ne m’intéresse pas. Et pourtant on nous ‘’gonfle’’ à longueur d’ouvrages, d’interviews et d’articles sur les valeurs du rugby.

Des valeurs abstraites

A la tirade pour le moins naïve de Bernard Lapasset, ancien président de la FFR (Fédération française de rugby) de décembre 1991 à mai 2008 : « Si nous avons quelque chose à vendre, ce sont nos valeurs. D’autant que nous sommes dans l’air du temps. La solidarité, le respect des autres et des règles, la générosité sont d’actualité. Les chefs d’entreprise s’identifient de plus en plus à ces valeurs-là », je préfère celle de l’animateur de RMC Sports mais aussi international à quatre reprises, Vincent Moscato, qui n’est pas dupe de la nature humaine : « Mais il n’y a pas plus de valeurs au rugby qu’ailleurs ! Le rugby, c’est la vie, c’est une question de pouvoir. Le nombre de trahisons qu’il y a dans ce sport est égal au football ou ailleurs. Dans le rugby, c’est le jeu qui a de la valeur. Mais les hommes… pas plus qu’ailleurs ! Simplement, le jeu a une telle valeur d’exigence, de combat, que des fois, il déteint sur les hommes et leur donne quelques vertus. »

Visiblement, le JEU n’avait pas imprégné à la fois Jean-François Imbernon – le deuxième ligne de Perpignan entre 1972 et 1985 et 23 fois international entre 1976 et 1983 – auteur des propos et Philippe Pailhories, l’envoyé spécial de l’Équipe qui les avait recueillis.

Au final, ce qui nous dérange n’est pas que les rugbymen se tapent dessus à bras raccourcis mais que les plumitifs les mettent en valeur comme des actes commis par « des hommes, des vrais ! »