Cyclisme – Julian Alaphilippe mieux conseillé par son directeur sportif, aurait dû rapidement abandonner après sa chute sur le genou lors de la 3e étape du Tour du Pays Basque le 05 avril

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[publié le 11 mai 2017]

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 Le 05 avril dernier, Alaphilippe chute à 50 km de l’arrivée à Saint-Sébastien et, difficilement, termine l’étape à 16 minutes des favoris. Le lendemain, malgré la douleur qui le handicape, il boucle les 174 km de la 4e étape en terminant à… 12 mn 29 du gros de la troupe.

Au total, il a  roulé 224 km avec un genou récalcitrant.

Après sa chute violente sur le genou droit, Alaphilippe a donc fait en deux jours 224 km en course. Il est probable que c’est cette « prolongation » avec sa blessure qui a été responsable des suites chirurgicales et de sa longue indisponibilité.

Chez un cycliste, un traumatisme violent sur le genou impose un arrêt immédiat sous peine d’aggraver la lésion.

Chaque sport a son talon d’Achille (la zone la plus exposée aux lésions)

–       Boxe : traumatisme crânien, fracture des métacarpiens

–       Cyclisme : genou (cartilage rotulien)

–       Course à pied : tendinite d’Achille

–       Football : lésions musculaires de la cuisse, ligament croisé antérieur du genou

–       Rugby : en dehors des entorses du genou, des lésions musculaires, on constate de plus en plus de commotions cérébrales.

–       Sprinteurs (100 m) : lésion des ischio-jambiers

–       Tennis : épicondylite (tendinite du coude)

 

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Julian Alaphilippe après son opération du genou droit

 

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Lors d’une chute avec choc direct du genou sur le macadam, un trottoir, un ralentisseur…, on risque :

  1. Une fracture de la rotule,
  2. Une lésion du cartilage,
  3. Une contusion ou une rupture du tendon quadricipital ou rotulien
  4. Une meurtrissure du surtout fibreux rotulien

Pour les 1, 2, 3, continuer à rouler s’avère très difficile, voire impossible

En ce qui concerne le Français de l’équipe Quick-Step, lors de sa chute, il a tapé fort le ‘’surtout fibreux rotulien’’, tissu faisant le lien entre le tendon quadricipital de la cuisse qui s’attache sur le haut de la rotule et le tendon rotulien qui part de la base de cet os en forme de galet pour se fixer sur le haut du tibia. Il est clair que la répétition des milliers de fois de la flexion du genou a aggravé la lésion. C’est un peu comme si vous aviez une plaie sur le dos de la main et qu’avec une pierre ponce, plusieurs fois par jour, vous frottiez la zone à nue. Facile à comprendre qu’avec un tel traitement (continuer à rouler seul), il y a très peu d’espoir que la partie du corps traumatisée cicatrise rapidement.

 

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Une image pour comprendre pourquoi lors du pédalage ça tire un max sur le  »surtout rotulien »

 

Avec, après la gamelle, un arrêt immédiat des efforts cyclistes de compétition associés à des soins médicaux adaptés (ne pas tirer sur la zone), il est probable que le puncheur de Montluçon aurait repris beaucoup plus tôt.

Problème : c’est qu’en course, un professionnel victime d’une chute n’a qu’un objectif : récupérer son vélo si celui-ci est intact ou celui d’un équipier, voire un mulet et repartir pour rejoindre le plus rapidement possible le paquet dans lequel il se trouvait juste avant la chute.

On a vu à plusieurs reprises des cyclistes – malgré une fracture (comme par exemples : clavicule, omoplate, hanche, etc.) – continuer la course jusqu’à son terme. Seulement, pour Alaphilippe, manque de chance, c’est le genou et dans cette situation il est trop risqué de continuer à pédaler. C’est là que le staff compte tenu de son expérience de ce genre de traumatisme et des conséquences pour la suite de la saison doit intervenir et faire preuve de fermeté en lui imposant l’arrêt immédiat.

