Histoire du sport – Les causes de la mort de l’hémérodrome Pheidippidès, le 1er coureur de marathon

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[publié le 5 janvier 2017]

d1b89468b02fa81a67ef1f71cb1d58eaUn hémérodrome avec son armure (sans son bouclier)

La « preuve » par neuf

Sacré Pheidippidès ! Voilà un personnage de légende qui a fait couler plus d’encre que le plus princier des mariages. Sa course dans la plaine de Marathon qui provoqua sa mort, passionne et, surtout, elle divise.

Pas moins de neuf auteurs déclarent dire « la vérité vraie » concernant son décès. Pour certains, il a succombé à une overdose de produits dopants ; pour d’autres, il est mort justement faute de ne pas avoir pris quelques potions magiques. Certains vont même jusqu’à citer des propos qu’il n’a pu tenir. Ce fait divers légendaire datant de 2 493 ans et impliqué dans l’histoire olympique moderne, est riche d’une leçon : en l’absence d’éléments tangibles (témoins et autopsie) est-il très sérieux de discuter de la mort de Pheidippidès tout comme certains s’interrogent sur le sexe des anges ?

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Un coureur au Ve siècle avant notre ère (musée national d’archéologie d’Athènes)

Du réel au symbole

 12 septembre 490 avant Jésus-Christ – 40 kilomètres au nord-est d’Athènes.

 Un soleil de plomb en fusion embrase le vaste cirque de marathon. Quelques 20 000 envahisseurs perses, soldats de Darius 1er, alignés derrière leurs boucliers, attendent le signal de la charge. En face, sur l’autre versant, l’armée athénienne, forte seulement de dix mille guerriers hoplites conduits par Miltiade, se déploie astucieusement en arc de cercle. Dans les deux camps, écrasés de chaleur et d’angoisse, l’attente est lourde, interminable. Et soudain, déchirant le silence, une double clameur monte de la plaine. Les deux troupes, enfin libérées, telles deux vagues d’acier, déferlent l’une contre l’autre sur deux mille mètres d’une course sauvage. Un choc effroyable d’acier et de chair. La horde perse, supérieure en nombre, enfonce vite les lignes grecques en leur centre, volontairement étiré au profit des ailes. Le fin stratège Miltiade les referme alors en tenailles sur son ennemi, pris au piège. La bataille, monstrueux et sanglant corps-à-corps, s’achève après plusieurs heures, par le massacre de plus de six mille Perses contre moins de deux cents Grecs tués.

Acheminée rapidement à Athènes, la nouvelle du triomphe grec sur les Perses, dans ce combat inégal, fut l’idée subite et généreuse d’un guerrier hoplite. Dénommé Philippidès par certains historiens, Pheidippidès par d’autres ou encore Euclès par quelques hellénistes distingués, ce soldat de fait inconnu, enjambant les cadavres ennemis sur le sol fumant, s’élança en courant vers la capitale. Partant du village de Marathon, l’ « hémérodrome » – nom des estafettes de l’époque – en armes, souillé de poussière et de sang, traversa toute la province de l’Attique, culminant à quatre cents mètres, pour descendre enfin sur Athènes dont il apercevait au loin les faubourgs.

Alors que le ciel rougeoyait au soleil couchant, les Athéniens, prévenus par la rumeur, se massaient pour voir passer et applaudir le vaillant coursier. Haletant, titubant, les yeux hagards, seulement porté par l’enthousiasme et le désir d’annoncer le premier la grande nouvelle aux anciens de la cité, il arrive enfin pour s’effondrer devant les sages réunis dans le grand temple : « Réjouissez-vous, nous les avons vaincus ! » murmura-t-il à leurs pieds, dans un souffle, avant d’expier, le visage radieux.

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Statue moderne de Pheidippides, érigée à Rafina (Grèce)

Le héros de Marathon entrait ainsi à jamais dans l’histoire de l’humanité.

Cette bataille et l’exploit du « marathonien inconnu » ont souvent servi à illustrer les méfaits d’une activité physique intense, prolongée et mal conduite. Paradoxalement, l’avis des experts sur la cause du décès sont très divergentes. Nous en avons dénombré neuf.

