Pendant 14 ans, de 1950 à 1964, les 14 plus hauts sommets de la planète ont été vaincus par des grimpeurs sublimés aux amphétamines
































Article complétant ceux des 11 et 12 juillet 2017, sur la mort de Tom Simpson : Enquête sur les causes du décès et relations entre amphétamines et collapsus cardiovasculaire


Contrairement aux commentaires des journalistes et des coureurs qui n’ont jamais – même quelques secondes – faits des études de médecine, les amphétamines le 13 juillet 1967 – le jour du décès de Tom Simpson – n’étaient pas en vente libre comme raconté par certains mais classées au tableau C, celui des produits dangereux.







En réaction à deux articles publiés dans ce blog les 22 et 24 avril sur la violence dans le rugby induite par le Captagon® et les amphets, un dénommé Fred ‘’X’’ nous a adressé un commentaire peu amical mais démontrant son ignorance criarde sur les effets collatéraux du Captagon® en particulier et des amphétamines en général : « Venir affirmer que la prise de Captagon® expliquerait les bagarres générales au rugby… franchement vous sombrez dans le ridicule ». Suivent des appréciations désobligeantes à mon encontre.
J’ai l’habitude ! Ces opinions sont le plus souvent proférées par des individus concernés eux-mêmes par le dopage et s’en prenant à ceux qui dénoncent cette dérive. Ces ‘’voyous’’ du net n’ont aucun argument sauf l’injure, l’invective ou l’insulte.
Quoi qu’il en soit, différents médecins et acteurs du sport des années 1960 à 1990 ont exprimé leur avis sur la violence provoquée par les amphétamines (Captagon® compris). Ajoutons qu’à l’époque – au plan du dopage – elles n’étaient pas recherchées dans les sports d’équipes
PUNCHLINES – AMPHÉTAMINES et VIOLENCE
Fernand Albaret (FRA), journaliste sportif : « Le docteur Robert Boncour a personnellement relevé deux cas d’intoxication avec obnubilation, délire, violence et précoma à la suite d’ingestion d’un seul comprimé de Méthédrine® (métamphétamine) au cours de l’ascension d’un col durant le Tour de l’Avenir. » [Compte rendu de la Conférence de Strasbourg (sept. 1965) .- L’Équipe, 29.09.1965]
Mervin Berger (USA), journaliste scientifique : « Les amphétamines rendent souvent les joueurs désagréables et agressifs. Certains disent que les effets de ces médicaments sont démontrés chez les joueurs de hockey les plus violents. Les utilisateurs perdent aussi de leur faculté de jugement. Ils sont persuadés faire mieux que ce qu’ils font en réalité. Et ils sont incapables de prendre des décisions rapides. Il y a d’autres symptômes comme un rythme cardiaque irrégulier, des maux de tête, une perte de poids, des troubles digestifs et, en dernière extrémité, la mort. » [in « Sports medicine » .- New York (USA), éd. Thomas Y. Crowell, 1982 .- 322 p (p 99)]
POST-IT
Les amphets favorisent la distribution de coups : bourre-pif, châtaigne, gnon, jeton, marron, pain, ramponneau, taloche, tarte, torgnole; mais aussi – en raison de l’effet-groupe (voir plus loin) – bagarre, rixe, bataille
Paul Ohl – Les gladiateurs de l’Amérique, éd. Alain Stanké, 1977
Dr Jacques Mombet (FRA), médecin de l’équipe de France de rugby (en alternance) de 1975 à 1995 : « Les amphétamines ont toujours existé dans le rugby et ailleurs. Dans les années 1970, des équipes entières en prenaient, d’autres non. Je me souviens d’un match de championnat, entre Fleurance et Marmande je crois, au cours duquel l’arbitre a pris peur ! Les joueurs avaient tous la bave aux lèvres, ils se mettaient des marrons même entre équipiers ! Il a dû arrêter le match. » [in « Rugby à charges » de Pierre Ballester. – Paris, éd. de La Martinière, 2015. – 293 p (p 94)]

« Nous sommes plusieurs personnes à avoir observé chez des sportifs de haut niveau (par exemple Ole Einar Bjorndalen – quintuple champion olympique en biathlon en 1998 et 2002 – ou Erik Breukink en vélo dans les années 1990) comme chez des coureurs amateurs mais toujours en course, l’apparition d’écume sur le pourtour de la bouche semblable à ce que l’on remarque beaucoup plus souvent chez les chevaux. Pouvez-vous me dire quel est le phénomène qui conduit à cela ? Evidemment, quelque mauvaise langue font rapidement un raccourci avec le dopage. Quand est-il »
Réponse du Dr JPDM – Les hypersécrétions salivaires en compétition se voient principalement lorsque deux conditions sont réunies : un effort intense en ambiance chaude, associé à la consommation de certains médicaments de la performance.
De très nombreuses substances chimiques modifient la sécrétion salivaire ; les unes l’augmentent, les autres la réduisent. Les premières sont celles qui excitent le nerf parasympathique, comme les amphétamines (stimulants du système nerveux central), ou le modafinil (un stimulant de la vigilance) etc.
L’amphétamine accroît la libération d’acétylcholine par le cortex cérébral et cette dernière intervient dans l’hypersécrétion salivaire. Rappelons que le nerf parasympathique ou vague appartient au système nerveux végétatif dit autonome, celui qui régule les organes internes : cœur, poumons, tube digestif et dont le médiateur chimique est l’acétylcholine.
De plus, les amphétamines, en favorisant l’hyperthermie du corps et donc la déshydratation, potentialisent la stimulation du parasympathique. Dans les années 1950-1960, grande époque des amphéts, de nombreuses photos de coureurs avec la bave aux lèvres témoignent de la consommation d’amines de l’éveil, par exemple, Bernard Gauthier dans le Tour de France 1959, et Ferdi Kubler dans l’étape contre la montre Saint-Etienne-Lyon du Tour de France 1950.

Ferdi Kubler
Rappelons à ce sujet le diagnostic du Dr Giuseppe La Cava (*), président de la Fédération médico-sportive italienne de 1947 à 1959 : « Quand je vois une photo de Ferdi Kubler, l’écume aux lèvres, je vous dis tout de suite : voilà un homme qui vient d’absorber de la Simpamina® (amphétamine italienne), ce que vous appelez en France « Ortédrine® »

Le même en gros plan
Signalons que, dans les années 1990, période de pleine activité d’Erik Breukink, 3e du Tour de France 1990, les amphétamines classiques n’étaient plus utilisées en compétition en raison du risque d’un contrôle positif ; en revanche, il existait des amphétamines apparentées non détectables aux tests antidopage.
Mais bien d’autres substances ne figurant pas pour autant dans la liste rouge, peuvent provoquer des hypersialorrhées (nom médical de l’écume aux lèvres). (*) L’Équipe, 24.03.1955
Rappelons que dernièrement, l’un des candidats à la primaire de la droite s’est singularisé par une hypersialorrhée malvenue qui pourrait avoir été en partie responsable de son échec alors que les sondages en faisaient le favori. Peut-être un problème de médicaments mal dosés ?

Qualifié par les experts comme étant le meilleur grimpeur de l’histoire de la Grande Boucle, le Luxembourgeois Charly Gaul adorait le froid, la pluie et… les amphétamines. Ces dernières le terrassaient lorsqu’il faisait chaud et le sublimaient lorsque la froidure s’abattait sur la course.