 

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L’Equipe, 07 avril 2017

 

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Mieux on connaît son corps, mieux on sait s’en servir

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RETRO : La rotule  »cassée » d’Albert Bouvet

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Cyclo Coach, 2011, n° 18, août-septembre, pp 44-45

 

 

Rugby – Dopage, connaît pas…

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[publié le 11 mai 2017]

En tout cas c’est le constat que l’on fait en lisant Rugby Mag, la revue fédérale

 On ne demande pas à une fédération d’épingler les dopés – c’est contre nature – mais de faire de la prévention.

Or, depuis son élection à la présidence de la FFR le 3 décembre dernier, Bernard Laporte et son adjoint responsable de la revue fédérale, en cinq numéros et 270 pages – de janvier à mai – n’ont pas imprimé une seule fois le mot dopage.

De deux choses l’une : ou dans le rugby les manipulations biologiques n’existent pas ; ce qui est bien sûr impossible puisque la triche est consubstantielle à l’homme et que les joueurs des deux sexes appartiennent au genre humain, ou on veut nous cacher la réalité de l’épidémie.

La transparence visiblement n’est pas la qualité cardinale des nouveaux maîtres de l’ovalie.

 

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Rugby Mag n° 1163, mai 2017

 

Courrier d’un lecteur réagissant à l’article : « Pourquoi les lauréats des classiques ne gagnent plus le Tour depuis 30 ans » [Texte publié le 05 mai 2017]

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[Publié le 10 mai 2017]

« Comment expliquez-vous la différence poids/taille des coureurs actuels, notamment ceux performant dans les courses par étapes ? J’ai un peu de mal à expliquer qu’avec une maigreur pareille ils aient la musculature nécessaire pour emmener les braquets qu’ils utilisent par ailleurs bien plus importants qu’à une certaine époque où pourtant on avait de vrais athlètes : Bernard Hinault, Eddy Merckx, Miguel Indurain, Felice Gimondi et même Lance Armstrong entres autres.

Ces champions n’avaient pas un rapport poids/taille exceptionnel ; ils avaient un très gros moteur. Aussi, je pense que parmi les coureurs d’aujourd’hui il n’y a pas de champion tel que ceux cités. Les coureurs de classique étant plus musculeux tel Tom Boonen, Fabian Cancellara etc. et n’étant pas des super champions, ils ne peuvent briller en haute montagne. Je pense que Cancellara avec quelques kilos en moins aurait pu rivaliser. Maintenant, il est donc évident que des coureurs avec des moins 15, 16 ou 17 kilos en moins n’ont pas la caisse pour jouer du braquet sur 260 km. »

Réponse du Dr JPDM – Parmi les champions du Tour de France du passé – avant l’ère Armstrong – certains avaient un rapport poids/taille équivalent aux lauréats des Boucles récentes. En comparaison avec Alberto Contador  176/62 (- 14), on trouve :

  • Charly Gaul 172/58 (- 14) TDF 1958 ;
  • Bjarne Riis 186/69 (- 17) TDF 1996 ;
  • Marco Pantani 172/54 (- 18) TDF 1998.

 

1958

Marco Pantani – Tour de France 1998

 

Il est vrai que ces trois coureurs ont remporté au total qu’une seule classique :

  • Charly Gaul : 0
  • Bjarne Riis : 1 (Amstel Gold Race)
  • Marco Pantani : 0

Signalons parmi les coureurs athlétiques que vous citez : Eddy Merckx 184/72 (-12) ; Miguel Indurain 188/76 (- 12) ; Felice Gimondi 184/71) (- 13) ; Tom Boonen 192/80 (- 12). Mais parmi eux aucun ne fait 62 (Contador), 65 (Nibali) ou 69 kg (Froome).

POST-IT en chiffres

15 à 20 watts Dans une montée, le meneur dépense 15 à 20 watts de plus que le coureur dans sa roue

15 secondes Selon le coach Antoine Vayer : ‘’un gain d’un kilo sur un vélo ne fait gagner qu’une quinzaine de secondes sur une pente de 10 km à 7%’’. Si la différence est de 3 kg, cela change tout.