LA ‘’PREUVE’’ PAR NEUF

1 – Overdose de dopants

 Dr Robert Tolleron (médecin généraliste à Boëns-sur-Lignon – 42 ) : « Le coureur le plus connu qui fut sûrement dopé au départ, ne fut-il pas cet Athénien qui, le 12 septembre 490 avant J.-C., lors de la première guerre médique, fit le parcours Marathon-Athènes pour porter en cette dernière ville l’heureuse nouvelle de la victoire des Grecs sur les Perses. Or, si l’on sait que ces deux villes ne sont séparées que de 40 km, on comprend mal comment il soit mort autrement que dopé à mort ». [Le Généraliste, 14.01.1978]

2 – Absence de dopage

 Roger Rivière (1936-1976) (cycliste professionnel de 1957 à 1960) : « Si le soldat de Marathon avait eu recours à des reconstituants, il ne serait sans doute pas mort ». [Chassaignon A. « et al ». – Le Miroir des Sports, 1959, n°765, 28 septembre, pp 3-6]

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Roger Rivière (1936-1976), cycliste professionnel de 1957 à 1960

3 – Collapsus

 Dr Philippe Decourt (1902-1990) (médecin qui a introduit l’amphétamine Ortédrine® en France) : « Le 12 septembre 1967, il y aura 2 457 ans que le soldat de Marathon, avant même la fin de la bataille, courut annoncer à Athènes que la victoire était autorisée, et, aussitôt après son arrivée, s’écroula sur le sol et mourut. Il avait fait une longue course trop rapide à travers la montagne dans des conditions climatiques qui, le 12 septembre en Grèce, étaient sensiblement les mêmes que celles subies par Tom Simpson le jour de sa mort. Comme lui, le soldat de Marathon mourut d’un collapsus. Mais on peut être certain qu’il y a 2 457 ans, il n’est pas mort pour avoir pris de l’amphétamine. » [Le Populaire du Centre, 12.08.1967]

4 – Surmenage sportif

 Dr Barret (médecin du sport) : « Le surmenage se rencontre à l’état aigu à la suite des records sportifs ou des marches forcées sans repos suffisant. Le coureur de Marathon mourant au but est un exemple typique de surmenage arrivé à sa période ultime. » [Barret. – Conseils du docteur sportif. – Paris, éd. Nilsson, 1912 ( ?). – 116 p (p 19)]

5 – Blessé ou sous-entraîné

 Wolfgang Girardi (ancien skieur olympique ; journaliste et entraîneur de ski autrichien) : « Un messager grec aurait franchi au pas de course les 42 km qui séparent Marathon d’Athènes pour annoncer à la ville la victoire de son pays sur les Perses et serait mort d’épuisement en arrivant. Cette fin tragique peut paraître étonnante puisqu’un autre épisode de la légende rapporte un exploit encore plus fantastique, celui de l’Athénien Philippides qui, après le débarquement des Perses dans la plaine de Marathon, courut à Sparte et vint à bout des 255 kilomètres d’une route partiellement montagneuse en 48 heures. Il fit même mieux : après une journée de repos, Philippides parcourut le trajet en sens inverse et cette fois encore en 48 heures ! 510 kilomètres en 4 jours ! Il faut donc supposer que le messager de Marathon devait être blessé ou manquer d’entraînement. » [Girardi W. .- Jeux olympiques. – Paris, éd. Flammarion, 1972. – 125 p (p 25)]

6 – Excès d’acide

 AMB (journaliste : « Buvez des jus de fruits, mangez des fruits. Ils sont riches en eau, en vitamines et en sucres directement assimilables. Autre avantage : ils sont acides et cet acide se transforme aussitôt en alcalinité, ce qui est salutaire, surtout si la soif survient après leffort physique : c’est moins d’épuisement que d’excès d’acide qu’est mort le coureur de Marathon. » [L’Aurore, 07.08.1979]

7 – Capitulation du foie

 Hubert Lucot (journaliste) : « Le coureur de la bataille de Marathon est sans doute mort parce que son foie n’éliminait pas les toxines. Une telle carence entraîne des troubles neuro-musculaires qui viennent bloquer tous les circuits vitaux. » [Lucot H. .- Le Sport.  Faut-il des surhommes ?. – Paris, éd. Hachette, 1967. – 125 p (p 81)]

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Hubert Lucot – Le sport – faut-il des surhommes ?. – éditions Hachette, 1967

8 – Insolation

 Gaston Meyer (1905-1985) (rédacteur en chef de L’Équipe de 1954 à 1970) : « Le plus célèbre de tous les sportifs morts par suite de l’excès d’insolation [NDLA : hyperthermie maligne] est évidemment le légendaire soldat de Marathon qui courut pendant 48 km jusqu’à Athènes pour annoncer la victoire des Grecs sur les Perses, sous un soleil de plomb. Il était en outre très lourdement équipé. » [L’Équipe, 15.07.1967]

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Gaston Meyer, rédacteur en chef de L’Equipe de 1954 à 1970

9 – Mauvaise préparation militaire

 Jean Giraudoux (1882-1944) (écrivain français) : « Le soldat de Marathon, doué comme il l’était, est un martyre du mauvais entraînement militaire. » [Cité dans L’Équipe du 16.06.1980]

giraudouxJean Giraudoux (1882-1944), écrivain français

Histoire du sport – Qui, en 1894, a inventé la course du marathon ?