Afin d’expliquer les performances actuelles des gagnants du Tour dans les contre-la-montre avec un poids de corps plus faible, il faut prendre en compte trois ’’plus’’ apparus ces dernières années et qui ont changé la donne :

  1. Le guidon avec des appuis sur les avant-bras et l’amélioration considérable de la diminution de la surface frontale homme-machine face à la résistance de l’air (recherche de la position au CX le plus performant dans un tunnel à vent)
  2. La tendance ces dernières années des contre la montre accidentés favorisant les grimpeurs. Rappelons l’exception 1958, année où Charly Gaul remporte le Tour parce qu’il est le meilleur grimpeur et qu’on lui met en plus au menu l’ascension du Ventoux clm. Dans les classiques, il n’y a pas au programme ce genre d’exercice.

 

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Charly Gaul – Montée du Ventoux du Tour de France 1958

  1. Le train. Depuis Armstrong la recherche d’équipiers de top valeur assurant la protection du leader sur le plat et dans les cols fait partie des structures d’une équipe visant la victoire finale dans les grands Tours. Cela existait à l’époque de Coppi et de Merckx mais ces dernières années l’organisation d’un ‘’train’’ est devenu beaucoup plus sophistiqué.

 

Dopage – L’UCI n’y arrivera jamais – La preuve par les faits !

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[publié le 8 mai 2017]

Au Tour d’Italie 2017, l’UCI (Union cycliste internationale) ne respecte pas ses règlements qui prévoient d’exclure une équipe qui a deux coureurs testés positifs dans l’année.

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Nicola Ruffoni et Stefano Pirazzi de la formation de 2e division Bardiani, ont été interdits de Giro après un contrôle antidopage positif hors compétition (25 et 26 avril) à l’hormone de croissance GH RP-2.

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Stefano Pirazzi et Nicola Ruffoni, deux coureurs de la formation Bardiani

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Si le laboratoire signale des résultats non négatifs, c’est que les substances signalées font partie de la liste rouge.

Alors que le groupe Bardiani a appliqué la règle UCI qui prévoit la mise à pied immédiate des deux contrevenants jusqu’au résultat de la contre-expertise, l’instance internationale n’a pas montré la même volonté de fermeté qui lorsqu’une équipe enregistre dans une période de douze mois deux cas positifs, doit lui imposer une suspension allant de 15 à 45 jours.

Pour se défiler de ses responsabilités, l’UCI tape en touche jusqu’au mois de juin – date de la réunion de sa Commission disciplinaire qui doit statuer sur le cas de la formation Bardiani-CSF.

Rappelons que l’épreuve italienne se termine… le 28 mai. Le tour est joué ! Merci l’UCI.

Curieusement depuis les affaires Festina (1998) et Puerto (2006), chaque fois qu’éclate une nouvelle affaire de triche biologique la seule parade des dirigeants est d’annoncer avec ‘’étonnement’’ : « Ils (les coureurs) n’ont toujours pas compris ». Sauf que ce sont les mêmes responsables de la fédé qui n’ont rien compris. Ils oublient que la triche est consubstantielle à l’homme.

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Une fois de plus, on constate que le milieu sportif est incapable de lutter efficacement contre le dopage en freinant des quatre fers pour ne pas appliquer son propre règlement.

L’important pour l’UCI c’est de faire croire qu’on traque les tricheurs par tous les moyens mais qu’en réalité il faut en épingler le moins possible.

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 Ajoutons que ce n’est pas la première fois ni la dernière que l’UCI édicte des règlements ‘’écran de fumée’’. En 2011, l’instance lausannoise prohibe à la fois les injections (perfusions, vitamines en piqûres, etc.) et toutes fonctions dans l’encadrement d’une équipe (directeur sportif, médecin, soigneur, chauffeur, etc.) à un coureur qui aurait eu maille à partie avec le dopage. L’UCI a estimé que cette dernière mesure aura des effets « très importants à moyen terme ». Bonjour le tour de passe-passe car la mesure est exclusivement marketing, elle s’adresse aux gogos et aux naïfs indécrottables. Depuis 2011, quel est le Directeur sportif, le médecin, le soigneur qui a été prié d’exercer ailleurs que dans le cyclisme. Le calcul est simple : c’est zéro.

De même, qui a été sanctionné pour des piqûres hors thérapeutique médicale alors que plusieurs coureurs ont témoigné que ces pratiques ont toujours cours dans leurs équipes ? Là aussi, c’est zéro.