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[publié le 3 janvier 2017]

C’est Michel Bréal, un linguiste français, qui proposa d’assortir les premiers Jeux olympiques modernes d’une course à pied de grand fond, appelée marathon, sur la distance du parcours effectué 2 386 ans plus tôt par le soldat de la bataille de Marathon, entre cette ville et Athènes afin d’annoncer à ses compatriotes la victoire des leurs face aux Perses.

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Le linguiste français Michel Bréal (1832-1915), inventeur de la course du marathon

En mémoire de l’hémérodrome ‘’inconnu’’

12 septembre 490 avant Jésus-Christ, 40 kilomètres au nord-est d’Athènes.

Un soleil de plomb en fusion embrase le vaste cirque de Marathon. Quelques 20 000 envahisseurs perses, soldats de Darios 1er, alignés derrière leurs boucliers, attendent le signal de la charge. En face, sur l’autre versant, l’armée athénienne, forte seulement de 10 000 guerriers hoplites conduits par Miltiade, se déploie astucieusement en arc de cercle. Dans les deux camps, écrasés de chaleur et d’angoisse, l’attente est lourde, interminable.

Et soudain, déchirant le silence, une double clameur monte de la plaine. Les deux troupes, enfin libérées, telles deux vagues d’acier, déferlent l’une contre l’autre sur 2 000 mètres d’une course sauvage. Un choc effroyable d’acier et de chair. La horde perse, supérieure en nombre, enfonce vite les lignes grecques en leur centre, volontairement étiré au profit des ailes. Le fin stratège Miltiade les referme alors en tenailles sur son ennemi, pris au piège. La bataille, monstrueux et sanglant corps-à-corps, s’achève après plusieurs heures, par le massacre de plus de 6 000 perses contre moins de 200 grecs tués.

Acheminer rapidement à Athènes, la nouvelle du triomphe des Grecs sur les Perses, dans ce combat inégal, fut l’idée subite et généreuse d’un guerrier hoplite.

Dénommé Philippides par certains historiens, Pheidippidès (1)  par d’autres, ou encore Euclès, par quelques hellénistes distingués, ce soldat de fait inconnu, enjambant les cadavres ennemis sur le sol fumant, s’élança en courant vers la capitale. Partant du village de Marathon, l’« hémérodrome » – nom des estafettes de l’époque – en armes, souillé de poussière et de sang, traversa toute la province de l’Attique par Vrana, escalada la colline d’Agios, culminant à 400 mètres, pour descendre enfin sur Athènes dont il apercevait au loin les faubourgs.

Alors que le ciel rougeoyait au soleil couchant, les athéniens prévenus par la rumeur, se massaient pour voir passer et applaudir le vaillant coursier. Haletant, titubant, les yeux hagards, seulement porté par l’enthousiasme et le désir d’annoncer le premier la grande nouvelle aux Anciens de la Cité, il arriva enfin pour s’effondrer devant les Sages réunis dans le Grand Temple :

 « Nous les avons vaincus »

« Réjouissez-vous, nous les avons vaincus », murmura-t-il à leurs pieds, dans un souffle, avant d’expirer, le visage radieux. Le héros de Marathon entrait ainsi à jamais dans l’histoire de l’humanité. Pour que les légendes vivent, il faut sans cesse les réinventer. Alors même que la Grèce d’Hérodote disposait de ces valeureux « hémérodromes », athlètes  quotidiennement entraîné, au gré de leurs missions, les Jeux antiques ne comportaient pas de course d’endurance. En effet, les épreuves sportives d’Olympie n’offraient aux compétiteurs qu’une course équivalente aux 5 000 mètres actuels. Curieuse ingratitude !

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Coureurs passant dans les rues de Paris en 1885

C’est l’historien et linguiste français Michel Bréal et non Pierre de Coubertin, son ami, comme rapporté souvent par erreur, qui proposa d’assortir les premiers Jeux olympiques modernes d’une course à pied de grand fond, appelée marathon, sur la distance du parcours mythique. Il présenta son projet au 1er Congrès olympique qui eut lieu du 16 au 24 juin 1894, dans l’amphithéâtre de la Sorbonne. L’intention était louable : commémorer avec le marathon, à la fois la bataille historique et le sacrifice du soldat Euclès, tout en honorant ainsi la nation grecque.