Alors que la lutte antidopage de l’UCI a débuté officiellement en 1967, cinquante ans plus tard rien n’a changé. Ce qui est aveuglant, c’est que les fédérations doivent être exclues de la lutte et pourtant rien ne change.

Que font les politiques, quel que doit leur bord, en dehors de se faire offrir des costumes pour certains ou de couvrir des emplois fictifs pour d’autres ?

 

Cyclisme – Pourquoi les spécialistes des classiques ne gagnent plus le Tour de France depuis 30 ans et vice versa. La clé par la morphologie

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[publié le 5 mai 2017]

Depuis 30 ans, les vainqueurs de la Grande Boucle sont exclus des podiums des classiques…Est-ce une tendance définitive ?

Après la campagne des classiques 2017, il m’a paru intéressant d’essayer de comprendre pourquoi les champions du Tour de France étaient quasiment toujours absents des trois marches du podium des ‘’monuments’’ d’un jour.

A partir de 1903, date du 1er Tour de France, et ce jusqu’à Bernard Hinault au milieu des années 1980, les champions de la Grande Boucle raflaient également les bouquets des grandes épreuves d’un jour. Depuis 30 ans et la spécialisation à outrance, les maillots jaunes à de très rares exceptions ne font plus la loi sur les ville à ville.

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Le champion olympique Greg Van Avermaet remporte le ‘’monument’’ Paris-Roubaix 2017

D’un autre côté, la quête d’une victoire finale à Paris impose d’être bon en montagne et sur le chrono. Pour atteindre ces objectifs, il faut une morphologie différente de celle d’un sprinteur ou d’un avaleur de pavés, ces derniers sont plus lourds et plus costauds.

A la fin des années 1980, l’Américain Greg LeMond termine en jaune les éditions 1986, 1989, 1990. Absent des classiques, la critique va lui tomber dessus en lui reprochant de jouer les fantômes tout le reste de la saison.

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Greg LeMond, vainqueur de 3 Tours de France (1986, 1989, 1990)

Son successeur Miguel Indurain en s’adjugeant cinq Grandes Boucles consécutives mais absent des courses d’un jour, enfonce le clou de la spécialisation.

La Pintade fait un tour et s’en va

L’Américain Greg LeMond, qui avait du mal à s’astreindre à un entraînement assidu durant l’hiver, accumulait plusieurs kilos de trop qui l’empêchaient d’être présent aux avant-postes du peloton avant le mois de juin. Il ne refaisait surface qu’en juillet sur les routes de l’Hexagone et enchaînait quelques semaines plus tard avec les Championnats du monde. Ainsi, en 1989, il épinglait à son palmarès le maillot jaune et la tunique arc­en-ciel. En 1990, la Pintade, l’un des surnoms de LeMond en raison de son aspect dégingandé sur un vélo, ne s’est manifestée que sur le Tour de France. Tout le monde le critiqua, notamment Eddy Merckx, lui reprochant de ne pas faire honneur à son titre mondial. Les censeurs ont oublié un peu vite que Charly Gaul, Federico Bahamontes ou Lucien Van Impe adoptaient la même tactique que l’Américain. Plus près de nous, l’Allemand Jan Ullrich et surtout Lance Armstrong – le successeur  du Kid de Sacramento  (autre sobriquet de LeMond) au plan des lauréats yankees vainqueurs du Tour – ont pris la relève avec succès. Ainsi, en juin 2005, le journaliste Christophe Penot expliquait les six Tours de France victorieux de Lance Armstrong parce que, à la différence des autres stars du peloton, l’Américain n’a qu’un seul objectif, le Tour de France: « Parce que le cycliste moderne, depuis Greg LeMond, en 1989, s’est spécialisé. Alors qu’un Fausto Coppi régnait de Milan­Sanremo au Tour de Lombardie, que Jacques Anquetil gagnait la même année Paris­Nice et le Grand Prix des Nations, que Bernard Hinault tenait la distance presque aussi bien qu’Eddy Merckx, l’Américain (NDLA : Lance Armstrong) se concentre sur le seul rendez-vous de juillet. Bien lui en prend car il fait mouche à chaque fois. Mais il ignorera toujours le charme d’une victoire dans ‘’la classique des feuilles mortes « , lui qui avait pourtant remporté un Mondial à Oslo en 1993. »

En réalité, tout cela n’est pas nouveau. Les spécialistes exclusifs de Grande Boucle ont toujours existé.

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Les ‘’spécialistes’’ du Tour débarquent en 1930

Si l’on en croit Louis Trousselier, vainqueur du Tour de France 1905 et lauréat de treize étapes au cours de ses neuf participations, cette façon d’orienter sa saison en fonction du seul Tour de France remonte aux années 1930. Le Fleuriste – tel était son surnom, en raison du commerce de ses parents – témoignait dans l’hebdomadaire omnisports Match l’lntran [1] de l’éclosion d’une nouvelle catégorie de coureurs : les « vainqueurs exclusifs du Tour» : « Actuellement, l’homme qui gagne le Tour de France peut très bien ne rien gagner d’autre au cours de l’année. Tout comme il y a des champions qui brilleront dans toutes les épreuves, sauf le Tour, il y a les hommes du Tour. De mon temps, aucune controverse n’était possible car les Octave Lapize, Gustave Garrigou, François Faber, étaient de grands champions qui pouvaient aussi bien gagner un Bordeaux-Paris et un Tour de France la même année. »

À la même époque, l’un des pionniers du cyclisme, le journaliste-créateur de Vélodrome-Manager, Robert Coquelle, dans ses mémoires, « Cinquante ans de cyclisme »[2], parues dans Le Miroir des Sports, partageait l’analyse du lauréat de la troisième Grande Boucle de l’histoire: «Chacun aujourd’hui a sa spécialité. Tel qui court Bordeaux-Paris ne court plus le Tour de France. Il n’y a pas que la question financière entrant en jeu ! L’on en arrive à douter des moyens physiques de nos meilleurs coureurs. Du moins, leurs directeurs de conscience ! Comme si les hommes d’aujourd’hui ne valaient pas ceux de jadis. Allons, messieurs, faites appel à vos souvenirs. Consultez vos tablettes : en 1903, Hyppolite Aucouturier, premier de Bordeaux-Paris est, deux mois plus tard, deuxième du Tour de France. L’année suivante, Louis Trousselier, troisième d’un c6té est également troisième de l’autre. Et Garrigou, en 1907, finit aussi les deux courses redoutées, à sa place habituelle, c’est­à-dire sur la roue des premiers. Et si vous voulez bien comparer les difficultés d’hier avec celles d’aujourd’hui, vous nous accorderez bien qu’avec les routes goudronnées et leurs virages relevés, il y a une fameuse différence entre le travail demandé aux coureurs d’avant-guerre et celui qui est exigé, de nos jours, de nos grands ‘’as  » de la spécialité. »

Si l’on se penche sur les lauréats du Graal en jaune en activité – Froome, Contador, Nibali – on constate que mis à part l’Italien gagnant du Tour de Lombardie en 2015, les trois élites de la Toison d’Or n’ont remporté aucune des dix classiques référencées dans le tableau ci-dessus. A leur décharge, il faut préciser que depuis 1903, ils sont seulement 60 plus un (voir post-it n° 1) à avoir remporté le Tour.

POST-IT (1)

 Je sais pertinemment que l’UCI a retiré à Lance Armstrong ses 7 maillots jaunes de n° 1 consécutif de 1999 à 2005. Si l’instance mondiale était juste et honnête, elle aurait dû exclure pour dopage un paquet de maillots jaunes de la liste des 61 tenants du titre.

Si l’on en croit le JDD avec Europe1.fr du 17 juillet 2014 : « Un sondage réalisé par le quotidien néerlandais De Telegraaf auprès des 25 derniers vainqueurs de la Grande Boucle révèle en effet qu’une majorité relative des vieille gloires du Tour voudrait voir le Texan réintégrer le palmarès de la plus célèbre course cycliste au monde. Parmi les 25 lauréats encore en vie, 12 plaident effectivement en faveur de Lance Armstrong. »

Seulement, une soixantaine peuvent se targuer du titre en jaune, d’où – en raison de leur très petit nombre à chaque édition – cela entraîne par ricochet un échantillon squelettique dans les pelotons au départ des classiques. Ajoutons pour tempérer ce petit nombre que le cyclisme étant un sport d’équipe, les partenaires sont au service exclusif de leur leader. Afin de renvoyer l’ascenseur, les leaders des courses à étapes sont moralement obligés de jouer les équipiers de luxe auprès des potentiels vainqueurs des monuments d’un jour.