Le Grand Départ : 10 avril 1896

 The Opening Ceremony at the 1896 Athens Olympics.

Stade panathénaïque d’Athènes rénové pour les 1ers Jeux olympiques de l’ère moderne en 1896

 Accepté par les congressistes, le souhait de Michel Bréal se concrétisa le 10 avril 1896, au cours des Jeux olympiques rénovés par le baron de Coubertin. À quatorze heures vingt cinq, le pistolet du starter lâchait les premiers marathoniens olympiques, à Marathonas, nom actuel de la ville. Sur la route et les traces mêmes de l’illustre ancêtre parti 2 386 ans avant eux. Le rêve de Michel Bréal devenait réalité. Il convient de préciser que les athlètes grecs n’étaient pas, jusqu’à cette course, bénis des Dieux, puisqu’ils n’avaient encore jamais gagné de médaille aux Jeux rénovés. Afin de mieux motiver à la victoire leurs coureurs, de riches commerçants promirent, en plus de la coupe en or offerte par Michel Bréal, des gratifications insolites au vainqueur du marathon. Par exemple, une tonne de chocolat ou ses vêtements et son coiffage gratuit à vie. Jusqu’au richissime Georgios Averoff qui promit, pour sa part, un million de drachmes…, avec la main de sa fille !

Parmi une majorité de participants grecs, deux étrangers ayant déjà fait leur preuve en course à pied se présentèrent sur la ligne de départ : l’Australien Edwin  Flack, vainqueur du 800 mètres et du 1 500 mètres, et le Français Albin Lermusiaux, 3e du 1 500 m, qui mena la course pendant 30 kilomètres.

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     L’Australien Edwin ‘’Teddy’’ Flack (1873-1935) – abandonne au marathon et remporte le 1500 m et le 800 m

 

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Le Français Albin Lermusiaux (1874-1940) – abandonne au 33e km du marathon et finit au 1500 m

Mieux que tous commentaires personnels, nous laissons la parole au baron de Coubertin : « 70 000 spectateurs assistaient au spectacle de l’arrivée du premier vainqueur du marathon, le berger grec Spiridon Louys qui s’était entraîné en jeûnant et en priant devant les icônes. Il atteignit la ligne d’arrivée sans trace de fatigue sous un tonnerre d’applaudissements qui saluaient à la fois le passé et le présent.

 spiLe Grec Spiridon Louys (1873-1940) : 1er du marathon

Le prix de la victoire, une épouse !

Pour soustraire Spiridon à la foule en délire, après que la course fut finie, le prince royal et son frère prirent le berger dans leurs bras et le portèrent jusqu’aux degrés de marbre sur lesquels était assis le roi. La nation grecque était transportée au-delà de toute description par son premier héros athlétique. Spiridon Louys, âgé à l’époque de 24 ans, reçut la coupe en or présentée par Bréal ainsi que les autres prix et récompenses annoncées, mais il dut décliner la main de la fille d’Averoff… car il était déjà marié. Le temps de Louys était de 2 heures 58′ 50″ – un temps excellent si l’on considère l’état des routes à cette époque. Le deuxième était un compatriote de Louys, Haralambos Vasilakos (3 heures 6′ 33″) et le troisième, un Hongrois Gyula Keliner (3 heures 6′ 35″). Du 4e au 9e, tous étaient grecs. Partant, les Grecs avaient de bonnes raisons de se réjouir. »

Ainsi, le marathon devenait par le biais des Jeux olympiques rénovés de 1896, une épreuve populaire. Le 19 avril 1897, l’Amérique, déjà, esquissait sa notoriété avec le premier marathon de Boston qui se perpétue, avec succès, encore aujourd’hui. Depuis, les plus grandes manifestations sportives mondiales ont inscrit le marathon à leur programme, qu’il s’agisse du Championnat d’Europe d’athlétisme, des Jeux asiatiques, panaméricains ou du Commonwealth.

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(1)   Si l’on en croit Hérodote, le chroniqueur de Marathon, Pheidippides a bien existé. Ce dernier, hémérodrome du général Miltiade (ainsi nommait-on les bipèdes utilisés comme « moyen de communication » aussi bien dans les états-cités qu’à l’armée) était un coureur de talent ayant couvert environ 440 km en quatre jours sur un terrain très difficile, pour obtenir des renforts de Sparte après  le débarquement des Perses, puis pour rejoindre Marathon. Compte tenu des efforts accomplis, il est vraisemblable que ce n’est pas le même homme qui, peu de temps après, est reparti en courant annoncer aux Athéniens la victoire sur les Perses.

 

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