Cette tendance à la sélection de coureurs spécialisés des Grands Tours versus les géants des classiques va se poursuivre en s’intensifiant dans la mesure où les modes de préparation sont très différents.

POST-IT (2) –  Le leitmotiv ‘’tout pour le Tour’’ date des années 1930 avec la création des équipes nationales

Des témoignages confirment que la spécialisation es Grande Boucle a toujours existé

Thierry Cazeneuve (FRA), journaliste sportif au Dauphiné Libéré : « En revanche, Luis Ocana se serait, à coup sûr, élevé contre les pratiques de certains qui ne jurent que par le Tour de France, qui ne pensent même qu’à ça et finissent par oublier tout le reste. Nous voulons faire allusion à tous ceux qui se sont fait oublier en mai et juin, qui se sont cachés, qui se sont trompés de programme, qui se sont parfois dérobés devant les difficultés, bref qui se sont fourrés tout bonnement le doigt dans l’œil! Ils s’appellent Bjarne Riis, Laurent Jalabert, Luc Leblanc, Alex Zulle, Peter Luttenberger. Tous ceux-là, Riis en tête, ne pensaient qu’au Tour de France et à rien d’autre. Certains d’entre eux ont peut-être même dilapidé une partie de leur pécule pour consulter un scientifique, un médecin en l’occurrence car il est courant, aujourd’hui, de se tourner vers son toubib pour savoir si ça gratouille ou si ça chatouille, comme disait le bon Louis Jouvet … Pour notre part, ça nous démange. Ça nous démange de leur dire : ‘’Suffit’’.  D’autres, avant vous, ont couru (et gagné) le Tour de France en se préparant le plus normalement du monde. En disputant préalablement des courses, des vraies … Pas vrai Eddy Merckx, pas vrai Bernard Hinault, pas vrai Miguel Indurain ?» [Le Dauphiné Libéré, 28.07.1997]

Charly Gaul (LUX), cycliste professionnel de 1953 à 1965 – Charly Gaul, à la fin des années 1950, ne pensait et n’agissait qu’en fonction de la ronde de juillet. Le journaliste Robert Ichah, contemporain du Luxembourgeois, en témoigne : « À ceux qui s’étonnaient ou qui lui reprochaient une solitude et un effacement peu compatibles avec sa qualité de vainqueur de Ia plus grande épreuve du monde, Charly se contenta de répliquer en plissant de l’œil – sorte de point d’exclamation, chez lui, de ses propos monosyllabiques ou presque :

Mon objectif 59, c’est comme en 1958, le Tour !

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Charly Gaul

Il faut bien avouer que Charly ne » bluffe » pas. On pouvait espérer qu’après son succès de l’an passé, Gaul se sentirait pousser quelque ambition et qu’il se mêlerait aux luttes indécises des classiques printanières. Or, depuis l’ouverture, on ne l’a guère entrevu qu’au Vel’ d’Hiv’, pour la clôture de celui-ci, se traîner avec peine au cours d’un omnium qui l’opposait aux autres vainqueurs du Tour ; Louison Bobet, Jacques Anquetil et Fausto Coppi. Par conséquent, pas de programme inédit pour Charly dont la devise reste plus que jamais : ‘’Tout pour le Tour’’ et à même tendance à devenir : ‘’Rien que le Tour’’. [Sport Mondial, 1959, n° 40, juin, p 34]

Cyrille Guimard (FRA), directeur sportif de Lucien Van Impe lors de sa victoire en 1976 : « Le Belge Lucien Van Impe avait même la réputation – non usurpée – de ne se préparer que dans l’optique du Tour de France et de se considérer en vacances le reste du temps. A tel point que lorsqu’il était chez lui, au lieu de s’entraîner sur route, il avait installé dans son salon un home-trainer qu’il chevauchait tout en regardant la télévision. » [in ‘’Un vélo dans la tête’’ (avec Bernard Pascuito). – Paris, éd. Solar, 1980. – 192 p (p 115)]

Antonin Magne (FRA), cycliste professionnel de 1926 à 1939 : « Moi, mon seul but, mon unique ambition, c’est le Tour. Je me suis toujours défendu parce que tous mes efforts tendent vers cette épreuve. Vous ne pouvez soupçonner quelle serait ma déception si j’étais évincé de l’équipe. Je crois bien que je serais prêt à renoncer définitivement au sport et à ses pompes pour entrer dans la peau d’un petit-bourgeois. » [Match L’lntran, 1934, n? 404, 5 juin, p 7]

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Antonin Magne

Achiel Van Den Broeck (BEL), journaliste : selon Achiel Van den Broeck, le vainqueur des éditions 1919 et 1922, Firmin Lambot, ne s’intéressait qu’au Tour : « Dans les courses classiques sur route, on le voyait rarement, sur piste on ne le vit jamais. Il était enfermé dans sa tour d’ivoire du Tour de France mais là il était épatant. Pendant des mois, on n’entendait plus parler de Firmin Lambot. Le Tour approche et il sort de son sommeil hivernal. Dans le Tour, il est là, mais ne fait rien dans les premières étapes. Mais, tout à coup, dans une étape très dure, il prend 20 minutes à tout le monde. Il est dans son élément. » [in ‘’Historique du Tour de France’’ (adaptation française de Maurice De Wolf). – Anvers (BEL), éd. Geens-Zele, 1948 – 85 p (p 34)]

[1] Match L’Intran, 19 juin 1934 –  [2] Le Miroir des Sports, 1934, n° 761, 01 mai, p 278

en chiffres

Courrier des lecteurs – Complément d’information du Dr JPDM

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[publié le 2 mai 2017]

A la suite de l’article paru sur ce blog le 29 avril sur les lésions des footballeurs : « Blessures du footballeur – Les ménisques comme les ligaments croisés vont par paire dans un genou mais les deux croisés sont exceptionnellement rompus en même temps » , l’un de nos lecteurs nous a adressé  la question suivante :

« Comment doit-on comprendre la fracture de rein de Philippe Gilbert ? »

 En consultant mes archives sur les blessures des cyclistes de compétition, la région rénale est – lors des chutes – beaucoup moins exposée aux traumatismes que la tête (crâne, os de la face), les épaules (clavicules), les poignets (scaphoïdes), les hanches (fémurs).

Les reins sont bien protégés par la colonne vertébrale, les côtes et les masses musculaires lombaires.

140 km avec une lésion d’un rein…

En ce qui concerne Philippe Gilbert, l’exploit c’est bien sûr d’avoir remporté l’Amstel Gold Race le 16 avril – la classique néerlandaise – pour la 4e fois, mais surtout d’avoir roulé 140 km après une chute sérieuse ayant provoqué une lésion rénale.

Phil témoigne dans L’Equipe : « J’ai chuté effectivement assez lourdement. Ma respiration était coupée, je suis resté longtemps à terre mais j’ai eu sans doute la chance de tomber sur l’herbe. Ensuite, j’ai eu le soutien de mes équipiers et je suis rentré dans le peloton. La douleur a commencé à s’estomper. »

Quand le Belge Rik Van Looy dit l’Empereur d’Herentals, se gamelle lors de la 11e étape du Tour de France 1962 avec en prime une lésion du rein, il ne fera que 30 km avant de monter dans l’ambulance. Visiblement Philippe Gilbert a une aptitude à souffrir hors du commun. C’est ce qu’il révèle au journaliste du quotidien sportif : « Je n’ai pas peur de me faire mal et je sais que je peux le faire longtemps. » On espère pour sa santé future que le champion de Belgique n’a pas roulé pendant 3 h 30 grâce à des antalgiques !

Une blessure peu fréquente

Quoi qu’il en soit, et compte tenu de la fréquence des chutes collectives provoquée par les coussins berlinois, ilots directionnels et autres giratoires, au final les lésions rénales sont peu fréquentes dans le peloton du World Tour.

En revanche, la rupture de la rate est plus fréquente. Elle se produit lorsque le guidon pénètre dans la partie gauche de l’abdomen supérieur ainsi qu’en cas de rupture de côte.

sans-titreLes deux reins sont protégés par la partie inférieure du gril costal